Fragments de Palestine

Un Podcast sur la Palestine

Retrouvez aussi la série documentaire « Récit Stratégique » dont la première saison est consacrée à la guerre au Liban

Le sionisme chrétien (Hors Série, les dessous de l’occupation)

Entretien avec Laurent Tessier mené par Emmanuel Hiriart

Cet épisode fait partie d’un hors série, les dessous de l’occupation, consacré à la diplomatie et l’action militaire d’Israël depuis le lancement du projet sioniste. L’occasion de parler des origines de la présence européenne puis juive en Palestine et de l’évolution de celle-ci tant dans ses relations avec l’occident qu’avec le monde arabe. En l’occurence nous explorons un mouvement sioniste mais chrétien évangélique qui fut antérieur à celui soutenu par les juifs.

Je reçois le spécialiste de cette question Laurent Tessier, docteur en histoire des religions et anthropologie religieuse (EPHE‑PSL / Université de Montréal, 2024) et chercheur associé au Groupe Sociétés, Religions, Laïcités (GSRL‑CNRS). Avec lui nous tentons de comprendre comment et pourquoi deux mondes, évangélique et juif que pourtant tout oppose, peuvent collaborer depuis le XIXe siècle, dans ce projet de la création d’Israël.

Ses travaux portent sur le sionisme chrétien, la géopolitique des religions et les relations judéo‑chrétiennes dans une perspective transatlantique (XIXe‑XXIe siècle). Son premier livre, Le sionisme chrétien. Histoire d’une alliance méconnue (XIXe‑XXIe siècle), est paru en juin 2026 chez Labor et Fides, en coédition avec les Presses de l’Université de Montréal.

Tessier, Laurent est l’auteur du livre « Le sionisme chrétien. Histoire d’une alliance méconnue (XIXe‑XXIe siècle)« , Genève, Labor et Fides / Montréal, Presses de l’Université de Montréal, coll. « Histoire », 2026, 400 p. Issu de sa thèse « Le sionisme chrétien au Canada (1859‑2015) : convictions religieuses et engagements politiques« , thèse de doctorat en cotutelle, EPHE‑PSL / Université de Montréal, 2024.

Vous pouvez aussi retrouver quelques uns de ses articles :

« La défense de l’idéal sioniste au Canada, point de rencontre entre Juifs et chrétiens, 1939‑1947 », Canadian Jewish Studies / Études juives canadiennes, n° 34, 2022, p. 89‑111.

« Sionisme évangélique, droite religieuse et politique étrangère au Canada (2006‑2015) », document de travail, 2021 (HAL).

avec Blandine Chelini‑Pont, « Le sionisme chrétien, une influence majeure sur la nouvelle administration Trump », 18 janvier 2025.

« Les inspirations bibliques du plan de Trump pour Gaza », mars 2025.

« Pourquoi Peter Thiel voit le pape comme l’Antéchrist », 2026.

Articles grand public : https://theconversation.com/profiles/laurent-tessier-2299591

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Produit par Images d’Ici & d’Ailleurs 2026

Musique du générique :

Produit par : El-Funoun Palestinian Dance Troupe « Lover’s Hymn »

Palestinian folk tune 


Retranscription de l’épisode (provisoire)

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Fragments de Palestine, un podcast produit

 par Images d’ici et d’ailleurs.

 Je suis Emmanuel Hiriart et tous les lundis, nous vous proposons un grand entretien sur

 une question historique, géographique, politique, militaire, diplomatique, culturelle

 ou juridique, mais aussi qui peut concerner un dirigeant militaire, un courant politique

 ou religieux, une figure intellectuelle ou militante palestinienne.

 Une manière surtout de mieux comprendre la Palestine et les Palestiniens au moment

 où ils subissent au-delà d’une occupation un génocide et que le monde se saisit de

 la question en tentant de se solidariser.

 Si l’ensemble de nos productions sont accessibles sur toutes les plateformes gratuitement,

 elles ne sont pas sans coût pour notre association à but non lucratif.

 Vous pouvez alors nous soutenir en réalisant par exemple un don sur Hello Asso dont

 le lien est dans la description de cet épisode ou en visitant notre site fragmentdepalestine.fr

 et suivre l’onglet don.

 Afin de nous permettre de nous développer, nous voulons ainsi par exemple passer à

 la vidéo en 2027, mais également développer des cycles encore plus riches, par exemple

 sur l’histoire de l’OLP, sur ses leaders, sur les mouvements islamistes ou encore

 réaliser des entretiens et pouvoir les traduire.

 Par avance, merci.

 Pour parler aujourd’hui de sionisme et de sionisme chrétien, je reçois Laurent Tessier

 dans un premier or série dédié à la diplomatie et à l’action militaire israélienne

 depuis son fondement.

 Laurent Tessier est l’auteur d’un livre, Sionisme chrétien, histoire d’une alliance

 méconnue du XIXe au XXIe siècle aux éditions Labor et Fidesz dans la collection

 Histoire des presses de l’Université de Montréal, publiée très récemment

 en 2026.

 Je vous incite à parcourir cet ouvrage très riche qui reprend essentiellement

 des éléments de sa thèse, paru en 2024, qui portait sur le sionisme chrétien au Canada

 depuis 1859.

 Bonne écoute.

 Laurent Tessier, bonjour.

 Bonjour.

 Avant de discuter plus en profondeur de votre livre, il faut, malgré tout, commencer

 par une double définition parce que les gens pour qui le judaïsme serait forcément

 le sionisme et inversement peuvent se poser la question de comment pourrait-il y

 avoir alors un sionisme chrétien.

 Alors peut-on débuter sans en faire l’objet de ce podcast par définir d’abord

 ce qu’est le sionisme et puis dans un second temps de quel christianisme on parle

 dans votre livre ?

 Alors oui, le sionisme juif, c’est un mouvement politique qui est né au cours

 du XIXe siècle et il repose sur la conviction que les juifs forment une nation,

 un peuple, et que cette nation a besoin d’un État.

 On est vraiment dans une configuration qu’on retrouve dans d’autres pays en

 Europe et donc ce mouvement prend racine.

 Il se structure à la fin du XIXe siècle avec un grand organisateur qui est

 Theodor Herzl qui lui donne à congrès une organisation et une diplomatie.

 C’est important puisqu’on on y reviendra dans le sujet un peu plus tard.

 Alors ce mouvement, il a été rejeté dès le départ par les rabbins qui

 considéraient que ce mouvement politique était une forme d’usurpation de

 l’autorité de Dieu.

 Vous aviez d’autres types d’opposition, les juifs libéraux qui tenaient à

 leur citoyenneté européenne.

 Vous aviez aussi des juifs socialistes, c’est les juifs du bund, qui

 passaient leur espérance davantage dans la révolution plutôt que dans

 l’émigration.

 Donc un mouvement, si vous voulez, qui ne fait pas consensus au sein du

 judaïsme. Ça, c’est un premier point.

 Et donc voilà tout ça pour dire qu’il y a différentes aussi manières

 d’être juif, de vivre sans judaïsme et d’être juif et

 un rapport au politique qui peut être très différent selon le vécu

 juif. Et ce qui m’est apparu dans mes recherches, c’est qu’il y a

 deux sortes de confusions.

 Il y a une confusion interne qui est en fait propre au mouvement sioniste,

 c’est-à-dire que ce mouvement-là a eu pour conséquence de fusionner à

 fois une religion, le judaïsme, une appartenance, donc l’idée d’un peuple

 juif et un projet national.

 Et c’est vrai que c’est quelque chose qui est aujourd’hui très présent,

 y compris dans la manière que certains ont de lutter contre

 l’antisémitisme, en associant antisionisme, antisémitisme et

 quelque part sont forcément le vouloir en assimilant tous les

 juifs à Israël, au gouvernement israélien, etc.

 Et donc l’autre type de confusion, c’est une confusion extérieure.

 En fait, c’est celle que je viens de vous expliquer, où nous, on

 assimile, on a tendance à assimiler tous les juifs au sionisme et

 quelque part alimenter, dans certains cas extrêmes, les

 théories du complot en parlant de lobby juif, etc.

 Et donc, quand on comprend déjà toute cette partie, confusion

 interne externe et le fait qu’il y a une différence, une

 différence entre le sionisme et le sionisme, on comprend que

 le sionisme n’est pas uniquement juif et qu’il peut y avoir aussi

 d’autres contributions au sionisme.

 Et simplement, j’aimerais citer une parole de Joe Biden qui

 l’a répété plusieurs fois.

 Il a dit qu’il n’est pas besoin d’être juif pour être sioniste.

 Et ça, c’est ma porte d’entrée pour expliquer qu’il y a

 aussi d’autres contributions qui sont des contributions de chrétiens.

 Et donc là, pour revenir à votre deuxième question, qui sont

 ces chrétiens sionistes ?

 Alors, la plupart d’entre eux sont des protestants évangéliques.

 Alors, c’est une branche du protestantisme, ce n’est pas

 forcément une dénomination, ce n’est pas une église, c’est

 plutôt une sensibilité qui met l’accent sur la conversion

 personnelle plutôt qu’une foi héritée, une appartenance à

 une église, etc., qui souligne aussi le fait que la Bible

 est première en termes d’autorité.

 La Bible suffit, il n’y a pas besoin, comme dans le

 catholicisme ou d’autres mouvements protestants de

 clergé, qui permettrait de faire la médiation entre le

 texte et le croyant, le lecteur.

 Et puis, il y a aussi l’importance de la foi par la

 croix, le sacrifice, etc.

 Et une autre dimension très importante, qui est

 l’engagement.

