Fragments de Palestine

Un Podcast sur la Palestine

Retrouvez aussi la série documentaire « Récit Stratégique » dont la première saison est consacrée à la guerre au Liban

Mourir à Beyrouth, le cimetière des martyrs de la révolution palestinienne de Chatila

Entretien avec Nicolas Dot-Pouillard mené par Emmanuel Hiriart

À l’occasion de la mort au Liban le 23 juillet 2026 de Kōzō Okamoto (1947–2026) membre de l’Armée rouge japonaise dernier survivant de l’attaque de l’aéroport de Lod en Israël, survenu le 30 mai 1972 qui va faire 26 morts et 80 blessés le Podcast se saisit de l’internationalisation de la lutte palestinienne.

Réfugié à Beyrouth depuis sa libération en 1985 par Israël dans le cadre d’un échange de prisonniers. Il fut enterré dans le cimetière des martyrs de la révolution palestinienne rattaché au camp de réfugiés de Chatila dans la banlieue de la capitale libanaise.

Ce lieu accueille de nombreux militants internationalistes dont des français, des italiens, des tunisiens, des irakiens ou des libanais mais aussi des dirigeants ou figures intellectuelles de la lutte palestiniennes depuis les années 1970.

Le camp de Chatila étant déjà un premier symbole de l’histoire de la Palestine, son cimetière est surement aussi un moyen de comprendre la solidarité mondiale avec les palestiniens depuis ces années là et la place de Beyrouth et du Liban dans ce combat.

Nicolas Dot-Pouillard fin connaisseur de ces mouvements et de ces militants qui vont s’investir dans la lutte armée à partir des années 1970 ainsi que depuis des mouvements islamistes d’ailleurs est l’auteur de « La Mosaïque éclatée – Une histoire du mouvement national palestinien (1993-2016) » mais aussi avec Wissam Alhaj et Eugénie Rebillard d’un ouvrage unique, « De la théologie à la libération ? – Histoire du Jihad islamique palestinien« .


Retranscription (provisoire) de l’épisode 8 de la saison 1

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Fragments de Palestine.

 Je suis Emmanuel Hiriart et je vous propose, toutes les semaines, un grand entretien sur

 une question qu’elle soit historique, politique, géographique, militaire, diplomatique, culturelle

 ou juridique.

 Qu’elle concerne un dirigeant, un militant, une figure intellectuelle ou militaire de

 la Palestine.

 Une manière de mieux comprendre la Palestine et les Palestiniens, au moment où ils subissent

 en plus d’une occupation, un génocide, et que le monde se saisit de la question

 en se solidarisant.

 L’ensemble de nos podcasts, produits par Image d’ici et d’ailleurs, sont gratuits

 et disponibles sur toutes les plateformes.

 Mais les produire n’est pas sans coût pour notre association.

 Vous pouvez donc nous soutenir en réalisant un don sur Hello Assault dont le lien est

 dans la description de cet épisode ou sur notre site Fragments de Palestine.fr par

 avance merci.

 Pour parler de la question de l’engagement auprès de la Palestine et donc de la solidarité

 internationale, je reçois une fois encore Nicolas Dot-Pouillard.

 Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont l’un sur la Tunisie, La révolte

 et ses passés, mais également sur le jihad islamique, dans un ouvrage qui

 s’intitule De la théologie à la libération, Histoire du jihad islamique, qui a été

 publié en 2014, et enfin La mosaïque éclatée, une histoire du mouvement national en Palestine,

 en 2016.

 Il fut chercheur à l’Institut français du Proche-Orient à Beyrouth, et il exerce

 toujours dans la capitale libanaise, au sein du Center for Humanitarian Dialogue,

 une organisation suisse qui œuvre sur la question palestinienne notamment et ses

 nombreux réfugiés au Liban.

 Nous abordons aujourd’hui avec lui la question du cimetière des martyrs de

 Chatila, le célèbre camp, malheureusement célèbre, de la banlieue de Beyrouth, qui

 accueille donc de nombreuses personnalités de cette solidarité internationale depuis

 la fin des années 70.

 Nicolas  Dot-Pouillard, bonjour.

 Je souhaitais vous interroger à nouveau, vous étiez intervenu une première fois

 au tout début de cette saison dans le podcast Fragments de Palestine à propos

 de la gauche, une histoire de la gauche palestinienne ou des gauches palestiniennes,

 et je voulais vous réinterroger sur un autre sujet de prédilection, vous qui

 habitez à Beyrouth depuis des années, à savoir le cimetière des martyrs de

 Chatila, connu encore sous le nom de cimetière de la Révolution

 palestinienne, dans lequel a été enterré il y a peu, on en

 registre ici fin juillet et le 24 juillet 2026 a été enterré donc dans

 ce cimetière des martyrs, Kozo Okamoto, un militant de l’armée rouge japonaise,

 alors ça fait beaucoup d’informations, le Liban des palestiniens de l’armée

 rouge japonaise en 2026 enterré à Chatila.

 Est-ce que vous pourriez, afin de préparer nos auditeurs à ce voyage

 dans le temps et dans l’espace et dans la solidarité internationale, nous

 décrire ou nous expliquer où se situe ce cimetière et qu’est-ce qu’il a comme

 signification ?

 Ce cimetière est un cimetière qui se situe près de la banlieue sud de

 Beyrouth, en fait il est devant la banlieue sud de Beyrouth, il longe

 notamment une avenue qui s’appelle l’avenue Jamal Ben Nasser, donc il

 est sur une, on va dire, à côté d’une autoroute qui conduit de

 Beyrouth à l’aéroport de Beyrouth et qui donc jouxte la banlieue sud.

 D’un côté, il jouxte la banlieue sud et de l’autre côté, il jouxte le

 camp de réfugiés palestiniens de Chatila, qui est connu, hélas, pour

 notamment le massacre commis par les milices d’extrême droite maronite

 chrétienne en septembre 1982 avec l’appui des, avec le soutien des

 Israéliens à l’époque qui occupaient Beyrouth.

 Donc c’est un cimetière qui n’est pas dans le camp de

 réfugiés de Chatila, mais qui vraiment jouxte le camp d’un côté et

 jouxte la banlieue sud et l’autoroute avec cette avenue Jamal Ben Nasser

 de l’autre. C’est un cimetière qui est difficile à trouver au premier

 abord parce qu’il est, il est, il est un espèce de rond-point sur

 la droite qu’on ne voit pas forcément parce qu’il y a beaucoup

 d’arbres. Il est entouré également par un barrage de l’armée libanaise.

 Il est un peu dans un lieu improbable, comme j’ai dit, à côté

 d’une autoroute et puis il y a des espèces d’ateliers de

 ferraillerie à côté, donc on ne le voit pas forcément quand on

 passe en voiture, alors que pourtant, c’est un des principaux

 lieux de mémoire palestiniens au Liban et même au-delà du Liban,

 ce cimetière des martyrs de la Révolution est connu par les

 palestiniens, également des territoires de Syrie, etc.

 parce qu’ils portent toute une histoire et parce qu’ils sont

 enterrés beaucoup de dirigeants palestiniens connus, moins

 connus, de militants, mais aussi parce que ce cimetière a

 une particularité, ce n’est pas un cimetière confessionnel,

 entre guillemets, c’est un cimetière dans lequel il y a des

 chrétiens, des musulmans, ce qui peut être assez rare au

 Liban et dans la région, ce n’est pas un cimetière confessionnel

 et c’est un cimetière internationalisé puisque il y a

 beaucoup de dépouilles de militants internationaux qui venant

 du Japon, d’Amérique latine, de France, de l’ensemble des

 pays du monde arabe, donc c’est un cimetière, on pourrait

 dire, internationalisé qui représente, je dirais, une partie

 de l’histoire palestinienne, pas seulement dans sa dimension

 de mouvement national, mais aussi d’un mouvement de libération

 qui a attiré des centaines de militants venus du monde entier,

 notamment dans les années 1970 et 1980.

 Les auditeurs pourraient être surpris qu’on fasse un épisode

 sur un cimetière, surtout qu’il est, vous l’avez dit,

 non seulement pas très grand, difficile d’accès, il est libre

 d’accès, mais effectivement, il y a un barrage de l’armée

 libanaise parce qu’on est en fait en périphérie de Beyrouth

 qui, auparavant, était quand même un peu plus centrée.

 Et donc, on était finalement un peu dans une zone de terrain

 vague qui donnait sur ce camp de Shatila, les camps

 n’étaient pas directement reliés aux villes à l’époque.

 Mais il a, à mon sens, et vous me corrigez si je me trompe,

 le podcast souhaite démontrer la centralité de la prison

 dans la question palestinienne, mais souhaite également,

 à travers ce cimetière, montrer la centralité de la cause

 palestinienne dans les engagements internationaux.

 Et je trouve, moi, qu’il est une simple visite de ce cimetière,

 raconte une histoire incroyable qu’on n’a, il faut le dire,

 pas l’habitude d’entendre dans les livres d’histoire,

 y compris dans les, comment je dirais, les anecdotes militantes,

 parce que c’est souvent quelques figures qui se sont engagées,

 mais qui en racontent beaucoup plus sur la centralité

 de la question palestinienne dans les engagements militants,

 vous l’avez dit, en Amérique latine, en Europe et jusqu’en Asie,

 jusqu’au Japon.

 Comment est né ce cimetière ?

 Parce qu’on sent qu’il est né d’une volonté aussi de,

 palestinienne, c’est pas un bout dans un cimetière,

 je sais pas comment expliquer, il y a eu une volonté de créer

 matériellement ce cimetière et d’en faire un symbole.

 Tout à fait.

 En fait, ce cimetière est né au milieu des années 60.

 Il est né d’un besoin.

 Déjà, c’est que les palestiniens, qui sont des réfugiés au Liban,

 ont toujours eu un problème pour enterrer les gens.

 Il fallait louer des terrains, même pas pour les combattants,

 pour enterrer simplement les proches, la famille.

 Et aux alentours de 1965, dans la seconde moitié des années 60,

 il y a une fondation qui s’appelle la fondation de l’Organisation

 de Libération de la Palestine.

 Donc une fondation qui est une fondation de soutien aux familles,

 de martyrs et de prisonniers, etc.

 va en fait louer un terrain près du cimetière de Shatila

 pour simplement, au début, enterrer les gens.

