Entretien avec Youssef Boussoumah mené par Emmanuel Hiriart
Je reçois Youssef Boussoumah, professeur d’histoire et militant contre le colonialisme mais aussi et surtout militant pour la Palestine depuis les années 1980.
Il fut des organisateurs des manifestations pour le droit au retour en 1998, puis membres fondateurs des Campagnes Civiles Internationales Pour la Protection du Peuple Palestinien au moment de la seconde intifada, puis à l’initiative du Mouvement des Indigènes de la République.
Il est un fin connaisseur de l’histoire de la Palestine et ici nous dresse un portrait de ces « brigades internationales » qui depuis 1936 et la révolte arabe contre les britanniques vont affluer en Palestine afin de défendre leurs frères, puis en Jordanie ou au Liban dans les années 1970, leurs camarades des organisations révolutionnaires comme le FPLP mais aussi le Fatah.
Il évoque aussi la façon dont les militants issus de l‘immigration ont en France soutenu la cause palestinienne et comment celle-ci fut un pilier pour les algériens après la libération de leur pays.
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Retranscription de l’épisode 5 saison 1 : La solidarité des arabes avec la Palestine depuis 1936
Emmanuel Hiriart 0:22
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Fragments de Palestine. Je suis Emmanuel Hiriart, et je vous propose toutes les semaines un grand entretien sur une question, qu’elle soit historique, politique, géographique, militaire, diplomatique, culturelle ou juridique, ou qu’elle concerne un dirigeant, un militant, une figure intellectuelle ou militaire de la Palestine. Une manière de mieux comprendre la Palestine et les Palestiniens au moment où ils subissent un génocide et que le monde se saisit de la question en se solidarisant. L’ensemble productions sont disponibles gratuitement sur toutes les plateformes d’écoute, mais n’est pas sans coup pour notre association à but non lucratif qui ne reçoit aucune subvention. Vous pouvez donc nous soutenir en réalisant un don sur Hello Asso dont le lien est dans la description de cet épisode, ou en allant sur notre site fragmentdepalestine. fr. Merci par avance. Pour parler de solidarité internationale envers la Palestine, mais plus particulièrement des volontaires arabes qui sont partis tels les brigades internationales en Palestine, d’ailleurs à la même époque, je reçois Youssef Boussoumah, professeur d’histoire et militant anticolonialisation spécialiste de la Palestine. Bonne écoute. Youssef Boussoumah, bonjour.
Youssef Boussoumah 1:33
Bonjour.
Emmanuel Hiriart 1:34
Peut-on dater le début de cette solidarité avec la Palestine, finalement à partir de la révolte arabe de 1936
Est-ce que… On peut la considérer comme le début d’un investissement et de mobilisation pour la cause arabe. Je sais, j’avais lu dans le temps la participation notamment de vétérans de l’armée ottomane qui s’étaient mobilisés dans cette révolte, simplement de Syriens, mais j’imagine que vous allez nous l’expliquer. Toute cette région-là était en fait la Syrie sous mandat, et donc je voulais savoir si c’est une bonne date de début, selon vous, pour étudier ce mouvement de solidarité vis-à-vis de la Palestine.
Youssef Boussoumah 2:19
Oui, en fait, pour comprendre, je crois qu’on veut parler au-delà de la solidarité, je pense qu’on doit parler d’un lien national au sens large, même si on nous dira que la notion de nation, etc., n’est pas forcément la même, mais depuis toujours, les peuples de cette région ont le sentiment d’avoir une même histoire, d’avoir un même destin, d’avoir un même avenir, et pas uniquement du point de vue de la religion, puisqu’on a des personnes de religions différentes, on est quand même dans une région où il y a environ plus d’une vingtaine de communautés religieuses différentes, peut-être même plus, encore, mais au moins une vingtaine, on a tous les dogmes religieux, et donc, depuis toujours, les populations de cette région ont le sentiment de faire partie d’un même espace, d’une même histoire, et surtout, surtout ressentent, on va pas remonter aux croisades, mais quasiment, ressentent comment l’Occident comme étant une force d’agression, même si à un moment, certains pays occidentaux ont pu être attractifs, Et puis, c’est sûr que, par exemple, la Révolution française a pu, même, d’une certaine façon, donner des idées à certains modernistes, mais voilà, c’est la relation ambivalente que l’Occident a toujours maintenue avec cette région, Depuis les croisades, mais aussi, c’est ce qu’on appelle la répulsion-attraction. Donc, lorsque le colonialisme sioniste commence à s’installer dans la région, et c’est la même avant la Première Guerre mondiale, à l’époque ottomane, déjà, Et bien, dans un premier temps, les colons sionistes ne sont pas perçus, comme il y a encore la présence ottomane, comme il y a l’administration ottomane, Bon, le danger n’est pas encore ressenti. C’est avec le début, réellement, de l’installation des colonies, après la Première Guerre mondiale, que le danger sioniste va être ressenti, et où la situation des Palestiniens, et particulièrement des paysans palestiniens, va attirer l’attention. Alors, on peut remonter cette solidarité, effectivement, en vérité, à la révolte arabe. Alors, c’est plus qu’une solidarité, je veux dire, c’est un sentiment d’appartenance à une même civilisation. Donc, ça va même au-delà d’une simple solidarité, parce que généralement, la solidarité, on parle de cela pour des pays différents, en quelque sorte. Mais là, c’est vraiment le même ensemble qui se sent menacé, et cela va s’exprimer de différentes façons. Alors, cela va s’exprimer de différentes façons. Vous l’avez dit, il y a deux grands ensembles. Il y a la Grande-Syrie, il y a aussi l’ancienne Mésopotamie, l’Irak, précisément pour parler de la région arabe. Et cette solidarité, elle va s’exprimer d’abord parce qu’on a le sentiment que, très rapidement, que les colons sionistes, eh bien, sont simplement une des branches de l’agression occidentale. Une des branches de l’agression occidentale. Alors, même si dans un premier temps, et c’est ça le paradoxe, les Arabes, on le sait, pendant la Première Guerre mondiale, enfin, les élites, il y a eu ce qu’on appelle la révolte arabe. L’alliance du shérif de la Mecque-Husseine avec les Britanniques. Mais très rapidement, eh bien, ce qui était une alliance, eh bien, loyal, eh bien, va apparaître aux yeux de tous comme quelque chose d’absolument déloyal. Comme, en fait, eh bien, une, on peut dire, une trahison d’une parole donnée. Et très rapidement, lorsque les mandats vont être établis sur la région arabe, et que ces mandats, non seulement il y aura ces mandats qui sont, en fait, on parle de la fiction des mandats. Il s’agit d’une recolonisation, en réalité, et c’est comme ça que les populations vont l’appréhender. Mais ces mandats s’accompagnent également, eh bien, d’une colonisation, c’est le vrai lancement de la grande colonisation sioniste, avec les mandats, notamment le mandat britannique sur la Palestine. Et dès le début, eh bien, on va avoir des, on va avoir des, le sort de la Palestine inquiète l’ensemble de la région arabe. Le sort de la Palestine inquiète l’ensemble de la région arabe, et cela va se matérialiser, se concrétiser surtout dans les années 1920, dans les années 1930, avant même donc la révolte de 1936 palestinienne, eh bien, par le fait que les paysans, c’est la question paysanne qui va être déterminante, le sort qui est fait aux paysans, les paysans qui sont expulsés de leur terre par la troupe britannique, dès l’instant où les britanniques se mettent en place dans la région, eh bien, ils vont procéder à des expulsions de terre qui sont simplement l’expression de ce qui était inscrit dans les actes de vente que les sionistes ont réalisés. Donc, les sionistes vont quand même acheter un certain nombre de terres, ils achètent ces terres à des grands propriétaires absentéistes qui habitent à Damas, des féodaux qui habitent à Damas, à Beyrouth, et on le sait, les contrats stipulent que la terre doit être livrée vide d’habitants, ce qui ne s’était jamais produit jusque là. Et tant que les britanniques n’étaient pas là, donc évidemment, cette clause ne pouvait pas être appliquée, pardon, mais dès l’instant où les britanniques sont là, eh bien, les britanniques vont se mettre à appliquer cette clause