Fragments de Palestine

Un Podcast sur la Palestine

Retrouvez aussi la série documentaire « Récit Stratégique » dont la première saison est consacrée à la guerre au Liban

La littérature carcérale palestinienne dans la revue Al Awda

Entretien avec Adel du collectif Samidoun

Cet épisode revient sur, selon nous, la question essentielle et centrale de la Palestine moderne à savoir l’incarcération des palestiniens. Chaque mois nous proposerons un entretien d’analyse sur les prisons afin de comprendre pourquoi l’avenir du pays est peut être à trouver dans les geôles israéliennes.

Le podcast reçoit Adel un militant de Samidoun, qui est un réseau international de solidarité avec les prisonnier•es palestinien•nes créé en 2011, actif dans plusieurs pays malgré la répression et qui compte des sections en France, en Belgique, dans l’État Espagnol, en Catalogne, aux Pays Bas, en Suède ou encore au Brésil. Samidoun milite également en soutien aux palestinien•nes en exil et aux prisonnier•es de la cause palestinienne incarcéré•es dans les prisons impérialistes et celles des régimes normalisateurs.

Avec lui nous évoquons le lancement d’une revue « Al Awda » en français, dédiée à la littérature carcérale palestinienne qui rassemble des textes et des analyses de prisonniers et prisonnières palestiniennes. Le numéro un « Transformer la prison en école de la révolution » est disponible auprès de l’éditeur Premier Matin de Novembre pour le prix très modique de 10€ vue la qualité de l’objet.

Vous pouvez soutenir notre travail en effectuant un don sur la plateforme HelloAsso : https://www.helloasso.com/associations/images-d-ici-d-ailleurs/formulaires/1

Produit par Images d’Ici & d’Ailleurs 2026

Musique du générique :

Produit par : El-Funoun Palestinian Dance Troupe « Lover’s Hymn »

Palestinian folk tune 


Retranscription (provisoire) de l’épisode 12 saison 1 :

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Fragments de Palestine.

 Je suis Emmanuel Hiria et je vous propose, toutes les semaines, un grand entretien sur

 une question, qu’elle soit historique, politique, géographique, militaire, diplomatique, culturelle

 ou juridique.

 Ou enfin, qu’elle concerne un dirigeant, un militant, une figure intellectuelle ou

 militaire de la Palestine.

 Une manière de mieux comprendre la Palestine et les Palestiniens au moment où ils subissent,

 en plus d’une occupation, un génocide et que le monde se saisit de la question en se

 solidarisant.

 L’ensemble de notre production de podcast est entièrement gratuite et disponible

 sur toutes les plateformes d’écoute de podcast, mais les produire n’est pas

 sans coût pour notre association à but non lucratif.

 Vous pouvez donc nous soutenir en réalisant un don sur LOASO, dont le lien est

 dans la description de cet épisode ou sur notre site Fragments de Palestine, qui également

 diffuse l’ensemble de notre production ainsi que toutes ses archives.

 Par avance, merci.

 Pour parler de la production littéraire carcérale en Palestine et des différents

 revues ou manuels édités clandestinement dans les prisons, je reçois Adel de Samidoun,

 le réseau international de solidarité avec les prisonniers palestiniens créé

 en 2011.

 Ils édite depuis peu une revue Al Awda dédiée à traduire des textes issus

 de cette production carcérale.

 Vous pouvez vous procurer cette revue essentielle, selon moi, sur le site de l’éditeur

 1er matin de novembre, dont le lien est également en commentaire de cet épisode.

 Par avance, merci et bonne écoute.

 Adel, bonjour.

 Bonjour.

 Alors vous êtes partie prenante de cette revue Al Awda, membre du comité de

 rédaction, et je vous reçois aujourd’hui parce que ça va nous permettre de parler

 de la centralité de la question des prisons, de cette revue que vous lancez, que vous

 avez voulu lancer symboliquement, on y reviendra le 17 avril 2026.

 Et donc, à travers cette revue, nous faire également connaître en préambule

 non seulement la lutte des prisonniers, mais également la solidarité que vous

 pouvez exercer avec l’organisation à laquelle vous appartenez et qui est derrière

 le projet de cette revue, qui est assez unique, qui est un objet assez unique dans

 le milieu militant et dans le milieu francophone pour des gens qui s’intéresseraient

 à la question palestinienne et à celle des prisonniers.

 Le podcast essaie deux choses, de montrer cette centralité des prisons, d’une

 part grâce à votre revue, je pense qu’on va avoir matière à pouvoir alimenter

 sur le fond et sur la forme cette question-là.

 Mais également, elle fait, elle comble le vide entre, et c’est mon sentiment et on

 va en discuter là pendant l’heure que vous m’accordez, elle comble le vide entre

 le niveau de débat qu’il peut y avoir dans le monde arabe ou précisément en

 Palestine, les écrits, les textes des intellectuels, des prisonniers, des militants,

 les discussions, les articles de journaux, voir les débats télévisés ou radio

 diffusés et ce qu’on n’en retient pas en fait en Europe, du fait de la

 langue, mais également du biais de la façon dont depuis des années on a eu

 cet intérêt pour la Palestine, sans réellement être au niveau du débat qui

 existait en Palestine.

 Du coup, votre revue en traduisant ces textes, qui sont donc pour l’instant

 des textes de prisonniers, vous n’avez pas, à part un édito, vous n’avez pas de

 production, vous, en tant que Samidoun dans cette revue, vous avez un choix

 éditorial et de traduction, vous allez nous expliquer comment et pourquoi.

 Mais du coup, ça nous permet à nous, militants français et francophones,

 d’avoir accès finalement au débat et à ce qui se passe réellement dans les

 luttes, dans les prisons, dans les luttes et dans les têtes des

 palestiniens de différentes factions.

 On va y revenir parce que vous vous intéressez non pas par exemple uniquement

 à des prisonniers de gauche ou des prisonniers islamistes ou des prisonniers

 particulièrement connus comme Marwan Barghouti ou d’autres.

