Entretien avec Adel du collectif Samidoun
Cet épisode revient sur, selon nous, la question essentielle et centrale de la Palestine moderne à savoir l’incarcération des palestiniens. Chaque mois nous proposerons un entretien d’analyse sur les prisons afin de comprendre pourquoi l’avenir du pays est peut être à trouver dans les geôles israéliennes.
Le podcast reçoit Adel un militant de Samidoun, qui est un réseau international de solidarité avec les prisonnier•es palestinien•nes créé en 2011, actif dans plusieurs pays malgré la répression et qui compte des sections en France, en Belgique, dans l’État Espagnol, en Catalogne, aux Pays Bas, en Suède ou encore au Brésil. Samidoun milite également en soutien aux palestinien•nes en exil et aux prisonnier•es de la cause palestinienne incarcéré•es dans les prisons impérialistes et celles des régimes normalisateurs.
Avec lui nous évoquons le lancement d’une revue « Al Awda » en français, dédiée à la littérature carcérale palestinienne qui rassemble des textes et des analyses de prisonniers et prisonnières palestiniennes. Le numéro un « Transformer la prison en école de la révolution » est disponible auprès de l’éditeur Premier Matin de Novembre pour le prix très modique de 10€ vue la qualité de l’objet.
Vous pouvez soutenir notre travail en effectuant un don sur la plateforme HelloAsso : https://www.helloasso.com/associations/images-d-ici-d-ailleurs/formulaires/1
Produit par Images d’Ici & d’Ailleurs 2026
Musique du générique :
Produit par : El-Funoun Palestinian Dance Troupe « Lover’s Hymn »
Palestinian folk tune
Retranscription (provisoire) de l’épisode 12 saison 1 :
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Fragments de Palestine.
Je suis Emmanuel Hiria et je vous propose, toutes les semaines, un grand entretien sur
une question, qu’elle soit historique, politique, géographique, militaire, diplomatique, culturelle
ou juridique.
Ou enfin, qu’elle concerne un dirigeant, un militant, une figure intellectuelle ou
militaire de la Palestine.
Une manière de mieux comprendre la Palestine et les Palestiniens au moment où ils subissent,
en plus d’une occupation, un génocide et que le monde se saisit de la question en se
solidarisant.
L’ensemble de notre production de podcast est entièrement gratuite et disponible
sur toutes les plateformes d’écoute de podcast, mais les produire n’est pas
sans coût pour notre association à but non lucratif.
Vous pouvez donc nous soutenir en réalisant un don sur LOASO, dont le lien est
dans la description de cet épisode ou sur notre site Fragments de Palestine, qui également
diffuse l’ensemble de notre production ainsi que toutes ses archives.
Par avance, merci.
Pour parler de la production littéraire carcérale en Palestine et des différents
revues ou manuels édités clandestinement dans les prisons, je reçois Adel de Samidoun,
le réseau international de solidarité avec les prisonniers palestiniens créé
en 2011.
Ils édite depuis peu une revue Al Awda dédiée à traduire des textes issus
de cette production carcérale.
Vous pouvez vous procurer cette revue essentielle, selon moi, sur le site de l’éditeur
1er matin de novembre, dont le lien est également en commentaire de cet épisode.
Par avance, merci et bonne écoute.
Adel, bonjour.
Bonjour.
Alors vous êtes partie prenante de cette revue Al Awda, membre du comité de
rédaction, et je vous reçois aujourd’hui parce que ça va nous permettre de parler
de la centralité de la question des prisons, de cette revue que vous lancez, que vous
avez voulu lancer symboliquement, on y reviendra le 17 avril 2026.
Et donc, à travers cette revue, nous faire également connaître en préambule
non seulement la lutte des prisonniers, mais également la solidarité que vous
pouvez exercer avec l’organisation à laquelle vous appartenez et qui est derrière
le projet de cette revue, qui est assez unique, qui est un objet assez unique dans
le milieu militant et dans le milieu francophone pour des gens qui s’intéresseraient
à la question palestinienne et à celle des prisonniers.
Le podcast essaie deux choses, de montrer cette centralité des prisons, d’une
part grâce à votre revue, je pense qu’on va avoir matière à pouvoir alimenter
sur le fond et sur la forme cette question-là.
Mais également, elle fait, elle comble le vide entre, et c’est mon sentiment et on
va en discuter là pendant l’heure que vous m’accordez, elle comble le vide entre
le niveau de débat qu’il peut y avoir dans le monde arabe ou précisément en
Palestine, les écrits, les textes des intellectuels, des prisonniers, des militants,
les discussions, les articles de journaux, voir les débats télévisés ou radio
diffusés et ce qu’on n’en retient pas en fait en Europe, du fait de la
langue, mais également du biais de la façon dont depuis des années on a eu
cet intérêt pour la Palestine, sans réellement être au niveau du débat qui
existait en Palestine.
Du coup, votre revue en traduisant ces textes, qui sont donc pour l’instant
des textes de prisonniers, vous n’avez pas, à part un édito, vous n’avez pas de
production, vous, en tant que Samidoun dans cette revue, vous avez un choix
éditorial et de traduction, vous allez nous expliquer comment et pourquoi.
Mais du coup, ça nous permet à nous, militants français et francophones,
d’avoir accès finalement au débat et à ce qui se passe réellement dans les
luttes, dans les prisons, dans les luttes et dans les têtes des
palestiniens de différentes factions.
On va y revenir parce que vous vous intéressez non pas par exemple uniquement
à des prisonniers de gauche ou des prisonniers islamistes ou des prisonniers
particulièrement connus comme Marwan Barghouti ou d’autres.
Vous donnez la parole à de nombreux prisonniers à travers de nombreuses
thématiques. Donc votre revue est sortie un peu plus tard que le 17 avril
pour des raisons de logistique et d’impression en réalité, de logique
économique, d’imprimeur.
Mais donc, qui se cache, et je dis ça sans jeu de mots, derrière
Samidoun qu’on comprenne parce que vous n’êtes pas forcément connus de
tous les auditeurs, donc qu’est ce que c’est que Samidoun ?
Et alors ensuite, expliquez-nous dans un deuxième temps, si vous voulez
bien, comment votre militance s’est mise en écho de celle des prisonniers
qui, depuis les prisons, ont organisé des grèves de la fin, des luttes.
Et pourquoi votre revue, justement, est apparue à ce carrefour entre
votre militance européenne et celle des prisonniers et prisonnières
palestiniennes ?
Merci beaucoup, Emmanuel, pour l’invitation.
Et on est vraiment très contents d’être invités sur votre podcast
pour parler de la revue et faire connaître un peu plus le mouvement
des prisonniers et des prisonniers palestiniens et palestiniennes.
Et du coup, comme vous l’avez dit, en fait, Al-Awda, c’est une revue
qui est dédiée à la littérature carcérale palestinienne, dont le
premier numéro est sorti en avril 2026 dans le cadre de la journée
internationale pour la libération des prisonniers et des prisonnières
palestiniennes, qui a lieu chaque année à la date du 17 avril.
Mais on y reviendra, comme vous l’avez dit, pour expliquer ce que
c’est que cette date, d’où elle vient, etc.
Et en effet, c’est une initiative qui a été lancée par Samidoun
Paris-Banlieu, qui est la seule section française du réseau
international de solidarité avec les prisonniers palestiniens,
Samidoun, pour mettre en valeur les écrits des prisonniers
palestiniens, leur production théorique et littéraire.
Et donc, quand on parle de littérature carcérale
palestinienne, ça regroupe tout ça, ça regroupe des
interviews, des études politiques, théoriques, ça regroupe
de la poésie, des œuvres de fiction, des romans autobiographiques.
C’est tout ce champ-là et tout ce travail-là politique et
littéraire qu’on a voulu mettre en avant avec cette revue.
Et donc, voilà pour permettre à un public francophone de mieux
connaître le mouvement des prisonniers palestiniens et
de se sentir un peu plus liés politiquement et puis même,
oui, politiquement avec la résistance là-bas.
Et donc, Samidoun, c’est un réseau de solidarité avec les
prisonniers palestiniens qui a été fondé en 2011, donc à
la fin d’année 2011, qui correspond à une période
d’ébullition et de brouillonnement du mouvement des
prisonniers palestiniens et de fortes activités
dans les prisons sionistes.
Et donc, cette période-là, elle a commencé en septembre 2011
quand un groupe de prisonniers du FPLP se sont mis en grève
de la fin pour exiger la libération de leur secrétaire
général, Ahmed Saadat, qui était alors détenu en
isolement, comme plusieurs autres grandes figures et
leaders de la résistance palestinienne.
Ahmed Saadat, il est toujours secrétaire général du
FPLP. Il a une histoire particulière d’abord parce que
c’est le seul secrétaire général d’une faction de la
résistance palestinienne qui est actuellement incarcérée.
Donc ça, c’est une particularité du FPLP.
Il a été réélu à plusieurs reprises.
C’est un choix qui est assumé d’avoir son leadership en
prison, ce qui pose des grosses questions de
difficultés organisationnelles, etc.
Mais aussi, il a une trajectoire particulière
parce qu’il est d’abord arrêté, il me semble, en 2002,
par l’autorité palestinienne dans le cadre de sa coopération
sécuritaire avec le régime sioniste.
Mais on y reviendra, je pense, au cours du podcast un peu
plus tard. Et donc, il est kidnappé en 2006
par une unité spéciale des forces d’occupation qui
ont le kidnappé et donc il était incarcéré dans la prison
de Jericho. Et donc, avec ses camarades,
avec plusieurs de ses camarades, ils vont être enlevés
par les forces d’occupation et ramener en territoire aux
Palestiniens occupés depuis 1948.
Je précise qu’à cette époque, il est à Jericho dans une
prison en territoire palestinien, mais sous, comment
dire, sous une garde internationale, en fait.
Il me semble qu’il y a des Anglais, qu’il y a des, enfin, en tout cas,
il y a des forces de surveillance internationale qui vont,
entre guillemets, laisser aux Israéliens l’opportunité de
pouvoir faire un raid comme il s’en passe des dizaines
par jour où ils viennent arrêter des Palestiniens dans
les territoires en Cisjordanie.
Mais là, le raid se tourne vers la prison de Jericho
et lui et ses camarades sont enlevés de cette prison
et sont rebasculés dans le cadre de ce raid dans des prisons
israéliennes.