 Donc, il faut témoigner de sa foi, évangéliser et s’engager

 dans la société.

 Donc, c’est chez ces évangéliques-là que l’on

 retrouve beaucoup de sionistes chrétiens.

 Qu’est-ce qu’ils représentent en nombre de par le monde,

 alors de par le monde protestant, forcément, en tout

 cas, on sait qu’ils sont extrêmement présents en

 Amérique du Nord, également en Afrique, de plus en

 l’église catholique en Amérique du Sud, également

 père des paires de marché, si je peux parler comme

 ça, au Brésil ou dans d’autres pays, par justement,

 vous précisez, souci d’évangélisation de leurs

 propres membres, la création rapide d’églises,

 finalement, qui ne nécessitent pas d’avoir un

 clergé, une hiérarchie, etc.

 Est-ce qu’on peut à peu près chiffrer aujourd’hui

 ce que ça représente comme quantité de

 croyants, d’églises, c’est moins présent en France,

 donc on va en retrouver quelques uns dans des

 grandes villes, mais c’est quand même moins

 présent en France, on a moins l’habitude de ce

 courant de pensée.

 C’est vrai que c’est, on va dire que c’est un des

 mouvements religieux qui est le plus dynamique

 depuis un certain nombre d’années.

 C’est assez difficile de chiffrer parce qu’en fait,

 comme je l’ai dit, ce sont des protestants qui

 s’inscrivent pas forcément dans des églises

 établies institutionnelles, mais on estime qu’il y a

 entre 600 à 700 millions d’évangéliques dans le

 monde, certains montent jusqu’à 900 millions,

 donc c’est quand même très important.

 Mais pour revenir au sujet du sionisme chrétien,

 tous les évangéliques ne sont pas des

 sionistes chrétiens et si on devait estimer la

 part des évangéliques qui seraient sionistes

 chrétiens, c’est un peu difficile là aussi parce

 qu’encore une fois, il n’y a pas d’église sioniste

 chrétienne, il n’y a pas de corpus de doctrine

 très très bien définie, donc on peut retrouver

 des protestants de toutes sortes chez les

 sionistes chrétiens, mais si on prend quelques

 chiffres aux États-Unis, il y en a certains

 qui vont parler de 20 millions d’évangéliques.

 La plus grosse organisation sioniste chrétienne

 qui est Christian United for Israel, donc les

 chrétiens unis pour Israël, revendique 10

 millions. Ça reste à prouver, mais c’est pour

 donner un ordre d’idée pour les sionistes

 chrétiens évangéliques aux États-Unis.

 Et ce qu’on apprend avec votre livre, c’est

 déjà un mouvement qui est très mal ou très

 peu étudié, je ne sais pas quel qualificatif

 on doit utiliser, mais en France, en tout cas en

 langue française, vous êtes à mon sens le

 premier à faire le pas, à nous expliquer qui

 sont ces gens-là, et vous nous expliquez en

 plus que ce sionisme chrétien finalement

 est antérieur au sionisme juif, si je puis

 dire.

 Tout à fait, alors vous le dites très

 bien, il y a très très peu de publications,

 en tout cas de livres entièrement consacrés

 au sionisme chrétien en langue française,

 en particulier en France, ça a été un des

 moteurs qui a conduit au choix d’un tel

 sujet pour une thèse, on pourrait quand même

 signaler qu’il y a eu une publication de

 Célia Belin en 2010 ou 2011, qui s’appelait

 Jésus et Juifs en Amérique, et puis plus

 récemment en 2024, un chapitre consacré au

 sionisme chrétien dans un des livres de

 Jean-Pierre Fillu, Comment la Palestine,

 j’ai oublié le titre, mais voilà, il y a

 quelques publications et il y aurait plusieurs

 raisons pour expliquer cela, mais ce que

 je voudrais quand même insister pour

 terminer sur ce point, c’est que le

 sionisme chrétien, comme je vais l’expliquer,

 c’est un mouvement très ancien, qui a une

 épaisseur historique très importante, une

 grande actualité, et c’est vrai que dans

 les milieux de la recherche, milieux

 universitaires, il a été pris au sérieux

 véritablement qu’à partir du début des

 années 2000, années 2010, et j’expliquerai

 pourquoi 2006 est une année très

 importante, et donc on voit des projets

 de recherche apparaître à partir des

 années 2010, et donc voilà, les premières

 publications en français vont aussi

 apparaître à ce moment-là. Donc en

 ce qui concerne l’antériorité du

 sionisme chrétien par rapport au

 sionisme juif, elle est très

 importante à saisir, on peut la faire

 remonter à la réforme, en fait, dans

 mon livre j’explique à quel point la

 réforme anglicane, donc réforme

 protestante en Angleterre, a permis une

 nouvelle lecture des écritures de la

 Bible, et a permis surtout, grâce à

 la traduction en anglais, donc en

 langue vernaculaire, en langue du

 peuple, un accès direct au livre. Et

 donc ce qui fait qu’à partir de la

 réforme, on a vu apparaître une

 culture biblique très populaire, donc

 les figures de la Bible, la

 géographie biblique, est devenue

 quelque chose de très familier, il

 faut se rendre compte que la Bible

 est élue dans les foyers

 quotidiennement, donc c’était quelque

 chose de très important, et on

 retrouve tout au long des siècles

 ensuite une importance très grande

 de la culture biblique, dans la

 culture populaire britannique, dans

 les hymnes, même dans le

 cérémonial lié à la famille

 royale, etc. Donc c’est quelque

 chose dans lequel baignent les

 britanniques depuis très très

 longtemps, et c’est encore présent

 aujourd’hui, même si ça a été un

 peu sécularisé, mais on retrouve

 dans certains hymnes, y compris en

 marge d’événements sportifs,

 certains hymnes qui évoquent des

 légendes ou des passages de la

 Bible. Et donc cette culture

 biblique là, qui apparaît à la

 réforme, va faire naître chez

 certains protestants une nouvelle

 image du peuple juif. Il faut

 savoir que pendant des siècles

 le peuple juif était considéré

 comme un peuple maudit pour

 avoir contribué à la mort de

 Jésus. Et il y a eu aussi des

 expulsions du peuple juif en

 France, en Angleterre, etc.

 Donc c’est un peuple qui était

 vu très négativement, mais cette

 nouvelle lecture plus directe de

 la Bible a permis une forme de,

 comme je l’ai dit, une

 familiarité avec le peuple

 juif, peut-être une affinité

 aussi plus grande, avec l’image

 d’un peuple persécuté qui

 cherchait une terre promise et

 une forme de lecture en

 miroir. Donc les protestants

 qui aussi étaient persécutés

 en raison de leur foi, etc.

 ont vu dans le récit du peuple

 hébreu une forme de… Ils se

 sont comme pas assimilés au

 peuple hébreu, mais ils ont vu

 une lecture de ce qu’ils

 vivaient eux-mêmes et donc ils

 se sont inscrits dans ce récit

 là. Et ce qui a donné à

 certains l’impression que le

 récit du peuple hébreu,

 c’était le récit du peuple

 britannique. Et de là naît

 aussi une forme de, et c’est

 très important dans la

 compréhension du sionisme

 chrétien, il y a à la fois

 une lecture de la Bible assez

 littérale et donc une

 importance donnée aux

 prophéties, prophéties qui

 donnent eux-mêmes une

 importance au peuple juif dans

 l’accomplissement de ces

 prophéties, donc le peuple

 juif qui doit être rétabli

 physiquement comme peuple sur

 la terre d’Israël. C’est un

 rétablissement physique et

 collectif. Et puis, donc dans

 cette lecture en miroir, il

 y a aussi l’idée que le

 peuple britannique, peuple

 chrétien, bénéficie d’une

 certaine façon d’une part de

 cette élection. Et pour

 distinguer un peu les deux

 niveaux entre le peuple

 élu, qui est le peuple juif,

 et le peuple britannique qui

 serait aussi quelque part un

 peu élu, on va parler de

 peuple britannique, peuple

 choisi. Et il y a une

 articulation qui se met en

 place dans cette lecture qui

 consiste à dire que le

 peuple britannique choisi a

 pour mission, donné par Dieu,

 d’aider les juifs, le

 peuple élu, à accomplir leur

 destiné, c’est-à-dire retourner

 sur la terre d’Israël,

 retrouver la souveraineté sur

 la terre qui leur a été

 promise. Et cela permettra

 l’accomplissement des

 prophéties, le retour de Dieu

 sur terre et son règne de

 Milan. Voilà, donc ça c’est

 cette idée qui naît à

 partir de la réforme. Mais

 c’est une forme d’atmosphère,

 c’est-à-dire qu’il n’y a

 pas, en plus, avec cette

 perception nouvelle des

 juifs, plus favorable à celle

 qui demeure chez les

 catholiques, qui demeurera

 jusque dans les années 1960,

 il n’y a pas d’idée d’engagement

 politique. On est dans un

 horizon de prière, d’espérance,

 c’est-à-dire que les

 chrétiens protestants,

 évangéliques, puritains, vont

 considérer que cette

 restauration des juifs reste

 quelque chose de l’ordre

 d’un espoir et qu’en tant

 que chrétien, il n’est pas

 du devoir, un devoir religieux

 d’agir concrètement sur la

 scène politique. Et en fait,

 donc à ce moment-là, on ne

 parle pas encore de sionisme

 chrétien. Je commence à

 parler avec d’autres auteurs

 de sionisme chrétien uniquement

 à partir du 19e siècle où

 on voit apparaître parmi

 ces protestants évangéliques

 qu’on va appeler

 restaurationnistes, c’est le

 nom du mouvement qui est

 donné à cette espérance

 d’un retour juif en terre

 d’Israël. Ces individus qui

 vont s’engager sur la scène

 politique à titre personnel.