 Vous donnez la parole à de nombreux prisonniers à travers de nombreuses

 thématiques. Donc votre revue est sortie un peu plus tard que le 17 avril

 pour des raisons de logistique et d’impression en réalité, de logique

 économique, d’imprimeur.

 Mais donc, qui se cache, et je dis ça sans jeu de mots, derrière

 Samidoun qu’on comprenne parce que vous n’êtes pas forcément connus de

 tous les auditeurs, donc qu’est ce que c’est que Samidoun ?

 Et alors ensuite, expliquez-nous dans un deuxième temps, si vous voulez

 bien, comment votre militance s’est mise en écho de celle des prisonniers

 qui, depuis les prisons, ont organisé des grèves de la fin, des luttes.

 Et pourquoi votre revue, justement, est apparue à ce carrefour entre

 votre militance européenne et celle des prisonniers et prisonnières

 palestiniennes ?

 Merci beaucoup, Emmanuel, pour l’invitation.

 Et on est vraiment très contents d’être invités sur votre podcast

 pour parler de la revue et faire connaître un peu plus le mouvement

 des prisonniers et des prisonniers palestiniens et palestiniennes.

 Et du coup, comme vous l’avez dit, en fait, Al-Awda, c’est une revue

 qui est dédiée à la littérature carcérale palestinienne, dont le

 premier numéro est sorti en avril 2026 dans le cadre de la journée

 internationale pour la libération des prisonniers et des prisonnières

 palestiniennes, qui a lieu chaque année à la date du 17 avril.

 Mais on y reviendra, comme vous l’avez dit, pour expliquer ce que

 c’est que cette date, d’où elle vient, etc.

 Et en effet, c’est une initiative qui a été lancée par Samidoun

 Paris-Banlieu, qui est la seule section française du réseau

 international de solidarité avec les prisonniers palestiniens,

 Samidoun, pour mettre en valeur les écrits des prisonniers

 palestiniens, leur production théorique et littéraire.

 Et donc, quand on parle de littérature carcérale

 palestinienne, ça regroupe tout ça, ça regroupe des

 interviews, des études politiques, théoriques, ça regroupe

 de la poésie, des œuvres de fiction, des romans autobiographiques.

 C’est tout ce champ-là et tout ce travail-là politique et

 littéraire qu’on a voulu mettre en avant avec cette revue.

 Et donc, voilà pour permettre à un public francophone de mieux

 connaître le mouvement des prisonniers palestiniens et

 de se sentir un peu plus liés politiquement et puis même,

 oui, politiquement avec la résistance là-bas.

 Et donc, Samidoun, c’est un réseau de solidarité avec les

 prisonniers palestiniens qui a été fondé en 2011, donc à

 la fin d’année 2011, qui correspond à une période

 d’ébullition et de brouillonnement du mouvement des

 prisonniers palestiniens et de fortes activités

 dans les prisons sionistes.

 Et donc, cette période-là, elle a commencé en septembre 2011

 quand un groupe de prisonniers du FPLP se sont mis en grève

 de la fin pour exiger la libération de leur secrétaire

 général, Ahmed Saadat, qui était alors détenu en

 isolement, comme plusieurs autres grandes figures et

 leaders de la résistance palestinienne.

 Ahmed Saadat, il est toujours secrétaire général du

 FPLP. Il a une histoire particulière d’abord parce que

 c’est le seul secrétaire général d’une faction de la

 résistance palestinienne qui est actuellement incarcérée.

 Donc ça, c’est une particularité du FPLP.

 Il a été réélu à plusieurs reprises.

 C’est un choix qui est assumé d’avoir son leadership en

 prison, ce qui pose des grosses questions de

 difficultés organisationnelles, etc.

 Mais aussi, il a une trajectoire particulière

 parce qu’il est d’abord arrêté, il me semble, en 2002,

 par l’autorité palestinienne dans le cadre de sa coopération

 sécuritaire avec le régime sioniste.

 Mais on y reviendra, je pense, au cours du podcast un peu

 plus tard. Et donc, il est kidnappé en 2006

 par une unité spéciale des forces d’occupation qui

 ont le kidnappé et donc il était incarcéré dans la prison

 de Jericho. Et donc, avec ses camarades,

 avec plusieurs de ses camarades, ils vont être enlevés

 par les forces d’occupation et ramener en territoire aux

 Palestiniens occupés depuis 1948.

 Je précise qu’à cette époque, il est à Jericho dans une

 prison en territoire palestinien, mais sous, comment

 dire, sous une garde internationale, en fait.

 Il me semble qu’il y a des Anglais, qu’il y a des, enfin, en tout cas,

 il y a des forces de surveillance internationale qui vont,

 entre guillemets, laisser aux Israéliens l’opportunité de

 pouvoir faire un raid comme il s’en passe des dizaines

 par jour où ils viennent arrêter des Palestiniens dans

 les territoires en Cisjordanie.

 Mais là, le raid se tourne vers la prison de Jericho

 et lui et ses camarades sont enlevés de cette prison

 et sont rebasculés dans le cadre de ce raid dans des prisons

 israéliennes.

 Totalement.

 Oui, et donc, je vais juste prendre un peu plus de temps

 pour parler de cette arrestation et de ce cas-là,

 parce qu’il y a plusieurs choses intéressantes.

 La première, c’est qu’il se fait arrêter avec plusieurs

 autres de ses camarades.

 Il me semble que ces cinq autres prisonniers du FPLB

 qui sont arrêtés à ce moment-là, qui vont être rejugés

 avec Ahmed Saadat, donc jugés en 2008.

 Et lui va être condamné à 30 ans à une peine de prison

 de 30 ans et ses camarades vont écoper de la peine de prison

 à perpétuité.

 Donc, les prisonniers palestiniens étant jugés par

 des tribunaux militaires, c’est une perpétuité militaire

 qui leur est imposée.

 Et donc, c’est une peine de 99 ans par perpétuité,

 sachant qu’elles sont additionnables.