et vont se mettre à vider des domaines entiers de leurs villages. Parfois, c’est 10, 15 villages qui vont être expulsés en une seule fois. Cela donne lieu à des affrontements et les premiers morts palestiniens dans cette lutte anticoloniale, c’est à cette époque. C’est dans les années 20, les années 30, donc avant même la révolte. Et cela va évidemment susciter un certain émoi parce que ça va quand même finir par se savoir. Et on va avoir des volontaires qui, dès cette époque, vont commencer à arriver et notamment d’où ? De Syrie parce que, en Syrie, a commencé également une lutte anticoloniale contre les Français. Et on va voir un certain, par exemple, Ezzedine al-Khassam, le fameux, qui est donc de Syrie, en vérité, qui n’est pas palestinien et qui était instituteur et qui était aussi un homme de religion, comme c’était souvent le cas, instituteur et homme de religion, Et qui a combattu les Français en Syrie et qui va passer en Palestine. Alors, d’une part parce qu’il est poursuivi par les Français, évidemment, mais aussi pour apporter sa solidarité avec les Palestiniens. Et donc, on peut dire qu’Ezzedine al-Khassam est une des premières expressions de cet ensemble commun, de cette solidarité, on va dire, avec le sort du peuple palestinien, puisque le sort des Palestiniens va les mouvoir. Il va s’installer dans la région de Haïfa. Et là, Haïfa, eh bien, sont en train de s’agglomérer les premières communautés paysannes chassées de leur terre. Et précisément, près de la raffinerie de Haïfa, précisément, parce que c’est là-bas que ces paysans chassés de leur terre vont fabriquer ces fameux bidonvilles, avec les bidons de la raffinerie de Haïfa, dit-on. Et là, il va commencer à faire un travail politique et d’instruction, d’instruction scolaire élémentaire auprès de ces paysans. Et donc, ces paysans qui sont complètement démunis, qu’on a chassé de leur terre sans rien. Et c’est là le ferment de la révolution palestinienne qui éclatera plus tard. Mais donc, on a des gens comme Ahazine al-Khassam, on a d’autres volontaires qui vont venir d’Irak également. Donc, ils ont le sentiment de lutter aux côtés de frères de condition, de frères de religion, bien sûr, mais aussi de frères de condition. Et on a aussi, oui, parce qu’on a aussi des chrétiens qui vont s’émouvoir de cela. Donc, voilà un petit peu, on peut dire, les premiers ferments, en résumé, de cette solidarité avec la Palestine. La Palestine n’est pas une cause externe, n’est pas une cause Lointaine. Dans la mesure, tout simplement, où les frontières n’existent pas, où les frontières n’existent pas. Et c’était quand même un ensemble extraordinaire qui allait d’Istanbul jusqu’à Bagdad, et où on pouvait circuler librement. Donc, dans les esprits, il y a le sentiment d’une communauté, d’une communauté de destin et donc d’une communauté de lutte. Ensuite, évidemment, cela va… Cela va être beaucoup plus affirmé lorsqu’il éclatera la révolte de 1936 en Palestine, lorsqu’il éclatera ce qu’on appelle la révolte arabe parce qu’à l’époque, encore une fois, l’identité palestinienne s’est forgée dans la lutte, comme souvent en situation coloniale. Les frontières de la colonisation ont délimité souvent les frontières des États futurs.
Alors, quand on dit la révolte arabe, ce n’est pas uniquement péjoratif par rapport au peuple, ce n’est pas forcément une façon d’oublier le peuple palestinien, c’est simplement le fait que les gens se sentent tous arabes et indépendamment de leur religion, c’est aussi cela. Souvent, on a dit que c’était, que ça niait l’identité palestinienne, mais cette identité palestinienne, comme un certain nombre d’auteurs, comme Khalidi l’ont bien montré, eh bien, l’auteur palestinien, eh bien, elle s’est forgée dans la lutte. Alors, en 1936-1939, on va aussi voir des volontaires arrivés. On va voir des volontaires arrivés, et pas uniquement d’ailleurs du monde arabe, ce qui est étonnant, ce que peu de gens savent, mais également du monde musulman. Mais également du monde musulman, on va avoir des gens qui vont venir, qui vont venir d’Asie même, qui vont venir d’Asie. On a retrouvé des commandes d’Indonésie, on va retrouver, donc à l’époque colonisée par les Hollandais. On a retrouvé des traces de volontaires qui venaient de différentes parties du monde musulman. Alors, du Maghreb, à ma connaissance, peut-être, mais je n’ai pas de preuve de cela, puisque le Maghreb est à l’époque complètement sous la férule de la domination française. Mais de toute évidence, on a, tout est possible, et peut-être que la recherche nous permettra de trouver ça par la suite. Donc, en 36-39, on a donc des volontaires. Des volontaires, évidemment, je l’ai dit, à Ezzedine el-Kassam. Et Ezzedine el-Kassam n’est pas venu seul, il y a d’autres Syriens qui sont là. Des gens qui ont été, vous l’avez dit tout à l’heure, dans l’armée ottomane, par exemple, qui ont une expérience du combat. Et voilà un petit peu ce que l’on peut dire. Et d’ailleurs, même d’Irak, également. Et d’ailleurs, même également d’Irak. On a notamment dans le film de Palestine 36, qui montre très bien cela. Bon, alors, dans cette période-là, toute la période d’avant-guerre, cette solidarité, on peut dire, est principalement issue de la grande région arabe d’Asie occidentale. Par la suite, cette solidarité, elle va s’étendre à d’autres ères du monde arabo-musulman. Cette solidarité, elle va s’étendre à d’autres ères du monde arabo-musulman. On a, on a, pourquoi ? D’abord parce que, si l’information jusque-là était encore, une information qui était, les moyens d’information, les médias sont encore limités, mais avec la révolte de 36-39, eh bien, on va avoir une solidarité qui va être beaucoup plus large, parce que simplement, eh bien, la révolte 36-39 va avoir un écho, va avoir un écho considérable. En Occident, les Britanniques doivent faire venir des troupes d’Irlande, par exemple, donc les Français, en plus, sont en Syrie, donc ils sont aussi directement concernés, et puis les Français ont leur domaine en Afrique du Nord, donc on a une population d’Afrique du Nord, comment les militants nationalistes sont tirés à boulet rouge, encore, contre la colonisation britannique, contre le sort qui est fait aux Palestiniens, Et puis, donc, on va avoir, et puis surtout, on a, on a une politisation croissante, c’est, c’est une grande période, comment, de, de, de mobilisation anticoloniale, qui commence avant même la Seconde Guerre mondiale, hein, cette mobilisation anticoloniale, bien évidemment, donc, tout cela va faire que la lutte palestinienne commence à avoir un certain écho, Et puis, alors, jusqu’en France, et d’ailleurs, on en dira un mot tout à l’heure de l’immigration maghrébine en France, mais en France déjà, on a, on a une presse, on a une presse qui, qui parle de ce qui se passe en Palestine, je fais référence notamment à un article, un excellent article de Gabriel Péry, le député communiste et journaliste de l’Humanité, Un article très important que l’on peut d’ailleurs retrouver aujourd’hui sur le web sur l’explication de la révolte de 1936 comme étant une révolte anti-impérialiste, un article formidable, tout à fait intéressant. Donc, il est certain que l’immigration française, pardon, l’immigration maghrébine en France, eh bien, à connaissance de cela, à connaissance de cela, on a dans, notamment en ce qui concerne l’étoile nord-africaine, en ce qui concerne l’étoile nord-africaine, mais ça, les Hages, hein, aujourd’hui, comme on en parle beaucoup en ce moment, eh bien, on a du côté l’étoile nord-africaine, un avis sur ce qui se passe en Palestine, une solidarité, comment qui s’exprime, une solidarité politique, où le sort qui est fait aux Palestiniens est dénoncé, mais également la presse nationaliste au Maghreb. Donc, tout cela fait qu’on a une continuité, on a une effervescence en faveur du peuple palestinien. D’autant plus que le peuple palestinien subit une colonisation de peuplement, et beaucoup de peuples arabes qui sont sous la férule occidentale ont le sentiment, ou subissent eux aussi un colonialisme de peuplement, et je pense particulièrement aux Algériens, mais même pour les autres, eh bien, les autres ont le sentiment que ce qui arrive aux Palestiniens préfigure ce qui pourrait leur arriver. Préfigure ce qui pourrait leur arriver, et on le verra ça beaucoup plus dans la période suivante dont nous allons parler.