 Ce sont d’abord des

 personnalités très, très

 singulières qui ont une place

 dans la société de l’élite

 financière, élite politique,

 etc., et qui vont user de

 leurs réseaux pour promouvoir

 l’idée d’un état juif en

 Palestine. Et ils le font,

 pourquoi ils le font à ce

 moment-là au 19e siècle et

 notamment à partir des

 années 1840. Donc 1840,

 c’est quand même 50 ans avant

 le congrès de Balles par

 Théodore Herzl qui marque le

 début du sionisme juif

 politique. Pourquoi ils le

 font dans les années 1840,

 c’est parce qu’il y a tout un

 contexte international qui

 leur fait dire que c’est le

 moment d’agir. Et ce contexte

 international, il est marqué

 à la fois par l’affaiblissement

 de l’empire ottoman qui va

 églser les appétits d’un

 certain nombre de grandes

 puissances. Donc, les

 sionistes chrétiens vont

 s’appuyer sur des arguments

 aussi impérialistes. Ils ont

 une conviction religieuse

 très forte, mais quand ils

 souhaitent convaincre les

 élites politiques, ils

 s’appuient sur des arguments

 qui ne sont pas des

 arguments religieux, mais des

 arguments tout à fait

 matérialistes. Et puis,

 il y a aussi un autre

 élément du contexte

 international qui les

 pousse. Ce sont les pogroms

 contre les juifs de Russie

 dans les années 1880, et

 puis aussi contre les juifs

 du Moyen-Orient et

 notamment en Syrie. C’est

 tout ce contexte-là qui

 leur fait dire qu’il est

 temps d’agir. Et juste

 son petit incise à ce

 moment-là, c’est, je

 voudrais souligner quand

 même un fait très

 important aussi pour

 comprendre le sionisme

 chrétien, c’est qu’il y a

 à chaque fois, si vous

 voulez, dans la main du

 sionisme chrétien, si on

 voulait dresser un portrait

 robot, vous avez pour

 cela un tableau qui est

 très, très révélateur,

 qui date du XIXe siècle

 de 1858 et qui est le

 portrait d’un des sionistes

 chrétiens que j’étudie

 dans mon livre, dans ma

 thèse, qui est Henry

 Wentworth-Mont, qui est

 considéré comme un des

 pionniers du sionisme

 chrétien au Canada. Et

 vous le voyez, en fait,

 avec dans une main un

 exemplaire de la Bible et

 dans l’autre un exemplaire

 du Times. Et en fait,

 c’est une des dynamiques

 principales du sionisme

 chrétien, c’est de lire

 l’actualité à la lumière

 de la Bible. Donc, ils ont

 vraiment le sentiment que

 les prophéties s’accomplissent

 et l’actualité le prouve.

 Donc, on est vraiment

 dès le XIXe siècle avec

 ces premiers sionistes

 chrétiens dans cette logique.

 Il est temps d’agir parce

 que l’actualité démontre

 que les prophéties sont

 en train d’être réalisées

 sous nos yeux.

 Donc, voilà, c’est un peu

 le grand panorama qui explique

 cette antériorité du sionisme

 chrétien par rapport

 au sionisme juif.

 Mais ce que je voudrais dire

 aussi, c’est que dans ma thèse,

 j’insiste sur le sionisme

 chrétien, c’est une focale

 que j’assume, mais je

 voudrais pas non plus

 sous-estimer ou dévaloriser

 l’importance qu’a eu

 le sionisme juif

 dans l’accomplissement

 et la réalisation d’un

 état juif en 1948.

 On viendra d’ailleurs à la partie

 lobbying et en tout cas

 diplomatique, plutôt que

 lobbyiste.

 En tout cas, pour faire

 de la diplomatie, il faut

 de toute façon faire

 du rapport de force et donc

 du lobby qui qu’on soit

 et où qu’on veuille aller.

 Mais j’aimerais encore

 en terminer avant d’aborder

 plutôt cette phase

 historique et diplomatique

 et puis les relations

 qui vont être d’actualité

 ensuite plutôt avec les

 États-Unis.

 Vous parliez donc de ce que

 vous appelez dans votre livre,

 le proto-sionisme,

 c’est-à-dire quelque chose

 qui a existé avant

 l’établissement finalement

 de ce sionisme juif.

 Et vous parlez dans votre

 livre peut-être d’un terme

 qu’on peut expliciter

 à nos auditeurs,

 qui est l’influence du

 dispensationnalisme

 pour juste arriver à comprendre

 effectivement l’émergence

 de cette théorie

 au sein des chrétiens,

 parce qu’on a du mal à comprendre

 pourquoi des chrétiens

 feraient finalement

 se tourneraient vers

 la religion juive

 en disant voilà,

 il y a quand même

 quelque chose à prendre

 de chez eux,

 c’est effectivement plus

 un peuple déicide,

 on les a mal interprétés,

 etc., etc.

 Alors comment on doit

 percevoir à ce moment-là

 l’état d’esprit

 de ces chrétiens ?

 Est-ce qu’ils cherchent

 à convertir les juifs ?

 Est-ce qu’ils cherchent

 à tirer profit

 pour leurs propres

 congrégations ?

 Qu’est-ce que vous

 pourriez expliquer

 de ce moment-là

 avant qu’on aborde

 les questions beaucoup

 plus diplomatiques

 et plus historiques

 finalement ?

 Alors c’est vrai que

 quand on s’intéresse

 au sionisme chrétien,

 on pourrait considérer

 que ces chrétiens

 sont des philo-sémites,

 un terme qu’on entend

 finalement assez peu parler

 aujourd’hui.

 On parle plutôt d’antisémitisme.

 Mais cette relation

 des chrétiens à la sioniste

 avec les juifs

 est tout à fait particulière.

 Comme j’ai commencé à le dire

 tout à l’heure,

 il y a une forme

 de projection chrétienne.

 En fait, il y a une certaine idée

 de ce que sont les juifs

 et ce qu’ils doivent être.

 C’est-à-dire qu’il n’y a pas

 dans cette relation

 qui va se développer

 par la suite

 et dont on va parler,

 il n’y a pas de dialogue

 interreligieux,

 il n’y a pas de volonté

 de connaissance ou de dialogue

 d’un point de vue théologique, etc.

 Ce qui fait qu’il y a

 une forme d’affinité,

 mais c’est une méconnaissance réciproque

 ou plutôt une connaissance limitée

 où on mettrait un peu de côté

 les aspects qui fâchent

 et notamment la question

 de la conversion.

 Parce que, comme je l’ai dit,

 chez ces chrétiens,

 il est considéré

 comme un devoir d’aider les juifs

 et de soutenir l’État d’Israël

 aujourd’hui,

 parce que c’est un devoir religieux,

 parce que c’est, quelque part,

 accomplir la volonté de Dieu.

 Mais il y a quand même

 un rapport presque condescendant

 de certains chrétiens

 à l’égard des juifs

 qui considèrent que,

 finalement,

 ils sont un outil,

 pour le dire un peu vulgairement,

 dans l’accomplissement

 des prophéties,

 mais dans un récit

 qui est en fait

 à dominante chrétienne.

 Les juifs sont un élément,

 un outil d’un récit

 qui ne leur appartient pas.

 Et pour preuve,

 l’alternative qui se présente

 au moment où Jésus reviendra sur terre,

 c’est soit que les juifs

 qui demeurent

 reconnaissent Jésus

 comme leur sauveur

 ou, si ce n’est pas le cas,

 la damnation éternelle.

 Et donc, en fait,

 il y a, dans cette relation

 entre sionistes chrétiens

 et sionistes juifs,

 une forme d’ambiguïté,

 voire de paradoxe permanent

 qui, étonnamment,

 n’empêche pas

 ce partenariat

 qui va se construire concrètement

 à partir des années 30-40.

 Et pour revenir

 à la question du dispensationnalisme

 au XIXe siècle,

 c’est vrai qu’il y a beaucoup

 d’écrits sur le sionisme chrétien

 qui ont tendance à résumer,

 réduire le sionisme chrétien

 à cette théorie de l’histoire,

 cette théologie de l’histoire

 qui a été conceptualisée

 par un évangélique irlandais

 du nom de John Nelson Darby

 et qui, en fait,

 reprend un peu

 l’idée du restaurationnisme,

 c’est-à-dire que

 les juifs, en tant que peuple,

 ont un rôle

 dans l’accomplissement

 des prophéties

 et qu’il convient

 de les aider

 quelque part à l’accomplir.

 Et en fait,

 lui va mettre un peu d’ordre,

 pour le dire très rapidement,

 dans cette vision des juifs

 en découpant l’histoire des hommes

 en plusieurs temps,

 qu’il va appeler dispensation,

 et en fait,

 il restitue ce retour des juifs

 dans une certaine dispensation.

 Et donc, c’est lui

 qui va réinsister

 sur le rôle des juifs

 et l’importance des juifs

 dans cette vision

 chrétienne de l’accomplissement

 des prophéties.

 Mais lui aussi,

 et ça, c’est quelque chose

 qui est un peu rapidement dit,

 il ne défend pas

 l’idée d’un engagement politique.

 Il est encore dans une attitude

 très piétiste

 par rapport à ce plan.