 Donc voilà, pourquoi une question intéressante à se poser,

 c’est pourquoi le régime sioniste lance ce raid-là en

 Depuis 6 ? C’est parce que c’étaient les élections

 législatives, c’étaient les élections, enfin voilà,

 pour l’acte S7 et donc, vous êtes en train de nous

 expliquer que le…

 Ah, pour l’autorité palestinienne, pardon.

 Exactement.

 C’est le moment où Ismaël Haniyeh, donc qui est tombé

 martyr, il me semble que c’est en 2025, c’est ça ?

 Oui, c’est ça, Ismaël Haniyeh, lui, il est abattu,

 il est abattu dans une résidence au moment de

 son déplacement en République islamique d’Iran.

 En 2024.

 En 2024, au cours des différents affrontements qui

 vont avoir lieu envers le Liban et donc la République

 islamique d’Iran, après le 7 octobre, dans cette

 guerre de soutien qui est menée par les deux pays

 en question contre l’État israélien.

 Donc, il est abattu dans une résidence où il vient

 pour rendre hommage aux cérémonies de, je trouve

 plus mes mots, pour l’enterrement du président

 d’Israël, qui est mort, lui, dans un accident d’hélicoptère

 en revenant d’Azerbaïdjan dans un cadre qui n’a rien

 à voir avec la guerre dont nous parlons, un accident,

 a priori, d’hélicoptère.

 Le président iranien meurt et lui vient du Qatar

 pour présenter ses condoléances à la cérémonie

 d’enterrement et donc il est abattu par le Mossad

 dans une opération.

 Ismaël Haniyeh, qui avait donc été élu premier

 ministre suite aux élections du milieu des années 2000,

 quand le Hamas avait gagné les élections

 palestiniennes avant que la scission se fasse

 entre Gaza, la Cisjordanie, le Fatah et le Hamas,

 tel qu’on le connaît maintenant, ça fait

 longtemps, je le rappelle juste à des auditeurs

 qui prendraient la question palestinienne en cours.

 Après lui, vont se succéder surtout des premiers

 ministres technocrates, économistes issus

 du Fatah, de l’OLP.

 En fait, Ismaël Haniyeh aurait été le dernier

 premier ministre issu réellement d’un vote populaire

 et défendant un programme palestinien et non pas

 simplement d’ONG ou de Banque mondiale pour le Liban.

 Je m’excuse un peu de cette parenthèse un peu longue,

 mais ça permet de resituer le cadre.

 Oui, et donc je me suis trompé sur la Haddad,

 mais c’est donc c’est 2025 en effet.

 Et donc, pourquoi en fait Ahmed Saadat et ses

 camarades sont kidnappés à ce moment là ?

 Parce que Ismaël Haniyeh est le bloc en fait

 du Hamas, du mouvement de la résistance

 islamique palestinienne.

 Une des propositions qu’il avait fait

 pendant la campagne, c’était un de ses

 engagements en fait, c’était de libérer

 les prisonniers politiques palestiniens détenus

 à ce moment là dans les prisons de l’autorité

 palestinienne.

 Et donc, c’est pour cela en fait que pour éviter

 qu’après l’élection de Ismaël Haniyeh,

 Ahmed Saadat et ses camarades soient libérés,

 qu’ils sont kidnappés par les forces d’occupation en 2006.

 Et donc, en septembre 2011, pour revenir sur nos

 parenthèses, désolé, ses camarades du Fonds

 Populaire pour la Libération de la Palestine

 vont entamer une grève de la fin pour le

 sortir de l’isolement.

 Cette grève de la fin là, elle va être

 interrompue par un événement majeur pour

 le mouvement des prisonniers palestiniens.

 C’est un des accords d’échanges les plus

 importants de l’histoire de la

 résistance palestinienne, qui est l’accord

 d’échange qui est connu ici en France

 sous le nom d’accord d’échange Gilad Shalit,

 dans lequel, en fait, il y a 1027 prisonniers

 palestiniens qui vont être échangés

 contre un soldat franco-israélien

 nommé Gilad Shalit, qui avait été

 enlevé par la résistance

 quelques années auparavant.

 En juin 2006, quelques semaines avant

 l’opération qui va être menée, elle,

 depuis le sud Liban par le Hezbollah,

 pour enlever également des soldats

 israéliens à la frontière entre la

 Palestine occupée et le Liban,

 afin aussi de remettre la possibilité

 d’un échange qui avait été avorté,

 un échange qui avait été conclu sous

 l’autorité de la Croix-Rouge et des

 Allemands en 2004, dans lequel le

 Hezbollah avait conclu un accord dans

 lequel il devait y avoir des

 échanges de prisonniers et de corps

 palestiniens, de prisonniers libanais,

 contre des dépouilles, à l’époque,

 des dépouilles de soldats israéliens

 détenus par l’organisation.

 Et cet échange ne va pas être

 conclu à 100 %, c’est-à-dire que

 malgré l’accord israélien,

 l’ensemble des prisonniers,

 notamment palestiniens, et des

 dépouilles qui datent des années

 70, qui sont toujours détenues

 par l’israélien à cette époque-là,

 ne vont pas être rendues en

 totalité aux familles et aux

 organisations.

 Et donc, la promesse d’Assad Nasrallah,

 le secrétaire général du Hezbollah

 à l’époque, est de dire qu’ils

 nous ont « menti » sur la validité

 de l’échange.

 Ils n’ont échangé que 70%, 70% ou

 50%, je ne me souviens plus du

 taux de prisonniers libérés et

 de corps échangés.

 Et donc, les deux organisations

 vont, de manière concertée ou non,

 j’en sais rien, mener le Hamas

 avec une attaque qui va permettre

 de s’introduire dans un camp

 militaire au nord de la bande de

 Gaza et de capturer le soldat

 israélien, franco-israélien

 Gilad Shalit, qui sera donc

 détenu un long moment avant

 cet échange dont vous parliez et

 qui va donc permettre la relax

 en tout cas d’un certain nombre

 de prisonniers.

