Fragments de Palestine

Un Podcast sur la Palestine

Retrouvez aussi la série documentaire « Récit Stratégique » dont la première saison est consacrée à la guerre au Liban

La colonisation comme crimes de guerre et contre l’humanité

Entretien avec Insaf Rezagui et Mathilde Lutak mené par Emmanuel Hiriart

À l’occasion de la communication écrite faites par l’association Jurdi auprès du bureau du procureur de la Cour Pénale Internationale au sujet de la qualification de la colonisation comme crime de guerre systémique et crime contre l’humanité je reçois deux membres de l’association de juristes francophones qui œuvrent à combler une lacune dans l’enquête en cours sur la Palestine.

L’Association des Juristes pour le Respect du Droit International (JURDI), créée en 2024, rassemble des avocats, magistrats, professeurs, juristes et autres experts en droit international, unis par un objectif commun : promouvoir le respect et l’application du droit international dans le contexte du conflit israélo-palestinien.

Mathilde LUTAK est titulaire du certificat d’aptitude à la profession d’avocat. Elle est trésorière de l’Association des Juristes pour le Respect du Droit International (JURDI). Elle est spécialisée en droits de l’homme, en droit international pénal et en libertés fondamentales. Elle a également forgé une expérience en droit pénal et en droit pénal des affaires au sein de différents cabinets d’avocats. 

Insaf REZAGUI est docteure en droit international public de l’Université Paris Cité et chercheure associée à l’Institut français du Proche-Orient à Jérusalem. Elle enseigne le droit public à l’Université Paris Cité. Elle est également vice-présidente de l’Association des Juristes pour le Respect du Droit International (JURDI). 

Ses travaux de recherche porte sur le recours au droit international et organisations internationales par la Palestine pour faire valoir ses revendications, ainsi que sur les questions de colonialité du droit international, qu’elle analyse à partir d’approches critiques du droit. Insaf REZAGUI est l’auteure de nombreux articles juridiques sur la Palestine. Elle a, avant cela, travaillé dans des organisations non gouvernementales et pour des institutions publiques. 

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Produit par Images d’Ici & d’Ailleurs 2026

Musique du générique :

Produit par : El-Funoun Palestinian Dance Troupe « Lover’s Hymn »

Palestinian folk tune 


Retranscription (provisoire de l’épisode)