Totalement.
Oui, et donc, je vais juste prendre un peu plus de temps
pour parler de cette arrestation et de ce cas-là,
parce qu’il y a plusieurs choses intéressantes.
La première, c’est qu’il se fait arrêter avec plusieurs
autres de ses camarades.
Il me semble que ces cinq autres prisonniers du FPLB
qui sont arrêtés à ce moment-là, qui vont être rejugés
avec Ahmed Saadat, donc jugés en 2008.
Et lui va être condamné à 30 ans à une peine de prison
de 30 ans et ses camarades vont écoper de la peine de prison
à perpétuité.
Donc, les prisonniers palestiniens étant jugés par
des tribunaux militaires, c’est une perpétuité militaire
qui leur est imposée.
Et donc, c’est une peine de 99 ans par perpétuité,
sachant qu’elles sont additionnables.
Donc voilà, pourquoi une question intéressante à se poser,
c’est pourquoi le régime sioniste lance ce raid-là en
Depuis 6 ? C’est parce que c’étaient les élections
législatives, c’étaient les élections, enfin voilà,
pour l’acte S7 et donc, vous êtes en train de nous
expliquer que le…
Ah, pour l’autorité palestinienne, pardon.
Exactement.
C’est le moment où Ismaël Haniyeh, donc qui est tombé
martyr, il me semble que c’est en 2025, c’est ça ?
Oui, c’est ça, Ismaël Haniyeh, lui, il est abattu,
il est abattu dans une résidence au moment de
son déplacement en République islamique d’Iran.
En 2024.
En 2024, au cours des différents affrontements qui
vont avoir lieu envers le Liban et donc la République
islamique d’Iran, après le 7 octobre, dans cette
guerre de soutien qui est menée par les deux pays
en question contre l’État israélien.
Donc, il est abattu dans une résidence où il vient
pour rendre hommage aux cérémonies de, je trouve
plus mes mots, pour l’enterrement du président
d’Israël, qui est mort, lui, dans un accident d’hélicoptère
en revenant d’Azerbaïdjan dans un cadre qui n’a rien
à voir avec la guerre dont nous parlons, un accident,
a priori, d’hélicoptère.
Le président iranien meurt et lui vient du Qatar
pour présenter ses condoléances à la cérémonie
d’enterrement et donc il est abattu par le Mossad
dans une opération.
Ismaël Haniyeh, qui avait donc été élu premier
ministre suite aux élections du milieu des années 2000,
quand le Hamas avait gagné les élections
palestiniennes avant que la scission se fasse
entre Gaza, la Cisjordanie, le Fatah et le Hamas,
tel qu’on le connaît maintenant, ça fait
longtemps, je le rappelle juste à des auditeurs
qui prendraient la question palestinienne en cours.
Après lui, vont se succéder surtout des premiers
ministres technocrates, économistes issus
du Fatah, de l’OLP.
En fait, Ismaël Haniyeh aurait été le dernier
premier ministre issu réellement d’un vote populaire
et défendant un programme palestinien et non pas
simplement d’ONG ou de Banque mondiale pour le Liban.
Je m’excuse un peu de cette parenthèse un peu longue,
mais ça permet de resituer le cadre.
Oui, et donc je me suis trompé sur la Haddad,
mais c’est donc c’est 2025 en effet.
Et donc, pourquoi en fait Ahmed Saadat et ses
camarades sont kidnappés à ce moment là ?
Parce que Ismaël Haniyeh est le bloc en fait
du Hamas, du mouvement de la résistance
islamique palestinienne.
Une des propositions qu’il avait fait
pendant la campagne, c’était un de ses
engagements en fait, c’était de libérer
les prisonniers politiques palestiniens détenus
à ce moment là dans les prisons de l’autorité
palestinienne.
Et donc, c’est pour cela en fait que pour éviter
qu’après l’élection de Ismaël Haniyeh,
Ahmed Saadat et ses camarades soient libérés,
qu’ils sont kidnappés par les forces d’occupation en 2006.
Et donc, en septembre 2011, pour revenir sur nos
parenthèses, désolé, ses camarades du Fonds
Populaire pour la Libération de la Palestine
vont entamer une grève de la fin pour le
sortir de l’isolement.
Cette grève de la fin là, elle va être
interrompue par un événement majeur pour
le mouvement des prisonniers palestiniens.
C’est un des accords d’échanges les plus
importants de l’histoire de la
résistance palestinienne, qui est l’accord
d’échange qui est connu ici en France
sous le nom d’accord d’échange Gilad Shalit,
dans lequel, en fait, il y a 1027 prisonniers
palestiniens qui vont être échangés
contre un soldat franco-israélien
nommé Gilad Shalit, qui avait été
enlevé par la résistance
quelques années auparavant.
En juin 2006, quelques semaines avant
l’opération qui va être menée, elle,
depuis le sud Liban par le Hezbollah,
pour enlever également des soldats
israéliens à la frontière entre la
Palestine occupée et le Liban,
afin aussi de remettre la possibilité
d’un échange qui avait été avorté,
un échange qui avait été conclu sous
l’autorité de la Croix-Rouge et des
Allemands en 2004, dans lequel le
Hezbollah avait conclu un accord dans
lequel il devait y avoir des
échanges de prisonniers et de corps
palestiniens, de prisonniers libanais,
contre des dépouilles, à l’époque,
des dépouilles de soldats israéliens
détenus par l’organisation.
Et cet échange ne va pas être
conclu à 100 %, c’est-à-dire que
malgré l’accord israélien,
l’ensemble des prisonniers,
notamment palestiniens, et des
dépouilles qui datent des années
70, qui sont toujours détenues
par l’israélien à cette époque-là,
ne vont pas être rendues en
totalité aux familles et aux
organisations.
Et donc, la promesse d’Assad Nasrallah,
le secrétaire général du Hezbollah
à l’époque, est de dire qu’ils
nous ont « menti » sur la validité
de l’échange.
Ils n’ont échangé que 70%, 70% ou
50%, je ne me souviens plus du
taux de prisonniers libérés et
de corps échangés.
Et donc, les deux organisations
vont, de manière concertée ou non,
j’en sais rien, mener le Hamas
avec une attaque qui va permettre
de s’introduire dans un camp
militaire au nord de la bande de
Gaza et de capturer le soldat
israélien, franco-israélien
Gilad Shalit, qui sera donc
détenu un long moment avant
cet échange dont vous parliez et
qui va donc permettre la relax
en tout cas d’un certain nombre
de prisonniers.
Et donc, après cette énième
parenthèse où je vous ai coupé,
je vous relance sur la suite.
Qu’est-ce qui se trame alors
pour les prisonniers en question
qui sont toujours détenus
des luttes en prison pour essayer
à nouveau, depuis la prison,
d’arriver à les faire sortir par
le biais de grève de la faim ?
Oui, et donc, du coup,
dans le cadre de l’accord
d’échange, de cet accord
d’échange-là, il y a, comme
je le disais, 1027 prisonniers
qui vont être libérés,
dont 250 peines à perpétuité,
ce qui est énorme quand même.
Donc, les peines à perpétuité,
c’est quand même des prisonniers
dont on a promis en fait
qui mourraient à l’intérieur
des prisons, dont les familles
ont peu d’espoir
de les retrouver, etc.
Il y en a beaucoup qui sont
placés en isolement, transférés, etc.
Les peines à perpétuité,
c’est quand même des prisonniers
dont les souffrances sont parmi
les plus importantes
au sein de la population
des prisonniers palestiniens.
La résistance va réussir à en libérer 250.
Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y a 74
d’entre eux qui vont être réarrêtés
en 2014.
Cette politique d’harcèlement des prisonniers
libérés, c’est quelque chose qu’on voit
encore toujours aujourd’hui.
En fait, les forces d’occupation bafouent
les termes des accords d’échange
en traquant les prisonniers,
en leur pourrissant la vie,
en les arrêtant,
et leur vie est celle de leurs proches
et de leurs familles,
parce que c’est un harcèlement perpétuel.
Du coup, il y a 74 de ces prisonniers-là
qui vont être arrêtés,
réincarcérés, dont la peine initiale
va leur être réimposée.
Parmi eux, il y a le prisonnier
Nahel Barghouti,
qui est un combattant du Fatah,
puis, à la suite des accords
d’Oslo, va changer d’affiliation
et se diriger vers le mouvement
de la résistance islamique, donc le Hamas,
et qui y est, on cite son nom
parce que c’est important, il a été libéré
en 2025
dans le cadre de l’accord d’échange
arraché par
la résistance palestinienne,
mais c’est le prisonnier palestinien
qui a passé le plus de temps
dans les prisons
sionistes.
Il me semble que c’est plus de 40 ans,
c’est autour de 45 ans.
Je suis désolé, je n’ai plus le chiffre exact.
Oui, en tout cas, c’est plusieurs dizaines d’années.
Oui, oui.
Plus et plus à date d’incarcération.
C’est difficile de suivre les incarcérations
parce qu’ils subissent, vous le disiez,
de nombreuses réincarcérations,
des peines administratives,
donc en réalité,
on ne peut pas se fier à une peine
dont on se souvient,
auquel elle était condamnée.
En réalité, le prisonnier a fait beaucoup plus
de prison que
en fait, on ne se souvient même plus du moment
où il faut remonter
dans l’adolescence d’un prisonnier
pour retrouver ses premières incarcérations
à partir de 14, 15 ans.
Et donc, si on additionne toutes les peines,
les nombres d’années
passées en prison pour un jeune garçon
qui devient un adulte,
puis un vieux militant,
sont souvent exprimées
en dizaines d’années.
Je pense qu’à part la famille,
il y a peu de personnes qui savent exactement
depuis combien de temps les gens sont incarcérés,
tellement les peines sont longues,
on s’en rend compte difficilement.
En France,
était détenu Georges Abdallah
qui écrit un texte
dans votre vue,
qui a fait 41 ans de prison en France,
c’est aussi exceptionnel.
En France, ça l’est, très exceptionnel.
En Palestine, faire 30 ou 40 ans de prison,
c’est finalement pas commun,
mais ça arrive beaucoup plus souvent
pour les prisonniers palestiniens.
En tout cas, si on cumule l’ensemble
des peines de prison administratives,
judiciaires, militaires, qu’ils ont pu connaître.
Totalement, oui.