 Et donc, après cette énième

 parenthèse où je vous ai coupé,

 je vous relance sur la suite.

 Qu’est-ce qui se trame alors

 pour les prisonniers en question

 qui sont toujours détenus

 des luttes en prison pour essayer

 à nouveau, depuis la prison,

 d’arriver à les faire sortir par

 le biais de grève de la faim ?

 Oui, et donc, du coup,

 dans le cadre de l’accord

 d’échange, de cet accord

 d’échange-là, il y a, comme

 je le disais, 1027 prisonniers

 qui vont être libérés,

 dont 250 peines à perpétuité,

 ce qui est énorme quand même.

 Donc, les peines à perpétuité,

 c’est quand même des prisonniers

 dont on a promis en fait

 qui mourraient à l’intérieur

 des prisons, dont les familles

 ont peu d’espoir

 de les retrouver, etc.

 Il y en a beaucoup qui sont

 placés en isolement, transférés, etc.

 Les peines à perpétuité,

 c’est quand même des prisonniers

 dont les souffrances sont parmi

 les plus importantes

 au sein de la population

 des prisonniers palestiniens.

 La résistance va réussir à en libérer 250.

 Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y a 74

 d’entre eux qui vont être réarrêtés

 en 2014.

 Cette politique d’harcèlement des prisonniers

 libérés, c’est quelque chose qu’on voit

 encore toujours aujourd’hui.

 En fait, les forces d’occupation bafouent

 les termes des accords d’échange

 en traquant les prisonniers,

 en leur pourrissant la vie,

 en les arrêtant,

 et leur vie est celle de leurs proches

 et de leurs familles,

 parce que c’est un harcèlement perpétuel.

 Du coup, il y a 74 de ces prisonniers-là

 qui vont être arrêtés,

 réincarcérés, dont la peine initiale

 va leur être réimposée.

 Parmi eux, il y a le prisonnier

 Nahel Barghouti,

 qui est un combattant du Fatah,

 puis, à la suite des accords

 d’Oslo, va changer d’affiliation

 et se diriger vers le mouvement

 de la résistance islamique, donc le Hamas,

 et qui y est, on cite son nom

 parce que c’est important, il a été libéré

 en 2025

 dans le cadre de l’accord d’échange

 arraché par

 la résistance palestinienne,

 mais c’est le prisonnier palestinien

 qui a passé le plus de temps

 dans les prisons

 sionistes.

 Il me semble que c’est plus de 40 ans,

 c’est autour de 45 ans.

 Je suis désolé, je n’ai plus le chiffre exact.

 Oui, en tout cas, c’est plusieurs dizaines d’années.

 Oui, oui.

 Plus et plus à date d’incarcération.

 C’est difficile de suivre les incarcérations

 parce qu’ils subissent, vous le disiez,

 de nombreuses réincarcérations,

 des peines administratives,

 donc en réalité,

 on ne peut pas se fier à une peine

 dont on se souvient,

 auquel elle était condamnée.

 En réalité, le prisonnier a fait beaucoup plus

 de prison que

 en fait, on ne se souvient même plus du moment

 où il faut remonter

 dans l’adolescence d’un prisonnier

 pour retrouver ses premières incarcérations

 à partir de 14, 15 ans.

 Et donc, si on additionne toutes les peines,

 les nombres d’années

 passées en prison pour un jeune garçon

 qui devient un adulte,

 puis un vieux militant,

 sont souvent exprimées

 en dizaines d’années.

 Je pense qu’à part la famille,

 il y a peu de personnes qui savent exactement

 depuis combien de temps les gens sont incarcérés,

 tellement les peines sont longues,

 on s’en rend compte difficilement.

 En France,

 était détenu Georges Abdallah

 qui écrit un texte

 dans votre vue,

 qui a fait 41 ans de prison en France,

 c’est aussi exceptionnel.

 En France, ça l’est, très exceptionnel.

 En Palestine, faire 30 ou 40 ans de prison,

 c’est finalement pas commun,

 mais ça arrive beaucoup plus souvent

 pour les prisonniers palestiniens.

 En tout cas, si on cumule l’ensemble

 des peines de prison administratives,

 judiciaires, militaires, qu’ils ont pu connaître.

 Totalement, oui.

 Et donc,

 suite à cet accord d’échange-là,

 il y a un autre événement majeur

 dans l’histoire du mouvement

 des prisonniers palestiniens

 qui va se passer, c’est la grève de la fin

 d’un prisonnier emblématique,

 qui est le cher Khader Adnan,

 qui est un cadre du mouvement

 du djihad islamique palestinien

 en Cisjordanie,

 et qui va en fait

 lancer une grève de la fin

 le 17 décembre 2011.

 Il est arrêté par les forces d’occupation

 qui vont

 le transférer en détention administrative.

 C’est un régime de détention

 qui leur permet d’incarcerer

 des prisonniers palestiniens de Cisjordanie

 pour une période

 indéterminée, c’est renouvelable

 indéfiniment,

 sans charge ni procès,

 c’est juste des ordres

 de détention qui sont

 donnés par les tribunaux sionistes,

 et donc même le prisonnier

 et son avocat ne connaissent pas

 les raisons de cette détention

 et de cette incarcération.

 Khader Adnan va

 débuter une grève de la fin

 qui va durer 65 jours,

 c’est une des plus longues grèves

 de la fin menées par un prisonnier

 palestinien, et cette grève va avoir

 un retentissement international,

 et donc le mouvement de soutien

 à la Palestine va

 se faire écho

 de la résistance

 de Khader Adnan, et donc

 ça va être une mobilisation très importante

 à ce moment-là, qui va être très soutenue

 en Irlande,

 en Amérique du Nord, en Europe,

 etc.