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Fragments de Palestine, un podcast produit par Image Lissier d’ailleurs.
Je suis Emmanuel Rillard et tous les lundis, nous vous proposons un grand entretien sur une question historique,
géopolitique, politique, militaire, diplomatique, culturelle ou juridique, ou enfin qui concerne un dirigeant militaire,
un courant politique ou religieux, une figure intellectuelle ou militante palestinienne,
une manière de mieux comprendre la Palestine et les Palestiniens au moment où ils subissent au-delà d’une occupation un génocide
et que le monde se saisit de la question en se solidarisant.
L’ensemble de nos productions sont accessibles sur toutes les plateformes, gratuitement,
mais ce n’est pas sans coût pour notre association à but non lucratif.
Vous pouvez nous soutenir en réalisant un don sur Hello Assault, dont le lien est dans la description de cet épisode,
ou sur notre site fragmentepalestine.fr, où vous retrouverez tous les épisodes passés ainsi que leurs transcriptions.
Votre soutien nous permettra de développer des cycles encore plus riches,
notamment sur l’histoire de l’OLP, de ses leaders ou des mouvements islamistes,
ou encore de passer à des entretiens filmés et parfois traduits.
Par avance, merci.
Pour parler de la Cour pénale internationale et des poursuites engagées contre des représentants israéliens,
je reçois aujourd’hui deux juristes.
L’avocate Mathilde Lutak, spécialiste des droits de l’homme et la professeure de droit public à l’Université Paris Cité,
Insa Frézagui, également chercheuse associée à l’Institut français du Proche-Orient à Jérusalem.
Elles sont toutes les deux membres de l’association Jurdi, constituée donc de juristes francophones,
qui par le passé a su démontrer le manque de prévention en matière de crimes de guerre par la France en Palestine,
et qui aujourd’hui a adressé une communication au bureau du procureur de la CPI
relative à la politique de colonisation israélienne en Cisjordanie,
afin qu’au-delà des exactions à Gaza et ailleurs,
on puisse aussi poursuivre des dirigeants politiques ou militaires au titre de ces politiques favorisant
le déplacement de population ou les implantations de colons sur les territoires palestiniens.
Bonne écoute.
Mathilde Lutak et Insa Frézagui, bonjour.
Bonjour.
Ma première question est très simple.
C’est que vous intervenez dans ce podcast au nom de l’association Jurdi,
mais est-ce que vous pourriez nous expliquer ce qu’est cette association ?
Jurdi, l’association des juristes pour le respect du droit international,
est une association de droit français qui a été fondée en juin 2024,
notamment par des avocats, des magistrats, des professeurs et des praticiens du droit.
C’est une association qui est indépendante,
elle est à but non lucratif et sans appartenance politique.
Elle a pour mission statutaire notamment de contribuer à la promotion
et la défense et l’application effectives du droit international
dans le contexte du conflit israélo-palestinien.
Elle est composée, entre autres, d’un bureau qui est composé de sept membres,
des profils complémentaires qui sont notamment présidés par Patrick Zandt,
qui est l’ancien délégué du comité international de la Croix-Rouge,
et elle est également dotée d’un conseil scientifique
qui va réunir différents juristes internationalement reconnus pour leur expertise,
à ce titre je pense notamment à Alain Pellet,
qui était l’ancien président de la commission du droit international.
Je pense également à Hélène Tigrouja,
qui est la vice-présidente du comité des droits de l’homme des Nations unies.
Et donc ce bureau et conseils scientifiques sont notamment complétés
par un certain nombre d’adhérents qui sont notamment des membres francophones,
universitaires, magistrats, étudiants en droit, juristes, avocats.
Et en fait l’idée de Jurdi est finalement d’avoir ce réseau d’adhérents,
cette cohésion entre les membres afin de porter différents types d’actions.
Les actions de Jurdi ont deux pans principaux.
Le premier étant la communication.
La communication va se réaliser sur notamment la division du droit international,
des recherches, l’organisation de colocs par les réseaux sociaux,
notamment nous avons 8000 membres abonnés sur Instagram,
un site internet et des relations proches de la société civile.
Ça c’est l’axe communication de Jurdi,
mais Jurdi a également un autre axe qui est notre axe principal.
Il s’agit de l’axe contentieux.
Le contentieux va s’illustrer dans différentes matières
parce que l’idée de créer et définiser le droit international,
notamment par le changement des pratiques, par la création de jurisprudence,
il y a un peu une idée de stratégie de petits pas,
c’est-à-dire progressivement permettre au changement du droit
par différents types d’actions
et mettre notamment fin aux violations du droit international
qui est rendu possible notamment par la complicité
et les liens que peuvent entretenir la France, l’Union européenne avec Israël.
Donc l’action de Jurdi va être présente en matière civile et commerciale
par des interventions volontaires,
par l’assignation de grandes compagnies qui opèrent notamment en Israël.
Ça va être sur le fondement du respect de la loi du devoir de vigilance.
Ça peut être également l’assignation de diverses entreprises
pour but l’annulation de contrats.
On va faire annuler sur le fondement de la violation de l’ordre public
parce que notamment avec les colonies qui est une situation illicite,
il y a cette notion de se dire qu’un contrat ne peut pas être conclu
avec une situation qui est illicite du point de vue du droit international.
Jurdi va également initier des procédures de référé,
notamment en Belgique.
Ça, c’est pour la partie civile et commerciale,
mais Jurdi mène également des actions
du point de vue en matière de droit administratif.
En matière pénale, pour le moment,
nous n’avons pas encore les cinq ans d’existence
qui est une condition obligatoire du point de vue pénal,
mais on dépose des amicus curiae,
on accompagne d’autres procédures et d’autres acteurs.
Et enfin, en matière de droit d’asile,
les avocats de Jurdi font partie des personnes
qui ont permis de pousser la jurisprudence de la CNDA
qui reconnaît le statut de réfugié aux personnes ressortissantes de Gaza.
Aujourd’hui, vous intervenez dans ce podcast
essentiellement parce que vous avez déjà une genèse à cette association,
vous avez déjà mené des actions.
Et donc, on comprend que vous menez, vous l’avez dit,
des actions sur le territoire français auprès de la justice française,
mais également de la justice belle,
mais également auprès de la CPI, donc la Cour pénale internationale.
Alors est-ce qu’en définissant ce qu’est la Cour pénale internationale,
vous pourriez, INSAF, en plus,
nous raconter un peu la genèse de votre action juridique
dans le… depuis quelques années,
puisque vous êtes une jeune association,
mais qui a fait déjà beaucoup d’actions
contre la question israélienne et l’occupation.
La Cour pénale internationale, c’est une organisation internationale
qui est aujourd’hui basée à la haie, au Pays-Bas.
Elle a pour but, et c’est inscrit dans le préambule de son statut,
de lutter contre l’impunité des individus et non pas des États
accusés de crimes internationaux.
Il y a quatre types de crimes internationaux aujourd’hui
qui sont encadrés par le Statut de Rome
qui régit le fonctionnement de la Cour.
C’est le crime de guerre, le crime contre l’humanité,
le crime de génocide et le crime d’agression
que je mets un peu de côté car il est très particulier dans ce statut.
Le Statut de Rome, il a été adopté en 1998,
et c’est lui qui vient établir donc la juridiction internationale.
On est face à la première juridiction permanente
pénale de nature universelle.
Aujourd’hui, la CPI, donc, la Cour pénale internationale,
elle compte 125 États-partis,
dont la Palestine depuis le 1er avril 2015.
La Cour est compétente pour juger des crimes qui ont été commis
soit contre le territoire d’un État-Parti,
donc dans notre cas sur le territoire palestinien,
ou par les ressortissants d’un de ces États,
donc dans notre cas ce serait par des Palestiniens.
Le dossier palestinien,
je pense qu’avant qu’on puisse rentrer
dans le cœur de notre communication,
il faut comprendre le contexte dans lequel il s’inscrit
pour mieux le comprendre.
Ce dossier, il est entre les mains de la Cour pénale internationale
depuis 2009 maintenant, soit près de presque 20 ans aujourd’hui.
Le recours à la CPI par la Palestine,
il s’inscrit dans une stratégie plus globale de sa part
qui vise à mobiliser le droit international
et les organisations internationales
afin de valoir un certain nombre de revendications,
et en premier lieu le droit à l’autodétermination
et la reconnaissance de l’État de Palestine
sur les frontières de 1967,
qui comprennent donc la Cisjordanie, Jérusalem Est et la bande de Gaza.
Et je précise ici que selon l’autorité palestinienne
qui met en place donc cette stratégie,
la réalisation du droit à l’autodétermination
du peuple palestinien,
donc c’est-à-dire sa capacité à déterminer librement
son statut politique et économique,
il est indissociable de l’établissement
et de la reconnaissance de l’État de Palestine
sur ce territoire limité.
Cette stratégie donc que je viens d’évoquer,
elle part d’un constat.
Avant même que la Palestine s’égisse la Cour pénale internationale en 2019,
la Palestine disposait de ressources juridiques
et institutionnelles importantes sur le plan international,
c’est-à-dire qu’elle avait un certain nombre de droits,
un certain nombre de présences dans différents forums internationaux,
sauf qu’elle faisait face,
et elle fait toujours face,
à des obstacles persistants qui sont principalement politiques,
et on pourra y revenir,
qui entravent précisément la reconnaissance de l’État de Palestine
et donc surtout l’effectivité du droit à l’autodétermination
en raison de la poursuite de l’occupation israélienne.
Et c’est dans ce contexte que,
pour l’autorité palestinienne,
le recours aux organisations internationales,
au multilatéralisme,
apparaît tout de suite comme un levier privilégié,
bien que, et c’est la critique qu’on peut émettre contre cette stratégie,
ça oblige l’autorité palestinienne
à mettre de côté un certain nombre de revendications politiques
qui sont importantes et déterminantes
au sein du mouvement national palestinien,
notamment la question des frontières,
la solution à deux États,
et la question du droit au retour des réfugiés
dans leurs territoires de 48,
donc de la Palestine historique.
Cette stratégie que je suis en train d’évoquer,
elle a été établie au début des années 2000,
à la suite d’une décision très importante
qui a été rendue par la Cour internationale de justice,
qui est une autre juridiction internationale,
qui elle est un organe judiciaire des Nations unies,
et qui elle, contrairement à la CPI,
vient trancher des différents entre-États,
ou rendre des avis sur des points de droit international
pour éclairer les Nations unies.
Et donc cette stratégie multilatérale,
elle se décline en deux axes,
je mets de côté le premier axe qui est plutôt de nature politique,
et qui vise à mobiliser les organisations internationales politiques,
au premier rang desquels les Nations unies,
la Ligue des États arabes et l’Union européenne.
Et dans un second temps,
ces stratégies visent donc à saisir les juridictions internationales,
c’est une forme de multilatéralisme d’autorité,
parce qu’on vient mobiliser finalement l’autorité,
la légitimité des juges, des juridictions, des normes internationales,
en se disant que les décisions qui pourraient être prises par ces juridictions,
font finalement autorité au sein de la société internationale,
et donc il faudrait pouvoir les mettre en œuvre.
Et c’est la stratégie que l’autorité palestinienne développe,
avec ce second axe,
et donc la Cour pénale internationale
est un véritable espace de lutte pour les Palestiniens depuis 2009.
C’est d’ailleurs à travers elle,
que le gouvernement palestinien va acter officiellement