Emmanuel Hiriart 17:11
Et est-ce que cette solidarité va s’accélérer ou se changer sociologiquement au fur et à mesure des années, notamment en 1948, quand la guerre éclate entre, finalement, les Arabes, appelons-les comme ça ? Je reviendrai peut-être sur une question
Youssef Boussoumah 17:27
façon
Emmanuel Hiriart 17:27
sur la vous parliez des Ezzedin el Qassam, la façon dont les sionistes, les colons vont essayer de réécrire justement cette histoire en disant, Regardez, c’était pas des Palestiniens, c’était des gens qui venaient de qui ? De Syrie, d’Égypte, etc., etc. En refaisant un peu les bio, je précise pour nos auditeurs que Ezzedine el Qassam, c’est le nom qui est donné par le Hamas à sa branche militaire. On essaiera de faire un format court
Youssef Boussoumah 17:52
dont
Emmanuel Hiriart 17:52
sur le personnage qui mérite largement le détour pour comprendre cela. Mais ces volontaires ont souvent été utilisés par leur notoriété, par les sionistes, pour essayer de dire, Regardez, il n’y a pas d’identité palestinienne, ce sont des gens qui sont là, qui vont, qui viennent, des nomades, des gens en Jordanie, en Syrie, en essayant de repousser au-delà d’un territoire qui serait donc toujours Israël depuis toujours, comme s’il n’y avait pas eu d’habitants avant. Là-dessus, peut-être, on peut dire un mot avant de passer à 1948, précisément.
Youssef Boussoumah 18:29
Oui, oui, vous avez tout à fait raison. Il faut dire un mot parce que c’est un argument sioniste qui revient souvent, ces derniers temps. Vous savez, l’argumentaire sioniste évolue.
Youssef Boussoumah 18:39
Au fil du temps, hein, et d’ailleurs, ce sera intéressant de faire une généalogie de l’argumentaire sioniste, parce qu’il a constamment évolué, parfois même jusqu’à se contredire. Mais en tout cas, c’est vrai qu’il y a un argument qui était à la mode ces derniers temps, c’est de dire, non, mais la Palestine était d’abord peuplée, était très peu peuplée de Palestiniens authentiques, et en vérité, ce sont des populations arabes qui sont venues de l’extérieur, attirées par l’activité sioniste en Palestine, hein, et qui sont venues justement venir, comment dire, Donc ils sont venues en Palestine de l’extérieur, c’était des Syriens, c’était, etc., et ils sont venus en Palestine attirés par l’activité et l’extraordinaire développement économique. Bon, alors, on peut très rapidement tendre le coup à cette légende. D’abord, on a quand même des, les Britanniques qui sont en place, on a quand même des actes démographiques qui sont là, on a des rapports, etc. Mais, autre chose, la question n’est pas là du tout. La question, lorsque l’on évoque la Palestine, c’est le type de rapport qu’on a avec un pays, c’est le rapport colonial qui est établi. On n’est pas dans aller éplucher où chacun était né, hein, parce qu’on se rend compte que sinon, ben, ce serait très drôle, parce que sinon, on voit bien que l’immense majorité, 99% des Syriens ne sont pas né en Palestine, je veux dire, si on remontait à deux siècles en arrière. Mais, ce que je veux dire, c’est que, donc, la question est savoir quel type de rapport on entretient avec un pays, avec sa population, avec ses… On n’est pas dans une lutte ethnique, justement, et c’est ça la grande différence. On n’est pas dans une lutte religieuse, on n’est pas dans une lutte ethnique. Alors, bien sûr qu’il y a eu, sans doute, des mouvements de population, beaucoup moins importants, évidemment, que ce que les Sionistes prétendent parce que… Mais en plus, si on veut parler de l’activité économique et du développement certain que la Palestine mandataire connaît, eh bien, cela a été très bien étudié par un certain nombre d’auteurs, dont notamment un certain Granot, je crois, et qui… Sur l’économie, comment… de la Palestine à l’époque, et en fait, ce développement est d’abord dû aux populations de Palestine elles-mêmes. D’abord, grâce à leur fiscalité parce que, n’oublions pas quand même que ce sont les plus nombreux, et c’est eux qui alimentent ce développement par leur fiscalité. La fiscalité, évidemment, je parle de la fiscalité indirecte qui est la plus importante, contrairement à ce qu’on pense d’habitude, et qui est la plus injuste, d’ailleurs. Et donc, c’est cette fiscalité palestinienne, mais c’est aussi le travail de ces Palestiniens pour construire des routes, pour construire, etc. Donc, peu importe, ce qu’il y a de certains, c’est qu’il y a effectivement, il est possible qu’il y ait des populations qui soient venues de l’extérieur, qui ne sont pas là, mais parce que, encore une fois aussi, les limites de la Palestine, enfin la Palestine, c’est la Syrie du Sud. C’est un peu comme si on dirait l’Auvergne. C’est un peu comme si on dirait, il n’y a jamais eu d’État auvergnat, donc l’Auvergne est ouverte à la colonisation. Je veux dire, c’est complètement stupide, je veux dire, évidemment. Mais allez donc dire aux Auvergnats que comme il n’y a jamais eu d’État auvergnat, et bien, allez, même allez dire aux restes des Français que comme il n’y a jamais eu d’État auvergnat, finalement, on peut coloniser. Non, il y a des populations qui sont sur place. Il y a quand même des populations qui sont sur place. Ces populations rejettent la colonisation. Donc, la question est de savoir quel est le rapport en entretien avec un pays, si c’est un rapport colonial. Et là, en l’occurrence, de toute évidence, il y avait cette théorie du grand remplacement, qui est propre au colonialisme de peuplement. C’est absolument indiscutable. Les sionistes ne venaient pas pour vivre avec les populations, ils venaient pour les remplacer. Et c’est ça la base même d’un colonialisme. Alors que ce soit de façon violente, que ce soit de façon économique, progressivement, mais voilà, il y a toujours mille façons de remplacer une population. Alors, voilà un petit peu ce qu’on peut dire. Effectivement, il y avait donc des volontaires qui venaient d’autres parties de la Palestine. Il y a eu des travailleurs qui venaient sans doute d’autres parties également. Mais la question n’est pas là, on ne va pas se mettre à décortiquer. Mais il y a aussi autre chose, c’est que les frontières de la Palestine, les frontières de la Palestine mandataire, à l’époque, sont encore extrêmement récentes. Et dans l’esprit des gens, c’est ce que je disais, c’est exactement comme si on avait mis des frontières autour de l’Auvergne. C’est le colonialisme qui définit les frontières à défendre. Et dans le cas de la Palestine, mais dans d’autres cas, c’est pareil. Donc, c’est une réflexion qui, à mon avis, n’a pas de sens.