 Et Khader Adnan, je prends juste

 quelques instants pour m’arrêter

 sur son histoire

 parce que c’est vraiment

 une figure très importante pour la résistance

 et pour les prisonniers palestiniens,

 parce qu’il incarne vraiment

 ce refus

 de…

 cette combativité

 qui est omniprésente

 dans l’histoire des prisonniers,

 dans l’histoire de la résistance palestinienne,

 et donc Khader Adnan,

 lui, il est tombé martyr le 2 mai 2024,

 lors de sa dernière

 grève de la fin, après 87 jours

 pendant lesquels

 il a refusé de se nourrir,

 et il aura été

 incarcéré à 12 reprises

 au cours de sa vie

 par l’autorité palestinienne

 dans le cadre de la coordination sécuritaire

 et par l’entité sioniste.

 Il va passer 9 ans

 dans les prisons

 au cours de sa vie,

 et il va mener 8 grèves

 de la fin

 au cours de ces différents emprisonnements-là.

 Sa première incarceration,

 c’est en 1998, alors qu’il est étudiant

 à l’université de Birzeit,

 et donc il est arrêté par les services de sécurité

 de l’autorité palestinienne,

 et il va faire une grève de la fin

 qui va durer 10 jours

 pour être libéré.

 Ensuite, en 2005,

 il lance une grève de la fin collective,

 il participe à une grève de la fin

 aux côtés des prisonniers de Gaza

 qui va durer 25 jours.

 En 2010,

 il est de nouveau arrêté par l’autorité palestinienne

 et donc là il va mener une grève de la fin

 qui va durer 12 jours.

 En 2011, c’est celle dont on parle

 qui a lieu en décembre,

 c’est 65 jours de grève de la fin.

 En 2015, 58 jours.

 En 2018, 54 jours.

 Et en 2021, 25 jours de grève

 avant sa dernière grève de la fin

 dont on a parlé,

 au cours de laquelle il tombe martyr.

 Ce qui est important avec Khadel Adnan,

 c’est plusieurs choses.

 D’une part,

 c’est qu’il symbolise

 l’unité de la résistance palestinienne.

 C’est un militant

 qui a toujours poussé

 pour que les factions s’unissent

 et qui a toujours combattu

 les divisions factionnelles

 et les querelles de chapelle

 au sein de la résistance palestinienne.

 Il est très connu et apprécié pour ça

 en Palestine.

 C’est vraiment un symbole de ça.

 Il a participé à de nombreuses mobilisations.

 Il était très très présent

 dans la rue.

 Parfois,

 c’est fou de se dire

 qu’un militant de cette ampleur-là

 qui a une renommée internationale

 se trouvait dans la situation

 où parfois

 il descendait dans la rue

 pour des mobilisations.

 Ils n’étaient pas plus qu’une dizaine

 pour exiger

 la libération des prisonniers

 palestiniens,

 pour soutenir des prisonniers

 qui lançaient des grèves de la fin, etc.

 Il était vraiment très apprécié

 dans la population et aussi

 dans les familles des martyrs,

 dans les familles des prisonniers,

 parce que ce n’était pas rare qu’ils fassent le tour

 de ces familles-là pour prendre des nouvelles,

 pour leur assurer du soutien, etc.

 Quelque chose qui est très important

 avec Khadel Adnan,

 c’est que son corps est toujours

 retenu captif par

 le régime sioniste.

 Comme 98 autres

 corps de martyrs,

 de prisonniers

 qui sont tombés martyrs dans les prisons

 coloniales au cours de leur incarcération,

 et on estime qu’à l’heure actuelle,

 il y a autour de 1700

 dépouilles de martyrs qui sont

 détenues par les autorités

 sionistes. Il y a deux grosses catégories

 dans ces corps-là.

 Il y a d’abord

 les corps des prisonniers

 dont on vient de parler.

 Ce qu’il faut savoir, c’est que quand

 un prisonnier à perpétuité tombe martyr

 dans les prisons coloniales,

 ou même un prisonnier

 tout court, son corps est retenu

 jusqu’à la fin de sa

 peine initiale.

 La peine de prison

 sera purgée

 par le corps du prisonnier, mort ou vivant.

 Exactement, c’est ça.

 Ce qu’il faut savoir, c’est que les

 prisonniers sont condamnés à la perpétuité.

 C’est 100 ans une perpétuité, mais c’est des

 perpétuités additionnables. Par exemple,

 il y a Khaled Al-Shawish,

 qui est un combattant

 des brigades martyrs à l’Aqsa,

 qui sont la branche armée du fadah,

 qui lui avait été incarcéré

 au cours de la seconde intifada,

 condamné à 11 fois la peine à perpétuité.

 C’est plus de 1000 ans de prison.

 Son corps est retenu captif. Il est tombé

 en 2024 parce qu’il était très

 grèvement blessé.

 Il a été blessé par balles

 au cours de son

 incarcération. Il est tombé

 martyr à cause du manque de soins

 et de la politique de négligence médicale délibérée.

 Son corps va être…

 Le régime

 sioniste est déterminé à garder son corps

 s’il n’est pas libéré grâce aux accords d’échange

 arrachés par la résistance palestinienne,

 plus de 2000 ans.

 Et donc,

 il y a ces prisonniers-là

 qui ont une date de libération fixée,

 mais il y a aussi les prisonniers

 détenus administrativement,

 donc les détenus administratifs.

 Il y a plusieurs détenus administratifs,

 dont un mineur de 17 ans qui est mort de faim,

 lui,

 dans les prisons sionistes

 au cours de sa détention.

 Ça concerne aussi ces détenus administratifs-là

 et

 les prisonniers de Gaza. Il y a une

 partie des prisonniers qui ont été assassinés dans les prisons sionistes.

 Leurs conditions de détention, elles sont

 particulièrement difficiles.

 Ils subissent des sévices, donc on va pas faire

 la liste ici parce qu’ils ont été documentés

 assez précisément par les organisations de défense

 des droits humains et par des médias,

 etc. Mais, comme le disait

 Salah Amouri

 quand vous l’avez reçu dans votre podcast,

 en fait, ces prisonniers-là, ils sont pas détenus

 sous le coup de la détention administrative,

 ils sont détenus sous le coup d’un autre régime

 qui s’appelle le régime des combattants dit illégaux.