 Et c’est simplement,

 il y a un certain raccourci

 qui est fait,

 mais parmi ses disciples,

 vous avez notamment

 Blackstone,

 qui est considéré

 comme le pionnier

 du sionisme chrétien

 aux États-Unis,

 qui va considérer que,

 comme je l’ai dit tout à l’heure,

 l’actualité démontre

 qu’il est temps d’agir.

 Et donc, lui,

 la première chose qu’il fait,

 pour revenir à l’idée de diplomatie

 écrire une pétition

 adressée au président américain.

 Donc, on est aux alentours

 de 1891.

 Et cette pétition

 qui promeut la création

 d’un État juif en Palestine

 va être signée par près de 400

 membres de l’élite financière,

 politique, etc. américaine,

 et notamment un juif,

 donc c’est principalement

 des chrétiens,

 mais il y a au moins un juif

 qui s’appelle Louis Brandeis,

 qui sera le premier juif

 juge de la Cour suprême

 et aussi une grande figure

 du sionisme juif américain.

 Et ce Louis Brandeis

 considère, il désigne Blackstone

 comme le père du sionisme,

 reconnaissant l’antériorité

 de l’engagement de Blackstone

 par rapport à Theodore Herzl.

 On caricature souvent

 le lobby pro-israélien,

 pro-sioniste aux États-Unis

 par l’EPAC,

 donc l’Association de soutien

 de la communauté juive

 aux États-Unis.

 Mais vous, vous mettez en lumière

 cette fameuse coalition chrétienne

 dont vous chiffrez

 à plus de 10 millions

 de personnes aujourd’hui.

 Alors, en fait,

 ça n’a aucun rapport

 avec quelque forme

 de lobby juif

 et effectivement,

 vous l’avez dit,

 de plan mondial, etc.

 Pour autant,

 chez ces chrétiens,

 vous l’avez dit,

 on voit de la condescendance.

 Dans quelle mesure

 on y voit aussi

 une forme d’antisémitisme.

 Vous parlez d’allosémitisme.

 Avant de basculer

 sur la partie historique,

 est-ce qu’on peut

 juste expliciter ce terme ?

 Parce que c’est très intéressant.

 D’un point de vue extérieur,

 on a quand même l’impression

 d’un jeu de dupe

 entre ces chrétiens

 et ces sionistes juifs

 parce que les uns

 sont pour l’accomplissement

 d’Israël,

 pour sa destruction en réalité.

 Si je caricature

 le dessin prédit dans la Bible.

 Le terme d’allosémitisme,

 c’est un terme que je reprends

 de Sigmund Bauman.

 Je le reprends principalement

 parce que je voyais

 certains chercheurs

 parler de sionisme chrétien

 en termes de philosémitisme,

 d’autres d’insister

 sur le fait qu’il y avait

 certains antisémitismes

 qui tournaient autour

 de la question de la conversion

 et effectivement de ce qui allait

 devenir des Juifs à la fin des temps.

 Mais je trouvais que

 ni le philosémitisme

 ni l’antisémitisme

 convenait pour désigner,

 qualifier cette relation

 très particulière de partenariat

 entre sionistes chrétiens

 et sionistes juifs.

 Alors, qu’est-ce que veut dire

 allosémitisme ?

 Ce n’est pas un antisémitisme poli.

 On pourrait parler peut-être

 d’antisémitisme par différé,

 c’est-à-dire qu’on aide

 les Juifs à un certain moment

 et à la fin,

 une fois qu’on a obtenu

 ce qu’on voulait,

 on révèle son vrai visage

 quelque part.

 C’est un peu plus compliqué.

 Il y a une vision,

 si vous voulez,

 des sionistes chrétiens,

 une vision des Juifs

 qui est assez positive

 dans le sens où

 ils ont été élus par Dieu

 à un moment.

 Donc ils sont,

 parce qu’ils demeurent

 encore aujourd’hui

 malgré tout ce qu’ils ont vécu,

 les persécutions,

 plus qu’ils demeurent

 à travers les siècles,

 pour eux,

 pour ces sionistes chrétiens,

 c’est la preuve

 qu’ils sont toujours élus

 bénis par Dieu,

 que cette élection,

 elle demeure aujourd’hui.

 Contrairement du côté catholique,

 on a pensé

 que cette élection

 n’était plus valable,

 était remplacée

 par la venue de Jésus

 et cette nouvelle,

 la venue de Jésus

 supplantait

 cette première élection

 et ouvrait

 l’élection de Dieu

 à tous les hommes et femmes

 de bonne volonté.

 Donc il y a cet aspect-là,

 le fait que les Juifs

 sont pour les sionistes chrétiens

 la preuve

 quelque part

 que Dieu est intervenu

 dans l’histoire des hommes

 à un moment donné

 et qu’il conserve cette élection.

 Et dans le même temps,

 il y a cette ambiguïté

 qui consiste à,

 comment dire,

 une ambiguïté qui repose,

 comme je l’ai dit,

 sur le devenir de ces Juifs,

 une fois que le récit sera,

 récit chrétien sera accompli.

 Et c’est ça, en fait,

 c’est ce paradoxe

 entre philo-sémitisme

 et antisémitisme

 qui fait qu’il y a un autre terme,

 à mon sens,

 qui correspond mieux,

 ou qui permet d’embrasser

 toute cette ambiguïté

 qui est allosémitisme

 de Sigmund Barman.

 Cette ambiguïté va prendre

 des conséquences politiques.

 Donc on aborde maintenant

 la façon dont ces sionistes chrétiens

 vont s’engager en politique.

 Finalement, est-ce qu’on peut dater

 ce virage entre une posture

 uniquement philosophique

 et chrétienne de leur point de vue

 à un basculement

 dans effectivement la diplomatie,

 le rapport de force

 et l’alliance, finalement,

 entre ces deux courants

 qui deviennent donc des courants

 plutôt politiques,

 parce que c’est dur d’allier

 deux courants religieux

 qui sont quand même

 enfin, on a un moment opposé.

 Cette union va venir.

 Est-ce qu’on peut dater

 ce tournant à la première

 guerre mondiale finalement ?

 Vous évoquiez leur engouement

 sur cette question-là

 à partir du moment où ils sentent

 les prémices de l’effondrement

 de l’Empire Ottoman.

 Finalement, la première guerre mondiale

 Met fin définitivement

 à l’Empire Ottoman.

 Et on est à la déclaration

 de Balfour,

 c’est-à-dire ce qui va remodeler

 quasiment jusqu’à aujourd’hui

 le Levant, le Moyen-Orient,

 en dépessant l’Empire Ottoman

 et donc en dessinant

 différentes apparitions

 de cartes de pays.

 Alors certains qui ne vont

 jamais voir le jour

 comme le Kurdistan,

 des zones chrétiennes,

 etc.

 Mais c’est là que les Juifs

 et donc les chrétiens-sionistes

 vont se saisir de la question

 et vont faire pression

 sur l’Empire britannique

 pour essayer de bénéficier

 de la création d’un État d’Israël

 sur la terre de Palestine.

 C’est à ce moment-là

 que se fait cette union

 entre les uns et les autres.

 Tout à fait.

 La date à retenir,

 première victoire symbolique

 de cette alliance

 mais qui n’est pas encore concrétisée,

 c’est 1917

 avec la déclaration de Balfour.

 Pourquoi, j’insiste sur le fait

 que c’est une première réussite,

 un premier acquis pour ces deux mouvements

 qui jusque-là évoluent

 en parallèle quelque part

 sans vraiment se rencontrer

 à part au niveau individuel ?

 Oui, donc je fais référence

 notamment au binôme

 qui a conformé Théodore Herzl

 et le pasteur William Echler

 qui est un personnage très étonnant,

 un peu un peu singulier

 et qui lui a,

 parce qu’il adhérait

 aux idées restaurationnistes

 qu’on a présenté avant,

 qui lui a ouvert

 les portes de la cour du Kaiser par exemple.

 Même si les résultats

 n’ont pas été probants,

 c’est quand même un premier signe

 s’il voulait que

 les sionistes chrétiens

 et sionistes juifs

 peuvent travailler ensemble.

 Et donc 1917,

 la déclaration Balfour

 a été une première victoire.

 On le comprend très bien

 d’un point de vue des sionistes juifs.

 Pour ce qui est du sionisme chrétien,

 il suffit de regarder

 la composition du cabinet de Lloyd George,

 le premier ministre britannique de l’époque,

 où vous avez une majorité de membres

 qui, sur les dix,

 vous avez dix personnes,

 vous avez sept qui ont reçu

 une éducation évangélique non conformiste.

 Donc ce n’est pas forcément tous

 à catégoriser comme sionistes chrétiens,

 mais ils baignent dans cette culture biblique

 que j’ai décrite au pardon.

 Et donc voilà,

 il y a une forme de,

 dans ce cabinet,

 une forme d’affinité à l’égard des juifs

 qui a aussi permis

 la publication de cette déclaration Balfour,

 qui est cette promesse d’un État,

 enfin d’une terre plus exactement,

 pour le mouvement sioniste en Palestine.

 Le mouvement va prendre de l’ampleur,

 vous aviez décrit l’ensemble très large,

 le panel d’organisations

 ou de mouvements juifs marxistes pour certains,

 religieux pour d’autres,

 séculiers pour encore des troisième,

 pour caricaturer les grandes branches,

 des juifs qui vont d’ailleurs s’opposer,

 y compris physiquement à l’existence

 de cette branche sioniste

 dans leur propre communauté.