le changement de stratégie,
donc c’est-à-dire de recours aux droits internationales.
Vous savez, à l’issue de la guerre contre la bande de Gaza,
qui avait eu lieu à l’hiver 2008-2009,
que les Israéliens appellent plus en durci,
c’est une guerre qui a fait plus de 1500 victimes palestiniennes,
qui a aussi ravagé le territoire de la bande de Gaza,
et donc trois jours après le cessez-le-feu,
le 21 janvier 2009, Ali Rashan,
qui était à l’époque ministre de la Justice de l’autorité palestinienne,
il transmet une déclaration de reconnaissance de la compétence de la CPI.
Ça veut dire quoi une reconnaissance de la compétence de la CPI ?
Ça veut dire que la Palestine n’est pas un État parti à cette époque-là de la Cour,
mais elle décide de saisir la Cour tout de même
pour que celle-ci puisse déterminer
s’il existe des bases raisonnables de croire
que des crimes ont été commis ou auraient été commis
sur le territoire palestinien depuis une date donnée,
qui est ici 2008,
et donc à partir de ce moment-là la Palestine se dit que
la CPI va devenir un véritable espace de lutte
au sein duquel elle entend mobiliser tous les instruments
et les outils à sa disposition pour faire valoir ses révendications.
Le problème c’est qu’à partir de ce moment-là
on va voir la Cour s’enliser
dans une stratégie, je ne sais pas si c’est vraiment une stratégie,
mais dans une volonté de ne pas politiser ce dossier,
c’est-à-dire de faire en sorte de ne pas trop le traiter,
parce qu’évidemment on le sait, il y a des enjeux diplomatiques,
politiques, importants,
Israël, les Etats-Unis,
mais aussi un certain nombre d’États européens
qui sont partis à la Cour,
comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni,
vont mettre pression sur la Cour
tout au long de ces années pour que ce dossier n’avance pas.
Et déjà en avril 2012,
le procureur de l’époque, qui s’appelle Luis Moreno Ocampo,
avait clôturé son examen en disant
« Je ne vais pas ouvrir d’enquête dans le dossier palestinien ».
Pourquoi ? Parce qu’en avril 2012,
le statut étatique de la Palestine sur la scène internationale
n’est pas suffisamment clair.
Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire qu’on estime, que la Cour estime,
que la Palestine n’est pas un État
d’un point de vue du droit international à cette époque.
Et qu’est-ce que fait la Palestine pour y remédier ?
Elle fait quelque chose de tout à fait simple
au regard des rapports de force,
c’est qu’elle se tourne vers l’Assemblée générale des Nations unies.
L’Assemblée générale des Nations unies est favorable à la Palestine
dans sa composition géographique et politique.
Et donc, en novembre 2012,
la Palestine devient un État non membre observateur des Nations unies.
Donc il y a le mot « État » dans ce nouveau statut.
Et la conséquence directe et la plus importante pour la Palestine,
c’est qu’à compter de cette date,
elle peut ratifier l’intégralité des traités multilatéraux
qui ont pour dépositaire le secrétaire général des Nations unies,
ce qui est le cas du statut de Rome de la Cour pénale internationale.
Et c’est comme ça que la Palestine va devenir
le 123e État parti à la Cour le 1er avril 2015,
quelques mois après une nouvelle guerre israélienne
contre la bande de Gaza.
Et depuis, cela a permis l’ouverture d’une enquête en mars 2019
par la procureure de l’époque, Fatou Ben Souda,
qui elle aussi fait face à des menaces et des pressions politiques
et très importantes de la part d’Israël.
Elle pense qu’il y a des motifs, des bases raisonnables de croire
qu’effectivement, des crimes de guerre ont été commis
et sont en train d’être commis,
dans le cas de la colonisation d’abord,
ensuite dans le cas de la marche du retour à Gaza en 2018.
Vous savez, c’est ces grandes marches de Palestiniens
qui sont allées vers la frontière avec Israël
en vue de pouvoir retourner dans leur foyer.
C’est aussi les différentes opérations militaires israéliennes
qui ont été menées contre l’enclave.
Sauf que, en raison, dit-elle, du caractère sensible du dossier,
elle demande aux juges de la Cour,
à trois juges en particulier,
qui sont formés au sein d’une chambre préliminaire une,
de confirmer la compétence territoriale de la Cour.
C’est assez particulier comme démarche.
La procureure voulait sans doute se protéger
contre d’éventuelles menaces, etc.,
en disant que la décision d’ouvrir une enquête est légitime
parce qu’elle est appuyée par des juges.
Et effectivement, en février 2021,
les juges de la chambre préliminaire une
reconnaissent que la Cour est compétente territorialement
sur l’intégralité du territoire palestinien,
Cisjordanie, Jérusalem Est et Bande de Gaza.
Elle pouvait penser qu’elle pouvait subir des pressions
de la part d’Israël, si je comprends bien,
qui, elle, se juger, aurait dit
« non, vous n’êtes pas compétent sur l’ensemble de ce territoire-là
parce que, quoi, parce que nous l’occupons,
parce qu’en fait Israël, aujourd’hui, n’a pas de frontière. »
C’est une enquête commis comme État membre,
mais sur quelle frontière actuellement ?
Alors, Israël n’est pas un État parti au statut de Rome
et n’a jamais ratifié le statut.
En revanche, dès lors que la Palestine est devenue un État membre,
elle a le droit de demander à ce que l’enquête intègre
des crimes qui ont été commis sur son territoire,
même si ces crimes ont été commis par des ressortissants
d’un État non parti au statut de Rome.
Je vous donne un exemple.
Il y a aujourd’hui un contentieux,
une enquête ouverte dans la situation en Ukraine.
L’Ukraine est désormais un État parti à la Cour pénale internationale.
La Russie n’est pas un État parti à la Cour pénale internationale,
mais des mandats d’arrêt ont été émits,
notamment contre Vladimir Poutine, président de l’État russe,
pour crimes de guerre, parce qu’on estime qu’il aurait commis
des crimes relevant du statut de Rome sur le territoire ukrainien,
qui lui est un État parti à la Cour.
Évidemment, Israël conteste la compétence territoriale de la Cour,
mais elle invoque d’autres arguments.
Elle estime que les accords d’Oslo qui ont été signés dans les années 90
ne donnent pas de compétence pénale à l’autorité palestinienne.
C’est une question qui est en cours de traitement au sein de la Cour,
mais qu’on peut tout à fait trancher au regard de ce qu’a dit l’autre juridiction internationale,
la Cour internationale de justice,
qui a dit que tous accords bilatéraux
qui viennent porter atteinte à des droits fondamentaux
ne doivent pas prévaloir sur la réalisation de ces droits.
Or, le droit fondamental qui est visé ici,
c’est l’autodétermination du peuple palestinien,
qui est une norme impérative fondamentale en droit international.
Et donc, évidemment, on ne peut pas dire
qu’on enlève une compétence à un État occupé,
alors même que cette compétence vient entraver potentiellement un droit fondamental.
Et c’est un peu comme ça le raisonnement qui a été retenu
par la Cour internationale de justice.
La Cour pénale internationale, pour l’instant,
maintient sa compétence territoriale,
tout en affirmant que ces débats-là
pourraient se poursuivre à l’occasion
d’autres échéances procédurales
ou de procès potentiels qui pourraient avoir lieu
si les fugitifs recherchés aujourd’hui par la Cour
venaient à tête à être transférés devant la juridiction.
Entre le début de l’ouverture de l’enquête,
en mars 2021, et octobre 2023,
il n’y a aucune avancée dans cette affaire,
aucune avancée dans l’enquête.
Pour vous donner une idée de cette dépriorisation
du dossier par le nouveau procureur
de l’époque Karim Khan,
le dossier palestinien, l’enquête palestinienne
au sein du bureau du procureur,
sur les 10 enquêtes jugées prioritaires,
la Palestine est celle qui dispose
du plus petit budget,
on est à moins d’un million d’euros par an,
et c’est celle qui dispose
des moyens humains les moins importants.
On est entre un à deux personnels
dédiés à cette enquête à la haie,
ce qui traduit une forme de dépriorisation.
Quels sont les autres ?
Vous avez parlé de 10 enquêtes,
sans forcément faire un catalogue,
mais les autres dossiers concernent
quel type de responsables ?
Il y a par exemple Ukraine,
pour rester dans la comparaison,
qui elle dispose d’un véritable budget,
le bureau du procureur a ouvert
une succursale à Kiev directement
pour favoriser la coopération pénale
entre les autorités ukrainiennes
et la haie, etc.
Donc effectivement,
on est sur des chiffres
complètement différents,
on n’est même pas sur l’ordre
d’une dizaine de milliers d’euros,
ça se chiffre en millions,
et donc il y a une véritable volonté
de déprioriser ce dossier-là.
Il ne s’agit pas d’attaquer la Cour,
il faut aussi comprendre que
le dossier palestinien et les membres
de la Cour qui travaillent sur ce dossier-là
font l’objet de vraies pressions
et menaces de la part d’Israël
et de ses alliés.
Fatou Ben Souda l’avait dit à l’époque,
elle avait été menacée directement
par les services de renseignement israélien.
Sa famille l’avait été.
Aujourd’hui, les juges qui travaillent
sur ce dossier et le procureur de l’époque
sont sous sanction des Etats-Unis.
Je pense par exemple au juge français
Nicolas Guillou,
qui est un des juges en charge de ce dossier,
aujourd’hui sous sanction américaine,
c’est-à-dire qu’il ne peut plus utiliser
sa carte bancaire si vous commandez par exemple.
Il ne peut plus rien faire.
Il n’est un peu le sous-tutel.
Il ne peut plus utiliser sa carte bleue
parce que le système SWIFT
dépend des Etats-Unis.
Il est sous curatel ou sous tutel
à vous de juger,
mais en tout cas il n’est plus libre
de ses faits et gestes
pour aller et venir
en dehors de l’État français.
Complètement.
Il faut aussi comprendre
cet environnement politique et social
qui gravite autour de la Cour.
Même si on peut mettre des critiques
contre la Cour, il faut aussi avoir en tête
ce contexte-là parce que
si on doit aujourd’hui
dénoncer quelque chose, c’est ce contexte-là
de pression et de menace qui empêche
les fonctionnaires de la Cour,
les agents de la Cour, d’agir
en toute sérénité.
C’est à partir du 7 octobre 2023
dans le contexte des attaques
du Hamas et des groupes armés palestiniens
que Karim Khan
et donc de la guerre génocidaire
qui va s’en suivre,
que Karim Khan, le nouveau procureur,
arrivé en 2021, va être
obligé de reprendre en mince dossier.
Face à l’ampleur des massacres,
face à la mobilisation internationale
des opinions publiques en Europe
et dans le Sud global,
il va être obligé de reprendre en mince dossier
et donc il va faire une première visite
en Égypte, puis il va se rendre en Israël,
puis en Palestine, ça sera une première d’ailleurs,
depuis 2009.
Et enfin, le 20 mai 2024,
il annonce avoir transmis des requêtes
à la chambre préliminaire une, donc aux trois juges
qui composent cette chambre,
au fin des missions de mandat d’arrêt,
parce que le procureur ne peut pas émettre lui-même
les mandats d’arrêt, ce sont les juges qui les émettent,
ces mandats d’arrêt. Le procureur demande
aux juges d’émettre des mandats d’arrêt
contre deux dirigeants israéliens,
Benjamin Netanyahou, Premier ministre,
Yoav Galand, qui était à l’époque le ministre de la Défense,
qui avait dit qu’il allait
couper l’électricité, le gaz,
le carburant dans la bande de Gaza.
Il vise aussi trois dirigeants du Hamas,
les trois en question
ont été depuis tués par Israël,
donc ces trois requêtes n’ont pas pu aboutir.
La chambre va émettre deux mandats d’arrêt
contre Netanyahou et
Yoav Galand en novembre 2024,
un mandat d’arrêt contre un dirigeant du Hamas
qui va être retiré par la suite.
Netanyahou et Yoav Galand
très rapidement sont accusés
de crimes de guerre,
parce qu’ils sont considérés en tant que
supérieurs hiérarchiques civiles
d’avoir dirigé intentionnellement des attaques
contre la population civile.
Ils sont aussi visés pour crimes contre l’humanité
dans le cadre donc d’une attaque généralisée
et systématique lancée contre la population civile
de Gaza, mais je pense que Matilde
y reviendra par la suite.
Parmi ces crimes, c’est par exemple
le fait d’avoir privé de manière délibérée
et en connaissance de cause la population