 Au début, c’est pas un cimetière forcément pour enterrer des combattants,

 c’est un cimetière pour enterrer les proches,

 je dirais les familles.

 Donc c’est une extension, entre guillemets,

 c’est une extension d’un cimetière qui existe déjà au départ.

 C’est vraiment un terrain qui est loué par la fondation pour créer un cimetière.

 D’accord, c’est la création d’un cimetière.

 Même si, en fait, à côté, il y a aussi un cimetière libanais en réalité,

 jusqu’à aujourd’hui d’ailleurs.

 Il y a aussi une mosquée ou souvent une mosquée libanaise

 où sont souvent fait les cérémonies

 qui s’appelle la mosquée Rashodji,

 d’ailleurs, où il y a eu la cérémonie pour Kozo Okamoto

 avant de l’emmener au cimetière des martyrs de Shatila.

 Mais ce terrain est un terrain loué à l’origine

 par la fondation des martyrs de l’OLP.

 Et c’est seulement à la fin des années 60 et début des années 70

 qu’ils vont commencer à enterrer des combattants.

 D’ailleurs, l’un des premiers combattants qui a été enterré

 n’est pas un combattant palestinien.

 Donc on en revient à cette notion d’internationalisation.

 C’est un combattant qui s’appelait Khalil Azeddin Jamal

 qui était Libanais, qui était mort au combat

 avec les Palestiniens en 1968 en Jordanie,

 dont le corps va être ramené et qui va être enterré

 dans ce cimetière palestinien.

 Donc dès le début, en fait, les Palestiniens vont commencer

 à ouvrir le cimetière à d’autres nationalités,

 en fait simplement à tous les gens qui les soutiennent.

 C’est ça l’objectif.

 C’est enterrer les leurs et enterrer les gens qui les soutiennent

 et vont être au fur et à mesure des années enterrés dans ce cimetière.

 Beaucoup de figures marquantes de l’histoire du monde national palestinien,

 des figures même qu’on connaît en Europe, en fait.

 J’avais rédigé un article avec un ami qui s’appelle

 Pierre Tonacella, qui est réalisateur.

 On avait écrit un article sur l’histoire du cimetière

 des martyrs de Shatila pour le monde diplomatique.

 Et on avait dit dans cet article, en fait,

 il y a des figures qui sont très connues en Europe,

 y compris dans la culture, dans la culture populaire.

 On avait donné l’exemple, par exemple, du film Munich

 de Steven Spielberg.

 Dans le film Munich de Steven Spielberg, qui a été très regardé,

 il y a, par exemple, le récit de l’assassinat en 1900,

 je crois que c’est 1973, de l’assassinat à Verdun,

 où les Israéliens vont débarquer à Verdun et vont tuer

 trois grands dirigeants de l’OLP, qui étaient Kamal Adwan, Kamal Nasser

 et Abu Youssef el-Najjar.

 Cette scène est représente.

 C’est une des scènes clés du film de Steven Spielberg à cette époque.

 Ces trois dirigeants sont enterrés dans ce cimetière.

 On parle souvent, par exemple, d’Ali Hassan Salamé,

 qui était le chef de la garde personnelle de Arafat,

 qui était le chef des services de renseignement de Fatah,

 qui a été marié, il est connu, pourquoi ?

 Parce qu’il a été marié à la Miss Liban,

 qui est devenue, je crois, Miss Universe, je sais plus.

 J’ai été une mannequin très connue, etc.

 Ali Hassan Salamé est un personnage assez connu.

 Il est enterré là, il a été assassiné, y compris par les Israéliens.

 Il est enterré à cet endroit.

 Je renvoie pour ces personnages là.

 Je renvoie au format court du podcast qui s’appelle

 Munich, Septembre Noir,

 que les auditeurs peuvent aller mieux comprendre à la fois cette opération,

 l’opération de Munich et l’opération de vengeance des Israéliens.

 Et donc, il y a des bios un peu rapides,

 mais succincts de ces différents personnages que vous avez évoqués là.

 Tout à fait. Ils sont là-bas.

 Donc voilà, il y a des grandes figures marquantes.

 Il y a une grande figure marquante également qui est palestinienne,

 qui est enterrée là-bas, qui est Khassan Kanafani,

 qui est connu en France que Khassan Kanafani a été

 un des plus grands auteurs en littérature arabe,

 même s’il a été assassiné jeune.

Khassan Kanafani était un leader du Fonds Populaire

 pour la Libération de la Palestine.

 Il a été aussi assassiné par les Israéliens avec sa nièce,

 qui s’appelait Lamis, qui était assez jeune,

 qui était adolescente, dans sa voiture a explosé.

 Et Khassan Kanafani est connu en France simplement

 parce que ses oeuvres ont été traduites aux éditions Actes Sud,

 ses pièces de théâtre, ses textes,

 « Des hommes dans le soleil » qui est un texte très connu

 qui a été traduit aux éditions Actes Sud.

 C’est un texte qui a été traduit même par Michel Seurat,

 qui était le fameux chercheur français

 après qui a été enlevé au Liban et qui a disparu ici.

 Le père de Leïla Seurat qu’on recevra bientôt,

 qui est une jeune chercheuse spécialiste du Hamas.

 Tout à fait.

 Et donc Khassan Kanafani, par exemple,

 les gens, je ne sais pas si ils vont à Lafnac ou à Jyber,

 je ne sais pas où,

 peuvent avoir les oeuvres en français de Khassan Kanafani.

 Et ce Khassan Kanafani est enterré aussi au cimetière de Chatila.

 Donc en fait, il y a des figures comme ça assez marquantes

 dans l’histoire du mouvement national palestinien qui sont enterrées là-bas.

 Peu de gens le savent en fait.

 Et comme je l’ai dit, c’est un petit cimetière

 qu’on ne voit pas forcément quand on passe en voiture,

 mais qui contient toute une espèce de grande histoire.

 C’est ça un peu le paradoxe de ce cimetière.

 Vous avez cité des figures, alors certains, du FATAH,

 notamment ceux de septembre noir,

 mais également du Front populaire de libération de la Palestine.

 On avait fait ensemble une histoire des gauches ou de la gauche palestinienne

 sans forcément s’arrêter sur ces différents partis en profondeur.

 Mais je voudrais qu’on rebondisse sur les gens qui se sont solidarisés

 avec le FATA ou le Front populaire à ce moment là,

 parce que les années 70, ça marque finalement la conjonction de lutte

 dans des pays occidentaux ou arabes.

 Et puis le fait que ces gens-là vont rejoindre la lutte palestinienne,

 souvent des militants de gauche,

 précise que par exemple selon Der Spiegel,

 les gens de septembre noir s’étaient aussi solidarisés

 ou l’inverse, je ne sais pas comment l’expliquer,

 avec des figures d’extrême droite en Allemagne.

 Mais ça reste un épiphénomène.

 On a plutôt des militants nationalistes arabes ou des militants de gauche,

 et notamment ceux qui vont se solidariser

 à travers les réseaux du Front populaire de libération de la Palestine,

 de Georges Abash.

 Et est-ce que finalement à travers ce cimetière,

 on n’a pas cette espèce de réseau de nébuleuses

 qui s’est créé à ce moment là dans les années 70 ?

 En fait, ce cimetière, au-delà de l’histoire palestinienne,

 il permet de saisir un moment,

 qui est vraiment le moment post-68,

 c’est le moment international des nouvelles gauches,

 avec toutes les nouvelles gauches radicales,

 que ce soit en France, au Japon, en Amérique latine.

 En Amérique latine, les nouvelles gauches radicales inspirées par Cuba,

 notamment le mouvement de la gauche révolutionnaire chilienne,

 les mouvements d’extrême gauche au Japon,

 avec les groupes qui s’appelaient à l’époque Partizan Kyoto,

 la Ligue communiste.

 Il y avait des groupes, des centaines de groupes à travers le monde

 dans cette période post-68,

 certains vont adopter la lutte armée et d’autres pas.

 Mais beaucoup, la majorité de ces groupes,

 à l’époque, quel que soit les continents,

 se sont attachés à la cause palestinienne.

 Alors ils se sont attachés à la cause palestinienne de multiples manières.

 Il y a eu la lutte armée qui est une chose,

 effectivement avec des gens qui vont venir à Beyrouth avec les palestiniens

 et qui vont pour beaucoup mourir ici, au Liban.

 Certains vont mourir aussi en Jordanie, au front.

 Mais c’est une solidarité qui était beaucoup plus large.

 C’est une solidarité qui pouvait être une solidarité des artistes.

 On pense notamment à Jean-Luc Godard, à l’époque,

 qui était dans sa période maoïste avec le groupe Diga Vertov,

 qui venait en Jordanie, qui filmait les palestiniens,

 et qui restait attaché, d’ailleurs, à la question palestinienne

 jusqu’à ces derniers jours, Jean-Luc Godard.

 Donc il y a des mobilisations artistiques,

 il y a des mobilisations humanitaires,

 il y a des gens qui s’engagent comme infirmiers

 dans les camps de réfugiés palestiniens.

 Et parmi ces gens, effectivement, par exemple,

 de quelqu’un qui a eu un engagement humanitaire,

 mais qui après a eu un engagement dans la lutte armée,

 il y a une française qui est enterrée au cimetière des martyrs de Shatila,

 qui s’appelle Françoise Kesteman,

 qui a été tuée au Liban donc en 1985.

 Et Françoise Kesteman, à l’origine,

 c’est une descendante de réfugiés,

 donc je ne sais plus du côté de sa mère ou de son père,

 des descendantes de réfugiés,

 enfin de partisans de la République espagnole

 pendant la guerre d’Espagne.

 C’est quelqu’un qui est proche du,

 proche et membre du parti communiste français,

 c’est une communiste française

 et qui va vraiment s’attacher à la question patiente

 et qui va partir à l’origine comme infirmière au Liban.

 Et elle va soigner les gens notamment dans le camp de Rachidieh,

 le camp de Rachidieh, le camp de réfugiés patientes de Rachidieh,

 il est au sud du Liban, à côté de la ville de Tire.

 Et puis elle va assister à toutes les invasions israéliennes,

 l’invasion de 78, l’invasion de 82, etc.

 jusqu’à prendre à un moment une décision radicale,

 c’est une décision d’entrer dans le Fatah,

 de devenir une militante de Fatah

 et d’entrer effectivement dans la lutte armée.