Emmanuel Hiriart 23:06
En 1948, donc, au moment de la déclaration d’indépendance d’Israël, est-ce qu’on va voir une modification à la fois de la sociologie, du nombre, de l’investissement de ces populations de volontaires qui vont venir soutenir ? Vous parliez d’instituteurs dans le cadre d’Ezzedine el-Kassam. Est-ce qu’on se retrouve avec des gens moins éduqués, plus éduqués, avec une expérience militaire ? Là, ils viennent, finalement. Alors, dans le cadre d’une révolte, c’est souvent l’autre qui fixe le niveau de violence. Mais, là, on est dans une guerre. On est dans une guerre pour l’indépendance de la Palestine ou sa colonisation telle qu’on l’a connue. Quelle est la sociologie, le nombre ? Qu’est-ce qu’on sait de cette évolution des volontaires à partir de mai 48 ?
Youssef Boussoumah 23:56
Alors, la chose va radicalement changer après la Seconde Guerre mondiale, puisque le sentiment anticolonial s’est développé partout, au Maghreb, entre autres, particulièrement, mais même dans tout le monde musulman. L’Indonésie, dont nous parlions tout à l’heure, bien évidemment, qui viendra indépendante. Et donc, ce sentiment de solidarité avec la Palestine va se renforcer d’autant plus que partout dans le monde musulman et dans le sud global, on a des révoltes anticoloniales. Et les Palestiens sont vus comme un de ces peuples qui luttent pour se libérer du joug colonial. Et donc, il y a une solidarité naturelle, particulièrement, évidemment, dans le monde musulman. Et cette solidarité, eh bien, elle va être une solidarité multiforme. C’est-à-dire que ça va vraiment toucher toutes les classes sociales. Ça va vraiment toucher toutes les classes sociales. Alors, bien sûr, disons les catégories politiques, on va le voir dans tous les débats à l’ONU. Par exemple, à l’ONU, on va avoir, dès l’instant où le Pakistan va émerger, qui va aussi, donc, le Pakistan qui va, qui va, qui va être, qui auparavant était une partie de l’Empire des Indes. Et le Pakistan, l’Indonésie, j’en ai parlé, on va avoir des Pakistanais et des Indonésiens très mobilisés sur la Palestine, déjà à l’ONU, des représentants de ces États. Mais on va avoir aussi des civils. Progressivement, la Palestine va devenir, va devenir quelque chose qui, qui concerne tout le monde musulman, pas uniquement le monde arabe. Et particulièrement en ce qui concerne le monde musulman, et particulièrement en ce qui concerne l’Afrique du Nord, eh bien là, il va y avoir effectivement un mouvement de solidarité, alors très actif, un mouvement très actif, spontané, qui va vraiment provenir de ce qu’on appellerait aujourd’hui des sociétés civiles. Et semble-t-il, alors évidemment organisé par des partis, des associations, mais aussi spontané, mais aussi spontané.
Emmanuel Hiriart 26:18
On parle là de gens qui vont faire le trajet pour aller en Palestine,
Youssef Boussoumah 26:21
Ah oui
Emmanuel Hiriart 26:22
pour aller combattre.
Youssef Boussoumah 26:23
Absolument. Alors on a quand même, ce lien s’est renforcé pendant les années de guerre entre l’Orient, enfin le Mashrek et le Maghreb. Et notamment, je pense à une personnalité comme Sheikhi Barslan, qui faisait une revue qui s’appelait La Nation Arabe. Donc un journal très important, avant même la Seconde Guerre mondiale, et qui fait vraiment le lien entre ces deux partis, des personnalités comme lui, je dis, qui d’ailleurs devra s’exiler en Suisse. Et donc on va avoir des… lorsqu’il va y avoir les premiers remous, les combats, après le vote du partage du 29 janvier 1947, eh bien on va avoir des gens qui sont réellement émus par ce qu’ils voient. Alors, parce qu’ils voient, d’ailleurs je précise, comment voit-ils cela ? Dans quel lieu ? Par quels moyens ? Eh bien, vous savez, par le cinéma en fait. Parce qu’à l’époque, on va au cinéma et…
Emmanuel Hiriart 27:21
On va voir les actualités.
Youssef Boussoumah 27:22
Oui, les actualités, exactement. Et on a, avant le film, on a toujours, avant le film, une sorte de résumé, un digest d’actualités de la semaine. Et ça, c’est assez… Et donc, dans cette actualité, eh bien, on voit effectivement ce qui se passe. Et, alors, les actualités parlent, à l’époque, des Arabes de Palestine. Alors, des Arabes de Palestine, on ne dit pas « les Palestiniens » encore, vraiment. Et donc, eh bien, j’ai d’ailleurs une anecdote familiale à ce propos, puisque mes parents, moi, arrivent en France en 1945. En 1945, mon père a fait la secondaire mondiale, il était sous-officier, il a été démobilisé, et il vient comme ouvrier en France en 1945. Et ma mère me raconte que mes parents allaient donc au cinéma comme tout le monde. Alors, les gens allaient plus au cinéma qu’aujourd’hui, parce que c’était aussi une distraction, il n’y avait pas la télévision, et c’était aussi un moyen de s’informer pour les actualités. Et donc, ma mère me dit que mon père avait été très ému par l’actualité qu’ils avaient vues en Palestine. Il y avait eu un sujet sur les réfugiés arabes de Palestine, et il avait fait un esclandre, il avait fait un esclandre dans le cinéma en disant « c’est terrible ce qui leur arrive », etc. Alors, on avait dû rallumer la lumière, il y avait tout un scandale. Il venait d’arriver en France. Donc voilà, donc lui, ancien combattant et tout, et en plus là, disons « voilà ». Donc, l’immigration française est touchée, mais également au Maghreb. Au Maghreb, on a une presse nationaliste qui est très très remontée contre le colonialisme sioniste. Encore une fois, parce que cette presse nationaliste a le sentiment de vivre, un sentiment que les indiennes du Maghreb vivent la même chose que les palestiniens. En plus, on a des colonialistes de peuplement dans les deux cas. Cela est d’autant plus renforcés par le fait que la France, à l’époque, va prendre fait et cause pour le mouvement sioniste. Elle va prendre fait et cause pour le mouvement sioniste, pour les raisons exactement inverses à celles des nationalistes du Maghreb, parce que simplement la France voit dans le mouvement sioniste un allié contre le danger nationaliste arabe, notamment la Ligue arabe. Alors, on va avoir des ouvriers, on va avoir des paysans, on va avoir des instituteurs du Maghreb, des trois pays, Algérie, Maroc, Tunisie, qui vont partir, qui vont donc braver, qui vont traverser les frontières, qui vont braver les polices coloniales, et qui vont partir à pied, à partir du Maghreb, en direction de l’Égypte. Alors, il y a des associations qui les aident, qui les soutiennent, notamment en Libye, etc. On a retrouvé des traces de cela dans les archives. Moi, en tout cas, j’ai retrouvé des traces de cela dans les archives du Quai d’Orsay. Et on a tout un réseau qui va s’établir. Alors, il faut comprendre, ils partent à pied.
Emmanuel Hiriart 30:19
Oui.
Youssef Boussoumah 30:19
Et ils vont comme ça jusqu’en Égypte. Alors, ils sont pris, ils sont quand même parfois transportés en camion par des sympathisants, des volontaires. Ils arrivent en Égypte. Et en Égypte, ils sont mis dans des camps militaires pour, dit-on, recevoir un entraînement militaire. Un certain nombre d’entre eux iront se battre du côté de Gaza. Ça ne se passera pas forcément très bien avec les autorités égyptiennes. Les volontaires ont le sentiment d’avoir été dupés. Il va même y avoir une révolte dans une caserne, etc. Parce qu’on s’occupe très mal d’eux. Et puis, on s’en doute. L’Égypte, à l’époque, est une semi-colonie britannique. Donc, bien évidemment. Et donc, ces gens-là, ces volontaires seront envoyés se battre à Gaza. Ils vont connaître un certain nombre de… beaucoup de pertes. Parce qu’effectivement, ils n’ont pas d’entraînement militaire réel. Et de plus, quand ils sont capturés par les Anglais, eh bien, ils sont remis directement à la France. Donc, on a des rapports dans le Quai d’Orsay. Ils sont remis à la France. Voilà. Donc, ce que je veux dire, c’est que cette solidarité, elle est spontanée. J’ai eu l’occasion de rencontrer un de ces volontaires, qui était parti se battre en 1948 à Gaza, aux côtés des Palestiniens. C’est une histoire qui est peu connue. Mais on va avoir aussi des volontaires, des Maghrébins qui vont partir de France, également. Qui vont partir de France, pas uniquement du Maghreb. Donc, on le voit. Cette solidarité, elle va aussi concerner le monde musulman. On a aussi des traces, aussi, de musulmans qui vont venir de l’ensemble du monde musulman, je l’avais dit, d’Indonésie, du Pakistan, et qui vont essayer de joindre, parce que ce n’est pas évident. Il faut quand même traverser beaucoup de frontières hostiles, on va dire, pour aller se battre avec les Palestiniens. Donc, c’est vraiment une cause qui, d’emblée, a mobilisé beaucoup de conscience.