civile de Gaza de biens
indispensables à sa survie, la nourriture,
l’eau, les médicaments, le carburant,
l’électricité, etc. C’est l’entrave
à l’aide humanitaire, sans que cela ne soit
injustifié par des nécessités militaires,
d’entraver la capacité des ONG
à pouvoir fournir ces
services essentiels aux palestiniens.
Ils sont aussi accusés
d’affamer les civils comme méthode
de guerre, donc c’est de recourir à la famine
comme méthode de guerre. Et enfin,
ils sont accusés de plusieurs crimes contre l’humanité,
notamment le fait d’infliger
de grandes souffrances au moyen d’actes
inhumains. C’est par exemple en empêchant
l’acheminement d’anesthésiques,
qui ont contraint des médecins palestiniens à opérer
des personnes blessées et à faire des amputations
sans anesthésie.
Et c’est aussi en privant les palestiniens
de Gaza de leurs droits fondamentaux, notamment
leurs droits à la vie.
Toutefois, et c’est ce qui
nous a amené à transmettre une communication
au bureau du procureur,
ce dernier ne s’en tient qu’à des faits qui ont été
commis après le 7 octobre 2023,
occultant les agissements qui ont
été commis dans le contexte plus général de l’occupation,
et alors que Fatou Ben Souda
voulait notamment enquêter sur
la colonisation.
Et ce choix du procureur, il appelle
selon moi une observation critique,
c’est qu’en circonscrivant
son analyse aux faits postérieurs
au 7 octobre, il vient opérer un cadrage temporel
qui tend
à décontextualiser
les violences examinées
en les dissociant
de son cadre structurel dans lequel elles s’inscrivent,
à savoir la colonisation et
l’occupation. Or,
ces éléments, je le disais, ils avaient été
précisément identifiés par la prédécesseur
de Karim Khan, comme des éléments
centraux dans l’analyse des crimes allégués.
Cette
restriction du champ d’enquête à ce stade,
elle peut nous, elle peut paraître
comme une forme de prudence stratégique
de la part du bureau, ou comme
une limitation politique
à ce stade, on n’a pas d’explication
de la part du bureau qui vient
nous permettre de comprendre pourquoi est-ce qu’il s’en tient à ce
type d’éléments.
Les charges retenues appellent également à mon sens
une réserve. Si elles permettent
effectivement de qualifier juridiquement des faits
particulièrement graves, que je viens de
lister, elles demeurent centrées
sur des comportements spécifiques
et relativement circonscrits.
Et ce choix-là, il peut donner l’impression
effectivement d’une appréhension fragmentée des violences
sans pleinement saisir leurs dimensions
structurelles et systémiques qui sont liées, encore une
fois, à la politique coloniale.
Et en ce sens, l’absence
à ce stade de qualification plus
englobante, ou d’une mise en perspective
explicite de ces crimes, dans le cadre
plus large du régime qui est imposé aux palestiniens,
peut apparaître, là encore une fois,
comme une limitation de la portée juridique et politique
des poursuites engagées par la
cour. Et enfin,
autre et dernière critique à mon sens,
c’est que, à ce stade, les poursuites
sont limitées à deux dirigeants
israéliens seulement, sans que
à ce jour aucune information n’ait été rendue
publique quant à l’éventuelle émission d’autres
mandats d’arrêt par le bureau.
Évidemment, il faut quand même rappeler que
l’enquête demeure confidentielle,
toutes les enquêtes de la cour sont confidentielles,
ça c’est normal. On ne sait pas
si aujourd’hui il y a d’autres mandats d’arrêt,
potentiellement il pourrait y en avoir
contre d’autres dirigeants
politiques et militaires israéliens,
il pourrait y avoir d’autres charges qui ont été
intégrées dans les mandats d’arrêt actuels,
ou il y a potentiellement d’autres charges qui sont sur la table, etc.
C’est-à-dire qu’à l’heure actuelle,
ce qu’on sait des mandats d’arrêt
qui ont été émis,
en fait, il pourrait y avoir des annexes
ou d’autres gens, mais à quel moment
alors on est censé le savoir ?
Ce n’est pas quelque chose qui est rendu public,
c’est quelque chose qui est communiqué à qui ?
Aux polices ?
S’il y avait d’autres gens,
pourquoi nous,
on ne serait pas ou vous, vous êtes encore mieux placé,
vous ne pourriez pas le savoir,
que par exemple, il y a
le chef d’état-major,
donc on rappelle, ça ne serait
qu’à des personnes et pas à des institutions
ou à des états, mais donc,
que l’enquête soit secrète,
je comprends bien,
mais pourquoi la divulgation des noms
ou de ce qui leur est reproché
est gardée comme ça, secrète ?
Alors il y a plusieurs raisons,
souvent, si c’est gardé secret, c’est parce qu’on a
potentiellement la possibilité d’interpeller l’individu
et pour éviter
qu’il prenne la fuite
et qu’il se rende dans un territoire
sur lequel on ne pourra pas l’interpeller,
on évite de révéler les noms des auteurs,
des personnes mises en accusation.
En général, ce sera au moment du procès,
si la personne est finalement
interpellée et transmise
à la cour que le fugitif,
pardon, la personne
qui fait l’objet de ces mandats d’arrêt,
le nom pourra être révélé.
Je pense que dans le cas de la Palestine,
le procureur,
s’il vient à décider
de ne pas révéler les noms des personnes
poursuivies, c’est que
on a vu ce que ça a produit
dans le cas de Netanyahu et de Galante,
d’un point de vue politique,
en termes de pression, de menaces,
de nouvelles sanctions contre la cour.
Là, il y a toute une stratégie qui est en train d’être mise en place
du côté des Etats-Unis pour renforcer
la mise au banc de la Cour pénale
internationale de la société internationale.
Donc je pense qu’il y a des craintes
de nature politique, pour le coup,
qui gravitent autour de la cour.
Après, il est vrai que
récemment dans la presse, notamment la presse
israélienne, a révélé
que des mandats d’arrêt,
des requêtes pour
émission de mandats d’arrêt, avaient été
transmises par le bureau du procureur
à la chambre préliminaire, une contre plusieurs
dirigeants politiques et militaires
israéliens, notamment
ce qui concerne, mais encore une fois, ce sont
des hypothèses, parce que c’est ce que
la presse dit, sur
les crimes d’apartheid
et de colonisation.
Sauf que depuis que
ces informations ont été révélées dans la presse israélienne
il y a plusieurs semaines, on n’a aucune info
de mandats d’arrêt,
sachant que la presse israélienne parle
de demandes d’émissions de mandats d’arrêt
transmises par le bureau du procureur, mais elle ne dit pas
si oui ou non la chambre préliminaire
a émis ces mandats d’arrêt.
Donc là, à ce stade, on est
dans une incertitude totale et effectivement,
à juste titre, pour les victimes
palestiniennes, ça nourrit de la frustration,
des critiques
et un manque de confiance dans la
juridiction, parce que à ce stade,
la majeure partie des crimes qui
pourraient relever de la compétence de la cour ne sont pas
mises en avant dans l’enquête
du procureur.
J’ai très envie de sauter les étapes,
mais je ne le ferai pas
pour savoir
comment ces gens pourraient être
interpellés, puisque vous avez précisé
qu’ils pourraient se mettre en fuite, donc ils pourraient
se réfugier à Dvita Metternam, dont des états
qui ne reconnaissent pas la CPI
si je comprends bien, et ne jamais finalement être
livrés à ce
bureau, mais
on en est au stade
où on a décrit deux types de
crimes, et qui ne sont pas forcément
faciles
pour l’auditeur moyen de ce
podcast, à déterminer, à faire
la distinction entre un
crime de guerre et un crime contre l’humanité.
Est-ce qu’à ce stade-là,
Mathilde, vous pourriez nous éclairer
sur les différences et
les conséquences de ces
différences ? Alors oui,
effectivement,
le traité de Rome,
qui vient de venir donner
compétence à la Cour pénale internationale,
a établi une liste des crimes pour lesquels
il est compétent, comme l’a dit
saf. Parmi ces crimes, on retrouve
le crime de guerre et le
crime contre l’humanité. Nous, dans le cadre
de notre communication qui porte sur la
colonisation en Cisjordanie,
il était intéressant de savoir
comment est-ce qu’on va traduire
juridiquement la colonisation
sur la base du traité de Rome.
Donc nous avons pris crime de guerre contre
crime contre l’humanité. Alors, je vais
les distinguer pour vulgariser
un peu ces termes.
Donc, en fait, le crime de guerre,
il suppose
l’existence d’un conflit armé
qui peut être international ou un
conflit armé non international.
Et dans le cadre de ce conflit
armé, il y aura différents types
de comportements qui vont être
appréhendés. Mais cette condition du
conflit armé est nécessaire.
Dans le cas de la
Palestine, comme l’a expliqué une saf,
dans le cas de la Cisjordanie,
il y a une situation d’occupation
qui est reconnue depuis 1967
par différentes
institutions onusiennes, donc le Conseil
de sécurité, l’Assemblée générale.
Récemment, la Cour de justice de l’Union
européenne a réaffirmé
cette situation d’occupation.
Et de ce fait, il s’agit
d’un conflit armé
international. C’est la première
condition pour l’établissement
du conflit armé.
Lorsque nous avons établi ce
contexte, nous visons
dans le cadre de cette communication,
comme infraction,
l’interdiction du transfert de
population
civile sur les territoires occupés.
C’est une interdiction
qui relève
d’abord
du droit
humanitaire international
qu’on retrouve dans les conventions de Genève
et qui a été traduit au sein
de l’article 8 du
traité de Rome, qui donc interdit
le transfert de la population civile
de la puissance occupante
sur le territoire occupé.
Donc tout le mécanisme
visant à favoriser l’implantation
de colonies en Cisjordanie
dans les territoires dits occupés
depuis 1967.
Exactement.
C’est-à-dire encourager la population
israélienne à venir s’installer
sur ces terres qui sont qualifiées
d’occupées.
Est-ce que ça inclut le territoire
de Jérusalem, la ville de Jérusalem,
ou bien dans l’occupation de 1967,
Jérusalem a encore un statut
à part et ça ne prend compte que
la Cisjordanie ?
Telle que ça a été reconnue,
l’occupation en 1967
concerne précisément les territoires
de Cisjordanie, de Jérusalem Est
et de la bande de Gaza.
Nous on a décidé de se concentrer
sur les territoires de Cisjordanie
mais c’est tout à fait relevant
également pour Jérusalem Est.
Et donc en fait, il faut
un transfert de population civile
qui peut être direct ou indirect.
La notion de indirect est importante
parce qu’elle se traduit par
des politiques publiques, l’incitation
qui va permettre d’encourager
de faciliter ce transfert
et aussi de le pérenniser,
notamment par la construction de bâtiments
qui va permettre la pérennisation
et l’installation des populations.
Il y a également
l’octroi davantage fiscaux.
Donc en fait, ce transfert
peut être direct ou indirect
dans la mesure où il n’est pas nécessaire
que ce soit l’Etat qui prenne
physiquement ces populations pour les mettre
dans les territoires occupés, mais qui peut le faire
par d’autres moyens incitatifs.
Donc en droit pénal,
une infraction est toujours composée
de deux éléments. Normalement, il y a un
élément matériel et un élément intentionnel.
Dans le cas du droit pénal international,
comme je l’ai précisé, il y a eu un élément
contextuel qui est la présence
du conflit armé. L’élément matériel
est ce transfert direct
et indirect tel que je viens de le décrire.
Et enfin, concernant l’élément
intentionnel que la CPI va
retenir, il faut que
les responsables politiques
aient conscience
des événements
que leurs décisions
entraîneraient. C’est-à-dire que par
les décisions d’incitation, par les politiques
publiques, il était possible que
les dirigeants politiques
aient la capacité de savoir
qu’il y aurait pour effet
l’installation durable de civils
israéliens dans ce territoire
occupé. Et en fait, ce qui est intéressant
parce qu’INSAF a parlé notamment de la
compétence
de la CPI pour pouvoir enquêter
sur ces faits,
notamment la
résultante de la nature continue
de ce crime. C’est-à-dire que
l’installation n’a pas été un déplacement
qui s’est arrêté au moment
du déplacement, mais qui se
renouvelle par la continuité.
À chaque fois que les civils continuent de vivre,
il y a la continuité de l’infraction,
ce qui permet à la CPI
d’avoir compétence
depuis 2014, bien que
cette infraction ait débuté depuis