 Et donc c’est une femme qui va être tuée

 dans une opération contre l’occupation israélienne à Saïda.

 C’est une opération directement contre l’occupation israélienne

 puisque les Israéliens occupaient la ville de Saïda,

 encore en 1985.

 Elle va prendre un pneumatique, un petit bateau,

 avec des militants palestiniens.

 Il va se passer un combat sur la mer, etc.,

 des échanges de tir avec un bateau israélien.

 Ils reviennent sur la plage, un combat sensuel avec l’Israélien.

 Elle est tuée, son corps est récupéré par les palestiniens

 et elle va être enterrée au cimetière de Shatila

 avec les honneurs militaires.

 Il y a des textes, des lettres qui ont été publiés par son mari,

 notamment qui s’appelle « Mourir pour la Palestine ».

 Et il y a un très beau documentaire sur elle

 de la chaîne de télévision Al Jazeera

 qui a été fait il y a quelques années.

 Donc c’est un exemple, par exemple, d’une militante française

 qui a eu différents types d’engagement sur la Palestine,

 donc on va dire humanitaire, comme infirmière,

 puis comme combattante par la suite.

 Mais il y a beaucoup de profils comme ça.

 Il y a des Italiens, il y a un Italien qui s’appelle Federico,

 par exemple, qui était au Front démocratique,

 qui est d’ailleurs le documentaire sur Françoise Kesterman,

 le documentaire fait par Al Jazeera il y a quelques années,

 est un documentaire en réalité qui est sur Françoise et sur Federico,

 qui est un portrait croisé des deux.

 Et ce Federico qui était italien, il a un parcours,

 il a participé, par exemple, à la bataille de 1982

 au château de Beaufort, qui est le fameux château des croisés.

 Alors qui se situe au sud de Nabatieh,

 qui est très proche de la frontière,

 qui est sur un piton, qui est donc un endroit stratégique,

 qui a été repris depuis quelques mois par l’armée israélienne,

 comme il l’avait fait pendant l’occupation de 1982.

 Il y a d’ailleurs un film,

 Beaufort qui traite de ça du point de vue israélien

 et qui montre un peu la façon dont Israël peut perdre une guerre,

 y compris en dominant un point fort du sud de Liban,

 parce que c’est une théorie que j’appelle dans le podcast Récits Stratégiques,

 Beaufort trop près, Beyrouth trop loin,

 c’est-à-dire qu’on tient un point à la frontière

 et puis en fait on est incapable de traverser l’Italie,

 d’aller plus loin parce qu’on est harcelé

 par une guerre asymétrique de partisans,

 je renvoie les auditeurs au second podcast Récits Stratégiques,

 mais donc effectivement,

 Federico lui va se retrouver dans les combattants palestiniens à l’époque.

 Il a été dans la bataille du château de Beaufort en 1982,

 lorsque les Israéliens remontaient vers Beyrouth,

 lui va s’en sortir et il a un parcours tout à fait aussi touchant

 qui est raconté dans le documentaire,

 c’est que lui c’est un combattant et sa femme malheureusement en Italie

 va avoir le cancer, elle va mourir,

 donc il repart habiter en Italie pendant des années,

 il a un petit kiosque, il va lui retourner pour s’occuper de ses enfants

 et puis en fait lui-même malade,

 il a décidé de retourner au Liban,

 de retrouver ses anciens camarades et de mourir au Liban

 et il a demandé d’être enterré au cimetière de Chatila

 et c’est il y a quelques années ça,

 c’est-à-dire au cimetière de Chatila,

 pareil, les palestiniens ont fait un défilé militaire en son honneur

 pour l’enterrer, c’était sa demande de dire

 c’est une partie de ma vie et je désire être enterré à ce moment-là

 et il y a plein plein plein de parcours comme ça,

 il y a même des gens du Bangladesh

 qui ont aussi participé à la bataille du château de Beaufort,

 donc on a vraiment des internationaux d’un peu partout

 avec des histoires qu’il faut croiser,

 certaines histoires sont maintenant un peu racontées par les chercheurs,

 j’ai parlé de ce documentaire de Al-Jazeera,

 mais voilà, il y a un peu un retour,

 mais il y a beaucoup de tombes avec des gens qui mériteraient

 aussi un retour biographique, des recherches,

 parce qu’il y a quand même beaucoup, une accumulation de tombes

 et il y a naturellement les combattants arabes

 et là il y en a vraiment beaucoup,

 pas seulement forcément des combattants,

 on trouve par exemple dans ce cimetière latin de Balqis,

 qui est la femme du grand poète irakien,

 quand on étudie la poésie arabe,

 on étudie forcément la poésie du poète irakien Nisar Kabani,

 et sa femme Balqis s’est enterrée au cimetière de Shatila,

 pas parce que c’était une combattante,

 et ça c’est un trait important du cimetière de Shatila,

 mais parce qu’elle a toujours été proche des palestiniens,

 elle était la femme du poète Nisar Kabani,

 elle est morte dans un attentat

 contre l’ambassade irak pendant la guerre civile,

 et à la fate et la direction palestinienne,

 on proposait qu’elle soit enterrée au cimetière de Shatila,

 parce que c’était toujours une femme qui dans le domaine culturel,

 était toujours proche de l’ONP,

 donc il y a eu cette proposition de dire qu’elle fait partie de nous,

 donc elle a aussi sa place ici,

 et effectivement ça tombe et dans le cimetière des martyrs de Shatila.

 Vous parliez d’une fondation qui a acheté ce terrain,

 mais en fait qui le gère au quotidien,

 parce qu’il décide de qui va être enterré là,

 parce que logiquement on fait un point très rapide

 dans les sociétés moyennes orientales,

 on s’enterre,

 alors pour les palestiniens c’est plus compliqué,

 parce qu’ils viennent de régions dans lesquelles ils ne peuvent pas retourner,

 notamment je parle des réfugiés,

 mais vous parliez dès le début de Libanais qui se sont fait enterrer là,

 logiquement on se fait enterrer dans le caveau familial,

 pour faire simple sur la carte d’identité,

 on est né non pas là où on est né,

 mais on est né dans le village d’origine de ses parents,

 de ses grands-parents, etc.

 Peu importe qu’on soit né à l’hôpital à Beyrouth,

 on va être né d’un village au sud, au nord, dans la Bekaa,

 qui est celui-là, qui décide,

 je comprends la volonté de certains, notamment de Federico,

 qui perd toute sa famille en Italie,

 et qui finalement se dit,

 bon ma vie elle a été aussi là-bas,

 et j’ai des camarades là-bas,

 et finalement je vais être enterré là-bas.

 Ça me paraît finalement plus énigmatique

 et peut-être plus fort encore en symbolique de la part de Libanais.

 Est-ce qu’on peut comprendre à la fois,

 bon on ne peut pas rentrer dans la décision de ces gens

 qui décident eux de demander à être enterré là,

 mais qui décident dans l’association, le parti, le regroupement,

 d’accepter ces funérailles dans ce cimetière ?

 Théoriquement de toute façon c’est toujours les fondations de l’OLP,

 de l’organisation de libération de la Palestine,

 qui sont en charge de ce cimetière,

 et qui acceptent qu’il peut y être ou qu’il ne peut pas y être.

 Donc après je pense que c’est du côté des étrangers,

 notamment des Libanais,

 à mon avis c’est quelque chose qui se négocie avec les familles,

 si les familles désirent,

 ils peuvent enterrer, enfin ça c’est pour une période passée,

 c’est quand même ancien,

 leurs proches peuvent être enterrés là-bas

 s’ils ont eu un rôle militant, historique,

 dans le mouvement de libération nationale palestinien,

 mais c’est toujours un cimetière qui est géré par l’OLP,

 et d’ailleurs il faut noter quelque chose d’important sur le sujet,

 qui montre l’actualité de ce cimetière.

 Ce cimetière est un cimetière de l’OLP,

 donc sont enterrés là-bas majoritairement les internationaux,

 les militants palestiniens,

 les Libanais, de la gauche libanaises,

 de la gauche arabe, les tunisiens, etc.

 les Marocains, les Irakiens,

 il y en a eu beaucoup aussi,

 qui ont combattu auprès des palestiniens.

 Mais c’est historiquement un cimetière centré sur l’OLP.

 Depuis deux ans, il y a un petit changement,

 c’est que, historiquement,

 les islamistes n’étaient pas enterrés dans ce cimetière.

 Quand je parle d’islamistes,

 je parle majoritairement de Hamas et de jihadis palestiniens.

 Ils suivent des frères musulmans, donc.

 Oui.

 Lorsqu’en 2024, il y a eu le premier bombardement

 sur la banlieue sud de Beyrouth,

 depuis 2006, dans la guerre de 2024.

 Un peu avant la guerre de 2024 sur le Liban,

 les Israéliens ont bombardé la banlieue sud de Beyrouth

 et ont fait une opération pour assassiner Salah al-Arouri,

 qui était le dirigeant militaire de Hamas à l’extérieur.

 Donc, il n’y a pas le dirigeant Mohamed Deïf,

 qui n’est pas le dirigeant militaire de Hamas à Gaza,

 qui est l’ancien responsable en Cisjordanie,

 mais qui vivait à l’extérieur et qui vivait au Liban

 et qui était caché dans la banlieue sud.

 Donc, c’est un dirigeant de Hamas

 qui a été assassiné avec ses adjoints

 et il a été enterré au cimetière des martyrs de la Révolution,

 ce qui est un changement puisque ce cimetière,

 historiquement, est attaché à l’histoire de l’OLP.

 Et là, depuis, commencent à être enterrés d’autres gens

 qui ne sont pas du tout dans le Hamas,

 ce n’est pas une oration membre de l’Organisation de Libération de la Palestine,

 et pourtant, ils ont été enterrés là-bas.

 Ce qui fait que maintenant, depuis récemment,

 on voit dans le cimetière un certain nombre de tombes

 qui sont plus représentatives des dynamiques passées,

 mais qui parlent de la guerre de maintenant,

 qui parlent de la guerre de 2024 et qui parlent de la guerre de 2026.

 Il y a, par exemple, maintenant, des tombes de jeunes Palestiniens.