Et donc,
suite à cet accord d’échange-là,
il y a un autre événement majeur
dans l’histoire du mouvement
des prisonniers palestiniens
qui va se passer, c’est la grève de la fin
d’un prisonnier emblématique,
qui est le cher Khader Adnan,
qui est un cadre du mouvement
du djihad islamique palestinien
en Cisjordanie,
et qui va en fait
lancer une grève de la fin
le 17 décembre 2011.
Il est arrêté par les forces d’occupation
qui vont
le transférer en détention administrative.
C’est un régime de détention
qui leur permet d’incarcerer
des prisonniers palestiniens de Cisjordanie
pour une période
indéterminée, c’est renouvelable
indéfiniment,
sans charge ni procès,
c’est juste des ordres
de détention qui sont
donnés par les tribunaux sionistes,
et donc même le prisonnier
et son avocat ne connaissent pas
les raisons de cette détention
et de cette incarcération.
Khader Adnan va
débuter une grève de la fin
qui va durer 65 jours,
c’est une des plus longues grèves
de la fin menées par un prisonnier
palestinien, et cette grève va avoir
un retentissement international,
et donc le mouvement de soutien
à la Palestine va
se faire écho
de la résistance
de Khader Adnan, et donc
ça va être une mobilisation très importante
à ce moment-là, qui va être très soutenue
en Irlande,
en Amérique du Nord, en Europe,
etc.
Et Khader Adnan, je prends juste
quelques instants pour m’arrêter
sur son histoire
parce que c’est vraiment
une figure très importante pour la résistance
et pour les prisonniers palestiniens,
parce qu’il incarne vraiment
ce refus
de…
cette combativité
qui est omniprésente
dans l’histoire des prisonniers,
dans l’histoire de la résistance palestinienne,
et donc Khader Adnan,
lui, il est tombé martyr le 2 mai 2024,
lors de sa dernière
grève de la fin, après 87 jours
pendant lesquels
il a refusé de se nourrir,
et il aura été
incarcéré à 12 reprises
au cours de sa vie
par l’autorité palestinienne
dans le cadre de la coordination sécuritaire
et par l’entité sioniste.
Il va passer 9 ans
dans les prisons
au cours de sa vie,
et il va mener 8 grèves
de la fin
au cours de ces différents emprisonnements-là.
Sa première incarceration,
c’est en 1998, alors qu’il est étudiant
à l’université de Birzeit,
et donc il est arrêté par les services de sécurité
de l’autorité palestinienne,
et il va faire une grève de la fin
qui va durer 10 jours
pour être libéré.
Ensuite, en 2005,
il lance une grève de la fin collective,
il participe à une grève de la fin
aux côtés des prisonniers de Gaza
qui va durer 25 jours.
En 2010,
il est de nouveau arrêté par l’autorité palestinienne
et donc là il va mener une grève de la fin
qui va durer 12 jours.
En 2011, c’est celle dont on parle
qui a lieu en décembre,
c’est 65 jours de grève de la fin.
En 2015, 58 jours.
En 2018, 54 jours.
Et en 2021, 25 jours de grève
avant sa dernière grève de la fin
dont on a parlé,
au cours de laquelle il tombe martyr.
Ce qui est important avec Khadel Adnan,
c’est plusieurs choses.
D’une part,
c’est qu’il symbolise
l’unité de la résistance palestinienne.
C’est un militant
qui a toujours poussé
pour que les factions s’unissent
et qui a toujours combattu
les divisions factionnelles
et les querelles de chapelle
au sein de la résistance palestinienne.
Il est très connu et apprécié pour ça
en Palestine.
C’est vraiment un symbole de ça.
Il a participé à de nombreuses mobilisations.
Il était très très présent
dans la rue.
Parfois,
c’est fou de se dire
qu’un militant de cette ampleur-là
qui a une renommée internationale
se trouvait dans la situation
où parfois
il descendait dans la rue
pour des mobilisations.
Ils n’étaient pas plus qu’une dizaine
pour exiger
la libération des prisonniers
palestiniens,
pour soutenir des prisonniers
qui lançaient des grèves de la fin, etc.
Il était vraiment très apprécié
dans la population et aussi
dans les familles des martyrs,
dans les familles des prisonniers,
parce que ce n’était pas rare qu’ils fassent le tour
de ces familles-là pour prendre des nouvelles,
pour leur assurer du soutien, etc.
Quelque chose qui est très important
avec Khadel Adnan,
c’est que son corps est toujours
retenu captif par
le régime sioniste.
Comme 98 autres
corps de martyrs,
de prisonniers
qui sont tombés martyrs dans les prisons
coloniales au cours de leur incarcération,
et on estime qu’à l’heure actuelle,
il y a autour de 1700
dépouilles de martyrs qui sont
détenues par les autorités
sionistes. Il y a deux grosses catégories
dans ces corps-là.
Il y a d’abord
les corps des prisonniers
dont on vient de parler.
Ce qu’il faut savoir, c’est que quand
un prisonnier à perpétuité tombe martyr
dans les prisons coloniales,
ou même un prisonnier
tout court, son corps est retenu
jusqu’à la fin de sa
peine initiale.
La peine de prison
sera purgée
par le corps du prisonnier, mort ou vivant.
Exactement, c’est ça.
Ce qu’il faut savoir, c’est que les
prisonniers sont condamnés à la perpétuité.
C’est 100 ans une perpétuité, mais c’est des
perpétuités additionnables. Par exemple,
il y a Khaled Al-Shawish,
qui est un combattant
des brigades martyrs à l’Aqsa,
qui sont la branche armée du fadah,
qui lui avait été incarcéré
au cours de la seconde intifada,
condamné à 11 fois la peine à perpétuité.
C’est plus de 1000 ans de prison.
Son corps est retenu captif. Il est tombé
en 2024 parce qu’il était très
grèvement blessé.
Il a été blessé par balles
au cours de son
incarcération. Il est tombé
martyr à cause du manque de soins
et de la politique de négligence médicale délibérée.
Son corps va être…
Le régime
sioniste est déterminé à garder son corps
s’il n’est pas libéré grâce aux accords d’échange
arrachés par la résistance palestinienne,
plus de 2000 ans.
Et donc,
il y a ces prisonniers-là
qui ont une date de libération fixée,
mais il y a aussi les prisonniers
détenus administrativement,
donc les détenus administratifs.
Il y a plusieurs détenus administratifs,
dont un mineur de 17 ans qui est mort de faim,
lui,
dans les prisons sionistes
au cours de sa détention.
Ça concerne aussi ces détenus administratifs-là
et
les prisonniers de Gaza. Il y a une
partie des prisonniers qui ont été assassinés dans les prisons sionistes.
Leurs conditions de détention, elles sont
particulièrement difficiles.
Ils subissent des sévices, donc on va pas faire
la liste ici parce qu’ils ont été documentés
assez précisément par les organisations de défense
des droits humains et par des médias,
etc. Mais, comme le disait
Salah Amouri
quand vous l’avez reçu dans votre podcast,
en fait, ces prisonniers-là, ils sont pas détenus
sous le coup de la détention administrative,
ils sont détenus sous le coup d’un autre régime
qui s’appelle le régime des combattants dit illégaux.
Parce qu’en fait, le colonialisme, c’est simple
comme en Palestine, mais comme en Algérie,
au Vietnam et ailleurs, en fait, il se base sur
la division
de la population colonisée
et donc, en fait,
cette division-là va lui permettre
de cantonner
dans des réalités différentes
la population colonisée.
Et donc, en fait, les prisonniers de
Jérusalem, enfin, les
Palestiniens de Jérusalem, les Palestiniens des territoires de
48, les Palestiniens de Céjordanie,
les Palestiniens de Gaza et ceux,
en fait, de la diaspora,
ils connaissent pas les mêmes
régimes de détention,
ils sont incarcérés dans les mêmes prisons, mais en fait,
la législation est pas la même.
Et donc, ça leur
boue, en fait,
le fait que
une des préoccupations principales
pour le mouvement des prisonniers, c’est de
refaire communauté, c’est
de reconstruire
une unicité, en fait, du peuple
palestinien à l’intérieur de cette nouvelle réalité,
de cette nouvelle géographie, qui sont les
prisoncionnistes. Et donc, ça,
mais on y reviendra tout à l’heure, mais donc,
en gros, voilà, il y a
une cinquantaine de prisonniers de Gaza qui sont
tombés martyres au cours de leur incarcération.
Enfin, il y a une autre catégorie, pardon,
de corps qui sont retenus, c’est
ceux qui sont enlevés
soit au cours de raid, soit
dont les dépouilles sont
confisqués et sont pas rendus
à la famille lorsqu’ils tombent
martyres au cours d’opération. Et donc,
dans ces corps-là, il y a
de très nombreux corps
qui datent d’il y a des années 70,
comme vous le disiez tout à l’heure,
des combattants et des combattantes de l’OLP. Il y a
dix corps de femmes qui sont actuellement détenus.
Et puis, il y a
des corps de combattants libanais
qui, eux, sont des combattants
du Fonds de la Résistance
Nationale Libanaise, donc de Jamoul,
qui ont affronté
l’occupation
au côté de leurs frères et soeurs
palestiniennes et palestiniennes, dont les corps,
il y en a neuf actuellement qui sont toujours
retenus captifs, et sûrement plus,
mais voilà.
Et puis, il y a aussi, depuis le 7 octobre
2023, et en fait, l’offensive
génocidaire lancée à Gaza,
et bien, il y a des…
On estimait l’année dernière qu’il y avait autour de 1500
corps de martyrs de Gaza
qui ont été kidnappés
et retenus par
les forces d’occupation. Et en fait,
enfin, ces corps, ils proviennent
de lieux différents.
C’est soit des
gens qui ont été assassinés par les
forces d’occupation, et
voilà, emmenés ensuite,
soit des prisonniers de Gaza,
soit des dépouilles qui ont été
volées, en fait,
dans les cimetières
de Gaza, parce qu’ils ont été
complètement…
Je ne sais pas quel mot
utilisé, mais en tout cas, ils ont été
violés, quoi, ces cimetières-là.
Oui, c’est ça.