  1. Et en fait,
    à côté donc le crime
    de guerre, nous avons identifié
    principalement le transfert de population
    civile, mais à côté de ce
    principal, on a également
    identifié des crimes
    de guerre annexes, qui vont être
    des instruments
    intensifiant cette colonisation, et
    également des conséquences de la politique
    de colonisation savane, notamment être
    l’homicide volontaire,
    qui est exercée contre les populations
    palestiniennes, la torture,
    les mauvais traitements,
    la destruction et la procréation des biens
    sans qu’il n’y ait aucune nécessité
    militaire. La colonisation
    peut en ce sens être appréhendée
    comme un ensemble de comportements
    qui eux relèvent
    de plusieurs qualifications
    juridiques différentes.
    Dans un premier temps, on a
    abordé la colonisation sur l’aspect
    du crime de guerre, dans un deuxième
    temps, dans le cadre de cette colonisation,
    nous l’abordons sous l’aspect
    du crime contre l’humanité.
    Il faut faire la distinction entre
    ce qui est un crime de guerre et un crime contre l’humanité.
    Le crime contre l’humanité,
    il se distingue car, lui, il ne suppose pas
    la violation des règles applicables
    à la conduite des conflits armés, donc le droit
    international humanitaire dont j’ai mentionné
    en parlant d’éléments contextuels.
    Lui, le crime contre l’humanité,
    tel que défini à l’article 7
    du traité de Rome,
    il faut que les différentes
    infractions visées
    soient commises dans le cadre
    d’une attaque généralisée
    ou systématique
    qui va être dirigée contre une
    population civile.
    Qu’est-ce qu’on entend par
    caractère généralisé d’une attaque ?
    En fait, la jurisprudence
    internationale va se référer
    à l’échelle de cette attaque,
    son ampleur, son étendu géographique,
    le nombre de victimes, la fréquence,
    la gravité des actes,
    alors que le caractère systématique
    va plutôt faire référence à des éléments
    comme la répétition des
    comportements, leur continuité,
    l’objectif
    qui est poursuivi,
    la mobilisation des ressources,
    et en l’espèce concernant
    la colonisation, on parle plutôt de
    politique d’État. Et en fait,
    ces caractères généralisés ou systématiques
    qui ne sont pas cumulables
    ou alternatifs, il suffit de répondre
    à un des deux critères pour pouvoir
    caractériser cette condition
    du crime contre l’humanité.
    Et en fait, une fois
    qu’on a démontré
    cet élément contextuel
    relatif au crime contre l’humanité,
    on va venir s’intéresser aux infractions
    qui sont commises dans le cadre
    de cette attaque
    généralisée et systématique
    à l’encontre des populations
    civiles. Et donc nous,
    dans un deuxième temps, ce qu’on fait, c’est
    on vise le transfert
    et ou le déplacement forcé
    des populations, mais cette fois-ci,
    palestiniennes, on va forcer à quitter
    le territoire qui va être occupé. Donc on va
    faire forcer d’abord, dans un premier temps,
    et d’ailleurs, je voudrais dire et ou,
    c’est-à-dire soit le transfert qui peut
    se faire au sein
    du territoire, mais également
    à l’extérieur de ce territoire.
    Donc ça, c’est un des crimes
    qu’on va viser à l’intérieur
    de crimes contre l’humanité.
    Et alors ce transfert forcé,
    c’est
    la notion de coercion et de force
    est assez large dans la jurisprudence
    internationale, c’est-à-dire que ça peut être
    des faits physiques, mais ça peut également
    être des menaces, des pressions psychologiques.
    En fait, l’idée derrière, c’est de créer
    un environnement coercitif qui,
    d’une manière ou d’une autre, va amener
    la population à se déplacer,
    alors que de base, ce n’est pas forcément
    sa volonté. C’est créer des
    circonstances d’existence qui ne laissent pas nécessairement
    un autre choix que celui-ci.
    Et donc pour accompagner
    cette infraction principale
    que l’on vise également dans cette communication,
    on vient illustrer avec d’autres
    infractions
    contre les crimes contre l’humanité,
    tels que
    les meurtres à nouveau à l’égard
    des Palestiniens. Alors il faut bien
    distinguer, il y a les meurtres qui sont
    commis dans le cadre des crimes de guerre,
    mais il y a également des meurtres qui sont commis
    dans le cadre de ces crimes contre l’humanité.
    Il y a également
    la persécution
    qui va justement créer
    qui consiste à la violation
    continue des droits
    fondamentaux du peuple
    palestinien et qui donc va participer
    à ce caractère
    coercitif poussant les Palestiniens
    à se déplacer.
    C’est-à-dire qu’on sent qu’il y a des outils
    juridiques
    qui vont être compliqués
    à appliquer parce que
    il y a d’une part
    la volonté d’Israël et des États-Unis
    de faire pression sur cette
    justice.
    Et par ailleurs,
    on a l’impression
    dans votre communication que ce que vous essayez
    de rappeler aux procureurs qui mènent
    cette enquête, c’est
    la sous-estimation dans ce podcast.
    On a essayé de reprendre
    le terme, non pas scientifique, mais
    finalement un peu générique, de sociocide
    qui s’appliquera à la
    société palestinienne, c’est-à-dire que
    alors, il est très facile
    de poursuivre par exemple les auteurs
    d’un attentat à Jérusalem à l’époque,
    je dirais en 2003,
    quelqu’un qui se fait sauter
    dans une pizzeria dans Jérusalem
    Ouest,
    on place une caméra
    en une fraction de seconde, l’image est
    répandue dans le monde entier et c’est
    très clair, c’est un attentat, on comprend,
    il y avait des civils, il y avait…
    C’est beaucoup plus compliqué pour la colonisation
    et je crois qu’ils savent que vous
    êtes extrêmement
    bien placé parce que votre communication
    rappelle en fait, essayer de remettre
    le contexte et essayer de remettre l’accent
    ou pour le coup la
    non-caméra parce que c’est
    très compliqué d’expliquer
    ce qu’est,
    ce qu’engendre la colonisation
    parce que c’est un ensemble
    de faits, d’état de fait et
    de choses très très larges
    mais dans votre courrier,
    dans tous les documents
    que vous avez produit sur votre site internet,
    j’incite les gens, le lien
    sera en description du podcast,
    j’incite les gens à y aller parce que pour le
    coup, un non-juriste comprend parfaitement bien,
    vous amenez
    une sorte d’enquête, vous amenez
    des sortes de preuves
    et est-ce que vous pourriez ici
    les résumer de manière à ce qu’on
    comprenne
    ce qu’est au sens juridique,
    au sens de votre analyse,
    ce qu’est la colonisation que vous voulez remettre
    au centre de ce débat
    juridique ?
    Oui, en fait, et c’est très juste
    de le dire, c’est que l’idée principale
    que nous on vient défendre dans cette communication,
    c’est la suivante. La colonisation
    aujourd’hui,
    elle ne peut, et dans toute forme de colonialisme
    de peuplement d’ailleurs, elle ne peut pas
    être considérée comme une simple succession
    d’initiatives individuelles, c’est-à-dire
    d’un colon
    qui se réveille le matin et qui dit « tiens, j’ai envie d’aller
    m’installer près de Bethlehem
    ou dans le nord de la
    Cisjordanie ou dans un
    quartier de Jérusalem-Est ». Nous,
    ce qu’on démontre dans cette
    communication, et on n’est pas les
    premiers à le faire, avant cela
    les organes des Nations unies compétents
    l’ont dit, la Cour internationale de justice
    qui l’a très bien dit encore récemment
    dans une décision qu’elle a rendue le
    19 juillet 2024, c’est que la
    colonisation, c’est une politique publique
    organisée, planifiée,
    soutenue et financée par l’Etat israélien
    et elle est au cœur
    du projectionnisme et israélien
    depuis son élaboration
    et elle vise in fine à une
    annexion totale de l’intégrité
    de la Palestine historique. Et
    cette politique, Mathilde a commencé à très
    bien le résumer, elle repose sur
    plusieurs mécanismes qui sont tous complémentaires.
    À la fois le transfert de la population
    civile israélienne, effectivement, dans le
    territoire occupé, la confiscation
    et la réquisition massive des terres
    palestiniennes, les destructions importantes
    de biens qui appartiennent
    à des Palestiniens, les déplacements
    forcés qui en découlent, la fragmentation
    territoriale, l’encerclement
    des communautés palestiniennes, l’instauration
    d’un régime juridique militaire
    pour les Palestiniens de Cisjordanie
    mais aussi ce,
    pour reprendre les mots des Nations Unies,
    ce contexte général d’impunité
    qui sévit aujourd’hui partout
    en Palestine
    en raison de l’impunité qui touche
    les colons et les forces de sécurité israélienne
    quand ils viennent à s’en prendre à des
    Palestiniens. Et donc, pris ensemble,
    ces éléments, ils montrent aujourd’hui que
    la colonisation vise à modifier durablement
    la composition démographique,
    territoriale et juridique du territoire palestinien
    afin tout simplement d’y établir
    une présence israélienne permanente.
    Et nous, dans notre communication,
    on le fait de manière effectivement
    très claire en reprenant point
    par point ce qui se cache derrière
    la colonisation. D’abord, on rappelle
    que cette colonisation,
    elle se fait dans le contexte d’une occupation
    militaire. Le territoire
    palestinien, c’est un territoire qui est sous
    occupation militaire, qui se caractérise
    par l’exercice effectif
    de l’autorité d’une puissance étrangère,
    donc Israël, sur une partie, ou toute une
    partie, du territoire
    palestinien qui est considéré comme occupé.
    Je rappelle que, depuis Oslo,
    il y a cette division de la Cisjordanie
    en trois sous-entités,
    la zone A, la zone B,
    la zone C, mais que
    en fait, la simple
    existence d’une petite zone C fait que
    de toute façon, c’est une occupation. Et puis
    aujourd’hui, c’est un morcellement complet
    en dizaines,
    centaines de petits bouts de
    zones pseudo-souveraines
    sur lesquelles la Palestine,
    en tout cas l’autorité palestinienne, ne peut
    absolument pas exercer sa souveraineté,
    elle ne peut pas avoir de souveraineté sur
    ses propres citoyens, et de toute façon,
    cette discontinuité territoriale
    fait que de toute façon, c’est
    une occupation généralisée
    par le biais
    de petites enclaves, de petits ghettos,
    de murs de séparation, de routes
    séparées, etc., qui rendent
    caractéristiques
    le terme d’occupation pour l’ensemble
    de la Cisjordanie.
    Oui, et après, il faut aussi se dire
    que, effectivement, ce découpage
    en trois zones aujourd’hui n’est plus opérant,
    puisque, de fait, ce contrôle
    militaire israélien, il intervient également
    en zone A, qui est pourtant censé être
    sous le contrôle militaire
    de l’autorité palestinienne, mais dans les faits, il n’y a pas
    de contrôle militaire palestinien, il y a
    un seul contrôle militaire, et il est
    israélien, que ce soit en zone A,
    donc dans les grandes villes palestiniennes,
    ou que ce soit en zone C,
    ou en zone B, effectivement.