Emmanuel Hiriart 32:14
Est-ce que c’est une cause qui est soutenue par des États naissants ? Vous avez parlé du Pakistan tout à l’heure. On ne reviendra pas sur la trahison, appelons-la comme ça, des États arabes dans la lutte pour la Palestine dès 1948. Mais est-ce que ces gens-là sont, malgré tout, financés, appuyés, encouragés par certains États ? Ou bien c’est une somme de populations qui se mobilisent envers et contre tout, finalement ?
Youssef Boussoumah 32:43
Alors, bon. Alors, d’abord, rappelons-le, dans l’histoire, on a cette fameuse intervention des pays arabes au lendemain de la création d’Israël, le 14 mai 1948, dont on parle beaucoup, mais dont on connaît peu la réalité. En fait, les États arabes n’ont pas très envie de s’investir à fond dans cette histoire. Pourquoi Parce que, parce qu’ils sont tous tenus par les puissances occidentales, ils sont tous tenus par les puissances occidentales, et puis ils tiennent tous à leur trône ou à leur place. Et donc, il faut quand même comprendre une chose, c’est que cette fameuse intervention des pays arabes après le 14 mai 1948, dont Israël
parle beaucoup. En fait, comme l’a très bien expliqué Elias Sambar, l’historien palestinien, cette intervention, c’est une intervention en trompe-l’œil. En vérité, ces États n’avaient pas beaucoup, n’avaient pas très envie d’intervenir. Ils interviennent parce que les populations de la région voient arriver des réfugiés, voient arriver des réfugiés. Donc, au Liban, en Syrie, on voit arriver ces réfugiés, et c’est là qu’on prend conscience de ce qui se passe en Palestine. Parce que jusque-là, on a le sentiment qu’il s’agit d’une guerre, évidemment, mais on n’a pas compris l’objet de cette guerre. Cette guerre, ce n’est pas imposer, selon la définition de la guerre, sa volonté à un ennemi, c’est vider un pays. Et c’est là que les gens, avec l’afflux de ces milliers de réfugiés, de ces centaines de milliers de réfugiés, comprennent ce qui se passe en Palestine. Eh bien, ce n’est pas la prise de contrôle d’un territoire, c’est d’abord la volonté de vider un territoire. Et ce sont ces populations, donc c’est assez intéressant de voir qu’il y a une opinion, il y a une opinion publique, contrairement à ce que l’on pense souvent. On va pouvoir avoir des régimes despotiques. Et on a des manifestations qui éclatent partout, ces gens ne comprennent pas du tout, tous ces réfugiés qui racontent ce qui leur est arrivé en Palestine, cela émeut complètement les Libanais, les Syriens, tous ces gens-là, et les Égyptiens aussi. Et donc, ce sont eux qui, il y a des manifestations populaires, ce sont eux qui vont faire pression pour que les États interviennent, pour que les États interviennent. Et en vérité, donc, ces États-ci, ils interviennent, c’est beaucoup plus pour permettre aux réfugiés de revenir en Palestine, ce qu’ils ne vont pas réussir à faire d’ailleurs. C’était beaucoup plus cela que la volonté, évidemment, de s’opposer et d’écraser l’armée israélienne. D’ailleurs, de ce point de vue, on sait très bien que dès le début, c’est Churchill qui l’avait dit, Churchill qui avait déclaré que quand il était ministre des colonies, qu’il avait donc en charge la question de Palestine, je cite ses paroles, il dit quelque chose comme, à cette époque, j’ai tout fait pour que le jour venu, les mili-sionistes puissent l’emporter sur les forces arabes. Donc, on a dramatisé à l’excès, mais en fait, franchement, les conditions…
Alors, donc, on a ces régimes arabes qui n’ont pas beaucoup envie d’intervenir et qui vont être forcés d’intervenir, mais la défaite est déjà inscrite dans le fait que, par exemple, eh bien, ils ne mettent pas les moyens qu’il faut, ils ne se coordonnent pas, ils ne livrent pas d’armes aux Palestiniens, ils ne font pas ce qu’il faut pour qu’il y ait une victoire. Alors, c’est aussi une des causes de la réprobation des populations. C’est quelque chose qui va s’ajouter à la contestation de ces régimes par leur propre population. C’est important de le dire, puisque n’oublions pas que tous les régimes arabes de 49, enfin, après, lorsque la défaite va être consommée en 49, tous ces régimes arabes vont être renversés, tous. Le roi Farouk va être renversé par la révolution de Nasser par la suite. Le roi Abdel Adjordani va être assassiné. Il va être assassiné en 49. Les différents pouvoirs, que ce soit en Irak, comme en le Premier ministre ou ailleurs, vont être dans Liban ou en Syrie, tous ces gens-là vont être soit assassinés, soit renversés. Ça, c’est aussi une façon qu’ont les populations d’exprimer leur solidarité avec cette cause. Donc, il n’y a pas uniquement le fait d’aller se battre, il y a aussi le fait de punir ces États de ce qu’on appelle la trahison. Ça, c’est important de le dire. Mais on a aussi d’autres solidarités, je l’ai dit, de la part du Pakistan, le Pakistan qui va être très actif à l’ONU, qui va être un des plus actifs à l’ONU pour défendre, dès qu’il se constitue. Il va être très actif à l’ONU pour défendre les Palestiniens. Et voilà un petit peu ce que l’on peut dire de cette situation. Alors, sur le terrain en Palestine, on le sait bien, on va avoir à nouveau comment Khawadji qui va venir d’Irak, on va avoir des Irakiens, on va avoir des Syriens, on va avoir de nombreux militants, combattants qui vont arriver des différents pays arabes. Mais ce qui est vraiment notable, et une chose sur laquelle je voulais insister, c’est qu’il faut imaginer, alors de la part de militants, de gens qui ont été soldats, on le comprend, mais je pense à ces Maghrébins, entre autres, qui vont partir, alors que vraiment ce sont des gens de ce qu’on appelle du commun, des paysans, des instituteurs qui vont tout quitter, qui vont quitter leur famille. Un mouvement qui est comparable à ce qu’on a appelé les brigades internationales dans le cas de l’Espagne, alors tout à fait comparable à cela. Quelque chose qui se fait contre les États, qui est l’expression d’une solidarité spontanée. Et voilà, ça c’est quelque chose qu’il est très important de mentionner.
Emmanuel Hiriart 38:51
Alors, pour qu’on comprenne bien l’importance de ce volontariat et de cet engagement pour la Palestine, est-ce qu’on peut, alors sûrement pas dénombrer précisément, mais localiser géographiquement la provenance de tous ces volontaires, en 1948 par exemple ?
Youssef Boussoumah 39:13
Oui, c’est un champ d’études qui serait vraiment très intéressant de défricher beaucoup plus qu’il ne l’a été. Mais on a vraiment des volontaires qui viennent de partout, qui viennent d’associations musulmanes, effectivement, bon, évidemment des frères musulmans, mais on a des volontaires qui viennent de l’ensemble du monde musulman. On a des volontaires qui viennent du Soudan, d’Afghanistan, du Yémen du Nord, enfin du Yémen en général. On a vraiment une infinité de groupes qui se constituent de façon spontanée et qui viennent d’une ère géographique qui est bien plus large que l’ère géographique arabe. Ça, c’était important de le signaler. On a déjà des volontaires de Tunisie, par exemple, à l’époque.