 Certains sont membres du FPLP,

 certains sont membres de Hamas,

 certains sont membres du Jihad slamique.

 On trouve ces tombes, on voit les photos,

 ce sont des jeunes qui sont tombés au front du Sud Liban en 2024 et en 2026.

 Donc, ils sont morts au Sud Liban en combattant.

 Et donc, en fait, ça montre aussi l’actualité de ce cimetière.

 Ce cimetière, maintenant, ne parle plus que du passé,

 mais en fait, on peut aussi faire une histoire du temps présent

 et des guerres de maintenant, en fait.

 Oui, dans la reprise du feu en février-mars,

 enfin en mars 2026,

 autant dans la première partie de cette guerre

 qui opposait majoritairement le Hezbollah à Israël,

 beaucoup de cadres,

 80% de l’état-major du Hezbollah avait été sacrifié dans cette guerre.

 À la reprise du feu,

 en étant extérieur et en comptant un peu les morts,

 en les dénombrant et en essayant de comprendre un peu leur profil,

 je me suis aperçu, moi, mais je n’étais pas le seul,

 que de nombreuses figures palestiniennes

 avaient été ciblées par ces assassins ciblés israéliens

 sur le territoire libanais,

 des cadres du Front Populaire,

 des cadres libanais de la Jaama Islamiya,

 des gens du jihad islamique, du Hamas,

 des gens du Fatah.

 Voilà, il y a eu beaucoup d’assassinats,

 de cadres,

 ça et là, dans la BK, à la frontière, à Masna, à Beyrouth,

 à Tire, à Saïda, il y a eu des tirs sur les camps de réfugiés

 de Ayn-el-Eloué, je crois même à Rachidieh.

 Et donc, en fait, vous me dites là que ces militants-là,

 islamistes pour la plupart,

 je ne sais pas pour la plupart, en tout cas pour certains,

 ont été enterrés dans le cimetière des martyrs.

 C’est une sorte de réactualisation de la lutte, en fait.

 Oui, alors, la majorité ont été, enfin pas la majorité,

 certains ont été enterrés à Komsala, qui vient de Cisolanie,

 a été enterré avec ses adjoins, c’est une tier des martyrs de Shatila.

 Les combattants palestiniens, donc les jeunes morts au sud Liban,

 originaires des camps de Beyrouth,

 c’est-à-dire de Bourj-el-Barajneh, Shatila, etc., sont enterrés là-bas.

 Après, il y a aussi des jeunes combattants palestiniens

 qui sont tombés au front, mais qui sont originaires d’autres camps.

 Par exemple, des camps du Nord, Nahr-El-Bared, Baddawi,

 qui sont près de Tripoli au nord du Liban,

 eux sont enterrés au nord, forcément.

 Mais pour ceux de Beyrouth, ou pour les grands dirigeants,

 c’est vrai que là, si on va dans le cimetière maintenant,

 ces jours-ci, on voit de nouvelles tombes avec des jeunes visages,

 la plupart du temps.

 Et ce sont là, même pas des cadres, c’est des jeunes combattants.

 C’est-à-dire, au-delà des cadres palestiniens

 qui ont été tués et qui ont été visés au Liban,

 parce qu’ils ont des responsabilités,

 il y a des jeunes qui se sont engagés au front pendant ces deux guerres.

 Et majoritairement, ils appartiennent à trois organisations,

 c’est Hamas, Yad Islamique et le Front Populaire

 pour la Libération de la Palestine.

 Et il y a, par exemple, là, si on va à Shatila,

 il y a une nouvelle tombe,

 qui est la tombe d’un jeune qui s’appelle Abu Anis,

 qui est originaire du camp de Shatila,

 qui est né au camp de réfugiés de Shatila

 et qui a été tué là pendant la dernière guerre de 2026,

 probablement en mars, je crois qu’il a été tué au sud.

 D’accord.

 Et est-ce que c’est dans la lignée,

 vous évoquiez les Tunisiens, les Irakiens,

 est-ce qu’on peut faire un petit retour

 pour également présenter le profil de ces,

 j’imagine, jeunes garçons ou jeunes hommes

 qui sont engagés, eux, dans les années 70-80

 et qui sont effectivement enterrés à Shatila ?

 Il y avait dans les années, on va dire, majoritairement fin des années 60

 et tout le long des années 70,

 on va dire même jusqu’à la fin des années 80,

 beaucoup de mouvements de la gauche arabe

 ont donné des jeunes cadres,

 enfin, ont eu des volontaires,

 des jeunes volontaires qui sont partis se battre avec les palestiniens.

 Il y a tous les profils,

 il peut y avoir des profils étudiants, un peu intellectuels,

 mais beaucoup de profils sont aussi des gens de milieux populaires.

 Par exemple, il y avait un Tunisien dont le corps a été ramené en Tunisie en 2012

 qui s’appelait Umran Kilenim Khadami,

 qui était un jeune qui était dans la mouvance,

 c’est un peu ce qu’on appelle en Tunisie la mouvance Wattan,

 un des mouvements d’extrême gauche en Tunisie historiquement,

 c’est les Wattani in democracy, les patriotes démocrates.

 Et lui s’est engagé dans les débuts des années 80

 dans le Front démocratique pour la libération de la Palestine

 et il a été tué pareil, il a été tué au Sud Liban

 et son corps a été ramené en Tunisie,

 donc il a été enterré au cimetière de Shatila

 et son corps a été ramené en Tunisie.

 D’abord, c’était un jeune vraiment issu d’un milieux populaire,

 en l’occurrence, issu du bassin minier de Gafsa,

 qui est très connu en Tunisie,

 parce que c’est le bassin minier avec toutes les révoltes ouvrières,

 avec les usines de phosphate, etc.

 Lui, il vient de ce milieu-là

 et son corps a été ramené en 2012.

 Pourquoi attendre 2012 pour appeler son corps ?

 Parce que jusqu’à la révolution tunisienne,

 le président Ben Ali n’a pas refusé que le corps revienne,

 mais refusé qu’il y ait un hommage national, d’accord ?

 Et donc la famille disait s’il n’y a pas d’hommage national,

 nous, on ne le rapatriera pas.

 En 2012, l’UGTT, l’Union générale des travailleurs tunisiens,

 a proposé à la présidence de la République tunisienne

 de faire un hommage national et de ramener le corps.

 Et il y a eu une cérémonie au cimetière de Shatila

 pour la levée du corps et le corps a été reçu à Tunis

 avec les honneurs militaires,

 avec une manifestation populaire organisée par l’UGTT,

 l’Union générale tunisienne du travail,

 mais avec un hommage officiel,

 c’est-à-dire avec les représentants officiels de l’État tunisien

 et avec les hommages militaires à la sortie de l’avion.

 Là aussi, pour montrer qu’il y a toujours une actualité du cimetière,

 c’est-à-dire tout le monde avait oublié qu’il y avait ce Tunisien

 qui était à Shatila, ce n’était pas le seul.

 Mais lorsqu’il y a eu la révolution tunisienne,

 son corps a été ramené d’une manière publique,

 officielle, reconnue en Tunisie.

 Je voudrais faire un aparté en espérant ne pas être trop long,

 mais on était ensemble à Beyrouth au moment où Daech était extrêmement présent

 et développé l’État islamique en Irak et en Syrie.

 Et puis il y avait des attentats au Liban jusqu’à Beyrouth,

 qui visaient essentiellement la communauté chiite.

 Et on avait eu cette discussion sur l’origine des volontaires

 qui rejoignaient Daech.

 Et vous m’aviez dit à l’époque,

 c’est triste parce que j’ai étudié ces mouvements de solidarité

 et ce sont un peu les mêmes villes qui fournissent à l’époque

 des volontaires aujourd’hui pour Daech et à l’époque pour l’OLP,

 pour faire simple les différentes composantes que vous avez citées,

 Fronts populaires, Fronts démocratiques, FATA, etc.

 Et ça m’avait laissé un goût très amer.

 Et jusqu’à tant que je tombe sur le club de foot

 et son chant incroyable du Raja Casablanca,

 qui chante finalement cet internationalisme

 et ce soutien à la Palestine,

 je mettrai le lien de cette vidéo qui est incroyable,

 qui a un chant populaire ultra,

 mais qui est repris par l’ensemble du stade, femmes, enfants,

 et qui parle du fait d’aller en Palestine, d’aller à Jérusalem

 et de soutenir la Palestine,

 mais également qui dénonce la corruption des élites,

 des États arabes, etc.

 C’est un chant très, très fort, je pense.

 Un des plus beaux chants sur le soutien à la Palestine.

 Finalement, ça m’a réconforté avec cette idée

 où vous m’aviez mis un peu le blouse à l’époque

 sur la fin des engagements pour la Palestine.

 En fait, cet engagement-là, notamment au Maghreb,

 mais dans le monde arabe, il est toujours très présent

 et il reste une variable qui peut s’atténuer

 par des engagements romantico-terroristes, jihadistes

 dans d’autres organisations, mais il reste une constante.

 Oui, oui, c’est resté une constante dans la jeunesse,

 parce que les conditions de la lutte palestinienne ont changé.

 C’est-à-dire, à l’époque, la lutte de libération nationale palestinienne

 se déroulait essentiellement aux frontières

 de l’ancienne Palestine mandataire,

 c’est-à-dire en Jordanie et au Liban,

 où il y avait les mouvements armés palestiniens.

 Donc, il y avait une facilité pour la jeunesse arabe, notamment,

 d’aller à Beirut, d’aller à Amman jusqu’à une certaine année,

 on va dire jusqu’en 71,

 et de se mobiliser dans ces groupes-là,

 ce qui n’est plus possible après.

 C’est-à-dire une fois que l’OIP s’est rapatriée

 dans les territoires occupés, avec le processus d’Oslo, etc.,

 il n’y a plus de lutte armée extérieure palestinienne de grande ampleur.

 Donc, les conditions historiques ont changé,

 ce qui fait que s’engager pour la Palestine,

 pour un jeune, je ne sais pas, du Maroc, de Tunisie,

 ou d’Irak ou du Yemen,

 elle est forcément différente que dans les années 70.