 Parce qu’en fait, le colonialisme, c’est simple

 comme en Palestine, mais comme en Algérie,

 au Vietnam et ailleurs, en fait, il se base sur

 la division

 de la population colonisée

 et donc, en fait,

 cette division-là va lui permettre

 de cantonner

 dans des réalités différentes

 la population colonisée.

 Et donc, en fait, les prisonniers de

 Jérusalem, enfin, les

 Palestiniens de Jérusalem, les Palestiniens des territoires de

 48, les Palestiniens de Céjordanie,

 les Palestiniens de Gaza et ceux,

 en fait, de la diaspora,

 ils connaissent pas les mêmes

 régimes de détention,

 ils sont incarcérés dans les mêmes prisons, mais en fait,

 la législation est pas la même.

 Et donc, ça leur

 boue, en fait,

 le fait que

 une des préoccupations principales

 pour le mouvement des prisonniers, c’est de

 refaire communauté, c’est

 de reconstruire

 une unicité, en fait, du peuple

 palestinien à l’intérieur de cette nouvelle réalité,

 de cette nouvelle géographie, qui sont les

 prisoncionnistes. Et donc, ça,

 mais on y reviendra tout à l’heure, mais donc,

 en gros, voilà, il y a

 une cinquantaine de prisonniers de Gaza qui sont

 tombés martyres au cours de leur incarcération.

 Enfin, il y a une autre catégorie, pardon,

 de corps qui sont retenus, c’est

 ceux qui sont enlevés

 soit au cours de raid, soit

 dont les dépouilles sont

 confisqués et sont pas rendus

 à la famille lorsqu’ils tombent

 martyres au cours d’opération. Et donc,

 dans ces corps-là, il y a

 de très nombreux corps

 qui datent d’il y a des années 70,

 comme vous le disiez tout à l’heure,

 des combattants et des combattantes de l’OLP. Il y a

 dix corps de femmes qui sont actuellement détenus.

 Et puis, il y a

 des corps de combattants libanais

 qui, eux, sont des combattants

 du Fonds de la Résistance

 Nationale Libanaise, donc de Jamoul,

 qui ont affronté

 l’occupation

 au côté de leurs frères et soeurs

 palestiniennes et palestiniennes, dont les corps,

 il y en a neuf actuellement qui sont toujours

 retenus captifs, et sûrement plus,

 mais voilà.

 Et puis, il y a aussi, depuis le 7 octobre

 2023, et en fait, l’offensive

 génocidaire lancée à Gaza,

 et bien, il y a des…

 On estimait l’année dernière qu’il y avait autour de 1500

 corps de martyrs de Gaza

 qui ont été kidnappés

 et retenus par

 les forces d’occupation. Et en fait,

 enfin, ces corps, ils proviennent

 de lieux différents.

 C’est soit des

 gens qui ont été assassinés par les

 forces d’occupation, et

 voilà, emmenés ensuite,

 soit des prisonniers de Gaza,

 soit des dépouilles qui ont été

 volées, en fait,

 dans les cimetières

 de Gaza, parce qu’ils ont été

 complètement…

 Je ne sais pas quel mot

 utilisé, mais en tout cas, ils ont été

 violés, quoi, ces cimetières-là.

 Oui, c’est ça.

 Vous faisiez allusion au front de la

 résistance nationale libanais, donc,

 cette organisation, cette

 plateforme de résistance,

 ce front commun qui va naître entre

 de la gauche et les nationalistes

 libanais,

 qui vont, une fois que l’OLP va

 être expulsé du Liban,

 vont finalement

 créer ce front et lutter contre

 l’occupation de 82,

 l’occupation de Beyrouth et du sud Liban,

 en parallèle de ça va se créer

 le Hezbollah.

 Pour ce qui est de la détention des corps,

 je voudrais rappeler

 deux cas.

 Le premier, c’est que

 dans cette guerre qui oppose Israël

 au Liban, il y a peu de prisonniers

 dans les deux camps.

 Il n’y en a pas, a priori,

 le Hezbollah ne détient pas

 officiellement

 depuis le début du 8 octobre 2023

 de prisonniers israélien

 et Israël avait

 au cours de la première

 offensive fait un prisonnier

 qui est mort

 en moins de 24 heures sous la torture

 après sa capture.

 Donc lui il faisait partie de ces prisonniers

 qui dépendaient du statut

 de combattant illégaux parce que ce

 statut là, il était à l’origine

 dédié aux combattants

 du Hezbollah qui affrontaient

 l’armée et donc

 au Libanais tout simplement, aux gens qui étaient au sud Liban

 et donc il a été transféré

 ce statut de combattant illégaux

 aux militants

 et habitants de Gaza.

 On voit la

 latitude des choses.

 Il y a eu deux opérations aéroportées

 dans la BK, deux opérations

 aéroportées israéliennes pour attaquer

 un cimetière, celui de

 Nabichit dans laquelle il y a eu

 plusieurs dizaines de morts au cours

 de ces deux opérations

 sur lesquelles les Israéliens disent oui,

 on venait chercher une dépouille peut-être

 d’un corps de soldats Israéliens

 qu’on avait perdu à l’époque.

 Il semblerait peut-être que ça soit

 uniquement une opération visant

 à aller chercher des corps Libanais

 de combattants enterrés là-bas

 originaires de ce village là, etc.

 Donc c’était pour illustrer votre

 propos sur cette

 guerre des corps, des corps en prison,

 des corps enlevés à leur famille, enlevés même

 au cimetière dans lesquels ils reposent

 qui paraît incroyable quand on l’ait dit,

 on pourrait presque passer pour

 complotistes ou je ne sais

 quoi, mais c’est documenté et c’est

 assez terrible

 effectivement et ça s’est accru depuis

 cette

 confrontation depuis le

 7 octobre.