 Aux États-Unis par exemple,

 comme en Europe,

 est-ce qu’on peut dire à ce moment-là

 que ces sionistes chrétiens

 finalement ne veulent pas que les juifs

 d’Europe par exemple,

 pour ceux qui sont en Allemagne

 ou même en Angleterre, etc.,

 à la fin de cette seconde guerre mondiale,

 est-ce qu’on peut caricaturer

 ces sionistes chrétiens comme antisémites

 dans la mesure où ils ne veulent pas

 qu’ils soient impérialistes,

 donc ils vont trouver de la terre quelque part,

 mais ils veulent les expulser

 un peu à l’image du projet antisémite

 de l’époque,

 d’un peu d’uniformisation

 de chaque communauté.

 Les Britanniques seraient des chrétiens

 et vivraient là.

 Les Juifs vivraient ailleurs.

 Les musulmans, on s’en occupe pas à l’époque.

 Est-ce qu’on peut caricaturer

 cette alliance par cette volonté aussi

 au moment de la seconde guerre mondiale,

 quelques temps avant et un peu après aussi,

 qui n’est pas anodin ?

 Est-ce qu’on peut caricaturer

 de cette manière après

 ou pendant la seconde guerre mondiale ?

 Je n’en suis pas sûr,

 parce qu’il y a quand même

 le rententissement de la Shoah,

 de le locos qui pèse énormément

 sur ces sionistes chrétiens.

 Il y a tout le poids

 de la culpabilité chrétienne

 de toutes ces siècles passés

 de persécution à l’égard des Juifs

 qui atteint un degré inimaginable

 et absolument tragique avec la Shoah.

 Mais par contre,

 ce qu’on peut percevoir

 peut-être un peu plus en avant,

 et si on reprend la figure de Balfour,

 qui est l’auteur de cette déclaration,

 de cette promesse à l’égard du mouvement sioniste,

 il diffuse la déclaration en 1917,

 mais quelques années avant,

 il fait partie de ces Britanniques

 qui ont promu, en tout cas encourager

 le mouvement sioniste dans ses objectifs,

 et dans le même temps,

 ils ont défavorisé le statut des Juifs

 dans leur propre pays.

 L’exemple, c’est celui de Balfour,

 qui en 1917 publie la promesse,

 une promesse au nom du gouvernement britannique

 pour favoriser le mouvement sioniste,

 et qui quelques années plus tôt,

 12 ans plus tôt,

 apportait une loi qui restreignait

 l’immigration juive en Grande-Bretagne.

 On retrouve aussi cette tendance-là

 à la fin du XIXe siècle,

 chez certains Britanniques,

 il faut imaginer que les Juifs

 qui étaient persécutés en Russie

 allaient plutôt en Grande-Bretagne

 et en Amérique du Nord.

 Il y a certains sionistes chrétiens

 qui, parce qu’ils souhaitaient avoir un rôle

 et accomplir un devoir religieux,

 et essayer de favoriser l’accoutissement

 des prophéties,

 disaient qu’il faut plutôt encourager

 les Juifs à aller en Palestine

 que chez nous en Grande-Bretagne

 ou chez nous en Amérique du Nord.

 En fait, juste pour retracer un peu

 les débuts du sionisme chrétien,

 vous avez des individus

 qui au XIXe siècle

 vont interpeller les Juifs britanniques

 et notamment les plus aisés d’entre eux

 en leur disant « Aidez vos co-religionnaires

 plutôt que de s’installer en Grande-Bretagne

 ou en Amérique du Nord

 à aller en Palestine ».

 Mais ce n’est pas formulé

 en termes antisémites

 où on pourrait voir, par exemple,

 des personnes dire que les Juifs

 ont les aides mais pas chez nous.

 Est-ce que c’est un raccourci

 de dire que finalement

 c’est un peu ce mouvement-là

 qui va contribuer à assimiler

 la Palestine à la destination du sionisme ?

 Parce qu’il y a encore beaucoup de débats

 dans la communauté internationale.

 Il est question momentanément

 de l’Ouganda, d’une partie de l’Argentine.

 Enfin, on a un projet pour les Juifs

 mais il n’est pas encore extrêmement précis

 pour la plupart des États européens.

 Est-ce que finalement ce lobbying

 et cette association entre Juifs et Chrétiens

 va bénéficier pour des raisons

 plus théologiques du côté chrétien

 de choisir la Palestine

 parce qu’on peut faire pression

 sur l’Angleterre qui en est le mandataire

 et que pour eux ça représente

 une destinée biblique

 alors que l’Ouganda ou l’Argentine

 ne représenterait qu’un territoire,

 une colonie de plus

 mais sans destination biblique ?

 Je ne saurais pas dire

 si le sioniste chrétien

 qui encore une fois à ce moment-là

 ne se sont pas constitués en mouvement,

 ont vraiment pesé sur ce choix de la Palestine.

 Si on prend l’histoire du sionisme chrétien

 en général du XIXe siècle jusqu’au XXe siècle,

 l’hypothèse que j’aime

 et sans avoir vraiment pu le démontrer

 c’est que le sionisme chrétien

 en tant que mouvement

 qui mêle le religieux,

 le théologique avec le politique

 et qui est un mouvement politique

 donc le sionisme qui à l’origine est plutôt laïcisan,

 n’est pas du tout religieux,

 moi mon hypothèse c’est que

 le sionisme chrétien a accompagné

 une forme de radicalisation du sionisme

 sur une composition religieuse

 mais là encore je préfère parler d’accompagnement

 plutôt que d’influence

 et on en reparlera un peu plus tard,

 c’est vraiment 1967

 où on voit une convergence

 à la fois du sionisme religieux juif

 et du sionisme chrétien.

 Et à tel point aujourd’hui

 que quand on parle de sionisme religieux,

 à mon sens on devrait parler de sionisme religieux

 au pluriel et toujours parler

 du sionisme religieux juif

 et du sionisme religieux chrétien.

 En 1948,

 quand la Palestine est découpée

 et que l’état d’Israël

 à partir du mois de mai 1948

 voit sa naissance,

 vous évoquez dans le livre

 le cas très particulier

 et que je ne connaissais pas,

 de volontaires chrétiens

 qui vont partir

 pour établir le projet sioniste.

 On parle donc des mâchâles,

 je ne sais pas si c’est comme ça

 qu’on prononce le nom

 de ce groupe-là, de volontaires.

 Est-ce que vous pourriez évoquer

 rapidement la destinée,

 qui constitue ces gens,

 qu’est-ce qu’ils représentent

 et qu’est-ce qu’ils vont faire en Palestine ?

 En fait ce sont des chrétiens

 que j’ai repérés

 dans mes recherches,

 mais surtout au Canada.

 Je ne serais pas en mesure de dire

 ce qui s’est passé par exemple aux États-Unis.

 Mais donc en 1948,

 après la création de l’état d’Israël,

 au Canada vous aviez

 des personnes,

 un homme en particulier,

 qui était chargé de recruter pour l’Agana,

 donc l’armée israélienne,

 et

 au cours du recrutement,

 il remarque qu’il y a

 un certain nombre de candidatures

 qui sont non-juives,

 et qui dépasseraient

 même le nombre de candidatures de juifs.

 Alors je ne sais pas sur quelle période

 ça s’étend exactement,

 mais c’est quelque chose qui étonne beaucoup.

 Mais les ordres qu’il a reçus,

 lui, c’est de recruter principalement des juifs.

 Et donc ces engagés

 non-juifs,

 on les appelle les Machal,

 qui est un acronyme hébreu

 qui désigne

 les volontaires

 venus de l’étranger

 pour soutenir le jeune État israélien.

 Et donc

 en tout ils sont quelques milliers

 qui viennent d’une cinquantaine

 de pays à peu près,

 et qui sont pour la plupart des vétérans

 de la Seconde Guerre mondiale.

 Donc on peut imaginer que le poids

 de la Shoah a aussi contribué

 à cet engagement

 de non-juifs en faveur

 de l’État.

 Et j’avais identifié,

 je ne sais plus exactement où,

 que parmi

 ceux qui vont mourir au combat,

 vous avez sept non-juifs.

 ça paraît tout à fait marginal

 mais c’est important de souligner

 qu’il y a eu un engagement chrétien,

 y compris au sein de l’armée israélienne

 après

 la Seconde Guerre mondiale.

 Ils sont venus en nombre et on les a quand même

 écartés parce que

 l’idée c’était quand même de montrer

 qu’il y avait des juifs du monde entier

 qui venaient soutenir l’État israélien.

 Et ça me permet aussi de dire

 qu’une des raisons pour laquelle

 on ne parle peut-être pas beaucoup

 de contribusos chrétiennes

 à l’histoire du sionisme en général

 au sein

 parmi les historiens

 du judaïsme, du sionisme,

 c’est aussi peut-être parce que

 on insiste davantage sur le fait

 que le mouvement sioniste est un mouvement juif

 et que c’est dans ses réalisations

 une victoire

 d’un peuple qui s’est reconstruit

 et qui a constitué

 son propre État nation.

 Il y a peut-être aussi derrière

 le peu de référence au sionisme

 chrétien dans les écrits

 sur l’histoire du judaïsme, sur l’histoire

 d’Israël et du sionisme,

 cette dimension-là qui joue.

 C’est une piste à explorer.

 Oui, à remettre aussi dans le contexte

 que vous expliquez précédemment,

 c’est qu’à l’époque c’est plutôt des courants laïques

 et que du coup là on a des courants

 chrétiens religieux, donc il y a ce double

 aspect, on l’a fait par nous-mêmes

 et on l’a fait sur des bases

 qui ne correspondent pas tout à fait,

 en tout cas au départ,

 aux bases que soutenaient les chrétiens,

 alors peut-être pas l’ensemble des milliers

 de gens qui vont partir dans le machal,

 vous le disiez, certains sont peut-être

 simplement motivés par

 la prise de conscience

 de la Shoah et donc s’engagent

 dans un projet qui les dépasse mais qui leur

 paraît être important à ce moment-là,

 à tort ou à raison.