 Quant à Daesh, c’est, à mon avis,

 qu’est-ce que je ne voulais dire pas, c’est qu’effectivement,

 tout simplement, l’État islamique a joué,

 pas les seuls, ça a été aussi le cas de Al-Qaeda à un moment,

 ils ont joué sur une partie du ressentiment de la jeunesse arabe

 dans les zones pauvres, dans les zones abandonnées par l’État,

 dans des états souvent autoritaires, etc.,

 ce qui explique qu’ils ont réussi à un moment,

 notamment lorsqu’ils se sont implantés en Syrie,

 à attirer des jeunes venus de l’ensemble du monde arabe,

 de Libye,

 c’est-à-dire des jeunes qui ont traduit leur colère par ça,

 mais naturellement avec un projet complètement différent

 que le projet qui était celui des gauches arabes en années 70,

 qui était un projet bien sûr plus internationaliste, etc.,

 avec une dimension de lutte des libérations nationales

 et une dimension sociale.

 Et alors, on va faire un retour dans le temps

 et aussi un saut dans l’espace,

 parce qu’on a lancé cet épisode en parlant de Kozo Okamoto,

 et donc il faut revenir à cette solidarité qui vient d’un pays

 finalement assez improbable pour un lien avec la Palestine,

 qui est le Japon, le Japon sous occupation étasunienne depuis 45,

 qui va effectivement, vous le disiez, aux alentours des années 68,

 voir une gauche radicale comme en Europe

 ou dans une moindre mesure aux États-Unis se créer

 et fonder différents groupes, dont celui de l’armée rouge,

 l’armée rouge unifiée,

 je sais que vous ne serez plus à même de m’en parler,

 et cette armée rouge va envoyer des volontaires.

 Alors, elle va faire tout un tas d’activismes.

 Je résume, ils ont un activisme d’abord très fort au Japon,

 ce sont des étudiants de la région de Tokyo notamment,

 qui vont, je résume, se mobiliser contre la construction à l’époque,

 alors bon, des réformes dans les facs

 parce que l’inscription devient payante et très chère,

 et puis ils vont se mobiliser contre la construction

 de l’aéroport qu’on connaît aujourd’hui,

 qui s’appelle Narita, le deuxième aéroport de Tokyo,

 qui va expulser des tas de gens de cette région-là

 forcément pour installer l’aéroport,

 et ils vont être amenés même à faire chez eux

 des détournements d’avions,

 et ils vont détourner les avions vers la Corée du Nord à l’époque.

 Bon, ils vont faire tout un tas d’attentats,

 mais on parle d’un groupuscule malgré tout,

 je crois qu’ils n’étaient quand même pas des milliers.

 Et alors, comment ces gens-là rentrent dans la lutte avec la Palestine,

 rejoignent le Front populaire,

 les organisations de Wadi Haddad et des autres,

 et comment ils vont être amenés à mener ces actions,

 donc notamment celle de Kozo,

 c’est-à-dire une attaque sur l’aéroport de l’Aude,

 donc l’IDA en Palestine occupée ?

 Le cadre du Japon et de l’extrême-gauche japonais,

 il est très particulier,

 parce qu’on se demande souvent comment au Japon,

 il y a eu une gauche radicale qui allait aussi loin dans la violence politique.

 Quand je dis la violence politique,

 ce n’est pas seulement utiliser des armes type Kalashnikov,

 c’était des manifestations même,

 où les affrontements avec la police étaient très violents,

 mais comment aussi ça a été si massif,

 c’est-à-dire au-delà des petits groupes armés,

 la gauche radicale japonaise,

 ou ce qu’on appelait la nouvelle gauche japonaise post-68,

 c’était des dizaines de milliers d’étudiants dans les rues, etc.

 Et pourquoi ça a été aussi massif ?

 Il y a eu une telle radicalisation au Japon pour deux raisons.

 D’abord le Japon, cette jeunesse,

 il y avait un fort sentiment américain du fait de Hiroshima,

 on l’oublie,

 et du fait effectivement que le Japon était une sorte de base américaine

 dans le cadre de la guerre du Vietnam.

 Oui, il y avait des porte-avions qui mouillaient au Japon,

 et la flotte américaine, étasunienne partait.

 D’ailleurs, il y avait l’armée japonaise combattait,

 on s’en souvient pas trop,

 mais en tout cas était dans les liens logistiques et militaires

 avec les Etats-Unis en tant qu’alliés des Etats-Unis

 dans la guerre contre le Vietnam.

 Et donc ça, c’est un des premiers facteurs

 qui a fait que la radicalisation contre l’État japonais

 et derrière en fait contre les Etats-Unis

 a été très très forte qu’au Japon,

 parce que c’était vu par la jeunesse étudiante,

 le Japon était vu par la jeunesse étudiante

 comme une espèce d’une île

 qui serait un gigantesque porte-avions américain

 dans le cadre de la guerre sur le Vietnam,

 sur la Corée,

 sur tout ce que les Américains ont pu faire dans la région à l’époque.

 Il y a une deuxième raison de radicalisation extrêmement violente

 qu’on oublie,

 c’est que cette jeunesse aussi,

 elle a voulu faire payer le prix à leurs parents et à leurs grands-parents

 dans une logique antifasciste.

 Il y a eu la même chose en Allemagne aussi avec la bande à Bader.

 On oublie par exemple que Fusiko Shigenobu,

 la fondatrice de l’armée rouge japonaise,

 son père était quelqu’un d’extrême droite,

 son père était quelqu’un qui soutenait l’empereur.

 Donc il y avait aussi la volonté dans cette jeunesse

 de dire aux vieilles générations

 on va nettoyer le Japon de tout ce que vous avez fait

 en termes de fascisme, en termes de logique ethnique,

 en termes de faire payer aussi les massacres en Chine, etc.

 Il y a eu un fort ressentiment de la jeunesse

 contre les générations précédentes,

 mais sur un mode antifasciste.

 Il y a eu un peu la même dynamique en Allemagne à une époque

 avec la fraction armée rouge, avec la bande Bader , etc.

 Donc ce sont deux facteurs qui expliquent

 qu’il y a eu tout ce processus qui a fait que l’extrême gauche

 était d’abord massive, ce n’était pas des groupuscules,

 et que même en ce qui s’agit des petits groupes armés,

 c’était des groupes armés qui sont allés très loin.

 Et ils ont rencontré les Palestiniens pour une raison simple,

 c’est-à-dire que les Palestiniens eux-mêmes

 avaient théorisé la notion de front anti-impérialiste

 à l’échelle internationale,

 ce qu’avaient fait aussi les Japonais, ce qu’ont fait d’autres groupes.

 Donc il était évident à l’époque de créer des liens

 entre les différents groupes radicaux, d’extrême gauche, etc.

 ou de gauche radicale.

 Et que le Liban était, il ne faut pas l’oublier,

 pour beaucoup de groupes au Japon,

 mais aussi en Amérique latine, en Afrique, partout,

 c’était un lieu où on pouvait aller s’entraîner,

 où il y avait des arbres.

 Je veux dire, on ne peut pas s’entraîner partout dans le monde comme ça.

 Au Liban, on pouvait.

 On pouvait avoir une formation militaire par les Palestiniens,

 ce qui était important.

 Et c’est aussi une des raisons qui amenaient beaucoup de ces groupes

 à venir ici, à Beyrouth,

 et à s’entraîner dans les camps de réfugiés Palestiniens.

 Oui, pour ces cadres-là qui vont venir au Liban,

 ils vont donc mener, je le disais,

 il va y avoir beaucoup d’actions contre la police,

 beaucoup d’actions contre les symboles,

 vous l’avez dit, de l’empereur, etc.

 Parce que le Japon a cette particularité

 qui s’est rendue en 1945, après deux bombes nucléaires,

 au pays qui l’avait bombardé.

 C’est-à-dire qu’il aurait pu se rendre aux Russes,

 aux Soviétiques, qui étaient beaucoup plus proches,

 et qui étaient proches d’envahir le pays.

 Mais pour préserver l’empereur,

 un peu…

 Voilà, pour préserver sa tradition et pour préserver l’empereur,

 il va se livrer aux États-Unis.

 Et donc, il est toujours sous occupation.

 Il y a beaucoup d’actions qui sont menées

 pendant cette guerre du Vietnam, vous l’avez dit,

 parce qu’en fait, le Napalm

 était notamment transité,

 puis la flotte étasunienne transitée par le Japon.

 Et donc voilà, ils vont faire,

 donc je le disais, des prises d’otages,

 des détournements d’avions,

 et ils vont être expulsés,

 je ne sais pas si le nom est bon,

 en tout cas, ils vont choisir de s’exiler au Liban.

 Donc, c’est-à-dire qu’ils ont déjà des contacts

 avec les groupes du Front populaire,

 ils vont s’exiler au Liban,

 et de là, ils vont décider aussi

 de continuer à mener des actions.

 Ils vont amener, en fait…

 Alors là, c’est à vous de me clarifier,

 c’est eux qui amènent la pratique du détournement d’avions,

 ou bien le détournement d’avions,

 c’était quelque chose qui était pratiqué ici et là,

 parce que non, il y avait déjà eu.

 Oui, les détournements d’avions,

 c’était majoritairement le Fatah,

 je ne pense pas qu’ils en ont fait,

 je pense que c’est majoritairement le Front populaire

 pour la libération de la Palestine,

 avec la figure très connue de Leïla Khaled, etc.

 Et avec aussi une mise en scène de ces détournements,

 c’est-à-dire, il y avait eu un des détournements

 où ils avaient après libéré les otages

 à l’aéroport de Hamam.

 J’ai oublié les détails,

 quelle année c’est, peut-être vers 68-69,

 et où après, ils avaient filmé,

 ils avaient fait exploser les avions,

 c’était à trois avions.

 C’était des opérations avec une dimension communication

 qui était très importante.

 C’est comme ça qu’ils le théorisaient en disant,

 vu que les Israéliens ont voulu nous effacer,

 on va rentrer par la grande porte en disant,

 on est Palestiniens, on est là.

 Et c’est vrai qu’à l’époque,

 ces prises d’otages, ces détournements d’avions,

 bon, c’est ce qui courait dans les médias

 à l’époque internationale.

 C’était filmé,

 ça choquait les opinions publiques,

 notamment occidentaux.

 Mais le point de vue de ces groupes Palestiniens

 était de dire que ça choque ou pas,

 c’est pas le problème pour nous, le problème,

 mais de faire entrer notre nom Palestiniens

 dans l’imaginaire occidental.