 Je vous laisse terminer votre

 propos avant de

 passer plus

 profondément à la revue en tant

 que telle pour qu’on comprenne

 pourquoi

 vous avez décidé donc de

 aduire les textes des

 prisonniers.

 Mais tout à fait pour le Liban

 c’est très intéressant.

 Il y a une vingtaine de

 citoyens Libanais

 qui sont actuellement détenus

 dans les prisons sionistes

 et donc il y a des campagnes

 qui sont

 aussi portées en France par des organisations

 comme Urgence Palestine par exemple

 pour la libération de ces

 citoyens Libanais là

 qui ont été

 pour la plupart la majorité

 enlevée au sud Liban par

 l’armée sioniste.

 Et donc en fait

 pour continuer un peu sur cette

 politique de rétention en plus

 ça va être diffusé

 plus tard mais nous là on en

 registre fin août et

 le 26 août c’est la date

 c’est la journée internationale pour

 la restitution des corps des

 martyrs donc en fait on est un peu dans

 la voilà dans l’actualité

 et juste pour dire

 que en fait ces corps là

 ils sont gardés soit

 pour les plus récents

 dans des morgues d’instituts

 légaux,

 médicolégaux de sionistes quoi

 donc dans des frigos quoi

 et ou alors pour les

 plus anciens donc après 2015

 dans les cimetières des nombres

 ce qu’il faut savoir c’est que les

 familles palestiniennes se battent pour

 récupérer les corps de leurs

 proches et c’est des

 c’est des luttes qui sont très

 qui prennent énormément de temps

 qui sont laborieuses etc

 et c’est pas rare que

 les familles récupèrent

 parce qu’en fait les corps ils arrivent

 gelés en fait c’est des blocs de glace en fait ils arrivent

 ils sont gelés aux mains des familles

 qui ont perdu leurs enfants leurs proches

 et donc les familles retrouvent leurs

 proches complètement gelés

 quoi genre

 les restes sont mis dans un

 bloc de glace quoi qu’on comprenne

 c’est une image assez

 légale genre donc du coup

 ils sortent mais ils sont encore

 voir la froid quoi et c’est pas rare qu’il y ait

 des erreurs que en fait

 les corps soient pas rendus aux bonnes familles

 et donc qu’une famille s’attende à recevoir leur

 fils et puis se rendre compte que

 c’est pas le bon ils reconnaissent pas les traits

 du visage etc etc

 et donc heureusement

 donc nous on a participé avec 5 000 dons

 aux campagnes

 qui sont portées en Palestine par

 ces familles là et leur soutien pour

 la restitution des corps et donc il y a des groupes

 whatsapp où il y a ces familles qui peuvent

 poser ces questions là qui sont très pratiques

 mais moi j’ai reçu ça ils mettent la photo

 et ils disent est-ce que c’est le fils

 de quelqu’un et donc c’est pas rare

 qu’il y ait des échanges que les familles

 se disent ah bah oui ça c’est mon fils

 je le reconnais etc etc

 et puis après y a la même chose qui se passe

 dans les cimetières des nombres

 les cimetières des nombres c’est quoi ?