 Si on parle de la Shoah, j’aimerais qu’on fasse une petite

 parenthèse, vous évoquez,

 quand on préparait

 cet entretien, vous m’avez

 réévoqué le confesseur

 de Eichmann, Eichmann étant donc

 arrêté et

 rabatrier

 en Israël et il sera

 jugé en 1961

 à Jérusalem pour

 ses crimes de guerre et crimes contre l’humanité

 et il sera pendu à Jérusalem

 mais vous avez une anecdote

 avant qu’on en passe

 à la période plus récente et

 au début du messianisme etc

 et puis de la lutte contre le communisme, en tout cas

 en lien, pour rester en lien

 avec la Shoah, de cette

 anecdote que je trouve très

 parlante sur cette

 ambivalence et ces relations entre

 ce christianisme

 sioniste et

 le nazisme et les juifs.

 Est-ce que vous pourriez évoquer

 le rôle de ce confesseur de

 Eichmann ? Alors oui, c’est une

 anecdote très particulière

 et très parlante aussi pour

 comprendre un peu toute l’ambiguïté

 qu’il peut y avoir dans l’engagement

 d’un sioniste chrétien en faveur des juifs

 et de l’état d’Israël. Donc

 l’exemple que j’ai identifié

 c’est au Canada, il s’agit

 de William Lovell-Hull

 qui est en fait un

 canadien évangélique

 plutôt pentecotiste

 qui va se convertir plutôt au pentecotisme

 donc une forme un peu plus

 radicale de l’évangélisme

 qui insiste sur les dons de l’esprit etc

 je passe un peu mais

 qui

 naît vers en 1797

 donc il décide

 de consacrer sa vie

 à Israël

 et il part en 1935

 avec sa famille, donc il part

 d’une province du centre

 du Canada, il déménage

 en 1935 et il va fonder

 une mission

 qui est à l’origine

 un simple

 commerce

 où on vend des Bibles etc

 donc l’objectif lui c’est

 d’être missionnaire auprès des juifs

 et de convertir les juifs

 et évangéliser

 les juifs en terre

 sainte

 et

 dans le même temps il est

 sioniste chrétien donc il va faire en sorte

 qu’on

 promeut l’idée d’un état

 juif en Palestine

 donc il

 s’investit pour cela

 et à tel point qu’il est remarqué

 par les autorités israéliennes

 comme un potentiel

 important dans cette

 promotion de l’idée

 d’un état juif

 et en 1947

 au moment où l’avenir

 du mandat palestinien est en

 discussion à l’ONU

 où on commence à parler de plan de partage

 de la Palestine en deux états

 Hull, à ce moment là

 il est en Israël et lorsque

 les membres du comité

 spécial pour le plan de partition

 vient en Israël

 il discute avec le délégué

 canadien qui est

 Ivan Rath

 qui ne connaît plus ou moins

 rien à la situation sur place

 ni au sionisme et il va

 lui dire toute la vision

 qu’il a des juifs et vision qu’on a expliquée

 un peu dans cet échange

 et il va quelque part

 le convaincre que les juifs

 ont droit à un état

 et son

 et qu’il faut

 défendre un plan de partage

 avantageux à l’égard

 du peuple juif

 donc ça c’est une première chose

 qui montre un peu la manière dont

 lui à titre personnel un missionnaire

 peut influencer

 un délégué

 de cette commission spéciale

 et ce délégué va reconnaître

 l’importance de cet échange

 dans une préface d’un livre

 qui est écrit par ce missionnaire

 et donc voilà

 Hul continue sa vie

 en Israël, il est plusieurs fois

 expulsé, rapatrié

 en raison de la guerre etc. mais il revient

 à chaque fois avec sa famille malgré la

 difficulté de la vie

 à l’époque dans ce pays

 et donc en

 1961, lorsque

 Eichmann

 est jugé à Jérusalem

 le premier grand procès

 d’un commanditaire de la

 Shoah, il va

 obtenir

 je ne sais pas vraiment comment

 la possibilité de

 rendre visite à Eichmann en prison

 et il va devenir un confesseur

 de Eichmann et son objectif en tant

 que missionnaire c’est bien évidemment

 d’essayer d’obtenir

 d’Eichmann une forme de repentir

 pour sauver son âme etc.

 Ce droit de visite en prison démontre

 la proximité des liens

 qu’il avait avec les autorités

 israéliennes et la forme de confiance

 que les autorités lui témoignent.

 Il n’obtient aucun repentir

 de la part de Eichmann

 et l’anecdote qui est assez parlante

 pour montrer un peu l’ambiguïté

 qu’il peut y avoir de la part d’un

 sioniste chrétien à l’égard des juifs

 c’est qu’après le procès

 un journaliste lui demande

 enfin lui pose une question

 concernant Eichmann

 en lui disant déjà on n’a pas

 tout à fait bien compris

 le fait que vous demandiez

 d’essayer d’obtenir le repentir

 d’Eichmann n’a pas toujours été bien compris

 bien reçu etc.

 Mais que pensez-vous

 des juifs qui sont morts

 pendant la Shoah ?

 Pensez-vous qu’ils ont été sauvés

 et ils sont maintenant au paradis ?