 Maintenant, ils vont retenir qu’on est là.

 Ce qui a marché pour un peu.

 Ça a marqué.

 Et donc, l’Armée Rouge,

 qui a donc pour les militants

 qui vont choisir l’exil vers le Liban,

 ce sont des gens aguerris

 qui ont déjà tous fait de la prison

 et tous mené des actions,

 dont des détournements d’avions,

 et vont décider donc de mener

 une action contre l’aéroport de l’Aude,

 qui va devenir l’aéroport Ben-Gourion

 à Lida,

 dans le nord de la Palestine occupée.

 Est-ce qu’on peut s’arrêter sur cette action-là

 parce qu’en fait,

 on en revient à notre personnage central,

 qui est un peu le fil rouge de cet épisode,

 qui est Kozo Okamoto,

 enterré en juillet dernier.

 En fait, je pense que sur l’opération,

 ce qu’on appelle l’opération de l’aéroport de l’Aude,

 je ne sais pas si on sait tout jusqu’à aujourd’hui,

 même s’il y a eu beaucoup de nouveaux témoignages,

 il y a notamment un documentaire

 de la chaîne Al-Jazeera là aussi

 qui a été réalisé sur ça,

 où ils ont interviewé beaucoup

 d’anciens militants japonais,

 et aussi des anciens leaders du FPLP

 comme Abou-Armad Fouad,

 qui est décédé il y a quelques années.

 D’abord, ce n’était pas une opération

 qui a été organisée uniquement

 par l’armée rouge -japonaise,

 c’était une opération qui a été co-organisée

 par le FPLP et par l’armée rouge -japonaise

 avec d’ailleurs, je crois, un communiqué commun.

 C’est-à-dire Wadih Haddad

 et d’autres dirigeants du FPLP,

 palestiniens,

 ont été impliqués dans l’organisation,

 dans la logistique,

 ce qu’ils ont reconnu officiellement.

 Deuxièmement, ce qu’on sait aujourd’hui,

 c’est que cette opération

 devait être bien plus grosse,

 bien plus importante.

 Alors, l’opinion publique et l’histoire ont connu

 c’est quelque chose d’important et de marquant

 puisqu’il y a eu 30 morts dans l’aéroport.

 80 blessés.

 Et pas seulement d’ailleurs des Israéliens,

 il y avait eu aussi, je crois, des pèlerins,

 je crois, des Philippins, des Américains.

 Aussi, une des victimes, par ailleurs,

 était un Israélien qui travaillait

 sur le programme nucléaire israélien,

 dont on a dit qu’il était aussi probablement

 une des cibles en fait réelles de cet attentat.

 Mais l’opération devait être plus grosse.

 C’est ce qu’on racontait aussi d’anciens dirigeants du FPLP

 puisqu’elles devaient aussi impliquer

 en fait des militants du FPLP de Palestine de 48,

 qui devaient en fait prendre des otages

 et attaquer des soldats israéliens

 à d’autres points de l’aéroport.

 Mais l’opération a échoué

 et donc en fait elle s’est limitée seulement aux Japonais.

 Bref, dans l’opération, effectivement, à l’époque,

 deux Japonais ont été tués par les gardes israéliens

 ou par la police.

 Et un n’a pas été tué, c’est le fameux Kozo Okamoto,

 qui va avoir un procès,

 qui va passer un certain nombre d’années en prison,

 qui va être torturé,

 qui a été torturé au point que ça l’a rendu fou.

 C’est-à-dire quand il est sorti en 1985,

 il est fou, enfin, au sens où il a perdu une partie de sa conscience.

 Par exemple, les Palestiniens qui l’ont connu au Liban

 racontent que quand il est sorti de prison,

 il aboyait pour demander à manger

 parce que dans les actes de torture

 qui avaient été commis en prison par l’israélien,

 c’était effectivement le fait qu’il fallait qu’il aboie

 pour qu’on lui donne de la nourriture.

 Donc c’est un réflexe qu’il avait gardé

 après sa libération.

 Donc tous les témoignages ici, par exemple,

 des Palestiniens qui s’occupaient de lui

 au Liban, c’est qu’effectivement,

 il avait perdu une partie de sa conscience.

 Il était conscient de certaines choses

 et puis sur d’autres choses complètement inconscients.

 Devenu à moitié fou,

 enfin voilà, en ayant perdu la moitié de sa conscience,

 on va dire.

 Et il va avoir le statut de réfugié politique

 au Liban à partir du début des années 2000,

 sachant que d’autres compagnons à lui

 ont été expulsés par l’État libanais vers le Japon.

 Mais c’était des compagnons à lui de l’armé rouge japonaise

 qui avaient moins d’implication dans la lutte armée,

 dans les attentats,

 et qui vont faire quelques ailes de prison au Japon

 et qui vont être libérés.

 En tout état de cause, aujourd’hui,

 de toute façon, l’histoire de l’armée rouge japonaise,

 elle est, comme je dis,

 souvent terminée et soldée.

 Il n’y a plus d’armée rouge japonaise.

 C’est 10 août en 2001.

 La majorité de ses membres,

 ils se sont soit rendus,

 soit ils sont morts pour certains en prison,

 soit ils ont fait quelques ailes de prison

 et ils ont été libérés.

 On le sait peu,

 mais par exemple, dans l’armée rouge japonaise,

 il y avait un fort milieu

 autour de cinéastes

 qui, plus tard, vont se reconvertir

 dans la culture manga et tout ça.

 Un des cinéastes,

 je crois qu’il s’appelle Masao Atashi,

 je crois que c’est Masao Atashi,

 c’était quelqu’un qui était allé au Festival de Cannes en 71.

 Et puis, sur le chemin du Japon,

 il va s’arrêter au Liban,

 il va rester jusqu’en 2000.

 Il n’a pas participé à la lutte armée,

 mais il va être un militant de l’armée rouge japonaise

 sans avoir d’implication dans quelle coopération armée.

 Il va retourner en 2000.

 En 2000, il va être arrêté.

 Il va faire deux, trois ailes de prison au Japon,

 ce qui est très peu.

 Puis il va être libéré.

 Et puis aujourd’hui, c’est un réalisateur japonais très connu.

 Est-ce que je peux faire le comparatif

 avec un peu ce qu’étaient les brigades rouges en Italie,

 c’est-à-dire aussi un mouvement social, politique,

 dans lequel tout le monde n’était pas engagé

 dans une lutte armée,

 tout le monde n’était pas à détenir Aldo Moro.

 Il y avait aussi des gens qui faisaient de la lutte culturelle,

 des manifestations.

 Parce que c’était, on parle de manifestations

 de dizaines de milliers d’étudiants

 qui étaient attaqués par des dizaines de milliers de policiers

 dans les universités à l’époque.

 Donc il y avait des gens qui ont eu des parcours

 politiques et non pas militaires

 au sein de l’armée rouge japonaise.

 Ça a été le cas ici et ça a été le cas, par exemple,

 pour ce réalisateur japonais qui est assez connu.

 Si on tape, je crois que c’est Maseo Atashi,

 le nom exact, si on tape Maseo Atashi sur Wikipédia,

 on a toute la liste de ses films, etc.

 Et le fait qu’il a fait deux ans de prison,

 deux ou trois ans, c’est-à-dire l’État japonais

 avait rien contre lui.

 Mais quand je dis que cette affaire, maintenant,

 elle est soldée.

 Kozo Okamoto est mort il y a une semaine.

 Il a été enterré ici.

 Ce n’était même plus un grand sujet de discussion

 entre l’État japonais et le Liban.

 Et puis surtout, la leader de l’armée rouge japonaise,

 elle a été libérée.

 En 2022, je crois,

 après une longue peine de prison,

 c’est-à-dire, elle était en clandestinité, etc.

 En 2000, elle revient au Japon.

 Elle revient au Japon clandestinement.

 Oui, elle est incarcée.

 Après, quand on revient.

 Voilà, c’est-à-dire quand on revient au Japon clandestinement

 et qu’on s’appelle Fusako Shigenobu,

 je dirais il y a 90% de chances qu’on se fasse arrêter.

 Je ne sais pas si c’est volontaire ou pas, mais bon.

 Elle est retournée, elle s’est fait pratiquement arrêter immédiatement.

 Et elle a effectué une peine de 22 ans.

 Et puis, elle a été libérée en 2022.

 Donc, ce sujet de l’armée rouge japonaise maintenant au Japon

 est devenu un sujet assez lointain et assez soldé.

 Comment s’est déroulé finalement l’enterrement de ce kozo Okamoto ?

 Qui était présent ?

 Donc, je n’imagine pas des Japonais,

 mais là, des Palestiniens,

 peut-être des gens aussi de la solidarité internationale.

 On a pu suivre ces enterrements,

 y compris à la télévision au Liban.

 Qu’est-ce qui est ressorti de cet enterrement ?

 Quelle signification, quelle symbolique il avait ?

 Bon, ce enterrement, il a été filmé,

 il a été suivi sur certaines télévisions panarabes,

 notamment la télévision El-Mayadine,

 je crois qu’il l’a retransmise pratiquement en direct,

 c’est-à-dire avec une mise en scène.

 C’est-à-dire qu’il y a eu un espèce de protocole qui a été fait,

 parce que c’est quelqu’un qui vivait semi clandestinement.

 C’est-à-dire que ce n’était plus quelqu’un qui était clandestin,

 qu’on ne voyait jamais.

 Il avait quelques apparitions publiques,

 et donc visiblement, là où il est mort,

 il est mort dans la banlieue sud de Beyrouth,

 dans le quartier de Burj el Barajneh.

 Donc, il ne vivait plus dans un camp de réfugiés,

 il vivait à Burj el Barajneh.

 On sait que ceux qui s’en occupaient,

 parce que j’ai dit qu’il avait perdu la moitié de sa conscience,

 donc il fallait des gens pour s’occuper de lui,

 pour le laver, pour tout ça, depuis de longues années.

 C’étaient des palestiniens du FPLP qui s’en occupaient,

 qui jouaient le rôle d’infirmier.

 Et donc, quand il est mort, il y a une espèce de protocole

 avec un défilé de voitures et de l’ambulance

 à travers la banlieue sud de Beyrouth,

 et qui ensuite est allé à la mosquée à Shojik,

 qui est la mosquée à côté du cimetière,

 avec une cérémonie dans la mosquée.