Vous faisiez allusion au front de la
résistance nationale libanais, donc,
cette organisation, cette
plateforme de résistance,
ce front commun qui va naître entre
de la gauche et les nationalistes
libanais,
qui vont, une fois que l’OLP va
être expulsé du Liban,
vont finalement
créer ce front et lutter contre
l’occupation de 82,
l’occupation de Beyrouth et du sud Liban,
en parallèle de ça va se créer
le Hezbollah.
Pour ce qui est de la détention des corps,
je voudrais rappeler
deux cas.
Le premier, c’est que
dans cette guerre qui oppose Israël
au Liban, il y a peu de prisonniers
dans les deux camps.
Il n’y en a pas, a priori,
le Hezbollah ne détient pas
officiellement
depuis le début du 8 octobre 2023
de prisonniers israélien
et Israël avait
au cours de la première
offensive fait un prisonnier
qui est mort
en moins de 24 heures sous la torture
après sa capture.
Donc lui il faisait partie de ces prisonniers
qui dépendaient du statut
de combattant illégaux parce que ce
statut là, il était à l’origine
dédié aux combattants
du Hezbollah qui affrontaient
l’armée et donc
au Libanais tout simplement, aux gens qui étaient au sud Liban
et donc il a été transféré
ce statut de combattant illégaux
aux militants
et habitants de Gaza.
On voit la
latitude des choses.
Il y a eu deux opérations aéroportées
dans la BK, deux opérations
aéroportées israéliennes pour attaquer
un cimetière, celui de
Nabichit dans laquelle il y a eu
plusieurs dizaines de morts au cours
de ces deux opérations
sur lesquelles les Israéliens disent oui,
on venait chercher une dépouille peut-être
d’un corps de soldats Israéliens
qu’on avait perdu à l’époque.
Il semblerait peut-être que ça soit
uniquement une opération visant
à aller chercher des corps Libanais
de combattants enterrés là-bas
originaires de ce village là, etc.
Donc c’était pour illustrer votre
propos sur cette
guerre des corps, des corps en prison,
des corps enlevés à leur famille, enlevés même
au cimetière dans lesquels ils reposent
qui paraît incroyable quand on l’ait dit,
on pourrait presque passer pour
complotistes ou je ne sais
quoi, mais c’est documenté et c’est
assez terrible
effectivement et ça s’est accru depuis
cette
confrontation depuis le
7 octobre.
Je vous laisse terminer votre
propos avant de
passer plus
profondément à la revue en tant
que telle pour qu’on comprenne
pourquoi
vous avez décidé donc de
aduire les textes des
prisonniers.
Mais tout à fait pour le Liban
c’est très intéressant.
Il y a une vingtaine de
citoyens Libanais
qui sont actuellement détenus
dans les prisons sionistes
et donc il y a des campagnes
qui sont
aussi portées en France par des organisations
comme Urgence Palestine par exemple
pour la libération de ces
citoyens Libanais là
qui ont été
pour la plupart la majorité
enlevée au sud Liban par
l’armée sioniste.
Et donc en fait
pour continuer un peu sur cette
politique de rétention en plus
ça va être diffusé
plus tard mais nous là on en
registre fin août et
le 26 août c’est la date
c’est la journée internationale pour
la restitution des corps des
martyrs donc en fait on est un peu dans
la voilà dans l’actualité
et juste pour dire
que en fait ces corps là
ils sont gardés soit
pour les plus récents
dans des morgues d’instituts
légaux,
médicolégaux de sionistes quoi
donc dans des frigos quoi
et ou alors pour les
plus anciens donc après 2015
dans les cimetières des nombres
ce qu’il faut savoir c’est que les
familles palestiniennes se battent pour
récupérer les corps de leurs
proches et c’est des
c’est des luttes qui sont très
qui prennent énormément de temps
qui sont laborieuses etc
et c’est pas rare que
les familles récupèrent
parce qu’en fait les corps ils arrivent
gelés en fait c’est des blocs de glace en fait ils arrivent
ils sont gelés aux mains des familles
qui ont perdu leurs enfants leurs proches
et donc les familles retrouvent leurs
proches complètement gelés
quoi genre
les restes sont mis dans un
bloc de glace quoi qu’on comprenne
c’est une image assez
légale genre donc du coup
ils sortent mais ils sont encore
voir la froid quoi et c’est pas rare qu’il y ait
des erreurs que en fait
les corps soient pas rendus aux bonnes familles
et donc qu’une famille s’attende à recevoir leur
fils et puis se rendre compte que
c’est pas le bon ils reconnaissent pas les traits
du visage etc etc
et donc heureusement
donc nous on a participé avec 5 000 dons
aux campagnes
qui sont portées en Palestine par
ces familles là et leur soutien pour
la restitution des corps et donc il y a des groupes
whatsapp où il y a ces familles qui peuvent
poser ces questions là qui sont très pratiques
mais moi j’ai reçu ça ils mettent la photo
et ils disent est-ce que c’est le fils
de quelqu’un et donc c’est pas rare
qu’il y ait des échanges que les familles
se disent ah bah oui ça c’est mon fils
je le reconnais etc etc
et puis après y a la même chose qui se passe
dans les cimetières des nombres
les cimetières des nombres c’est quoi ?
c’est des cimetières qui sont situées dans le nord
de la Palestine occupée depuis 1948
c’est des cimetières où
les corps sont enterrés
y a pas de nom, ils sont identifiés
par des numéros en fait par des matricules
et c’est pour ça d’où leur nom cimetières des nombres
et dans des conditions inhumaines
en fait c’est des
dépouilles qui sont enterrées
très peu profondément
et donc ils sont vulnérables
aux charognards et vulnérables aussi
aux glissements de terrain
aux précipitations etc
donc c’est pas rare qu’en fait
y a des ossements qui dépassent de la tombe
etc
mais aussi
en fait les familles se sont rendues compte
lors de restitution des corps
que les ossements pouvaient être mélangés
et donc lors de tests ADN
ils se rendent compte que
la dépouille qu’ils ont attendu pendant des dizaines
et des dizaines d’années
dont ils
se réjouissent du retour pour pouvoir
en fait faire leur deuil
c’est pas les bons
c’est des corps
qui sont mélangés
pour finir sur ça, y a aussi
des enquêtes de médias internationaux
pour ceux qui douteraient de la fiabilité
des sources palestiniennes
et qui accordent plus de crédit
aux sources occidentales etc
c’est un réflexe qu’il faut absolument combattre etc
mais pour ces gens là
qui voudraient être
qui se sentent plus touchés par des récits
des médias occidentaux etc
des ONG international
et ben y a des enquêtes
qui sont sorties au début des années 2000
et qui montraient que
y avait des prélèvements d’organes forcés
qui avaient fait
sur les corps
des martyrs
de plusieurs instituts médico-légal sionistes
et c’est une pratique
qu’on a retrouvée
plus récemment
sur les corps des martyrs qui ont été rendus à Gaza
donc y a des centaines de dépouilles
qui ont été rendus
dans des camions
à des checkpoints à Gaza
et les proches se sont aperçus
qu’ils ont manqué des organes
qu’ils avaient des traces de scarification
et d’opération
voilà la réalité concernant ces corps là
donc voilà, c’est une grande parenthèse
autour de la grève de la fin de Khadel Adnan
pour arriver à la dernière
étape de ce moment
de bouillonnement
où va naître Samidoun parce que c’était là où on en était désolé
c’est donc la grève de la fin
qui va être lancée en avril 2012
c’est la grève de la fin
de la dignité, dans laquelle en fait
des milliers de prisonniers palestiniens
vont refuser de se nourrir
pour sortir les prisonniers
actuellement en isolement
et puis pour lutter contre
les mesures de répression qui leur étaient imposées
par le régime sioniste à ce moment là
on voit qu’il y a une continuité dans les batailles
et dans
les luttes
qui sont menées par le mouvement des prisonniers
les mêmes revendications
qui étaient portées par les prisonniers du FPLP
en septembre 2011
vont être élargies à l’ensemble des factions
à l’ensemble des prisonniers actuels
à ce moment là en isolement
donc ces prisonniers là vont être sortis d’isolement
il y avait des gens qui avaient passé plus de 10 ans
il faut se rendre compte de ce que c’est
en isolement etc
notamment des prisonniers qui ont été libérés par la suite
comme Mahmoud Issa
qui est une figure du mouvement
de la résistance islamique
et qui lui avait été
placé en isolement pendant de très très nombreuses années
donc voilà
tout le leadership de la résistance palestinienne
incarcérée à ce moment là va être
réintégré dans une détention
collective
mais voilà, cet isolement va leur être
réimposé par la suite
et actuellement les grands noms
de la résistance palestinienne
quelles que soient les factions
sont tous en isolement
et coupés du monde
dans des prisons de très haute sécurité
donc voilà le contexte
dans lequel va naître Samidou
et donc Samidou, comme on l’a dit tout à l’heure
c’est monté à Vancouver
au Canada
et il y a beaucoup de gens qui pensent que
Samidou c’est une organisation palestinienne
en fait non, Samidou c’est pas une organisation
palestinienne, nous on se définit sur trois
à travers trois identités
nous on dit qu’on est un réseau
palestinien, arabe et internationaliste
c’est ces trois composantes là
qui vont en fait
qu’on va retrouver
au sein du réseau, donc il y a
des réfugiés palestiniens ou des palestiniens
en exil qui vont
militer à l’intérieur du réseau
il y a des militants
arabes qui proviennent des diasporas
donc de Bila del Chems
ou du Maghreb etc
et il y a des militants internationalistes
voilà qui font
partie de ce
réseau là, c’est ces trois identités
qui sont réunies au sein
de notre réseau, pourquoi
ça a été fondé au Canada ?
Parce qu’en fait une des principales
préoccupations et luttes
en fait de Samidou c’est
de visibiliser
la lutte et la résistance des prisonniers palestiniens
au sein des centres impérialistes
qui sont les premiers responsables de la situation
coloniale et du génocide en cours en Palestine
comme le disait la résistance palestinienne
l’entitationniste
c’est juste un prolongement organique
de l’impérialisme dans la région
c’est une entité qui a été
créée pour sauvegarder les intérêts
des puissances coloniales et des puissances impérialistes
de l’époque dans cette région
qui était en bouillonnement révolutionnaire
et dans laquelle il y avait des idéaux
d’émancipation, de libération etc
qui se développaient, qui étaient en train
de prendre record
on parle de la révolte
arabe des années 30
il y a un fort sentiment national
et pan arabe
qui va se développer
et une identité
qui va se développer
à ce moment là
et pour en revenir donc à Samidou
ça se crée à Vancouver
ça crée des sections
finalement dans le monde entier
en étant un peu limité
je sais qu’il y a des sections en Allemagne
je sais qu’il y a une section en Bruxelles, la vôtre à Paris
est-ce qu’il en existe d’autres
à travers le monde arabe
ou est-ce que c’est limité à ça ?