Emmanuel Hiriart 39:56
Et alors, faisons un saut dans le temps pour comprendre l’évolution de ces, non pas de ces volontaires, mais de la solidarité, parce que notre débat est plus large que de simples volontaires qui viendraient combattre, mais également de l’implication de la question palestinienne dans les luttes, qu’elles soient politiques ou sociales, d’ailleurs, et donc dans les pays du Maghreb, mais également, comme elle concerne les Maghrébins, dans la partie des Maghrébins qui, au moment des indépendances, vont aussi faire le choix d’aller en France, y travailler, y vivre, etc. Est-ce qu’on peut résumer l’importance de cette question palestinienne dans le Maghreb et dans ses populations maghrébines, que ce soit donc au Maghreb ou sur la métropole française ?
Youssef Boussoumah 40:49
Alors, la question de Palestine et le sort de la Palestine intéresse toutes ces populations, d’abord au niveau d’une conscience musulmane, au départ, d’une conscience musulmane, ça c’est clair, la uma musulmane, ça sent concerné, mais aussi, par la suite, les naturalistes arabes. Avec l’essor du nationalisme arabe, eh bien, c’est évident que, et les mouvements de colonisation s’inscrivent, dans le monde arabe, s’inscrivent évidemment dans le grand ensemble du nationalisme arabe, donc c’est évident que cela va concerner directement les populations sur place dans les pays colonisés qui luttent en même temps et qui très rapidement vont voir la lutte palestinienne comme étant tout à fait liée à leur propre lutte. Ce sera notamment le cas de l’Algérie, évidemment, hein, de l’Algérie, euh, voilà, où, ou, ou, ou, dans le même temps, on a aussi des mouvements sionistes au Maghreb, hein, donc par jeu de miroir, c’est, il était logique que cela préoccupe les gens déjà, déjà à ce titre. Mais on a donc ces populations qui vont sortir de la colonisation par des luttes extrêmement dures, on a des populations qui sont très sensibilisées à la question de Palestine et qui ont le sentiment que, finalement, dans le monde arabe, eh bien, la Palestine est le dernier peuple encore colonisé. Et la Palestine est encore le dernier peuple colonisé, c’est un petit peu ce qu’il a ressenti. C’est, par exemple, ces dirigeants algériens qui, dès 1962, déclarent que l’Algérie ne sera jamais vraiment libre tant que la Palestine ne le sera pas. Donc, à Alger, on a déjà des dirigeants palestiniens qui se rendent à Alger dès 1962, hein, dès 1963, et, et, et, et, ce lien est, est, est, est, est, est fait. Par la suite, on a des, des populations immigrées qui viennent du Maghreb et qui s’installent en France. Et ces populations immigrées, on a déjà une population algérienne très importante en France, durant même, bien évidemment, avant même l’indépendance, hein, et de, de l’Algérie. Et ces populations sont, évidemment, sensibilisées à la question de Palestine, parce que là, on a une information qui est beaucoup plus importante, comment qu’auparavant, on sait ce qui se passe en Palestine, je l’ai dit tout à l’heure, on a, on a les actualités, et par la suite, on aura même la, la, la télévision. Donc, ces, ces travailleurs immigrés qui viennent, qui viennent du Maghreb, et bien, sont sensibilisées à la Palestine aussi, parce que, dans les années 60, c’est, c’est, c’est l’époque du, c’est l’époque de, c’est l’époque de, de l’Égypte triomphante, c’est l’époque de, de Nasser, c’est l’époque du nationalisme arabe, c’est l’époque de la chanteuse de Oum kalsoum, et, et, et tout cela, et bien, exalte complètement la cause palestinienne. Et donc, ces populations immigrées, il faut comprendre l’impact qu’à l’époque, le Nasser, sur les populations immigrées d’origine arabe. C’est, c’est un État qui, en plus, a été attaqué en 56, il y a eu ce qu’on appelle l’agression tripartite, et qui a vaillamment résisté, et qui tient bon, qui tient bon, comment, ces principes, comment concernant le soutien à la Palestine. Donc, ces populations immigrées en France sont très sensibilisées à la question de Palestine, parce qu’elle fait partie intégrante d’une, de, de la nation arabe, du nationalisme arabe, qui, à l’époque, était au pinacle. Il y a ça aussi. Donc, c’est pas uniquement à la Palestine en tant que telle, mais c’est aussi parce qu’elle fait partie de, de, de ce sentiment panarabe. Mais cela va être renforcé aussi, et plus précisément, pour la, pour la Tunisie et le Maroc, dans les années 60, par l’arrivée d’une immigration, à la fin des années 60, par l’arrivée d’une immigration étudiante, très politisée, et donc très sensibilisée à la cause palestinienne, et ces populations étudiantes, alors beaucoup plus dans ce qui, dans ce qui, dans ce qui concerne la Tunisie et le Maroc que l’Algérie, d’ailleurs, pour d’autres raisons. À l’époque, il n’y a pas encore beaucoup d’étudiants algériens qui viennent en France. Mais donc, on a, on a un certain nombre d’étudiants tunisiens, d’étudiants marocains, qui viennent, qui viennent apporter également leur, leur soutien à la Palestine, qui est un soutien d’origine, évidemment idéologiquement marquée par le nationalisme arabe, mais aussi par les théories marxiste-léniniste. C’est le grand essor des théories marxiste-léniniste à l’époque, donc ce sont des étudiants qui sont d’extrême-gauche en général, qui en même temps, eh bien, fuient la répression dans leur pays, viennent en France comme étudiants, mais deviennent travailleurs évidemment en France, par la force des choses, hein, ils doivent travailler en même temps, et eux apportent un soutien à la Palestine. Je l’ai dit, qui peut être du sens nationaliste arabe, mais aussi marxiste-léniniste
Emmanuel Hiriart 45:42
D’accord.
Youssef Boussoumah 45:42
et particulièrement maoïste. Et donc, on a cette convergence entre une ancienne immigration ouvrière pro-palestinienne, je dirais par esprit nationaliste arabe, et aussi ces étudiants qui arrivent et qui, eux, eh bien, le sont aussi parce qu’ils sont aussi liés aux idéologies de libération révolutionnaire marxiste-léniniste. Ça, c’est quelque chose qui va, qui va, qui va faire convergence dès la fin des années 60, et dans les années 70.
Emmanuel Hiriart 46:15
Et dans les années 70, ce, l’ébullition politique, notamment à l’extrême-gauche en France, va se saisir également de la question palestinienne, au-delà, donc, des courants politiques propres aux organisations, souvent de travailleurs ou d’étudiants. maghrébins. Comment cette évolution va se faire dans le landerno-politique, comme ça, à l’extrême-gauche notamment ? Elle va dépasser le cadre de la solidarité entre musulmans, de la solidarité entre arabes ? Comment est-ce qu’elle va être perçue ? Comment est-ce qu’elle va être portée ? Et surtout, parce qu’on est un peu pris par le temps, comment est-ce qu’elle va s’arrêter quasiment nette après l’opération de Munich menée par l’OLP ?