 Hul répond au journaliste

 en disant vous imaginez bien

 qu’ils sont morts sans avoir

 reconnu Jésus comme leur sauveur

 donc ils sont aujourd’hui en enfer

 et donc

 cette interview

 lui a posé de très gros ennuis

 sans savoir exactement

 si c’est lié mais il va

 quitter Jérusalem

 un ou deux ans après

 il revient au Canada, il cède sa mission

 qui est entre temps devenue une église

 qui existe toujours

 et ce qui est très importe

 c’est que dans les recherches

 que j’ai menées

 il y a comme un trou

 dans les archives

 et on perd un peu sa trace

 dans les années 60-70

 mais on le retrouve

 dans les années 80

 en Israël, c’est-à-dire qu’il va continuer

 à faire des allers-retours en Israël

 mener des délégations d’évangéliques

 canadiens, américains à Jérusalem

 il va renouer des liens

 avec les autorités israéliennes

 à un moment très important

 pour l’histoire du sionisme chrétien

 c’est notamment sous Menahem Begin

 donc on le voit en photo à côté de Menahem Begin

 il va même proposer

 un plan de paix

 avec l’idée centrale

 de séparation

 du peuple palestinien et israélien

 qui fait un peu écho

 à ce qui se passe aujourd’hui

 mais pas totalement

 et pourquoi je dis que c’est important

 qu’on le retrouve malgré la sortie

 qu’il a fait dans les années 60

 au moment de Menahem Begin

 c’est que Menahem Begin est la figure

 israélienne

 donc le premier ministre de droite

 en Israël

 qui comprend l’importance

 du soutien des évangéliques

 qui est un soutien même plus stable

 plus sûr que celui

 des administrations américaines

 qui se succèdent et qui ne sont pas toujours

 exactement sur la même ligne

 diplomatique à l’égard d’Israël

 notamment à l’époque de Jimmy Carter

 donc lui va lancer un peu

 cette tradition qui dure

 jusqu’à aujourd’hui de liens

 très fort entre les autorités israéliennes

 le gouvernement israélien de droite

 et les représentants

 évangéliques américains

 une tradition qui dure jusqu’à

 aujourd’hui avec Netanyahu

 Ce qui a contribué

 à ce rapprochement

 à ce rapprochement

 vis-à-vis des Etats-Unis

 ça va être la guerre froide

 et ça va être

 l’arrivée

 donc en 1967

 finalement de ces courants

 religieux sionistes également

 en Israël

 et le fait de vouloir

 combattre le communisme

 c’est à dire

 une forme de satanisme

 pour les uns et pour les autres

 donc là il va y avoir une alliance

 ça va s’inder finalement

 celer une alliance

 entre les Etats-Unis

 portée par ces courants

 évangéliques

 et Israël

 et donc vous racontez comment

 finalement

 la question du soutien à Israël

 va être

 on va créer des ennemis

 on va créer des ennemis

 au fur et à mesure du temps

 et vous le dites

 le fil conducteur

 de ce lien

 de ce soutien

 c’est plus

 il est plus à voir dans les chrétiens évangéliques

 dans ces chrétiens sionistes

 que dans les administrations qui succèdent

 parce que certaines

 souhaitent aussi faire de la rive politique

 et puis de se dire

 en fait on a pas tant d’intérêt que ça

 à être là au Moyen-Orient etc etc

 alors c’est pas toujours le cas

 mais effectivement c’est fluctuant

 ce qui reste

 le long lien

 entre Washington

 et donc son arrière-cour et ses lobbies etc

 qui sont multiples, qui sont pas que liés

 à des questions religieuses

 des lobbies sur l’armement

 sur tout un tas de choses

 mais vous expliquez que

 donc au départ

 on va

 sceller cette alliance sur la lutte

 contre le communisme

 parce que les Etats

 syriens, égyptiens etc

 eux basculent dans ce socialisme

 et donc il faut apporter un soutien

 à cette

 espèce de colonie qu’on a là

 avec laquelle on a des liens

 et sur laquelle on peut

 miser pour

 faire une sorte de porte-avions

 face au danger communiste

 dans un premier temps, c’est bien ça

 c’est comme ça qu’il faut lire

 le moment de 1967

 Alors oui

 la lutte contre le communisme

 elle est plutôt

 de 48

 à 67

 oui

 ça va plutôt être

 le motif d’alliance

 entre les deux Etats

 et si on s’intéresse au sionisme chrétien

 alors oui, bien évidemment ils vont s’insérer

 dans cette lutte contre un ennemi

 qui est l’ennemi

 soviétique, russe etc

 mais si par exemple

 on lit ce que

 le fameux pasteur Hull a écrit

 contre le communisme

 et contre la Russie

 vous n’avez pas

 de dénégation

 de confrontation d’un modèle

 contre un autre

 comme beaucoup de sionisme chrétien

 il s’appuie essentiellement

 sur la Bible

 donc en fait il réussit

 à désigner

 à intégrer la lutte

 contre la Russie communiste

 à travers

 le récit biblique

 donc en fait la Russie

 elle est désignée comme ennemi

 parce qu’elle l’est désignée dans la Bible

 l’ennemi qui se situe au Nord-Est

 d’Israël etc

 avec l’assignation de la Russie

 à Gog et Magog

 des choses très très compliquées

 il n’y a pas

 d’opposition

 d’une idéologie contre le communisme

 point par point comme on peut le voir

 chez certains théoriciens américains

 donc là on est vraiment dans une lecture

 très biblique des choses

 et 1967 en fait

 c’est plutôt

 un moment

 d’effervescence messianique

 où on considère que

 les victoires de l’Etat d’Israël

 contre les armées arabes coalisées

 sont des victoires

 quasi miraculeuses

 presque inattendues bien qu’espérées

 donc c’est plutôt la notion

 de preuve

 que Dieu est du côté des sionistes

 ce qui favorise

 en Israël

 l’émergence

 sur la scène politique

 mais de manière très marginale

 dans un premier temps d’un mouvement sioniste religieux

 et aux Etats-Unis

 on a aussi

 dans cette période 67 puis 73

 avec la guerre de Kippour

 cette émergence

 d’une droite religieuse américaine

 qui intègre les évangéliques

 sionistes

 et qui va vraiment arriver

 sur le haut

 de la scène politique

 américaine

 donc tout à l’heure

 je disais que le sionisme chrétien

 avait peut-être favorisé

 ou en tout cas accompagné

 une forme de radicalisation du sionisme

 sur un plan religieux

 là c’est un peu difficile à dire

 parce que c’est quand même très compliqué

 de mettre

 d’un côté à l’autre

 un sionisme religieux juif

 et un sionisme religieux chrétien

 qui a priori n’ont aucun atome crochet

 d’un point de vue théologique

 mais l’accompagnement

 il se fait

 par l’alliance

 comme je l’ai dit via Menahem Begin

 via le Likud

 une alliance politique

 qui repose sur d’un côté

 la droite israélienne

 et de l’autre la droite américaine

 qui désormais compte une droite

 religieuse très importante

 avec la Moral Majority

 Jerry Falwell

 et qui va aussi

 on parle d’une alliance politique là

 mais il faut aussi noter

 que dans la culture américaine

 ce tournant de 1967-1973

 s’accompagne progressivement

 d’une culture évangélique

 qui va de plus en plus

 être présente

 dans la société américaine

 une forme de popularisation des thèmes

 eschatologiques

 à fin des temps

 qu’on retrouve dans la littérature

 avec des séries dont j’ai forcément

 billé le nom

 et dans le cinéma aussi

 ça crée toute une atmosphère

 la culture populaire va beaucoup contribuer

 au développement dans ces années là

 de ces croyances

 de ces théories

 on va le retrouver effectivement

 dans des séries télévisées, dans des pulp

 dans des romans

 au cinéma

 et en fait ce qu’il faut noter c’est que

 on passe à ce moment là

 d’une forme de cynisme chrétien

 qui est plutôt élitiste

 qui est plutôt basé sur une lecture

 des prophéties etc

 à un cynisme chrétien

 plus intégré dans une culture de masse

 culture populaire et qui dans le même temps

 peut-être a tendance à perdre

 une dimension théologique

 forte qui serait très

 très conceptuelle

 peut-être pas toujours accessible

 aux communs des mortels

 en même temps

 une forme de

 en même temps que cette popularisation

 une forme de sécularisation du cynisme

 chrétien qui s’intègre peut-être davantage

 dans la manière

 dont les américains

 se représentent eux-mêmes en tant que peuple

 élu

 qui aurait une mission à travers

 le monde qui n’est pas forcément une mission religieuse

 mais une mission

 on a parlé de

 volonté de diffuser

 la démocratie etc

 il y a tout un imaginaire derrière

 cela que le cynisme chrétien

 intègre

 et

 dans ce même moment

 après les années 60-70

 vous avez un moment très important

 une nouvelle étape de l’histoire

 du cynisme chrétien

 qui pour la première fois

 constitue

 des organisations

 au niveau national

 aux Etats-Unis principalement mais aussi

 au niveau international en Israël

 avec l’ambassade chrétienne

 internationale en 1980

 cette période

 des années 70-80

 est aussi un moment

 où le cynisme chrétien prend son envol

 et son indépendance par rapport

 aux organisations

 sionistes juives

 on n’a pas parlé mais dans les années 30-40

 et revenir

 on était sur un mode

 de partenariat beaucoup plus

 déséquilibré

 où c’était plutôt les organisations

 sionistes juives qui finançaient

 des comités composés de non-juifs

 de chrétiens

 donc là dans les années 80

 on est vraiment sur une période

 où le cynisme chrétien

 s’affirme au niveau national

 et au niveau international

 avec ses propres fonds

 et donc ça c’est quelque chose

 de très important

 et ça prépare si vous voulez

 le troisième tournant

 de l’histoire du cynisme chrétien

 qui s’opère au début

 des années 2000

 donc on est dans la suite des attentats

 du 11 septembre

 où là on passe d’un récit

 de lutte contre le communisme

 qui s’est effondré

 à un récit de lutte contre

 la menace

 islamiste-terroriste

 et qui va permettre

 à la diffusion d’un récit

 d’une urgence

 une nouvelle urgence

 sur lequel le cynisme chrétien

 s’articule désormais

 qui est la lutte pour la survie

 de la civilisation judéo-chrétienne

 face au monde musulman

 et donc à partir des années 2000

 vous avez la création

 de grandes organisations

 cionistes chrétiennes comme

 Christian United for Israel en 2006

 par John Agee

 qui est toujours aux manettes

 cette organisation qui prétend

 rassembler 10 millions

 de sympathisants

 et qui est un organe très important

 très influent au sein du Sénat

 etc.