    Cette occupation,
    normalement, en droit international,
    l’occupation n’est pas
    illicite en droit international,
    en soi.
    Elle est possible,
    elle intervient à certains moments
    dans le cadre de fins de conflits armés,
    etc. Normalement, dans ces
    cas-là, l’occupation est censée être temporaire,
    c’est-à-dire que la puissance occupante ne peut
    pas acquérir de titre de souveraineté sur le territoire
    qu’elle occupe, et donc,
    elle ne peut pas adopter de mesures
    destinées à modifier durablement le statut,
    la composition démographique
    ou l’organisation territoriale du territoire.
    Sauf que les politiques
    israéliennes qui sont mises en place depuis des décennies,
    et je vais revenir dessus rapidement,
    viennent tendre, au contraire,
    à établir un contrôle permanent,
    et donc une annexion qui est entendue
    comme le fait pour une puissance occupante
    d’acquérir par la force un territoire
    pour l’intégrer au sien.
    Et dans son avis
    de juillet 2024, donc la Cour
    internationale de justice, l’autre grande
    juridiction internationale, elle a constaté
    que les politiques israéliennes, que les pratiques
    israéliennes, en particulier la colonisation,
    étaient destinées à rester en place
    indéfiniment et à produire sur le terrain
    des effets irréversibles. Et c’est pour cela
    que la Cour en conclut
    que ces politiques israéliennes
    équivalaient à l’annexion
    de facto d’une vaste partie du territoire
    palestinien, sans pour autant préciser ce qu’elle
    entendait par « vaste », mais on suppose
    qu’il s’agit de la zone C, donc 60% de la
    Cisjordanie, et elle disait également
    que cette situation porte
    atteinte au droit à l’autodétermination
    du peuple palestinien, qui est pourtant une norme
    impérative du droit international. Donc,
    tous les États de la planète ont l’obligation
    de ne pas faciliter toute atteinte
    à ce droit, mais de surtout permettre
    la réalisation du droit à l’autodétermination.
    Ça, c’est le premier point.
    Ensuite, cette politique de
    colonisation, elle est donc organisée par l’État,
    et dans notre communication, on analyse
    précisément ce que ça recouvre.
    D’abord, donc,
    il y a aujourd’hui, en
    Cisjordanie et à Jérusalem S,
    plus de 700 000, entre 700 000 et 800 000
    colons israéliens ou juifs
    non-israéliens qui vivent sur
    ces territoires-là. En 2026,
    on a environ 360
    nouvelles colonies, on a, pardon, au total
    360 colonies et avant-postes
    qui y sont implantées.
    Cette même année, donc, 2026,
    environ 24 300 000
    logements
    ont été
    avancés ou approuvés dans les colonies,
    dont près de 10 000, rien
    qu’à Jérusalem S. La
    Cisjordanie, en incluant Jérusalem S,
    elle compte à peu près
    3 200 000 palestiniens, en 2022.
    Et donc, si on
    fait un pourcentage
    un peu grossier, on a environ
    14 % de colons aujourd’hui
    au sein de la population totale
    qui est présente en Cisjordanie.
    Israël déploie en Palestine une véritable stratégie
    étatique de colonisation, qui passe par
    effectivement l’adoption de mesures incitatives
    pour encourager l’installation
    de la population israélienne dans les colonies.
    Ça passe par l’édification
    d’infrastructures civiles qui sont destinées
    à ces colonies,
    des routes,
    des réseaux d’eau, d’assainissement,
    d’électricité, de communication,
    des écoles, des centres de santé, des commerces,
    etc. qui sont exclusivement
    ou prioritairement tournées
    vers les besoins des colonies, au détriment,
    donc des palestines. Et donc,
    en assurant aux colonies ce cadre de vie
    stable, connecté, pérenne, sécurisé
    avec l’armée qui vient
    encadrer tout cela, ces infrastructures
    civiles israéliennes participent directement
    au transfert et au maintien de la population
    civile israélienne en Palestine.
    Et à cette appui matérielle s’ajoute
    un soutien économique et social aux colons
    qui bénéficient de nombreux avantages.
    Donc si vous vous installez par exemple en Cisjordanie,
    quand vous êtes un Israélien, vous avez des ados logements,
    des subventions publiques,
    des dispositifs fiscaux préférentiels,
    ça vous coûte moins cher par exemple
    de faire garder vos enfants à la crèche,
    c’est moins cher de se faire soigner,
    etc.
    Et donc en 2024,
    pour vous donner un chiffre,
    c’est plus de 737 millions de shekels,
    donc environ 200 millions de dollars,
    qui auraient été consacrés
    dans le budget total israélien aux seuls colonies,
    ce qui a permis de construire
    de nouvelles routes, de nouveau
    la fourniture de services de sécurité, etc.
    Et donc là, le transfert de population,
    il est direct lorsque les autorités
    autorisent et planifient la construction de logements,
    mais il est aussi indirect
    lorsque ces mêmes autorités créent
    les conditions matérielles, économiques
    et sécuritaires qui viennent favoriser
    l’installation et le maintien des colons.
    À côté de cela,
    cette politique, elle vient
    à principale conséquence,
    évidemment, sans doute, c’est que
    elle vient désorganiser le territoire palestinien.
    Les colonies, elles sont implantées
    à des endroits stratégiques en Cisjordanie,
    vous en avez autour de Jérusalem Est,
    pour couper Jérusalem du reste de la Palestine,
    on en a dans la vallée du Jourdain,
    qui est riche en ressources naturelles,
    entre Bethlehem et Ebron,
    donc entre le centre et le sud de la Cisjordanie,
    tout autour de Naplouz dans le nord,
    tout autour de Ramallah, qui sert de capitale
    administrative à l’autorité palestinienne.
    Et ces colonies sont toutes
    reliées entre elles par des grandes routes
    de contournement, souvent interdites
    aux Palestiniens, et elles
    permettent de relier directement le territoire israélien,
    c’est-à-dire qu’un colon dans une colonie
    du nord, par exemple, peut accéder
    directement à Israël via cette route,
    sans avoir à passer
    par l’intérieur d’un village
    ou d’une ville palestinienne.
    Et ces routes, évidemment,
    pour les construire, il a fallu confisquer
    des terres palestiniennes, premier point
    de cette désorganisation.
    Second point, c’est qu’on a fragmenté la Cisjordanie.
    Aujourd’hui, les villes, les villages
    et les communautés palestiniennes sont séparées les uns
    des autres, par ces colonies, par ces routes,
    par ces postes de contrôle, ces barrages militaires,
    etc. Et donc,
    cette organisation, elle rend
    extrêmement difficile la circulation des
    terres palestiniennes, et donc,
    la constitution d’un territoire palestinien
    continu et viable.
    Et j’insiste là-dessus, parce qu’on
    le voit beaucoup passer en ce moment, au-delà
    de ces difficultés, elles viennent
    mettre en danger les Palestiniens,
    parce qu’ils sont directement exposés à la violence
    écolon et de l’armée israélienne.
    Parce qu’il faut passer les checkpoints de l’armée israélienne,
    où vous croisez un soldat israélien,
    souvent très jeune, avec une arme
    qui vient souvent en Cisjordanie
    pour se défouler, ou juste parce qu’il faut passer
    le temps et qu’il faut faire son service militaire.
    Et donc, chaque jour, on a des
    Palestiniens qui sont tués, blessés,
    emprisonnés, menacés, tabassés
    par les colons et par les soldats.
    C’est ce que décrit parfaitement la Cour
    internationale de justice, par ailleurs,
    sans que jamais des poursuites
    ne soient engagées contre les agresseurs,
    ni n’aboutissent à l’adoption de sanctions
    pénales à leur encontre.
    La colonisation, elle s’accompagne donc aussi,
    on l’a dit, de confiscation de terres,
    de destruction de maisons, de déplacement de forcées.
    Entre 2009
    et 2022,
    on a plus de 8 200
    structures palestiniennes qui ont été détruites ou confisquées
    en Cisjordanie, ce qui a entraîné le déplacement
    forcé de 12 229
    Palestiniens.
    Et donc, ces destructions, elles s’inscrivent pleinement
    dans le cadre de ce colonialisme de peuplement
    qui consiste à réduire la présence palestinienne
    dans certaines zones et à libérer des terres
    pour l’expansion des colonies israéliennes.
    Et autre
    point qui caractérise
    cette désorganisation assumée
    du territoire et de la vie palestinienne,
    c’est que cette colonisation, elle repose
    sur une séparation juridique et administrative
    des deux populations.
    C’est-à-dire qu’aujourd’hui,
    en Cisjordanie, à l’exception de Jérusalem-Est,
    qui relève d’un statut différent,
    les Palestiniens relèvent
    de tribunaux militaires,
    alors que les colons israéliens
    du droit civil israélien. Je m’explique,
    en Cisjordanie, on a un véritable
    droit militaire qui a été instauré.
    Ce droit militaire, il repose sur
    des centaines et des centaines d’ordres militaires
    qui encadrent la vie sociale en Palestine.
    Par exemple, vous n’avez pas le droit de manifester
    dans tel endroit sans l’accord de l’armée
    israélienne, vous n’avez pas le droit de vous rassembler à plus de
    cinq ans dans certaines zones, vous n’avez pas le droit de distribuer
    des tracts, vous n’avez pas le droit de circuler
    sur tel ou tel axe à telle
    heure de la journée ou de la nuit,
    vous n’avez pas le droit d’accéder
    à telles terres parce qu’elles sont déclarées
    zones militaires parce qu’Israël en a besoin pour des opérations
    militaires, etc. Donc, ce droit
    militaire, il cadrie vraiment toute la vie
    du palestinien de sa naissance à sa
    mort. En cas de violation
    d’un de ses ordres militaires,
    le palestinien peut être arrêté et
    poursuivi devant un tribunal
    militaire israélien
    et condamné par ce même tribunal.
    Alors que le colon
    israélien qui a sa colonie juste à côté
    de la maison du palestinien,
    si lui, il venait à commettre une
    infraction pénale par exemple, il serait poursuivi
    devant les tribunaux de droit commun
    israélien. Donc, il n’y a pas ce régime d’exception
    qui s’applique au colon
    israélien. Et ça,
    c’est une véritable séparation juridique.
    Et dans son avis de
    2024, la Cour internationale de justice,
    elle a estimé que ces différences de traitement
    aujourd’hui imposées aux palestiniens
    ne peuvent pas être justifiées par des critères
    objectifs et raisonnables et elle en conclut
    à les licences de discrimination systémique
    fondées notamment sur la race, la religion
    et l’origine ethnique.
    Et elle dit que cela prend la forme d’un apartheid
    et d’une ségrégation
    raciale en raison de cette séparation
    physique mais aussi de cette séparation donc juridique
    que je viens de décrire.
    Et enfin, le dernier
    point de…
    comme conséquence principale de cette colonisation
    et certainement l’une des plus dures
    aujourd’hui, c’est que les palestiniens
    sont soumis à un véritable régime de violence
    exercé par les colons
    à l’encontre de
    la population palestinienne dans un contexte
    structurel d’impunité.
    Et avec le concours actif ou passif
    des forces de sécurité et armées