Alors en effet il y a très vite
le réseau va se développer
et donc il y a plusieurs sections
qui vont naître à travers le monde
et en fait parmi les sections
que vous avez citées
il y a des sections qui ont été
interdites pour une raison simple
c’est que quand on lutte pour
les prisonniers palestiniens en fait
on lutte en soutien et en solidarité concrète
avec la résistance palestinienne
parce que lutter pour les prisonniers
c’est lutter pour la libération de la Palestine
ces prisonniers là, donc ceux qui sont condamnés
aux peines les plus importantes
c’est des prisonniers qui sont incarcérés bien
enfin c’est des prisonniers politiques
la totalité des 9 600 prisonniers
actuellement incarcérés dans les prisoncionnistes
sont tous des prisonniers politiques
mais cette lutte
en solidarité avec
des résistants qui
luttent pour la libération de leur terre
et qui appartiennent à des
factions, des groupes, des organisations
qui sont déclarés terroristes en fait
dans les centres impérialistes va
inévitablement en fait créer de la répression
à notre encontre
parce que l’existence de ces lits anti-terroristes
c’est de délégitimer
et de
freiner
l’action et la mobilisation des groupes
de la résistance palestinienne
parce qu’on parle de ça maintenant
et donc pour notre action en solidarité
avec les prisonniers
on a été durement réprimés
la première section à avoir fait
l’objet de cette répression
c’est notre section palestinienne
qui a été déclarée
interdite en 2021
dans la même période où
6 ONG palestiniennes
vont être déclarées
organisation terroriste par
le régime sioniste
donc les comités des travailleurs agricoles
le comité des travailleurs de santé
le comité des femmes
Hadamir, le centre Al Haq
et un centre qui
s’occupait aussi de la solidarité avec
les enfants palestiniens
donc ces différentes organisations là
vont être visées
par cette répression là
et nous aussi
donc la section Samidoun en Palestine
va être interdite à ce moment là
et cette répression va continuer
et en novembre 2023
notre Samidoun en Allemagne
va être interdite
donc nos sections en Allemagne
vont devoir cesser leurs activités
nos camarades là bas qui étaient
essentiellement des réfugiés palestiniens
et des palestiniens en exil
vont faire
l’objet de procédures administratives
etc. pour leur enlever
le statut de réfugié
c’est des procédures qui vont viser
non pas seulement les militants
de notre réseau mais aussi
leurs familles et leurs proches
donc c’est une répression généralisée
et puis cette
répression là elle va continuer
jusqu’en 2025
où nos
sections
au Canada
et aux Etats-Unis
vont être déclarées aussi organisation interdite
aujourd’hui on est dans une situation
où on a des sections
dans différents pays d’Europe
et en Amérique latine
enfin en Amérique du Sud quoi
donc voilà il y a Samidoun
Belgique qui est très active
il y a à Madrid, à Barcelone
aux Pays-Bas
en Suède
et à Paris
et puis au Brésil
également
pour revenir en fait
sur la raison de créer
une organisation de soutien aux prisonniers
dans les centres impérialistes c’est parce qu’en Palestine
en fait le mouvement des prisonniers il est
soutenu, il est très connu
dans chaque famille palestinienne il y a
au moins, enfin chaque famille palestinienne
a déjà connu l’expérience de la détention, il y a au moins
un membre de la famille qui est actuellement
incarcéré, les
factions palestiniennes ont des branches
au sein des prisons avec
des élus etc
avec des représentants
il y a les écrits qui circulent
ils sont interviewés à leur sortie etc
donc c’est quelque chose qui est très connu
là-bas et par capillarité
dans toute la région
c’est quelque chose qui est connu
mais dans les centres impérialistes
ça a été pendant très longtemps un angle mort
et c’est pour
redynamiser
cette solidarité là, pour
rappeler l’importance
que jouent les prisonniers palestiniens
pour la résistance palestinienne
que notre réseau
s’est créé, donc nos activités
en dehors du
magazine, ça va être des activités
très classiques pour des groupes
militants mais ça va être d’organiser
des rassemblements avec
des manifestations autour de cette thématique propre
autour de dates de journée
internationale d’action, donc on a parlé de celle pour les martyrs
il y a celle du 17 avril mais il y en a
d’autres, ça va être
de répondre aux mouvements
enfin aux luttes en cours dans les
prisonnistes, donc quand les prisonniers
lancent des grèves de la fin, c’est très important
en fait pour le mouvement
de solidarité avec la Palestine de répondre présent
et très direct, enfin en fait très rapidement
parce que les grèves de la fin
c’est d’abord un appel au monde extérieur
en fait le grève de la fin c’est
une question qui est posée
au mouvement de soutien, les prisonniers quand ils se mettent
en grève de la fin, ils demandent
à l’extérieur de répondre
à leur appel, c’est pas autre chose
et donc
il y a une nécessité très rapidement
dès les premiers jours d’une grève de la fin
à entamer un rapport de force à l’extérieur
pour briser
les murs en fait
qui ont été construits pour isoler
et invisibiliser le résistant ou la
résistante, et donc
on est aussi actif
sur le soutien
aux prisonniers
de la cause palestinienne dans les centres
impérialistes et dans d’autres pays
actuellement il y a 4
prisonniers qui sont incarcérés
en Tunisie par exemple
dont un qui est en grève de la fin depuis les 16 août
de 2026
il y a des prisonniers palestiniens
dans plusieurs pays
européens
donc il y en a un en France qui s’appelle Ali
qui est incarcéré en détention provisoire
depuis mai 2024
sur accusation du régime
sioniste, donc ça c’est quelque chose qui
est absolument inacceptable
et qui doit être une de nos priorités
en fait pour le mouvement de soutien à la Palestine
il y a aussi des prisonniers
en Autriche, donc Mustafa Ayash en Autriche
qui est un journaliste palestinien
qui a fui Gaza, qui a été arrêté
ensuite
sur accusation pareille
de l’entité sioniste
il y a plusieurs
palestiniens vivant en Italie
qui sont actuellement incarcérés
dont Anani Aish
Ahmed Saleh, Mohammed Anoun
et d’autres qui sont
actuellement incarcérés
et il y a aussi
beaucoup de palestiniens
des palestiniens en exil incarcérés
aux Etats-Unis dont deux
depuis 2008 condamnés à 65 ans de prison
qui sont les Holy Land Five
donc c’est des militants
associatifs d’une organisation
qui était la plus grande organisation caritative
arabe et palestinienne des Etats-Unis
qui a été interdit au début des années 2000
et qui ont été en 2008 condamnés
à 65 ans de prison
simplement pour leur action caritative
et leur envoi d’argent
envers la Palestine
donc voilà, sans parler
des prisonniers de la cause palestinienne
comme les prisonniers
de Palestine Action
en Angleterre, en Allemagne
et en République Tchèque, etc.
Dans un premier temps, vous me corrigez si je me trompe
mais vous avez édité d’abord des brochures
sur ces prisonniers
pour
reprendre leur
bibliographie
un peu les éléments que vous nous avez expliqué là
sur lesquels on est passé
malheureusement trop rapidement
et qui mériterait à chaque fois qu’on s’y arrête
sur un épisode complet
mais donc vous êtes passé par ces brochures
que vous distribuez gratuitement
ou contre un petit don
parce qu’elles étaient sacrément bien faites
je dis brochures mais c’était quand même
plusieurs pages
non reliées mais d’un
document qui explicitait
le cas des prisonniers
et vous êtes donc passé de ces petites brochures
à une revue
j’aimerais que vous nous expliquiez
pourquoi et comment vous lancez
les brochures et pourquoi et comment vous passez
à cette revue et qu’est-ce
qu’elle veut dire parce que je le précise aux auditeurs
qui n’auraient pas compris
et le nom étant arabe on va le traduire
à Al Awda c’est le retour
moi j’avais doublement
compris ce retour, le retour des prisonniers
et le retour
dans les territoires
le retour des réfugiés etc
qu’est-ce que veut dire le titre
pourquoi vous passez à une revue
pourquoi à l’origine vous avez eu
cette volonté de faire
ces brochures que vous distribuez
largement dans vos prises de parole
en tenant des stands
sur des tables de presse
dans des manifestations etc
D’abord pour le titre c’est très juste
à Al Awda c’est le retour
on a choisi l’idée de à Al Awda
il y avait deux titres
qui nous étaient venus à l’esprit
le premier c’était Saura
qui veut dire révolution
et le deuxième
c’était Horeya qui veut dire
la liberté
et du coup
pourquoi ces deux titres là d’abord
avant d’en venir à Al Awda
parce que c’était
une référence
au magazine clandestin
qui était écrit
et créé
par les toutes premières
générations de prisonniers
palestiniens
des années 60-70
et donc du coup
qui
ont pu
réunir les conditions matérielles
au prix de lutte
acharnée contre le régime
sioniste pour
obtenir des crayons
du papier etc.
parmi les premières revendications des prisonniers
à ce moment là
de cette première génération là
c’était améliorer leurs conditions de détention
pouvoir être regroupé
au centre de même prison
parce qu’ils étaient mélangés
avec les prisonniers sionistes à cette époque là
on peut imaginer
ce que ça crée comme situation
et ils pouvaient pas
cuisiner leur propre nourriture
ils avaient
l’imposition d’un uniforme comme c’est le cas
actuellement mais
des formules de politesse qui leur étaient imposées pour répondre aux gardiens
ils avaient aucune représentation politique
à l’intérieur des prisons etc.
c’était vraiment un mouvement qui était inexistant
mais les premières générations vont mener
les premières grèves de la fin
à la fin des années 60
pour améliorer leurs conditions de détention
et parmi les premières revendications
qu’on trouve c’est ça
papier et crayon
dans le but de documenter leur détention
et d’en faire donc
des journaux clandestins
vous m’expliquiez
en préparant
cette émission que des femmes
vont également tenir dans les prisons de femmes
des journaux clandestins
qui vont avoir leur importance
et donc en fait ces journaux clandestins
comment est-ce qu’ils vont vivre ?