Youssef Boussoumah 47:10
Alors oui, effectivement, il faut revenir un petit peu quelques années en arrière. Après la défaite de 1967, des armées arabes s’est constitué de premiers comités de solidarité avec la Palestine. Comité arabe de solidarité avec la Palestine. Pourquoi ? Parce qu’après 1967, on le sait, il y a eu, au sein de l’OLP, enfin, les Palestiniens prennent le pouvoir à nouveau, si je puis dire, au sein de l’OLP. Il y avait une ancienne direction dirigée par Ahmed Choukhalé. Et là, on va voir apparaître des gens comme Yasser Arafat qui vont prendre la direction de l’OLP et qui ont un discours révolutionnaire. Et ce discours révolutionnaire, justement, est à double destination, d’abord en direction du peuple palestinien, mais aussi en direction des populations arabes, quelles qu’elles soient dans le monde entier. Et ce discours révolutionnaire, il va faire mouche auprès de nombreux militants arabes, qu’ils soient nationalistes arabes, qu’ils soient marxistes, puisque la révolution palestinienne se veut un ferment révolutionnaire dans tout le monde arabe. Et cela va être encore plus important avec l’émergence du FPLP, du Front Populaire de la Libération de la Palestine, puisque lui, le Front Populaire de la Libération de la Palestine, il a une action politique et révolutionnaire encore plus affirmée, puisque c’est de lui que l’on tient cette fameuse formule, la route de Jérusalem passe par toutes les capitales arabes. Donc, c’est un appel direct à la solidarité. Donc, en France, il y a ce comité de la Palestine arabe qui va se constituer dès après 67 et qui va évidemment concentrer, qui va mobiliser des travailleurs arabes, je l’ai dit, de différentes origines. Mais précisément à partir de 1972, va naître le mouvement des travailleurs arabes, le MTA. Ce sont donc des militants, principalement tunisiens, marocains et aussi algériens, qui vont se constituer en mouvement des travailleurs arabes. Un certain nombre d’entre eux, donc, c’est en 72, un certain nombre d’entre eux, étaient précédemment à la gauche prolétarienne.
Emmanuel Hiriart 49:24
D’accord.
Youssef Boussoumah 49:24
Comme vous l’avez dit, la gauche prolétarienne, en 72, s’est autodissoute. Et cette gauche prolétarienne, elle rassemblait avec de nombreux travailleurs arabes qui vont, après la dissolution de la gauche prolétarienne, se retrouver tous dans ce mouvement des travailleurs arabes. Dans ce MTA ; et ce MTA, euh, alors, milite pour, disons, une option révolutionnaire dans les pays du Maghreb, hein, mais aussi, évidemment, avec la Palestine comme drapeau, avec la Palestine comme drapeau, et de façon très, très marquée, de très, très marquée, ce MTA, par exemple, aura une troupe de théâtre qui s’appellera la Hasifa, la Tempête, qui est le nom de la branche armée, hein, du FATHA. Et ce MTA mobilise énormément les travailleurs sur leur situation évidemment dans leur pays d’origine, qui sont des, des, des pouvoirs, on va dire, autocratiques, hein, non démocratiques, et, et, et aussi pour la Palestine. Alors ça va être quelque chose d’extrêmement important en France. Ce sont des manifestations, ce sont des meetings, ce sont des, des, des, des grandes soirées culturelles, Et on a même avec eux des liens avec les représentants de l’OLP à Paris, notamment Hazine Kalak,
qui sera d’ailleurs assassiné à Paris par un réseau du Mossad.
Emmanuel Hiriart 50:55
Comment réagit justement Israël et donc le Mossad ? À ce moment-là, on sait que dans cette époque-là, notamment après Munich, je résume un peu pour notre auditeur, l’implosion de la gauche prolétarienne qui avait accueilli pour l’essentiel cette lutte pro-palestinienne, va donc imploser sur la question du soutien ou non à l’opération de Munich, donc de l’attaque des athlètes israéliens pendant les Jeux olympiques. On sait que cette opération va engendrer une riposte militaire, entre guillemets, israélienne, y compris sur le territoire européen. Et là, vous mentionnez le cas de gens qui étaient non pas des Palestiniens, mais qui étaient dans ces réseaux de solidarité, de soutien et dans cette mobilisation arabe maghrébine en France, et donc qui vont être également assassinés par le Mossad. C’est bien ça ?
Youssef Boussoumah 51:55
Oui, bien sûr. Il y a un réseau du Mossad qui, dès après l’opération de Munich, va être envoyé en Europe et va commettre environ une dizaine d’assassinats. Et parmi les personnes assassinées, on a des gens qui ne sont pas palestiniens. On va avoir des attentats contre, par exemple, la librairie arabe à Paris, qui n’était pas tenue d’ailleurs par un palestinien. On va avoir l’assassinat de Mohamed Boudia, qui était un militant du FLN, qui était un homme de théâtre et qui est en France, donc, qui est très proche de la révolution palestinienne, évidemment, et qui sera assassiné par ce commando du Mossad, qui l’accuse d’être lié à l’opération de Munich. Donc, il y a des attentats contre des lieux culturels immigrés. Et de ce point de vue, d’ailleurs, il est intéressant de voir la convergence qu’il peut y avoir entre des attentats d’extrême droite et des attentats sionistes, puisque ces deux courants politiques visent, ciblent la même population. Ça sera dans ces années 70. On aura aussi l’attentat contre le consulat algérien de Marseille. Donc, on a vraiment une volonté du Mossad, aussi, de terroriser les sympathisants de la Palestine en France, puisque cela, on le sait très bien, n’avait rien à voir avec Mohamed Boudia, par exemple. Il est peu probable qu’il ait été lié directement à l’opération de Munich. Je crois que ça vise vraiment la solidarité avec la Palestine, à l’époque. Et le Mossad n’hésite pas à avoir recours à des éliminations, à des assassinats.
Emmanuel Hiriart 53:46
Quand on évoque, finalement, ces formes de brigades internationales, notamment dans les années 70, on a plutôt en tête des Japonais, des Allemands, ou dans le cas de Carlos, des Latino-Américains, qui vont rejoindre le FPLP. Mais est-ce que c’est le cas aussi de Maghrébins, issus des territoires du Maghreb, d’Afrique du Nord, ou bien dans la diaspora, qui vont s’engager ? Est-ce qu’eux font le parcours vers le FPLP ? Ou plutôt vers le FATA, par exemple ? Est-ce qu’il y a quelques études là-dessus, sur le parcours de quelques militants
Youssef Boussoumah 54:24
Alors, études précises, je ne sais pas. Mais ce que je sais, c’est mon expérience personnelle. Enfin, puisque j’ai connu un certain nombre de militants qui sont allés, évidemment, dans la région arabe pour se battre aux côtés des Palestiniens, et alors aussi bien aux côtés du FPLP que du FATAH. Aussi bien du côté du FPLP que du FATAH. Alors ce n’est pas un mystère que de rappeler que la gauche prolétarienne elle-même, ce sont des faits qui sont connus dont je parle, que la gauche prolétarienne elle-même, juste avant l’opération de Munich, donc ça devait être à l’été 71, la gauche prolétarienne elle-même avait des liens avec les Palestiniens, notamment le FATAH, hein, et le FPLP aussi je crois, et il était question d’envoyer donc à l’époque déjà un véhicule. un certain nombre de militants s’entraîner dans les camps du Liban, hein, je crois qu’il avait été demandé qu’une cinquantaine de militants donc de France partent s’entraîner dans les camps du Liban, et ça c’était l’été qui précède, hein, l’été qui précède l’opération de Munich, alors je ne sais plus si c’est l’été de 71 ou l’été qui précède donc directement Munich en 72, mais voilà, pour dire qu’il y a eu, alors ça c’était organisé au niveau de, disons de, de, de la gauche prolétarienne, mais un grand nombre d’organisations françaises ont envoyé des militants se battre, alors des militants franco-français on va dire, mais bien évidemment il y avait aussi des militants maghrébins, j’en ai connu aussi, qui sont allés se battre, et ayant un petit peu circulé dans la région, notamment, surtout dans les années 80, eh bien j’ai moi-même rencontré un certain nombre de militants maghrébins, des Tunisiens, des Algériens, qui depuis des années étaient aux côtés des Palestiniens, étaient même devenus officiers, étaient même devenus officiers du FATAH, voilà, j’ai rencontré un officier du FATAH qui était de ma région en Algérie, de Blida, c’était un Algérien, depuis il était devenu officier du FATAH, j’ai rencontré des Tunisiens aussi, qui, alors, ce sont des gens qui ont participé à toutes les batailles, je rappelle de ce militant tunisien, comment, qui avait perdu une jambe lors de la bataille de Khaldé, après l’invasion israélienne de Beyrouth en 82, où il y a eu des combats très très durs à Khaldé, et tentative de débarquement, et donc, effectivement, j’en ai connu aussi un autre, un jeune Marocain, qui un jour, comme ça, excédé par ce qu’il entendait, à la radio, contre les Palestiniens, c’était au début des années 80, décide de tout larguer, puis il est parti, il est parti se battre, pareil, aux côtés des Palestiniens. Donc, on a eu, en fait, la reproduction de ce qui s’était passé en 48, à partir du Maghreb, où des volontaires partaient, et là, dans les années 70, années 80, même encore, eh bien, ça va au début des années 80, donc avant Beyrouth, évidemment, avant l’attaque israélienne, l’invasion du Liban de 82, eh bien, on a donc des jeunes qui partent se battre aux côtés des Palestiniens. Alors, quelle que soit l’idéologie, que ce soit par nationalisme arabe, que ce soit par esprit révolutionnaire marxisté-héniniste, c’est un fait.