 Je n’ai aucune idée si c’est converti à l’islam ou pas,

 je ne sais pas du tout.

 Je ne sais pas, c’était juste protocolaire.

 Il avait un surnom ici, on l’appelait

 Ahmed Aliyebani, Ahmed le Japonais.

 Donc il avait adopté un nom arabe,

 mais je ne sais pas du tout s’il y a une…

 Ça, je ne peux pas dire, je n’ai vraiment aucune idée.

 Et puis ensuite, il y a eu un défilé populaire,

 on va dire de la mosquée jusqu’au cimetière

 où il a été enterré.

 Ce qui était intéressant, c’était de voir la participation politique,

 qui était une participation politique,

 on va dire d’après les images, on peut dire,

 qui reflète ce qu’est aujourd’hui l’axe de la résistance,

 ce qu’on appelle l’axe de la résistance en général.

 C’est-à-dire, il y avait naturellement les Gauches.

 Alors les Gauches, c’est le FPLP, le Front démocratique,

 mais les Gauches arabes, il y avait des mi-temps du Parti communiste libanais,

 par exemple, il y avait le mouvement du peuple de Najar Khawakim,

 parce que l’ancien député Najar Khawakim,

 l’ancien député grec orthodoxe de Beyrouth,

 est quelqu’un qui, dans les années 2000,

 s’était beaucoup mobilisé contre l’expulsion des mi-temps japonais.

 Najar Wakim, c’est un député nasserien,

 un nationaliste arabe.

 Donc voilà, il y avait aussi ce qu’on appelle la gauche libanaise.

 Il y avait en fait tout ce qui représentait l’ancien mouvement national libanais

 allié aux Palestiniens dans les années 70.

 Et puis, il y avait une représentation aussi de tous les partis palestiniens,

 y compris le Hamas, qu’ont envoyé des dirigeants,

 du Hezbollah, qui ont envoyé aussi des représentants.

 Donc ça, c’était assez représentatif de ce qu’on appelle aujourd’hui

 l’axe de la résistance dans le cadre même de la guerre actuelle

 avec les États-Unis, Israël, etc.

Se passent donc de cette façon-là

 des grandes figures de la gauche, vous l’avez dit,

 des mouvements nationalistes arabes et quelques mouvements islamistes.

 Je souhaiterais vous poser une question plus problématique.

 Je comprendrais que vous n’y répondiez pas,

 parce que c’est un cas qui concerne la politique et la justice en France.

 Mais la députée européenne Rima Hassan est poursuivie

 pour avoir, je crois, lors d’un tweet,

 j’ai pas exactement suivi toute cette affaire,

 honoré la mémoire à Beyrouth de cette armée rouge

 d’une manière assez anodine, il me paraissait.

 Elle est poursuivie pour apologie du terrorisme.

 Notre propos ici n’est pas de critiquer cette poursuite judiciaire.

 Elle passera, elle est passée à une première audience,

 je crois que c’est renvoyé au mois de décembre ou je ne sais quand.

 Vous, en tant que chercheur, c’est ça qui m’intéresse.

 Est-ce que, parce que vous avez l’air de dire,

 depuis 2001, l’armée rouge est dissoute,

 il n’y a plus d’enjeux, il n’y a plus d’enjeux militaires.

 Moi, ce que j’ai du mal à comprendre,

 c’est effectivement comment est-ce qu’on peut être poursuivi,

 pour avoir parlé d’un mouvement qui a existé,

 mais qui n’existe plus, de gens qui sont causaux et morts maintenant,

 mais il était le dernier survivant de toute cette opération.

 Qu’est-ce qu’on peut penser, une fois de plus,

 en tant que chercheur, spécialiste de la question,

 sur cette incrimination ?

 Moi, je pense, Rima Hassan, après, il y aura un procès,

 mais Rima Hassan s’exprimait plusieurs fois sur le sujet en disant,

 la phrase incriminée n’est pas du tout une phrase qui fait référence

 à la violence politique, c’est-à-dire,

 elle a cité une phrase et cette phrase fait référence à la résistance.

 Le mot résistance, il fait référence aussi à la jeunesse,

 ou Kozo Okamoto disant, depuis toujours, depuis ma jeunesse, etc.

 J’imitais pour la palestine, je serais toujours pour la résistance

 du palestinien, etc.

 Donc, le concept de résistance n’est pas soluble dans la violence politique.

 C’est ça que je veux dire, et à mon avis,

 je pense qu’en France, c’est un des enjeux,

 pas seulement de ce procès, mais d’autres procès,

 ou un des enjeux du débat public.

 La résistance, c’est un mot qu’on peut employer de manière tout à fait large.

 La résistance, comme un peu les parcours de combattants

 et de la manière de Françoise Kostemann avant d’être combattante,

 elle a été infirmière.

 La résistance, c’est aussi la résistance unitaire,

 c’est aussi la résistance artistique.

 Et je pense que Rima Hassan, effectivement, elle s’est exprimée sur ça.

 Elle a dit, voilà, je voulais juste rendre compte d’une période historique,

 donc à l’époque, les années 70, avec la solidarité

 internationale avec les palestiniens,

 et avec une solidarité qui se manifeste sous plein d’aspects,

 et pas seulement sous les aspects de la violence politique.

 C’est très réducteur de voir les choses comme ça,

 d’autant plus, comme je le dis, pour un groupe qui n’existe plus depuis 2001,

 qui s’est autodissout, qui a dit qu’il s’est autodissout,

 qui en plus a fait une certaine autocritique de ces années,

 et qui n’est plus, c’est un peu sur ça que j’insiste,

 qui n’est plus une affaire au Japon.

 Il n’y a plus d’affaires armées rouges japonaises aujourd’hui au Japon.

 Pas plus qu’ailleurs.

 C’est une histoire qui est vraiment terminée.

 L’histoire propre de l’armée rouges japonaise, elle est derrière nous.

 Moi, finalement, je réagis aujourd’hui dessus

 parce que je n’ai pas compris pourquoi elle était poursuivie.

 Je comprends que dans la mémoire des gens,

 parce qu’il y a des Porto-Ricains, il y a un Canadien,

 il y a des Israéliens qui sont tués.

 Je le répète, il y a 26 ou 30 morts, je crois 26 morts.

 Il y a également 80 blessés.

 Donc, blessés, ça peut vouloir dire aussi blessés très grièvement,

 avec des gens qui ont eu des parcours de vie très compliqués à partir de là.

 Et là, je ne vais pas dénigrer la douleur des gens

 qui ont perdu de la famille, des proches dans cette action-là.

 Mais on se situe maintenant que la Syrie est dirigée par un ancien d’Al-Qaïda

 et on ne remet pas sur scène sans arrêt ces actions militaires.

 Et le président Macron ou d’autres peuvent le rencontrer en se disant

 que le type a su évoluer et ce n’est pas un jugement que je porte

 ni sur le personnage, ni sur le fait de le rencontrer.

 Mais il faut dire aussi que des gens qui ont porté des armes,

 comme Yasser Arafat ou d’autres,

 ont pu aussi après avoir une carrière strictement politique

 en ne portant plus du tout les armes par ailleurs.

 Et moi, je l’ai vu surtout comme une jeune femme,

 une jeune Palestinienne qui, dans sa culture, avait dû être,

 donc c’était une Palestine réfugiée

 qui a vécu en tout cas, qui était réfugiée en Syrie

 et qui a dû, et ce n’est pas pour parler à sa place,

 mais c’est comme ça que je l’ai pris moi, être…

 Enfin, c’est incroyable quand on apprend que des Japonais

 se sont mobilisés pour la libération de son propre peuple.

 Enfin, ça paraît…

 On n’était pas non plus à l’ère de l’Internet, la mondialisation.

 Il y a des gens qui sont partis de Tokyo

 pour soutenir la lutte palestinienne.

 Et moi, c’est comme ça que je l’ai pris comme un hommage

 à des gens qui ont fait des kilomètres, qui se sont solidarisés.

 Et je ne l’ai pas vu comme une apologie

 de l’attentat de l’aéroport de l’Aude.

 Je l’ai vu plutôt sur le côté improbable de lien au quotidien.

 Qu’est-ce qu’on a comme lien avec l’Asie ?

 Pas grand-chose, je voyais une émission de télé

 où un journaliste demandait à quelqu’un

 « OK, vous parlez depuis une demi-heure de la Chine,

 citez-moi trois personnages vivants en Chine. »

 Et les types étaient incapables de le faire.

 Et donc, en fait, c’est ça, l’extrême orient,

 c’est quand même une région du monde avec laquelle

 on a beaucoup de liens commerciaux,

 mais peu de liens intellectuels, peu de liens…

 Alors oui, vous le disiez, les mangas un peu plus, etc.

 Mais à l’époque, on a très peu de liens avec le Japon.

 Moi, je l’ai vu surtout dans les yeux d’une jeune femme

 qui peut-être adolescente ou enfant,

 a eu ces histoires, a su ça et s’est dit

 « C’est incroyable, c’est le bout du monde,

 ils sont venus ici, moi je connais rien de leur culture,

 je peux pas me solidariser avec eux

 en étant solidaire de X ou Y. »

 Et moi, je l’ai pris comme ça.

 Je sais pas si chez vous, c’est une analyse

 qui peut être partagée,

 mais j’ai eu du mal à comprendre par syllogisme,

 évidemment, Armée Rouge, attentat, attentat des morts,

 apologie du terrorisme.

 Mais je pense, moi, à mon simple niveau d’animateur de podcast

 qui s’intéresse aux récits stratégiques et aux stratégies militaires.

 Je fais un podcast sur le Hezbollah,

 c’est pas non plus une apologie du Hezbollah,

 c’est le Hezbollah, j’essaie d’expliquer

 que c’est autre chose que la caricature qu’on veut en faire.

 C’est un peu ça qu’on pourrait dire sur l’Armée Rouge aussi.

 C’est quelque chose de plus large que la simple question

 de cet attentat à l’Aude à l’époque.

 Oui, bien sûr, c’est ce que j’ai dit après,

 à travers justement l’histoire du cimetière,

 c’est qu’il y a une histoire particulière à l’époque des Palestiniens

 avec une histoire multicontinentale qui allait loin.