    israéliennes. Et ces violences, elles prennent
    des formes multiples, ce sont des agressions physiques
    ce sont des incendies de maisons, de véhicules
    c’est la destruction de récoltes, c’est les attaques contre
    des villages, c’est les intimidations, c’est le harcèlement
    etc. Et depuis
    octobre 2023, ce sont 1244
    palestiniens qui ont été tués
    en Cisjordanie.
    Ces actes donc qui s’inscrivent
    dans cette stratégie finalement qui est assumée
    d’intimidation, qui vient créer
    un environnement coercitif et pousser en fait les
    palestiniens à quitter leur habitation
    et à fuir. Et elles sont
    rendues possibles ces violences par ce climat général
    d’impunité. Je vous donne un exemple.
    Entre 2005 et 2013
    97,9% des
    dossiers relatifs à des actes de vandalisme
    commis par exemple contre les récoltes
    palestiniennes, ils ont été classés sans suite.
    Durant la même période
    ce sont plus de 91% des
    enquêtes de police qui portent sur des infractions
    commises contre des palestiniens ou leurs biens
    en Cisjordanie qui ont été clôturés sans inculpation.
    Alors qu’on connaît, on a l’identité du
    responsable, qu’on a souvent des vidéos,
    des témoins etc. Et c’est cette
    quasi absence de poursuites qui vient
    envoyer aux auteurs un signal tout simple qui est
    allez-y, vous pouvez aller frapper,
    tuer un palestinien, vous n’avez pas
    à craindre la justice parce que
    finalement il n’y a pas de justice aujourd’hui
    pour les palestiniens. Et cette
    violence là c’est donc un instrument de la colonisation
    parce que les communautés
    palestiniennes sont forcément fragilisées,
    elles ont peur, elles fuient parfois
    leur domicile, ce qui permet l’appropriation
    de leur terre pour y implanter des
    colonies. Et parmi
    les palestiniens,
    les premières victimes ce sont aussi les femmes
    et les filles palestiniennes qui sont la cible
    de violences fondées sur le genre, avec un usage
    excessif de la force
    contre elles,
    ça passe par des actes de harcèlement sexuel,
    des violences physiques, psychologiques, verbales qui ont été rappelées
    par la Cour internationale
    de justice. Et donc nous aujourd’hui,
    dans cette communication qu’on a
    rédigée, on invite
    le bureau du procureur à ne surtout
    pas examiner séparément la construction
    des colonies, les confiscations des terres,
    les démolitions, les déplacements forcés,
    l’apartheid, etc. On estime
    que toutes ces pratiques constituent
    s’inscrivent dans une seule et même politique
    qui est celle du colonialisme, colonialisme
    de peuplement, qui est aujourd’hui en œuvre
    en Palestine. Et le
    transfert de civils israéliens, il vient modifier
    la composition démographique du territoire,
    la confiscation des terres réduit la présence
    palestinienne, etc. Et donc,
    la colonisation, c’est un véritable vecteur d’annexion
    de toute la Palestine.
    Et c’est ce faisceau d’éléments
    convergents que, avec Jordi,
    on a souhaité porter à la connaissance du bureau du procureur.
    La question centrale
    pour nous, c’est pas seulement l’existence
    de colonies illicites,
    d’un point de vue du droit international, c’est vraiment
    celle d’une politique étatique systématique
    qui organise le transfert de la population civile
    dans un territoire occupé et qui
    provoque la dépossession et l’élimination
    d’une partie du peuple palestinien. C’est vraiment là-dessus
    qu’on insiste au sein de cette communication.
    Oui, c’est pas rien, parce que
    vous citiez l’opération Plondurci
    et vous disiez qu’il y avait eu 1500 morts.
    Et là, vous citez les violences des colons
    en donnant des chiffres qui s’en approchent,
    1200 et quelques morts
    palestiniens
    civils en Cisjordanie,
    pour lequel il y aura absolument
    aucune poursuite pénale,
    donc aucun sentiment de
    justice, aucun moyen de se défendre aussi
    si ce n’est d’être abattu par
    le, soit par les colons, soit par
    l’armée.
    Dans l’épisode, un des épisodes précédents
    déjà diffusés, on abordait avec Thomas
    Homer Woodville
    la mort d’internationaux,
    donc Rachel Corey et Tom
    Erdahl à Raffa en 2003.
    Et à cette occasion-là, on s’est
    remémoré que le soldat qui avait tiré sur
    Tom Erdahl, qui était un sniper, qui tirait
    sur des enfants palestiniens à Raffa,
    était le seul à cette époque-là
    à avoir été condamné à une peine de plus de
    un an pour avoir tiré
    sur des gens en Palestine.
    C’est donc pour donner le niveau
    d’impunité à la fois des soldats
    et encore plus aujourd’hui des
    colons qui sont
    effectivement co-responsables de ces
    massacres.
    Vous parliez une salle
    de responsabilité de l’État
    israélien. À la CPI, on poursuit
    donc des personnalités.
    Et je vais me retourner vers votre collègue
    Mathilde en lui demandant, mais qui alors
    pourrait faire l’objet de
    ces poursuites ? Quels sont les responsables
    selon vous,
    qui sont en dehors peut-être donc
    de Netanyahou et de Yoav Galante,
    mais en tout cas, eux y compris,
    qui sont responsables
    de ces actions, de ces crimes
    de guerre ? Et
    qui, vous espérez, qui va être
    poursuivi éventuellement
    par la CPI ?
    Alors, comme INSAF l’a bien expliqué,
    la CPI poursuit
    les responsabilités les plus importantes.
    À ce titre,
    il faut préciser que Jordi n’entend pas
    remplacer la compétence du bureau
    du procureur et identifier
    spécifiquement qui devrait être poursuivi,
    parce qu’il s’agit de la
    compétence unique du bureau du procureur.
    Mais l’idée était quand même
    d’illustrer, comme l’a bien développé INSAF,
    qu’il s’agit d’une politique généralisée,
    une politique étatique
    qui finalement est poursuivie
    par différents plans
    de cet état. Je m’explique.
    Déjà, il faut savoir que
    du point de vue de la CPI,
    on peut poursuivre au titre de l’article 25
    du traité de Rome ou de l’article 28
    du traité de Rome, qui lui porte spécifiquement
    sur la
    responsabilité militaire.
    À ce titre,
    il faut savoir que
    la politique poursuivie par Israël
    peut s’illustrer du point de vue
    législatif, du point de vue gouvernemental
    ou encore du point de vue militaire.
    Par exemple, concernant
    le niveau législatif,
    en 2024, il y a eu un budget
    de donation
    budgétaire à l’égard
    des colonies d’un montant de
    à peu près 737 millions de
    chequelles, ce qui équivaut à
    de 130 millions d’euros,
    notamment pour encourager le développement
    et
    pérenniser la situation.
    Le but poursuivi
    notamment par la CNESET, donc le parlement
    israélien, est de permettre la construction
    des routes, qui est un pas
    entier de la pérennisation
    de la vie locale.
    Il y a eu également
    la législation rétroactive
    des postes de contrôle
    militaire
    et aussi, on peut penser à
    la loi de 2018,
    la loi fondamentale sur l’état-nation
    du peuple juif, qui précise
    que l’autodétermination
    au sein de l’état d’Israël
    appartient au peuple juif.
    Donc on voit que du point de vue
    législatif, du point de vue du parlement
    israélien, il y a également cette volonté
    de permettre l’installation des colons
    et de poursuivre la colonisation.
    Cependant, il faut aussi
    rappeler qu’il s’agit d’une
    politique gouvernementale
    à part entière. Par exemple, en 2025,
    le gouvernement a permis
    l’installation de 22 nouvelles
    colonies, notamment également
    de la construction de logements
    au sein de Jérusalem-Saint-Louis-Est,
    et que c’est une politique que les
    différents gouvernements qui se sont
    succédés depuis 1867 poursuivent
    et continuent de poursuivre.
    Enfin,
    sur le plan militaire,
    il faut savoir que l’armée
    est un acteur décisionnel
    à part entière.
    L’armée permet la démolition
    de structures, l’armée permet
    la protection et l’encadrement des colons,
    et tout cela vient s’ajouter à ce que
    INSA vient justement de développer
    sur le climat d’impunité générale
    qui va permettre la
    pérennisation de cette colonisation.
    En fait, en termes de responsabilité,
    ce qui est intéressant dans ce cas,
    c’est que les responsables
    qui vont être poursuivis peuvent être
    des responsables politiques,
    des responsables issus
    du gouvernement, comme c’est le cas
    actuellement par le mandat d’arrêt
    visant Netanyahou,
    mais également des responsables militaires.
    Donc nous, dans la communication
    qu’on a déposée auprès du Bureau de la CPI,
    on pointe
    le ministère de la Défense,
    on parle de l’ACNESET,
    on parle du gouvernement actuel,
    mais on ne
    s’attribue pas le rôle de décider
    précisément qui seront les personnes poursuivies,
    car cela fait partie de la compétence du bureau.
    Mais vous englobez donc
    l’ensemble des élus de l’ACNESET,
    j’imagine l’ensemble de l’état-major
    de Tzahal,
    et l’ensemble du gouvernement
    ou du conseil de guerre
    qui était mis en place
    depuis le 7 octobre.
    Cela fait quand même du personnel
    politique, militaire et civil
    suffisamment nombreux.
    On ne parle pas de trois ou quatre personnes.
    Il faut savoir que
    la CPI est quand même
    confrontée à des questions de moyens,
    de budgets et de forces coercitives,
    c’est-à-dire qu’il n’y aurait pas le moyen
    d’englober l’ensemble de ces personnes.
    Dans le cadre de cette enquête,
    l’enjeu va être d’identifier qui est la personne
    au niveau
    au plus haut, peut-être considérée
    comme responsable de ses politiques.
    Dans sa conception,
    la CPI ne va pas aller chercher
    ce qu’on appellerait en anglais
    le « mid-level perpetrator »,
    c’est-à-dire la personne moyenne
    qui a certes une certaine autorité,
    mais qui en elle-même
    ne concentre pas
    le pouvoir décisionnel.
    C’est plutôt le plus haut responsable
    qui va aller chercher, et pas tout l’ensemble
    de ses membres, parce qu’autrement,
    je ne pense pas que la CPI aurait
    la capacité humaine et budgétaire de le faire.
    Donc, le haut responsable,
    le donneur d’ordre,
    mais j’y verrais plutôt
    en prenant une liste plus large,
    parce qu’on en vient aussi
    aux conséquences juridiques et pénales,
    en faisant une liste très large,
    ça multiplierait les occasions
    de pouvoir arrêter des gens.
    Parce qu’aujourd’hui, on en est à lire
    des articles de presse disant
    « Netanyahou prend des avions,
    survole le territoire européen,
    n’est pas arrêté,
    fait escale dans tel et tel pays,
    il n’est pas déféré, arrêté, etc. »
    On voit l’Espagne
    ou d’autres pays disant
    ou le maire de New York disant
    « Si jamais Netanyahou débarque chez moi,
    je le ferai arrêter, etc. »
    On peut imaginer une forme
    d’impunité ou de préparation
    de cette impunité
    par des très hauts dirigeants,
    mais un peu comme
    dans des pyramides
    au moment de la dénaisification
    ou de l’arrestation
    de pas de lampistes,
    mais de responsables de second
    voire de troisième niveau,