ils vivent dans la prison, dans les cellules
ils s’exportent également à l’extérieur
dans d’autres prisons ou dans les familles
comment se propage
ces journaux clandestins
écrit à la main
sur des bouts de papier ?
en fait
donc oui les prisonniers
vont écrire ces journaux clandestins
mais aussi ça va leur permettre
d’écrire les premiers
textes de littérature carcérale
donc les premiers romans
les premières poésies
les premiers essais
de théories politiques
et aussi des manuels de résistance
à l’intérieur des prisons
c’est à dire que très tôt les prisonniers palestiniens
vont en fait compiler leur expérience
d’interrogation
leur expérience d’arrestation
et toutes les méthodes
qui sont employées par
les services sionistes
pour sous-tirer des aveux
les méthodes de torture, les méthodes de pression
pendant leur phase d’interrogatoire
qui correspond au premier mois, aux premières années
de la vie d’un prisonnier
mais aussi
tout au long
de l’incarcération
donc il y a des manuels qui vont
sortir, qui vont être écrits clandestinement
par les prisonniers
pour en fait
former
les prisonniers
et les prisonnières
qui rentrent en prison
et ça va être ultra important
de pouvoir écrire
tout ça
mais ça c’est quelque chose
si je juste prendrais le temps
de le détailler après parce que c’est très important
comment les prisonniers ils ont
transformé en fait leur
espace d’incarcération
en une école de la révolution
c’est le thème central du premier numéro
du premier numéro oui, transformer la prison
en école de la révolution
en effet en fait
ces écrits là, ils vont être écrits
donc
avec les moyens qu’ils ont à leur disposition
ils vont en prison
et c’est comme des
moines copistes en fait
ils vont se diviser
le travail pour pouvoir
en fait éditer plusieurs numéros parce que
évidemment au sein des prisons
il n’y a pas d’imprimante, il n’y a pas de
choses qui permettent en fait de moyens
à leur disposition qui permettent de multiplier
les exemplaires
d’un livre, d’une revue etc
et donc en fait il y a des prisonniers
qui vont être chargés
d’écrire page par page
soit des livres entrés clandestinement
en prison, soit des productions
qui sont nées dans les entrailles en fait
des prisoncionnistes
et donc du coup la première
tâche c’est ça, c’est une fois que
la production littéraire existe
ça va être de la rendre accessible au plus grand nombre
et donc ça va circuler
de cellule en cellule
et évidemment toujours en clandestinité
ce qu’il faut se rendre compte c’est que
dans ces écrits là c’est des écrits de résistance
et donc en fait les prisonniers ils courent un risque
et les prisonniers courent des risques en fait
en écrivant des choses
comme ça parce qu’en cas de fouilles
ils vont être réprimés
et donc c’est des mesures d’isolement
c’est des transferts etc
donc c’est quelque chose qui peut leur être coûteux
et aussi si les
servicecionnistes tombent sur des écrits
qui relatent
des épisodes de résistance
sur des écrits qui sont destinés à former
les prisonniers et les prisonnières
dans l’optique
qu’ils continuent à lutter à l’extérieur
en fait il faut absolument
pas que
l’ennemi tombe sur ces écrits là
parce que c’est des écrits qui ont
une valeur
importante
et c’est des objets qui sont très précieux
et voilà
pour des questions
de sécurité dont il faut absolument
pas que l’ennemi se saisisse
et donc ces prisonniers là
vont réussir à les faire circuler
de prison en prison au cours de transfert
et puis
vont aussi
permettre à ces écrits
de circuler à l’extérieur
donc soit ils vont les prendre avec eux
quand ils vont être libérés, soit ils vont les faire sortir
par le biais de capsules
donc c’est des petits capsules qu’ils
avalent avant d’être
transférés, avant d’être libérés
ou alors en soudoyant des gardiens
ou autre en les donnant
à l’avocat etc.
on peut imaginer
multiples techniques
et technicité pour arriver à dissimuler
et arriver à faire sortir
circuler donc c’est
revue clandestine
par exemple Walid Dhaka
qui est un prisonnier emblématique
de la résistance palestinienne
qui a passé 38 ans dans les prisons
coloniales qu’il a été arrêté en 1985
tombé martyr
en avril 2024
Walid Dhaka lui
c’est un prisonnier
qui rentre sans formation
théorique
il est issu d’un milieu populaire, d’une famille nombreuse
il n’est pas allé à l’école, il est pompiste
dans une station service
donc c’est avec cette
réalité qui rentre
en prison en fait
tout au cours de ces 38 ans d’incarcération
il va se transformer
et il va
devenir l’un des écrivains palestiniens
les plus renommés à l’international
alors qu’il est en prison
au moment où il écrit ses livres
ses études, ses articles etc
il y a notamment un livre de
fiction pour enfants
qui va gagner un prix
de littérature arabe
qui a été réédité
en français avec une préface de Salahamouri
d’ailleurs, qui s’appelle
Le conte du secret de l’huile
je précise qu’on fera
à défaut de faire un cycle
on fera
un ou plusieurs épisodes
qui seront consacrés à
Walid Daka, dans lequel
interviendront vous-même
des gens de Samidoun, Salahamouri
et peut-être d’autres intervenants
francophones ou non
pour creuser
encore plus en détail
l’ensemble de sa
vie, mais également de ses écrits
pour qu’on puisse comprendre
l’influence qu’il a pu avoir
sur les prisonniers
et sur la culture
palestinienne et donc internationale
parce que ces ouvrages
sont aujourd’hui traduits
dans de nombreuses langues
Walid Daka, lui
comme on l’a dit, tombe martyr
l’avril 2024
suite à la politique
de négligence médicale
qui est imposée aux prisonniers
il va tomber martyr
à cause d’un cancer qu’il avait développé
au cours de sa détention, et donc il y a des textes
qui sont sortis à titre
posthume, dont un
qui est le troisième volet
d’une trilogie
qu’il a écrite, dont le premier
est justement ce texte
qui a gagné le titre
de littérature arabe et le prix
et donc qui parle
justement de la politique de rétention des corps
donc ça s’appelle les martyrs reviennent
à Ramallah
et ce texte-là
il est sorti des prisons
grâce à
des téléphones, grâce à des téléphones
d’un 38e clandestinement
donc il faut imaginer, il y a un très bel article
qui est paru dans l’institut
pour les recherches
palestiniennes
un article en arabe qui est très beau
dans lequel il est raconté
comment Walid Daka
a réussi à faire sortir
ce texte-là, et donc en fait
il passait son temps à lire, à dicter
au téléphone, il faut imaginer
dicter au téléphone avec un réseau qui est ce qu’il est
avec des téléphones
qui étaient soit bricolés
soit qui passaient de cellule
en cellule, et donc du coup
l’interlocuteur
à l’autre bout du
téléphone était chargé de noter
après
dans certains cas, ils avaient accès à
des photos, des manuscrits
mais donc en fait ça amène à des cas
où
où en fait il y a des
c’est très laborieux comme travail
un travail qui est
c’est pour ça que c’est la
littérature carcérale palestinienne
c’est un vrai mode de résistance en fait
c’est pas simplement
des romans de fiction
de la poésie
qui vaut ce qu’elle vaut
quand elle est écrite à l’extérieur
mais là c’est un vrai acte
de résistance parce qu’il est fait
au nez et à la barbe en fait
des gardiens et ça fait
exister le prisonnier et la
prisonnière en dehors
des murs en fait, ça lui permet
de continuer à exister, de continuer
à faire fonctionner son
intellect, ça lui permet
de continuer
à exister et à pas juste
dépérir
pour le temps qu’il lui est imposé
pour parler
du magazine des prisonnières
c’est un magazine qui s’appelle Zahraat
donc les fleurs
et c’est le surnom qui est donné
aux prisonnières
donc les enfants et les adolescentes
qui sont incarcérés
dans les prisons zionistes
les jeunes hommes, enfin
les enfants et les adolescentes sont appelés
les Lyonceaux et les
les adolescentes et les enfants
sont appelés les fleurs
et donc du coup
c’est un magazine
qui est né dans la deuxième
moitié des années 2010
c’était juste après un épisode
qui s’appelle ici
Nentifada des couteaux mais parce qu’il y a
le biais occidental etc
en Palestine c’est le petit soulèvement
qui correspond à une
fourchette qui va
il me semble tu me corrige si je dis des bêtises
mais de 2014 à 2015
2016 et donc en fait
qui correspond à une période
d’essoufflement de la résistance armée
en Cisjordanie
et donc avec aussi
un essoufflement des factions
traditionnelles etc
qui vont être en proie à plein de contradictions
qui sont imposées par l’autorité palestinienne
la signature des accords d’Auslaw
et puis aussi
une nécessité de renouvellement
des structures et des cadres
de la résistance palestinienne
qui manque de jeunes
et donc la jeunesse palestinienne
ne se retrouvait plus
dans les modes de résistance classique
dans les cadres
dans les structures classiques offerts par la résistance
et donc en fait il y a un soulèvement
spontané qui va
avoir lieu dans lequel en fait
des jeunes adolescents
pour la plupart mineurs vont
en fait
soit
mener des opérations de résistance contre des soldats
avec les moyens qu’ils avaient
à leur disposition donc c’est avec
des armes en blanche
donc il faut rappeler que la Cijordanie
c’est un territoire sous occupation
il y a des raids quotidiens
c’est une réalité qui est
beaucoup plus antérieure que celle du 7 octobre 2023
où il y a une présence militaire
qui est imposée quotidiennement à la société palestinienne
et donc
face à cette violence
coloniale là
il y a des jeunes qui décident
de se soulever
de manière très spontanée
très malheureusement en fait
la plupart de ces jeunes vont tomber martyrs
ils vont être abattus
au cours de ces opérations là
mais il y a certains jeunes qui vont être
blessés grièvement par balles mais
ensuite transférés dans les
prisons zionistes, arrêtés
parmi cette génération là il y a
des prisonniers palestiniennes
qui à moment de leur incarcération
vont être mineurs
et qui proviennent de classes sociales
qui ne leur ont pas permis de faire
des études
qui n’ont même pas pu passer leur baccalauréat
parce qu’en fait
elles ont été arrêtées avant
et donc c’est des prisonniers qui vont être
condamnés à des peines
de 8, 9, 10, 11
jusqu’à 16 ans de prison
et donc
la plupart de ces jeunes là d’ailleurs
vont être libérés en novembre 2023
dans la première phase de l’accord d’échange
arraché par la résistance palestinienne
mais il y a toujours
une
prisonnière de cette génération là
qui est incarcérée
qui s’appelle Shatela Abu Hayyad
qui a été condamnée en 2016 à 16 ans de prison
et qui elle en fait comme Walid Daka
avait une particularité
c’était celle d’être une palestinienne de 48