 et vous avez aussi

 en 2006, et c’est ça qui est important

 aussi de souligner

 pour la première fois

 une dénonciation

 formelle du

 sionisme chrétien par les chrétiens

 arabes-palestiniens, par les leaders

 des églises de Palestine. Donc 2006

 c’est vraiment une année charnière

 où vous avez à la fois

 la démonstration de force

 avec des grandes organisations

 chrétiennes américaines et dans le même temps

 une dénonciation, une condamnation

 religieuse du sionisme chrétien

 par des chrétiens arabes

 qui sont partis

 des victimes collatérales

 avec beaucoup de guillemets du sionisme chrétien

 puisque ce sont des

 éléments de l’équation

 du conflit israélo-palestinien

 qui ne sont jamais mentionnés

 invisibilisés et qui gènent

 en fait ce récit

 du sionisme chrétien

 qui consiste à opposer de manière assez

 binaire

 et manichéenne

 d’un côté le peuple

 arabe-palestinien qui serait forcément

 uniquement musulman et de l’autre côté

 le peuple juif-israélien

 qui oppose à la fois deux peuples,

 deux nationalistes, deux religions

 et en fait le fait

 qu’il puisse y avoir des chrétiens dans cette équation

 est quelque chose de presque inconcevable

 de gênant pour les sionistes chrétiens

 et ce qui fait

 que les chrétiens

 arabes-palestiniens considèrent

 le sionisme chrétien comme une menace

 très importante, voire

 la première menace pour leur propre

 existence

 et aussi une menace

 dans le sens où c’est un élément

 qui contribue à radicaliser les positions

 en Israël

 et aussi

 les positions du gouvernement américain

 à l’égard

 du gouvernement israélien

 dans le sens d’un soutien de plus en plus

 plus en plus fort

 Oui oui, dans

 cette lutte

 contre ce nouvel ennemi islamiste

 vous évoquez le fait que

 Benjamin Daniel avait organisé en 1979

 une première conférence contre le terrorisme

 dans laquelle il va faire

 venir tout un tas de gens

 avec son père à l’époque

 et vont faire venir tout un tas de

 gens dans cette coalition

 transconfessionnelle

 avec des chrétiens etc

 et c’est un peu le début de ce qui va

 amener par la suite George Bush

 dans sa quête

 dans sa croisade globale

 les prémisses en parallèle

 de la révolution islamique en Iran

 finalement Israël se construit

 un nouvel ennemi

 sans tant peut-être que le communisme

 est sur la fin

 et puis de ce nouvel ennemi effectivement

 Israël et les Etats-Unis

 vont faire un lien

 vous l’avez évoqué, on n’aura pas le temps

 de l’évoquer plus en avant aujourd’hui

 mais il y avait eu de quelques liens cassés

 au moment de Jimmy Carter

 où Israël et les chrétiens sionistes

 s’étaient sentis trahis

 par la position de l’administration Carter

 à partir de cette époque là

 c’est plus du tout le cas

 il y a effectivement une sorte de

 lien organique

 qui élimine pour les chrétiens sionistes

 complètement la présence des chrétiens

 palestiniens ou des chrétiens du Levant

 que ce soit en Irak quand il va y avoir

 la guerre en Irak

 en Syrie, en Palestine

 et ailleurs en Egypte

 et au Liban

 mais dans quelle mesure

 en sautant un peu dans le temps

 et dans l’espace, on voit cette

 évolution depuis les années 80

 où une alliance très forte va se faire

 entre l’administration

 de Washington et

 la vive, elle va se faire

 essentiellement

 dans le cadre d’une forme de croisade

 contre les pays arabes

 qu’elles considèrent, que les deux

 considèrent comme de plus en plus

 des états, des soutiens

 ou des groupes islamistes

 et terroristes

 dans quelle mesure la solution

 qu’apporte aujourd’hui l’administration

 et je mets solution entre guillemets

 la proposition, vous nous en parlerez

 est-ce qu’elle pérenne

 ou non, on peut en douter

 mais qui vise à

 bypasser complètement l’ONU

 et le multilatéralisme

 avec le board of peace

 que propose Donald Trump

 n’est-il pas la continuité

 des relations très fortes

 qui se sont instaurées sur

 finalement cette réappropriation

 que le sionisme

 chrétien a pu distiller

 y compris dans la culture populaire

 parce que je doute finalement

 c’est mon avis personnel

 que Trump soit un lecteur de la Bible

 mais par contre il a pu absorber

 ces éléments de langage

 cette vision, non pas tellement

 de doctrinaire mais cette vision

 historico-culturelle

 des relations avec le Moyen-Orient

 des relations avec les juifs

 entre guillemets, en tout cas avec les sionistes

 avec Israël etc etc

 quelle pourrait être l’influence

 directe ou indirecte

 de ce courant de pensée

 dans l’établissement de ce board of peace

 et au-delà de ça, des relations

 aujourd’hui entre Israël

 et notamment le gouvernement de Netanyah

 ou en plein génocide

 et le gouvernement états-unien

 Effectivement c’est une des

 hypothèses de lecture

 que je dresse

 en me mettant à la place d’un sionisme chrétien

 qu’est-ce qu’il pourrait penser

 du board of peace

 ce qu’il y a

 d’assez remarquable

 en tout cas notable

 ou à souligner c’est que

 la charte de ce conseil

 ne mentionne

 pas les palestiniens

 et donc il y a une forme de

 continuité dans le sens où

 les sionistes chrétiens ont contribué

 à leur façon et aussi

 aux côtés des sionistes juifs

 à invisibiliser le peuple

 palestinien et qui plus est

 et c’est plus problématique

 dans le cas des sionistes chrétiens

 ils ont aussi invisibilisé leurs

 coreligionnaires palestiniens

 et puis il y a aussi

 une forme de mécanisme

 parallèle

 qu’on pourrait adresser entre le board of peace

 et

 la déclaration Balfour

 dans le sens où pour les sionistes chrétiens

 la déclaration Balfour était une forme de promesse

 qui

 reproduisait la promesse

 divine

 mais là cette fois-ci

 on passe par un empire

 pour renouveler quelque part

 ou prolonger cette

 promesse et bien

 pour les sionistes chrétiens on peut

 tout à fait imaginer

 ça reste encore à

 examiner dans leur discours

 récent que ce board of peace

 est une forme de renouvellement

 de la promesse Balfour

 à un certain niveau

 par l’administration américaine

 et ce qui est intéressant

 c’est de voir que ce board of peace

 eh bien il va

 il met de côté

 une volonté

 de supplanter les organisations

 internationales comme l’ONU

 alors on ne peut pas faire de parallèle à ce niveau là

 avec la déclaration Balfour

 puisque la société des nations n’existait pas encore

 mais on voit bien que c’est

 un état

 en l’occurrence

 quelques personnes qui prennent la décision

 de

 s’emparer d’un sujet

 qui à mon sens

 repose essentiellement

 en tout cas une solution du problème

 qui repose entre les mains

 des organisations internationales

 les accords d’Abraham

 qui font référence à cette

 fraternité abrahamique

 entre les différents peuples et notamment

 entre le peuple chrétien et le peuple arabe

 puisque l’objectif quand même

 de ces accords c’est de

 rallier un certain nombre d’états arabes

 qui étaient hostiles à l’état d’Israël

 dans une forme

 d’alliance pour essayer

 d’apaiser les tensions

 et en tout cas trouver une solution

 c’est l’objectif

 de trouver une solution au conflit israélien-palestinien

 mais en tout cas

 normaliser les relations

 entre certains états arabes et Israël

 derrière ce nom

 qui est donné à cet accord

 on voit bien

 de manière sous-jacente

 et très importante la culture

 biblique très présente encore aux Etats-Unis

 et lorsque cet accord a été

 présenté on retrouvait au premier

 rang de la salle

 des leaders évangéliques sionistes chrétiens

 donc c’est

 une manière de dire

 que les sionistes chrétiens sont encore là

 et ils sont

 influents dans le sens

 où ils décident de la politique

 étrangère américaine

 mais ils fournissent

 je crois un récit

 dans lequel ces initiatives

 qui sont de la part de Donald Trump

 on sait bien des initiatives

 marquées par une forme de transactionnalité

 diplomatique

 très pragmatique, très matérialiste

 ces chrétiens sionistes là

 qui forment un pool

 un électorat très important pour Donald Trump

 viennent fournir une forme

 en tout cas du point de vue

 du gouvernement

 américain

 une forme d’enrobage

 de communication

 dans lequel ils vont inscrire

 des décisions

 des mesures qui sont absolument

 pas du tout religieuses

 ni inspirées théologiquement

 et ce qui est assez frappant

 et pour revenir, ça fait aussi écho

 aux relations qu’il y a

 entre le gouvernement israélien

 et les leaders évangéliques sionistes

 encore aujourd’hui

 dans un contexte où on voit

 Netanyahou qui est en posture

 très très délicate

 et qui cherche à se faire réélire

 en octobre prochain

 lorsque le sénateur

 Graham Lindsay

 est décédé

 et qui est une des figures

 du sionisme chrétien actuellement

 en tout cas très inséré

 dans la scène politique

 américaine très influent

 lorsque Netanyahou

 est allé exprès

 pour les obsèques

 du sénateur Graham

 aux Etats-Unis à Washington

 il a reçu dans la résidence

 qui est réservée aux invités

 de la Maison Blanche une délégation

 de sionistes chrétiens, d’évangéliques

 comme il le fait quasiment

 à chaque voyage à Washington

 les voyages se sont accélérés

 durant les deux mandats de Donald Trump

 et il a insisté sur le fait

 que le soutien

 des sionistes chrétiens était très important

 et ce que je voulais faire

 enfin le lien que je voulais faire avec

 enfin le parallèle

 que je voulais faire avec

 le gouvernement américain

 qui a plutôt

 une vision matérialiste

 intéressée par rapport

 à l’électorat sioniste chrétien

 c’est que Netanyahou est aussi

 dans cette dynamique là, il va avoir

 un discours qui consiste à dire

 à chaque fois qu’un Israélien

 est attaqué, c’est aussi un

 évangélique qui est attaqué

 et donc

 il n’y a pas de dimension

 religieuse véritablement

 dans la manière dont il

 a de rechercher

 ou de renforcer ce soutien

 mais en face les évangéliques

 vont lui répondre en disant

 qu’Israël

 est un élément

 de l’accomplissement des prophéties

 etc. Donc il y a une forme à chaque fois

 dans cette alliance

 enfin un paradoxe en fait

 donc en évoquant

 ce paradoxe de discours

 entre les relations

 qu’il peut y avoir entre un Donald Trump

 très matérialiste qui a une

 relation transactionnelle dans la diplomatie

 qu’il mène à travers le monde

 et aussi

 de son côté Netanyahou

 qui n’est pas non plus une personnalité connue

 pour son engagement religieux

 quand on voit un peu la manière

 dont ils interagissent avec

 les sionistes chrétiens qui sont pour Trump

 un électorat très important

 et pour Netanyahou

 un soutien indéfectible

 on voit cette différence

 de discours à la fois

 un discours matérialiste d’un côté du côté de Trump

 et Netanyahou et de l’autre un discours

 religieux qui

 permet en fait

 d’offrir un récit dans lequel

 ils vont s’ancrer

 les initiatives de Trump

 qui parle donc des accords

 d’Abraham

 le board of peace qui peut être aussi lu

 dans cette perspective d’un récit

 sioniste chrétien avec tous les éléments

 dont on a parlé

 et en fait c’est une forme de paradoxe

 énième paradoxe du sionisme chrétien

 qui fournit à la fois une forme

 de légitimité

 et l’horizon

 dans lequel s’inscrit toutes ces choses

 dont on a parfois du mal à comprendre

 l’unité et la cohérence

 et le paradoxe consiste à dire

 qu’au delà de la légitimité

 qu’ils fournissent

 les sionistes chrétiens sont des personnes

 qui demeurent

 actives dans un monde

 qui est de plus en plus sécularisé

 donc ils sont

 pas aux manettes

 c’est ça qui est assez paradoxal

 c’est de voir comment ces personnes

 qui ont un engagement religieux

 un discours très religieux

 arrivent à influencer

 ou en tout cas légitimer

 des actions

 des discours de personnes

 qui ne le sont pas

 mais qui s’en servent

 pour perdurer

 et se maintenir au pouvoir

 Laurent Tessier, merci

 Merci à vous, merci beaucoup

 pour votre invitation

 Merci d’avoir écouté cet épisode

 ce hors série consacré

 à la diplomatie et à l’action militaire israélienne

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