Emmanuel Hiriart 57:39
À partir de 82, vous le disiez, l’invasion du Liban par les forces israéliennes qui vont, finalement, expulser le FATAH et ses milliers de combattants vers la Tunisie, finalement, est-ce qu’il n’y a pas ici, pour clore notre entretien, une sorte de cercle qui se terminerait, C’est-à-dire des gens du Maghreb qui vont combattre ou solidariser avec les Palestiniens et qui finissent par les accueillir à Tunis, chez eux, finalement.
Youssef Boussoumah 58:08
Oui, effectivement. On a, alors à Beyrouth, on le sait très bien, à Beyrouth, pendant toutes les années, la décennie des années 70, on a eu des volontaires qui venaient du monde entier, hein, qui venaient du monde entier. On a eu des volontaires qui venaient du Bangladesh, on a eu des volontaires qui venaient de Shrinanka, on a eu des volontaires qui venaient de toute l’Europe, évidemment. Et lorsque l’invasion israélienne de 82, en 82, lorsqu’il y a l’invasion israélienne, parmi les martyrs, on trouve des volontaires, du monde entier, euh, également européens, euh, également européens, euh, donc, euh, dont certains ont été exécutés de façon sommaire, d’ailleurs,
Emmanuel Hiriart 58:47
Forcément, oui.
Youssef Boussoumah 58:47
lorsqu’ils ont été capturés, euh, Israël, sachant que leur, que leur gouvernement ne ferait pas d’histoire. Voilà. Et, et, et, et donc, euh, effectivement, ensuite, on a, on a peut-être la, la fermeture d’un cycle avec, avec ces palestiniens qui, eux-mêmes, euh, doivent, la dire, la direction palestinienne qui, elle-même, doit, doit quitter le Liban et, et va aller, sur les réfugiés à Tunis et Alger, Alger, où il y aura le CNC, le Conseil National Palestiniens, et la déclaration de l’État de Palestine, euh, quelques années plus tard. Oui, c’est, c’est la, c’est la fin d’un cycle, pas la fin d’une solidarité, c’est la fin d’un cycle de solidarité, et la solidarité avec la Palestine a pris différentes formes, ce qui s’est jamais interrompu, il faut quand même le préciser, et, et, et elle a encore de beaux jours devant elle, si, si j’en juge, aux, aux, aux récents événements, mais, en fait, c’est, c’est quelque chose qui anime, maintenant, maintenant, les peuples, euh, partout dans le monde, parce que, je vais te dire, mais, on a aussi eu des, des, des, des latino-américains, on a eu, euh, énormément de, de, de volontaires du monde entier, et je crois que c’est une cause qui, maintenant, est connue, euh, jusqu’au fond des îles Galapagos, euh, je crois que plus personne n’ignore aujourd’hui, cette cause palestinienne, mais c’est, cette solidarité a été, a été une des pages très importantes, euh, de l’histoire de la Palestine, euh, c’est une solidarité, pourquoi, alors, la question, et c’est un grand débat, hein, euh, euh, qui pourra être ouvert, pourquoi est-ce que cette cause palestinienne touche tant, hein, touche tant les populations, euh, puisque, je l’ai dit, aussi bien des nationalistes arabes, des nationalistes indonésiens, des nationalistes pakistanais, mais, également, des marxistionistes, tout simplement des gens, euh, des gens du commun, ont pu être sensibilisés, euh, par cette cause. C’est, c’est, c’est un débat qu’il faut vraiment, euh, mener, euh, parce qu’on a, on a, on a, on a, on a, quelque chose d’essentiel.
Emmanuel Hiriart 1:00:42
Youssef Boussoumah, avant de, de vous remercier, de vous, vous libérer pour, pour aujourd’hui, je tiens à préciser que vous allez notre, cette interview sera diffusée dans le cadre d’un cycle, euh, le, notre épisode sera consacré, finalement, euh, aux solidarités plus récentes en provenance de l’Occident, à travers, euh, les missions civiles, dont vous avez été l’un des, l’un des fondateurs, des initiateurs à Paris, euh, les campagnes civiles internationales pour la protection du peuple palestinien à partir de la seconde intifada, Mais également, euh, à travers les flottilles, qui sont nées, euh, dans les, dans les années, euh, 2000, donc pour ce, pour cela, nous recevrons Thomas Sommer-Houdeville, et un, un dernier, euh, provisoirement, un, un dernier épisode clôtura ce, ce petit cycle, en traitant, justement, du cimetière des martyrs de Chatila, du camp de Chatila, qui accueille, euh, alors, euh, la terre entière, j’ai envie de dire, des, des, des martyrs venant, euh, enfin, je trouve que ce, ce, ce, ça résume l’engagement, euh, auprès de la, de la Palestine, Et donc, ce sera Nicolas Dot Pouillard qui fera, qui a écrit un article très précis sur la question, et donc, qui fera une recension, un peu, des, des parcours de ces militants, au-delà de leurs états, qui n’ont pas été à la hauteur, en tout cas, de nombreux militants ont perdu la vie, euh, et sont enterrés, et ont préféré, d’ailleurs, rester enterrés, euh, à Chatila. Youssef Boussoumah, je voulais vous remercier beaucoup pour, euh, pour votre intervention, très riche, qui nécessitera sûrement de vous resolliciter pour aborder, euh, d’autres points, plus actuels, plus anciens, en tout cas, je ferai appel à votre mémoire d’historien et de, de militant. Merci beaucoup Youssef.
Youssef Boussoumah 1:02:25
C’est un plaisir. Au revoir.
Emmanuel Hiriart 1:02:26
Pour aller plus loin que cet épisode, et mieux comprendre l’opération de de 1972 et ses conséquences, en termes de répression par Israël, mais aussi au sein du mouvement de solidarité avec la Palestine, notamment en France, en provoquant l’implosion de la gauche prolétarienne, l’organisation d’extrême gauche, Sur cette question du terrorisme, des faits qui sont simplement évoqués ici par Youssef Boussouma, nous avons pris l’habitude de proposer un format court, qui s’arrête sur des faits, des dates, des figures ou des définitions, et qui pourrait rester sans réponse, donc, dans nos entretiens. Celui, donc, sur l’opération de Munich, est déjà disponible en ligne. Merci, donc, d’avoir écouté cet épisode. Nous espérons qu’il vous a plu et qu’il a enrichi le débat. N’hésitez pas à laisser un sur les plateformes d’écoute ou à nous soutenir en faisant un don à notre association qui produit des documentaires, des podcasts depuis 2002. Ainsi, je vous incite à aller écouter également notre documentaire sur le Hezbollah, Récit stratégique, le Hezbollah et la guerre asymétrique au XXIe siècle, dont le lien est dans la description. Merci.
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