donc d’avoir la nationalité zioniste
ce qui l’exclut
des accords
d’échanges
arrachés par la résistance
parce que l’occupation joue comme on l’a dit tout à l’heure
sur la division de la société colonisée
et donc
quand la résistance palestinienne exige la libération
de palestinien de 48
les zionistes
dans la plupart des cas refusent
en justifiant cette décision
sur le fait qu’ils ont la nationalité
zioniste et que ce n’est pas des palestiniennes
ou des palestiniennes
mais ces prisonniers là sont en prison
bien parce qu’ils ont mené des opérations
de résistance où ils ont lutté
dans le cadre d’une lutte de libération
international qui les unit
de fait aux autres
composantes de leur peuple
et c’est le cas de Chatella
et Chatella
il n’a jamais été libéré au cours
des différents accords d’échanges
donc il faut imaginer le truc c’est que c’est une jeune
qui a 31 ans
qui voit
des vagues successives
des prisons être vidées
et elle se retrouve à 4-5 à l’intérieur
elle sait très bien
qu’elle ne pourra pas sortir avant
à part si il y a un rapport de force suffisant
qui est constitué mais bref
tout ça pour dire que
cette nouvelle génération là
c’est les anciennes prisonnières
qui vont les prendre sous leur aile
et les anciennes prisonnières elles savent très bien
parce qu’elles sont formées politiquement
parce qu’elles ont fait des études
elles savent la valeur de l’éducation
elles savent que ces prisonnières là mineures
il faut pas qu’elles sortent
sans avoir évolué
sans avoir évolué en fait
il faut qu’elles sortent plus formées
politiquement
il faut qu’elles sortent avec des diplômes
en ayant évolué à l’intérieur
de la prison
et donc
il y a quelques anciennes prisonnières
qui vont les prendre
sous leurs ailes et qui vont leur dire écoutez
est-ce que vous feriez pas
un magazine
un journal clandestin
dans lequel vous allez vous répartir le travail
donc il y a que des mineurs
qui vont
écrire dans ce magazine là
et il me semble au début
après ça va se généraliser parce qu’en fait
il va y avoir une effervescence, une humiliation
mais donc voilà
il y en a celles qui sont douées en dessin
elles vont faire des dessins
celles qui vont aimer le cinéma
elles vont écrire des choses comme ça
bref en mélant des souvenirs
d’avant leur incarcération
avec des histoires de la vie quotidienne en prison
avec des trucs
qui parlent de
des textes et des articles qui parlent de l’histoire
de la Palestine etc. bref
et donc elles vont éditer plusieurs numéros
de cette revue là
comme on l’a dit, comme des moines copistes
qui vont recopier numéros
par numéros pour les diffuser
dans différentes cellules
et il y a une prisonnière qui s’est chargée
de les compiler
à l’extérieur
et qui est actuellement incarcérée pour la 8ème fois
qui s’appelle Bushra Al Tawil
une journaliste palestinienne
qui s’est chargée de les compiler
pour les publier à sa sortie
pour rebasculer un peu sur la France
sur votre revue
moi je
je voulais vous dire
que j’ai été très impressionné
par la qualité sur le fond
et sur la forme de
de la revue
je précise que vous n’aviez pas
au sein de Samidoun
de compétences particulières
vous n’aviez pas d’expérience
d’impression
de maquettage etc.
si ce n’est peut-être pour des tracts
ou pour ses brochures
mais que c’est tout un monde
d’éditer un livre
et d’éditer une revue
c’est une revue de 170-180 pages
de mémoire
et dans un format
qui est particulièrement
aisé à lire et qui est bien maquetté
avec tout en couleur etc.
enfin c’est pas quelque chose d’austère
c’est pas quelque chose
moi j’étais doublement surpris
de la qualité
mais également en fait de ce que
j’ignorais
ou que je méconnaissais un peu
par biais
par une approche un peu politique
de la question
c’est ce foisonnement
d’écrit de fiction
c’est à dire que
en fait je me suis fait un peu tromper
par le sous-titre
ou le titre
de votre numéro 1
qui est transformé la prison
en école de la révolution
et je me disais bon ça va être des textes
en fait en prison
qu’est-ce qu’ils écrivent, des textes très théoriques
sur comment mener la lutte, comment résister
alors effectivement vous l’expliquez
ils l’ont fait aussi, ils le font aussi
mais il y a toute une partie de poésie
de fiction
quasiment
d’un jeu de théâtre
écrit etc etc
et c’est
la première chose
qui m’a marqué
qui se révèle à moi
la deuxième chose sur laquelle
j’étais un peu plus conscient
c’est le lien que ça fait
entre
les prisonniers et prisonniers à l’intérieur
le lien que ça fait avec l’extérieur
mais également le lien que ça fait entre eux
dans un mouvement
très trans-factionnel
que vous essayez de reproduire
dans votre revue en ne vous limitant pas
à des factions ou à des auteurs
mais en vous ouvrant
à de nombreux prisonniers
et prisonnières en explicitant bien
quelles sont leurs luttes
qu’est-ce qui les a amené là etc
je voudrais résumer
toute cette parenthèse
par une question
nous en France, en Europe, en Occident
qu’est-ce qu’on a à apprendre
de ces luttes palestiniennes parce que
j’ai l’impression
que si la prison est une question centrale
en Palestine
la question de la Palestine est donc
de la lutte en prison est centrale aussi
pour nos luttes en Europe
qu’est-ce que vous pensez de ça
vous qui êtes
en train d’amorcer
une pompe à nourrir des militants
et des gens intéressés
par la question palestinienne
sur un terrain
qui était très largement mal
documenté, je précise
avant de vous laisser la parole
que très bientôt nous recevrons Stéphanie
la table d’Allah qui est l’autrice
de l’excellentissime La Toile carcérale
qui est un ouvrage
moi qui m’a marqué
profondément
sur la prison
pour les palestiniens
et avec laquelle on reviendra
sur le cas de ces militants de Gaza
donc la prison à travers
les gens
capturés à Gaza
depuis cet octobre
mais donc, qu’est-ce que selon vous
on a à apprendre à travers cette question
qu’est-ce qu’on va apprendre
de cette revue
de son futur numéro 2
qui sortira dans quelques mois
je précise que la revue sortira plus ou moins
à rythme tous les 6 mois
donc qu’est-ce qu’on a nous en Occident
à apprendre en tant que militant
de ces luttes palestiniennes ?
je peux pas répondre à cette question
parce qu’on se forme nous aussi, on apprend
mais par contre je peux répondre en disant
ce qu’on a voulu faire à travers cette
pourquoi c’est important en fait
de faire circuler ces écrits là, qu’est-ce qu’ils représentent pour nous
mais juste avant
merci beaucoup pour les retours
sur l’aspect
sur la forme du magazine
parce que
en fait ça c’est grâce aux camarades
de différentes organisations
qui ont pu nous conseiller
et tout
qui ont eux lancé des revues
par le passé et tout
et donc qui nous ont aidés
qui nous ont donné des conseils etc
il y a les camarades
du collectif qui a été
dissous en
après le 7 octobre 2023
c’est le collectif Palestine Vaincra
qui n’existe plus maintenant
mais ces camarades là
nous ont énormément aidé
dans la création
de ce magazine là
les camarades de Young Struggle
et d’autres organisations
et aussi des camarades comme
les camarades de 1er matin de novembre
la maison d’édition
qui a publié
le texte de Walid Dhaka
vous parliez des brochures tout à l’heure
et de pourquoi en fait
c’est vrai qu’il y avait une première étape
qui était celle d’abord
de mettre à disposition ces textes là
les textes de prisonniers
et de prisonnières palestiniens sous forme de brochures
très accessibles
à prix libre etc
les gens peuvent le prendre gratuitement
sur les tables qu’on tient lors d’événements militants
parce que nous il y a
quelque chose qui nous paraissait hyper important
c’est de rendre
accessibles
les écrits théoriques
des prisonniers palestiniens et des prisonnaires palestiniennes
je ne veux pas parler
pour
au nom d’eux
parce qu’on est amené à prendre la parole
comme je le fais là
mais qu’une de nos principales actions
ça doit être aussi de casser les murs
des prisons
de manière symbolique évidemment
et on le fait
en faisant circuler la voix des prisonniers
ça c’est
quelque chose qui est central
dans toutes les luttes anti carcérales
dans toutes les luttes de solidarité avec les prisonniers révolutionnaires
les prisonniers des luttes de libération etc
à travers le monde
c’est de faire connaître leur nom, de faire connaître leur visage
de faire connaître leurs histoires
et de faire en sorte
que la prison
à notre échelle, nous
parce que ça c’est le prisonnier révolutionnaire le fait
pour un prisonnier révolutionnaire la prison c’est une étape
de son parcours de lutte
et c’est pas un stop
c’est pas une fin
cette lutte là va prendre des formes différentes
et donc il y a plein de prisonniers palestiniens
qui vont dire
qu’ils portaient les armes
avant leur
incarcération
et qu’à l’intérieur des prisons ils peuvent plus porter les armes
ils peuvent plus mener
la lutte armée
donc ils sont obligés de trouver une autre manière de mener ces luttes là
et d’être productifs et de continuer
à alimenter et à
participer à la résistance
de leur peuple
et donc c’est pas autre chose
que ça en fait les textes
et les textes
écrits par les prisonniers c’est une volonté
de leur part de continuer à
apporter quelque chose
à la lutte de libération nationale
et aussi à leur peuple
qui est à l’extérieur
et ces voix là elles sont peu
connues en
France parce que c’est là où on milite donc
enfin je vais juste parler pour la France
donc évidemment il y a des grands
noms qui sont connus comme Marwan Barghouti
qui est connu, même instrumentalisé
à des fins politiques par
des partis
comme le Parti communiste français qui a
une ligne sur la Palestine
qui est une ligne sioniste de gauche en fait
qui soutient la politique des deux Etats
qui ne visent pas en fait
au démantèlement des structures
coloniales et à la libération de la Palestine
de la Mer au Jourdain parce que c’est ça
essentiellement être anti-sioniste
mais donc ces prisonniers là peuvent être
instrumentalisés à des fins politiques ici
qui sont à rebours en fait
de leur résistance
sur leur terrain
sur leur terre et donc nous
c’était très important pour nous que le
mouvement pro-palestinien ici est une
connaissance plus fine et on s’inclut
dedans
des lignes politiques
de telle ou telle faction
de tel ou tel militant incarcéré
de tel ou tel prisonnier parce que c’est ça soutenir
la résistance palestinienne pour nous
c’est un soutien qui doit être politique
donc on peut être amené à entrer
dans le mouvement de solidarité avec la Palestine
sur des bases émotionnelles
parce qu’en fait on est révolté par ce qui se passe
en Palestine et à juste raison etc.