 Je me souviens, j’avais fait un interview avec Elias Samba

 il y a très longtemps, c’était pour ma thèse,

 ça remonte.

 Il me disait qu’il était avec Abu Jihad dans un,

 je sais plus dans quel camp,

 il rencontre des militants qui parlent une langue un peu…

 En fait, c’est des Mapuche du Chili.

 Il s’est dit mais comment des gens, des Mapuche du Chili

 sont arrivés ici à Beyrouth ?

 Comment ?

 Comment même ils ont entendu parler du Liban, de la Palestine ?

 Comment matériellement ils sont arrivés ?

 Qu’est-ce qu’ils font ici ? C’est faux.

 Donc il y avait des gens vraiment du monde entier.

 Et c’est vrai que les Palestiniens jusqu’à aujourd’hui,

 sans entrer dans les détails de qui a fait quoi,

 ou comment, ou pourquoi, etc.

 Ils se sentent touchés et ça vaut aussi pour les jeunes générations.

 Sans même connaître les histoires de l’État,

 ils se sentent touchés par des gens qui auraient pu ne jamais venir chez eux.

 C’est-à-dire, ils se disent, bon bah…

 Un tel, il est mort ici au combat.

 Il est venu, je sais pas, d’Amérique Latine.

 Un autre, il a fini en prison, il vient du Japon.

 Un autre, il va finir sa vie ici dans un camp de réfugiés

 avec nous dans des conditions misérables.

 Donc pour eux, forcément, ça les touche.

 Ils se disent pourquoi ils sont venus en fait pour nous.

 Enfin, c’est des gens qui ont sacrifié leur vie pour nous.

 Donc il y a forcément une forme d’attachement, etc.

 En se disant, voilà, c’est des gens qui auraient pu avoir une vie normale,

 être étudiants, médecins, avocats,

 qui en France, qui au Japon, qui ont mis une vie avec Latine.

 Et puis au final, voilà, c’est des gens qui finissent leur vie ici

 dans un camp de réfugiés ou tués au front, etc.

 Donc il y a forcément une forme d’attachement, quoi.

 C’est évident.

 Et dans le cadre d’échanges que j’ai eus,

 notamment pour le podcast sur le Hezbollah,

 je demandais quasiment systématiquement aux militants,

 notamment du Hezbollah,

 par quelle lecture ils avaient commencé leur engagement politique et militaire.

 La plupart m’ont cité, nous, les Tupamaros.

 Et alors qu’il n’a rien à voir avec le Japon,

 mais pour indiquer ces échanges intellectuels aussi.

 C’est-à-dire que les années 60, 70, et y compris aujourd’hui,

 se sont fondées sur des échanges intellectuels,

 sur des échanges de solidarité, sur des échanges…

 Je vais finir sur le Japon, à l’époque de l’attentat de l’Aude.

 Je ne sais plus quel groupe, Jeune Nation, je crois,

 avait publié un groupuscule d’extrême droite,

 péatiniste, néo-fasciste français,

 avait glorifié l’action de Kozo Okamoto

 pour expliquer qu’eux n’avaient relevé dans son action qu’une action contre des juifs.

 Ce qui n’est pas du tout célébré dans le cadre de la solidarité palestinienne.

 Il n’y a pas du tout ce discours-là.

 Ce qui a réuni les gens dans cette lutte-là

 n’a jamais été une lutte contre des juifs.

 Il a toujours été une lutte contre Tsahal, contre l’occupation israélienne.

 Il n’y a pas eu un quelconque discours qui a réuni des gens

 autour d’une internationale antisémite.

 Bien au contraire, c’était des gens,

 on peut le critiquer,

 mais un antisioniste qui allait avec un anti-impérialisme, un anticolonialisme,

 et pour le coup de l’Armée Rouge qui défendait une vision communiste,

 marxiste-léniniste de la société,

 partagée avec des Palestiniens, des Libanais, des Irakiens, des Tunisiens,

 vous l’avez dit, cette vision du monde.

 Qu’est-ce qu’on pourrait rajouter sur Kozo ou sur le…

 Vous le disiez,

 ceux qui commencent à être enterrés aujourd’hui

 représentent plutôt une version récente et actuelle

 de ce qu’est la résistance palestinienne,

 c’est-à-dire qu’elle est plus islamiste,

 elle est moins représentante de l’OLP,

 elle est moins figée.

 Ça veut dire qu’il y a quand même une reconnaissance,

 quelles que soient les désaccords politiques,

 sur qui prend les armes et qui défend encore cette idée

 de défendre militairement la Palestine

 et là pour le coup le Liban,

 ce qui revient au même parce que le Liban,

 en tout cas le Hezbollah,

 est rentré dans cette guerre en soutien à Gaza en 2023.

 Alors ici les jeunes que j’ai cités qui sont enterrés

 au cimetière de Shatila,

 donc c’est effectivement des jeunes qui sont tombés au front

 pendant la guerre de 2024 et de 2026.

 Ce qu’il faut juste noter,

 donc ils sont membres de factions palestiniennes,

 donc vraiment il y en a trois,

 deux formations islamo-nationalistes,

 on va dire Hamas et Jihad Islamique

 qui est une formation de gauche dont on a beaucoup parlé,

 le FPLP, donc qui montre que le FPLP,

 par ailleurs petite organisation aujourd’hui,

 elle n’a plus du tout la même surface que dans les années 70,

 loin de là, mais elle a encore une force de mobilisation.

 Comme je dis, quand on est capable de recruter

 quelques dizaines de jeunes prêts à mourir,

 c’est qu’on a une force de mobilisation.

 Parce qu’il ne s’agit pas de recruter des jeunes

 pour distribuer des tracts à la sortie du métro.

 Il s’agit de recruter des jeunes qui sont prêts à mourir.

 C’est un autre niveau.

 Donc une organisation qui a la capacité de faire ça,

 ça montre que c’est une organisation qui a quand même

 encore une certaine base sociale, politique,

 tout ce qu’on veut quoi.

 C’est une organisation qui aurait pu mourir en 1985

 avec la fin des subsides soviétiques,

 et c’est une organisation qui n’a absolument pas disparu,

 qui est passée un peu au second plan,

 mais dans ce second plan, elle a un rôle

 à la fois diplomatique, militaire et politique,

 important en Palestine ou dans les camps de réfugiés

 tout à fait palestiniens.

 Jusqu’à aujourd’hui, oui.

 Mais ce qu’il faut noter, c’est que…

 comment dire, cette mobilisation des jeunes palestiniens

 au Sud Liban, ils le disent officiellement,

 alors je ne dis pas quelque chose de secret, etc.

 C’est dans des interviews de dirigeants et de représentants.

 Elle se fait sous le parapluie de Hezbollah,

 c’est-à-dire en termes de coordination militaire

 et aussi en termes de cesser le feu.

 C’est-à-dire si le Hezbollah cesse le feu,

 les organisations palestiniennes qui étaient au Liban

 cessent le feu aussi.

 C’est leur position officielle en disant

 nous, on est derrière la résistance libanaise.

 Et en fait, ce message rejoint un peu ce qu’était le cas

 dans les années 1980.

 Parce qu’en 1982, lorsque l’OLP s’en va de Beyrouth,

 il reste des combattants.

 Et en fait, ces combattants palestiniens,

 certains vont continuer à combattre.

 Mais ils vont le faire sous le parapluie de ce qui s’appelle

 à l’époque le Front de la Résistance nationale libanaise

 avec le Parti communiste libanais, etc.

 C’est-à-dire, ils le font sous commandement libanais.

 Et c’est encore le cas aujourd’hui.

 C’est aussi une manière de dire,

 les palestiniens, on est invités au Liban,

 on est des réfugiés, on n’est pas là pour mener une lutte

 que par nous-mêmes sans se coordonner avec les Libanais.

 C’est leur position officielle de dire

 ça se fait sous parapluie libanais,

 sous le parapluie de Hezbollah,

 tout comme au début des années 1980,

 c’était sous le commandement du Front de la Résistance nationale libanais.

 Oui, j’avais interviewé et j’invite les auditeurs

 à aller écouter les hors-série consacrées à Rafi Madayan,

 le fils adoptif de George Hawi,

 qui était secrétaire général du Parti communiste libanais

 et qui raconte ces années 1980 au sein du FRNL.

 Et il dit, il lâche des tours de l’interview.

 Oui, oui, bon, les palestiniens aussi faisaient des actions,

 mais on ne le disait pas.

 C’est-à-dire qu’on le masquait à travers le sigle FRNL.

 Mais effectivement, les différentes factions ont continué après 82

 à mener des opérations contre l’occupation israélienne de Beyrouth,

 de Saïda, vous l’avez dit, etc.

 Nicolas Dot-Pouillard,

 merci beaucoup pour ce voyage à Beyrouth,

 dans ce cimetière,

 ce voyage dans le temps et dans l’espace du Japon au Maroc,

 en Italie, en France.

 J’invite les auditeurs à se tourner vers cet article

 qu’on doit pouvoir trouver dans les archives du Monde diplomatique

 sur le cimetière que vous avez écrit.

 Je mettrai un lien dans la description de cet épisode.

 Je vous re-soliciterai pour aborder une question

 d’une mouvance politique qu’on a évoquée ici,

 qui est le jihad islamique, dans un prochain épisode.

 Tout à fait, avec plaisir.

 Merci beaucoup.

 Merci, merci.

 À bientôt.

 Merci d’avoir écouté cet épisode qui clôture donc provisoirement,

 mais moins, ce cycle sur la solidarité internationale envers la Palestine.

 N’hésitez pas à soutenir notre association

 et à faire connaître notre podcast,

 à laisser un commentaire sur les plateformes d’écoute

 ou à vous y abonner.

 Et afin d’aller plus loin,

 n’hésitez pas également à aller écouter notre podcast documentaire

 Le Hezbollah et la guerre asymétrique au XXIe siècle,

 qui notamment à travers certains de ces épisodes,

 mais également de ces hors-série,

 à savoir les interviews in extinso des analystes et chercheurs

 qui participent à ce documentaire,

 car vous obtiendrez de nombreux détails,

 anecdotes et explications sur la Palestine au Liban,

 sur les réseaux de solidarité et sur l’ensemble des combattants

 qui se sont solidarisés avec la lutte palestinienne

 dès les années 60.

 Merci.

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