    c’est finalement cela
    qu’on arrive à arrêter,
    parce que les autres bénéficient peu ou prou
    d’une forme d’organisation
    de leur vie politique et financière
    qui va leur permettre
    sûrement d’éviter
    des poursuites.
    Je ne sais pas ce que vous en pensez
    ou si vous pouvez vous
    vous épancher sur la question,
    parce que vous représentez ici
    une association de juristes
    qui vous dépassent un peu,
    mais c’est mon sentiment,
    c’est-à-dire que j’ai l’impression aussi
    qu’en se limitant à
    une petite chapelle de hauts
    très hauts responsables,
    on se prémunie
    d’en réellement pouvoir les arrêter,
    parce que la réalité fait que
    ils vont avoir les moyens
    de négocier ou de ne pas
    se faire arrêter, alors qu’à l’opportunité
    un « lampiste »
    fasse retrouver coincé
    dans un transfert aéroportuaire,
    dans sa vie sociale,
    dans sa vie civile.
    Je ne sais pas si l’une
    de vous deux peut intervenir là-dessus.
    Insef, tu me compléteras
    si nécessaire.
    Il faut distinguer plusieurs choses,
    c’est que la CPI ne dispose pas
    de sa propre force coercitive
    et donc effectivement elle est obligée
    de se baser sur le bon vouloir
    de la mise en application
    des États.
    En ce sens, il y a toujours le caractère
    diplomatique, d’ailleurs Insef a bien
    illustré en expliquant déjà sur le choix
    des enquêtes, l’étendue de l’enquête,
    les pressions, mais il y a également
    ce caractère diplomatique d’une
    arrestation, récemment encore
    il me semble qu’un responsable israélien
    a pu survoler le territoire aérien
    français, le territoire aérien
    aurait pu être
    également interdit,
    donc en fait malheureusement
    la CPI est également
    conditionnée au bon vouloir
    l’agissement des États, et ça
    on ne peut rien y faire, ensuite il faut quand
    même préciser que elle, la CPI
    se concentre sur
    la responsabilité des plus
    hauts responsables.
    En même temps, il faut aussi ne pas
    négliger l’apport
    symbolique qu’il peut y avoir, notamment
    lorsqu’il y a l’émission de mandat d’arrêt,
    lorsqu’il y a l’émission de décision,
    il faut savoir que la justice
    sur le long terme se construit également par
    une stratégie de petit pas, donc il faut pas
    être totalement défaitiste en se disant
    qu’il y a toujours, les plus hauts responsables
    vont vivre en paix et
    qu’il n’y aura pas de sens de justice parce que ce n’est
    pas le cas. D’autre part,
    il faut savoir que la CPI
    et ça rejoins mon propos concernant
    l’action de Jordi,
    la CPI est un des
    nombreux moyens par lesquels l’association
    entend rechercher la justice,
    c’est-à-dire nous on parle des plus
    hauts responsables auprès de la CPI,
    mais derrière ça, il y a également
    des actions qu’on va avoir
    pour vocation de se diriger contre
    les complices,
    notamment économiques, les entreprises
    qui vont permettre de pérenniser ces systèmes
    et que c’est aussi également
    une manière à notre échelle de pouvoir
    apporter cette pierre à l’édifice
    plus général de la justice.
    Donc oui, peut-être, certaines
    personnes vont passer à travers les mailles du filet
    mais il ne faut pas être défaitiste car ce n’est
    pas le cas de tout le monde.
    Oui Nsaf, je vais juste vous
    relancer sur donc
    ces conséquences
    juridiques,
    pénales, mais également ces conséquences
    pour nous
    ici en France
    vis-à-vis de l’Etat français
    ou vis-à-vis de sociétés
    ou de banques ou d’institutions
    diverses et variées
    qui aujourd’hui facilitent cette colonisation,
    facilitent ces crimes finalement
    ou de l’Etat français qui
    parce que ça fait
    partie des dossiers
    que vous avez eu à traiter
    en amont de ce
    dossier principal qu’on aborde aujourd’hui
    c’est-à-dire
    le fait de ne rien faire
    je parle là de l’Etat français
    ou d’un Etat européen
    pour prévenir ces crimes
    parce que c’est aussi une autre
    partie, une autre facette
    de ce dossier là,
    c’est que les Etats
    au-delà de simples
    associations qui essaient
    de faire appliquer le droit
    les Etats, eux, sont censés
    prévenir et
    éviter avoir ce travail
    de prévention au niveau
    international.
    Oui, je pense que Mathilde
    a raison, c’est-à-dire que la CPI
    est contrainte par un mandat
    très clair qui est celui prévu par
    la Statue de Rome et elle ne peut pas aller au-delà
    et je pense que
    ce qu’il faut faire en tant que société
    civile, ONG,
    association, mais aussi individu
    attaché à la justice
    c’est de se dire que
    il faut activer tous les leviers
    politiques et juridiques qui sont aujourd’hui face à nous
    et la CPI n’en est qu’un parmi tant d’autres
    effectivement
    on peut se dire
    qu’il faut que la CPI émette davantage de mandats d’arrêt
    inclut davantage
    poursuivre davantage un certain nombre de crimes
    qui sont actuellement commis en Cisjordanie,
    à Jérusalem et à Gaza
    mais il faut aussi se dire qu’en parallèle
    il faut poursuivre les assignations d’entreprises
    on en a fait plusieurs aujourd’hui
    il faut aussi que
    il faut aussi que
    on continue de pouvoir poursuivre les individus
    qui, elles et eux, sont complices
    à la fois de
    l’occupation et de la colonisation
    mais aussi du génocide
    et pour cela il faut, et c’est
    aussi tout le but de jeudi, passer par les tribunaux
    internes. On ne peut pas
    poursuivre devant la Cour pénale
    internationale une entreprise
    qui a signé un contrat avec l’Etat
    israélien pour
    construire une route en Cisjordanie
    ou construire un tramway à Jérusalem
    etc. On ne peut pas le faire
    devant la CPI, en revanche on peut se dire
    qu’on peut le faire ailleurs
    et troisième élément à mon sens
    c’est que certes le volet juridique
    est très important, mais il y a aussi l’aspect
    politique du combat
    et on peut faire pression sur nos gouvernements
    en leur expliquant que
    ce n’est pas qu’une question de tribunal
    de juridiction internationale
    c’est une question avant tout de permettre
    aux palestiniens de bénéficier enfin
    de la régulation d’un droit le plus fondamental
    auquel tout individu sur la Terre
    a le droit, c’est celui de pouvoir
    disposer de soi-même et de déterminer
    son organisation politique, sociale,
    économique sur son espace
    territorial donné. Et c’est
    les combats qu’on porte avec Jordi
    doivent être complémentaires d’un certain nombre de combats politiques
    qui sont portés et de lutte
    des coloniales qui sont aujourd’hui portés
    principalement par les Etats, les pays du Sud
    et les populations du Sud
    qui ont été les premières touchées par le colonialisme
    et qui sont très
    à même de pouvoir témoigner de ce que ça
    produit en termes de conséquences
    sur la vie humaine, mais
    on ne peut pas non plus attendre de la CPI
    qu’elle fasse ce travail là. Alors effectivement
    on fait cette politique que Mathilde appelle très justement
    des petits pas et nous on s’en tient dans cette
    communication à demander à ce que
    le procureur intègre explicitement la
    politique de communication dans le champ de son enquête pénale
    on lui demande aussi qu’elle l’identifie
    effectivement les personnes qui portent la plus haute
    responsabilité dans la conception, la mise en oeuvre
    et la politique de cette politique coloniale
    on demande que des poursuites appropriées soient engagées
    contre les personnes qui auraient pu être identifiées
    et surtout on demande que
    les victimes palestiniennes soient pleinement
    prises en compte et entendues dans le cadre de la
    procédure et que leur
    parole ne soit pas minimisée parce qu’on a tendance
    effectivement depuis l’Occident
    à les déshumaniser, à les mettre
    en retrait, à les considérer
    uniquement sous le statut de victime
    mais très lointaine alors qu’elles
    doivent être beaucoup davantage prises en considération
    dans ces luttes juridiques et politiques
    donc c’est aussi ça que nous on demande
    dans cette communication, le message
    il est sur la politique coloniale mais il pourrait
    être décliné sur tous les autres types de crimes
    de guerre, crimes internationaux, génocides
    qui sont actuellement en oeuvre en Palestine
    et qui peuvent s’appliquer parce que dans tous
    ces crimes là, il y a derrière une politique d’état
    mise en place par ce projet
    colonial qui
    prospère
    grâce à l’impunité
    auquel
    il fait face
    et cette impunité c’est les états occidentaux
    alliés d’Israël qui l’ont créé depuis sa
    qui ont contribué d’abord à
    favoriser la création à la mise en oeuvre du
    progestioniste et qui aujourd’hui lui permettent
    d’aboutir à
    une guerre génocidaire contre les
    Palestiniens de Gaza et à ce qu’on voit en
    termes de nettoyage ethnique partout
    en Palestine.
    Nous enregistrons, et ce sera ma dernière question,
    nous enregistrons à l’été 2026
    quelles sont
    les
    les prochaines
    étapes
    de cette enquête, de
    de cette communication
    de la réception
    quand fait la CPI
    Qu’est-ce qui
    à moyen ou long terme, qu’est-ce qui
    risque de se passer pour ce
    dossier ?
    À ce stade de l’enquête
    on est toujours sur la phase
    soit des mandats d’arrêt,
    il y a deux fugitifs aujourd’hui recherchés par
    la Cour pénale internationale, Netanyah
    et Galante.
    Désormais, et ça je ne sais pas si
    on a eu l’occasion de le dire, effectivement, devant la Cour pénale
    internationale pour qu’un procès se tienne, il faut que l’individu
    recherché soit à
    la haie, soit présent durant son procès.
    Et donc effectivement, à ce stade, il est
    très peu probable que Netanyah
    ou Galante soient transférés à la haie
    et fassent l’objet d’un procès.
    On ne sait jamais
    de quoi demain sera fait, mais
    en l’état, je pense que
    l’objectif aussi pour
    dans le combat actuel, c’est surtout
    et avant tout qu’on reconnaisse l’ampleur
    des crimes qui sont commis. C’est pas uniquement
    Gaza, c’est et Gaza
    et la Cisjordanie, c’est pas uniquement des crimes
    de guerre, c’est aussi des crimes contre l’humanité, c’est aussi
    un génocide, et on demande enfin
    que l’impunité cesse et que
    les complicités soient enfin mises à mal pour que
    le génocide
    puisse d’abord se terminer, parce que l’urgence c’est d’abord cela,
    d’abord que le génocide se termine, mais aussi
    qu’à terme, l’ordre colonial soit complètement démantelé.
    Donc ça, c’est aussi
    dans la suite des combats à
    portée.
    Mathilde Lutac et Insa Frézagui, merci
    beaucoup pour ces explications.
    Merci. Merci. Et je renvoie donc les auditeurs
    à la consultation de votre
    site et à l’ensemble
    des liens qui seront mis
    en description de cet épisode.
    Merci d’avoir écouté cet épisode.
    Vous pouvez nous soutenir en faisant un dron
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    autour de vous ou sur les réseaux sociaux.
    Par avance, merci.

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