par le génocide, par la colonisation
par les massacres en cours etc. mais ça ça dure pas
dans le temps et ça permet pas
de construire une mobilisation
efficace sur du long terme
et donc il est essentiel de politiser ça et en fait
on politise nous à notre petite échelle
en permettant d’avoir une connaissance
plus fine de voilà de la
résistance palestinienne
en traduisant les textes des prisonniers
et aussi
pour notre mouvement à nous
donc le mouvement
ce qu’on appelle
mouvement révolutionnaire même si en fait
un mouvement révolutionnaire c’est pas un nom
c’est des actes et donc du coup on pourrait se poser
la question de est-ce qu’il y a un mouvement révolutionnaire réellement
dans les centres impérialistes
ou est-ce que c’est un mouvement qui s’autodéfinit comme révolutionnaire
et donc
du coup pour notre mouvement
pour notre camp
c’est très important en fait d’avoir
accès à ces témoignages là
d’avoir accès aux témoignages des prisonniers palestiniens
aux expériences
des prisonniers basques, irlandais
aux expériences des prisonniers
des luttes de libération noire
aux Etats-Unis, aux prisonniers
turcs, kurdes etc. Pourquoi ?
Parce que en fait
ça correspond en fait à des
niveaux de conflictualité
qu’on a pas ici
et donc
ils sont dans une réalité qui dépasse
ce qu’on peut connaître ici
et donc c’est très important en fait pour notre
camp de comprendre
ce que c’est un interrogatoire par des forces militaires
de comprendre ce que c’est un isolement
de comprendre ce que c’est que
et aussi de
comprendre la réalité de la
résistance, ce que c’est là-bas, c’est pas juste un mot
c’est des gens qui mettent leur
vie en jeu et donc du coup en fait
de re
de comprendre plus
finement qu’est-ce que c’est que cette réalité
cette réalité là
parce que ça dépasse tout ce qu’on peut faire
ici
dans nos modes de mobilisation
classique qui correspond
à des manifestations etc etc
et qui sont très
importantes mais voilà et donc
c’est pour ces
différentes raisons là et aussi parce que
bah voilà comme on l’a dit depuis le départ
mais en fait très souvent il y a des gens qui viennent sur
nos stands et qui nous disent mais qu’est-ce que
je peux faire pour les prisonniers
parce que là je vois les affiches et tout mais qu’est-ce
que je peux faire d’autre mais en fait rien que ça
c’est quelque chose qui est important de
pas laisser un prisonnier tomber dans l’oubli
en fait il y a beaucoup de gens qui veulent
envoyer de l’argent aux prisonniers c’est quelque chose
qui est pas possible, il y a
avant le 7 octobre 2023
on pouvait envoyer des lettres mais c’est plus possible
les prisons elles sont complètement hermétiques
c’est pas quelque chose de réaliste
les familles peuvent plus aller visiter les prisonniers
donc la question c’est dans la situation
actuelle qu’est-ce qu’on fait pour les prisonniers
la première étape parce qu’on
commence à monter les escaliers avec la première marche
c’est de connaître les prisonniers
c’est en fait de
faire en sorte que
parce que c’est le cas quand il y a des familles
de prisonniers qui tombent sur des photos
ou des vidéos de mobilisation
populaire en Europe
en France elles voient
ah mais je la connais
ce prisonnier ou cette prisonnière c’est quelqu’un de mon camp
ah je connais ce nom là
et ça c’est pas rien, ça veut dire que
que leurs
vies sont importantes
que les sacrifices qu’ils font
portent leurs fruits y compris dans nos pays
qui sont encore une fois les premiers responsables
de la colonisation de la Palestine
et du génocide en cours
et nous en tant qu’organisation on est convaincu
que c’est notre
mobilisation ici qui constitue une
des clés de la libération de la Palestine
c’est-à-dire que la résistance palestinienne
combat et résiste de manière acharnée
sur sa terre depuis
les années 20, depuis les années
30 et a consenti à d’énormes
sacrifices et
mène sa lutte avec les moyens
qu’elle a à sa disposition. Cette entité
là n’existe et ne
survit que par le soutien
économique, militaire et diplomatique
qui lui est apporté
par les pays dans lesquels on vit
c’est-à-dire que nos pays sont les premiers
qui garantent l’existence
de cette entité là
et que sans le soutien
du gouvernement français, du gouvernement
étasunien, allemand
britannique etc
en fait c’est une entité qui s’effondrerait
et c’est quelque chose qui
nous a été dit
très tôt dans l’histoire
de la résistance palestinienne
et que par exemple
Georges Rabage dans les années 70-90
disait que la résistance palestinienne
ne combattait pas uniquement
l’armée
coloniale mais qu’elle combattait
également les puissances impérialistes
et les régimes réactionnaires arabes qui lui
apportaient ce soutien là. Notre mobilisation
ici, elle n’est pas secondaire
elle n’est pas parallèle à la mobilisation
du peuple palestinien, c’est une
mobilisation
qui est vitale
et qui est une
des clés principales
de la libération de la Palestine.
Comment est-ce qu’on se procure
cette revue et
est-ce que
comment on soutient votre initiative ?
Vous pouvez retrouver notre revue
donc il y a différents
points de vente
vous pouvez la retrouver à la
coopérative de Minimontan
donc c’est essentiellement en Ile-de-France
pour les points de vente physique
à la librairie La Brèche
et aussi à
la librairie Nouvelle-Équipage
dans le 20e arrondissement de Paris
à côté de Place des Fêtes
et sinon en vente en ligne
sur
le site des éditions premier matin de
novembre et
évidemment nous on la met
en vente
sur nos stands
et vous pouvez vous la procurer là
juste pour dire un truc
c’est que le volume 2, normalement
si on arrive à continuer la production
de cette revue là, ce qu’on espère
portera sur
aura pour thème en fait
transformer la prison en un espace
de confrontation
parce que c’était très important
pour nous de commencer
la revue
par ces deux numéros là
parce qu’ils constituent les bases d’existence
et d’activité
de mobilisation du mouvement des prisonniers palestiniens
les premières générations
des prisonniers palestiniens
ont lutté
dans les prisons
ont créé un espace de conflictualité
de confrontation, de lutte et de résistance
à l’intérieur des prisons pour transformer
leurs conditions de détention
ce qui leur a permis ensuite
de
réunir les conditions matérielles
favorables à la création
d’un espace qui permettrait
aux générations successives
de prisonniers de se former politiquement
et de
continuer à lutter de manière plus efficace
et d’avoir un poids déterminant
dans la résistance une fois
qu’ils seront libérés
Adèle, merci beaucoup pour cet entretien
et pour cette revue
les liens pour commander sur le site
de premier matin de novembre
seront en description
de cet épisode
le lien sera également sur notre
site
fragmentdepalestine.fr
Adèle, merci beaucoup
et à bientôt, donc peut-être pour un numéro
un épisode sur Walid Dhaka
en compagnie sûrement
de Salah Amouri également
et puis peut-être d’autres
d’autres acteurs
palestiniens de la vie militante
pour qui il a
représenté
beaucoup
bon courage pour le
la vente
finalement, la distribution
de ce numéro
1, je vous souhaite plein
de numéros parce que vraiment
c’est une revue qui va nourrir
nos luttes, qui va nourrir nos connaissances
beaucoup plus profondes
de la Palestine pour ne pas s’arrêter
à l’épiderme
sur lequel
on s’arrête, sur les
sentiments, sur quelques images, sur une
ou deux lectures ou trois
documentaires
vous allez faire partie de ceux qui
nous permettent de
comprendre l’essence même de la
Palestine. Donc voilà
merci
beaucoup pour cet entretien
très riche
qu’on avait préparé
préalablement et qui a été
largement dépassé par
l’ensemble des, je dirais pas des
anecdotes mais des connaissances profondes
que vous avez de chaque
cas de prisonnier, de cette histoire
de l’histoire des revues
c’était passionnant
et j’espère que les auditeurs
ont appris autant que moi
sur les prisonniers
Palestiniens qui pourront donc se mobiliser
à vos côtés, en vous soutenant
en achetant la revue et
en s’interrogeant aussi sur
leur place dans ce mouvement
de résistance face à
ce nombre
croissant de prisonniers et de morts
en prison en Palestine. Merci Adèle
Merci beaucoup pour l’invitation
et longue vie au podcast Fagou en Palestine
Merci. Merci d’avoir écouté
cet épisode, nous espérons qu’il vous a plu
et qu’il a pu vous éclairer sur la Palestine
sur la question carcérale
n’hésitez pas à vous procurer
la revue à la OUDA sur le site
notamment de l’éditeur
1er matin de novembre, vous trouverez
le lien en commentaire de cet épisode
n’hésitez pas non plus à laisser
une note ou à défaut un commentaire
sur les plateformes d’écoute ou à
nous soutenir en faisant un don à notre association
qui produit des podcasts
et des documentaires depuis 2002
A défaut, faites connaître ce podcast
si il vous a plu autour de vous
ou plongez-vous dans notre production
Sur, précise stratégique
le Hezbollah et la guerre asymétrique
au XXIe siècle
qui plonge en 14 épisodes et de
nombreux hors série
au milieu de cette guerre déclenchée
le 7 octobre 2023
et qui oppose pour cette partie là
le Hezbollah à Israël. Merci
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