 c’est des cimetières qui sont situées dans le nord

 de la Palestine occupée depuis 1948

 c’est des cimetières où

 les corps sont enterrés

 y a pas de nom, ils sont identifiés

 par des numéros en fait par des matricules

 et c’est pour ça d’où leur nom cimetières des nombres

 et dans des conditions inhumaines

 en fait c’est des

 dépouilles qui sont enterrées

 très peu profondément

 et donc ils sont vulnérables

 aux charognards et vulnérables aussi

 aux glissements de terrain

 aux précipitations etc

 donc c’est pas rare qu’en fait

 y a des ossements qui dépassent de la tombe

 etc

 mais aussi

 en fait les familles se sont rendues compte

 lors de restitution des corps

 que les ossements pouvaient être mélangés

 et donc lors de tests ADN

 ils se rendent compte que

 la dépouille qu’ils ont attendu pendant des dizaines

 et des dizaines d’années

 dont ils

 se réjouissent du retour pour pouvoir

 en fait faire leur deuil

 c’est pas les bons

 c’est des corps

 qui sont mélangés

 pour finir sur ça, y a aussi

 des enquêtes de médias internationaux

 pour ceux qui douteraient de la fiabilité

 des sources palestiniennes

 et qui accordent plus de crédit

 aux sources occidentales etc

 c’est un réflexe qu’il faut absolument combattre etc

 mais pour ces gens là

 qui voudraient être

 qui se sentent plus touchés par des récits

 des médias occidentaux etc

 des ONG international

 et ben y a des enquêtes

 qui sont sorties au début des années 2000

 et qui montraient que

 y avait des prélèvements d’organes forcés

 qui avaient fait

 sur les corps

 des martyrs

 de plusieurs instituts médico-légal sionistes

 et c’est une pratique

 qu’on a retrouvée

 plus récemment

 sur les corps des martyrs qui ont été rendus à Gaza

 donc y a des centaines de dépouilles

 qui ont été rendus

 dans des camions

 à des checkpoints à Gaza

 et les proches se sont aperçus

 qu’ils ont manqué des organes

 qu’ils avaient des traces de scarification

 et d’opération

 voilà la réalité concernant ces corps là

 donc voilà, c’est une grande parenthèse

 autour de la grève de la fin de Khadel Adnan

 pour arriver à la dernière

 étape de ce moment

 de bouillonnement

 où va naître Samidoun parce que c’était là où on en était désolé

 c’est donc la grève de la fin

 qui va être lancée en avril 2012

 c’est la grève de la fin

 de la dignité, dans laquelle en fait

 des milliers de prisonniers palestiniens

 vont refuser de se nourrir

 pour sortir les prisonniers

 actuellement en isolement

 et puis pour lutter contre

 les mesures de répression qui leur étaient imposées

 par le régime sioniste à ce moment là

 on voit qu’il y a une continuité dans les batailles

 et dans

 les luttes

 qui sont menées par le mouvement des prisonniers

 les mêmes revendications

 qui étaient portées par les prisonniers du FPLP

 en septembre 2011

 vont être élargies à l’ensemble des factions

 à l’ensemble des prisonniers actuels

 à ce moment là en isolement

 donc ces prisonniers là vont être sortis d’isolement

 il y avait des gens qui avaient passé plus de 10 ans

 il faut se rendre compte de ce que c’est

 en isolement etc

 notamment des prisonniers qui ont été libérés par la suite

 comme Mahmoud Issa

 qui est une figure du mouvement

 de la résistance islamique

 et qui lui avait été

 placé en isolement pendant de très très nombreuses années

 donc voilà

 tout le leadership de la résistance palestinienne

 incarcérée à ce moment là va être

 réintégré dans une détention

 collective

 mais voilà, cet isolement va leur être

 réimposé par la suite

 et actuellement les grands noms

 de la résistance palestinienne

 quelles que soient les factions

 sont tous en isolement

 et coupés du monde

 dans des prisons de très haute sécurité

 donc voilà le contexte

 dans lequel va naître Samidou

 et donc Samidou, comme on l’a dit tout à l’heure

 c’est monté à Vancouver

 au Canada

 et il y a beaucoup de gens qui pensent que

 Samidou c’est une organisation palestinienne

 en fait non, Samidou c’est pas une organisation

 palestinienne, nous on se définit sur trois

 à travers trois identités

 nous on dit qu’on est un réseau

 palestinien, arabe et internationaliste

 c’est ces trois composantes là

 qui vont en fait

 qu’on va retrouver

 au sein du réseau, donc il y a

 des réfugiés palestiniens ou des palestiniens

 en exil qui vont

 militer à l’intérieur du réseau

 il y a des militants

 arabes qui proviennent des diasporas

 donc de Bila del Chems

 ou du Maghreb etc

 et il y a des militants internationalistes

 voilà qui font

 partie de ce

 réseau là, c’est ces trois identités

 qui sont réunies au sein

 de notre réseau, pourquoi

 ça a été fondé au Canada ?

 Parce qu’en fait une des principales

 préoccupations et luttes

 en fait de Samidou c’est

 de visibiliser

 la lutte et la résistance des prisonniers palestiniens

 au sein des centres impérialistes

 qui sont les premiers responsables de la situation

 coloniale et du génocide en cours en Palestine

 comme le disait la résistance palestinienne

 l’entitationniste

 c’est juste un prolongement organique

 de l’impérialisme dans la région

 c’est une entité qui a été

 créée pour sauvegarder les intérêts

 des puissances coloniales et des puissances impérialistes

 de l’époque dans cette région

 qui était en bouillonnement révolutionnaire

 et dans laquelle il y avait des idéaux

 d’émancipation, de libération etc

 qui se développaient, qui étaient en train

 de prendre record

 on parle de la révolte

 arabe des années 30

 il y a un fort sentiment national

 et pan arabe

 qui va se développer

 et une identité

 qui va se développer

 à ce moment là

 et pour en revenir donc à Samidou

 ça se crée à Vancouver

 ça crée des sections

 finalement dans le monde entier

 en étant un peu limité

 je sais qu’il y a des sections en Allemagne

 je sais qu’il y a une section en Bruxelles, la vôtre à Paris

 est-ce qu’il en existe d’autres

 à travers le monde arabe

 ou est-ce que c’est limité à ça ?

 Alors en effet il y a très vite

 le réseau va se développer

 et donc il y a plusieurs sections

 qui vont naître à travers le monde

 et en fait parmi les sections

 que vous avez citées

 il y a des sections qui ont été

 interdites pour une raison simple

 c’est que quand on lutte pour

 les prisonniers palestiniens en fait

 on lutte en soutien et en solidarité concrète

 avec la résistance palestinienne

 parce que lutter pour les prisonniers

 c’est lutter pour la libération de la Palestine

 ces prisonniers là, donc ceux qui sont condamnés

 aux peines les plus importantes

 c’est des prisonniers qui sont incarcérés bien

 enfin c’est des prisonniers politiques

 la totalité des 9 600 prisonniers

 actuellement incarcérés dans les prisoncionnistes

 sont tous des prisonniers politiques

 mais cette lutte

 en solidarité avec

 des résistants qui

 luttent pour la libération de leur terre

 et qui appartiennent à des

 factions, des groupes, des organisations

 qui sont déclarés terroristes en fait

 dans les centres impérialistes va

 inévitablement en fait créer de la répression

 à notre encontre

 parce que l’existence de ces lits anti-terroristes

 c’est de délégitimer

 et de

 freiner

 l’action et la mobilisation des groupes

 de la résistance palestinienne

 parce qu’on parle de ça maintenant

 et donc pour notre action en solidarité

 avec les prisonniers

 on a été durement réprimés

 la première section à avoir fait

 l’objet de cette répression

 c’est notre section palestinienne

 qui a été déclarée

 interdite en 2021

 dans la même période où

 6 ONG palestiniennes

 vont être déclarées

 organisation terroriste par

 le régime sioniste

 donc les comités des travailleurs agricoles

 le comité des travailleurs de santé

 le comité des femmes

 Hadamir, le centre Al Haq

 et un centre qui

 s’occupait aussi de la solidarité avec

 les enfants palestiniens

 donc ces différentes organisations là

 vont être visées

 par cette répression là

 et nous aussi

 donc la section Samidoun en Palestine

 va être interdite à ce moment là

 et cette répression va continuer

 et en novembre 2023

 notre Samidoun en Allemagne

 va être interdite

 donc nos sections en Allemagne

 vont devoir cesser leurs activités

 nos camarades là bas qui étaient

 essentiellement des réfugiés palestiniens

 et des palestiniens en exil

 vont faire

 l’objet de procédures administratives

 etc. pour leur enlever

 le statut de réfugié

 c’est des procédures qui vont viser

 non pas seulement les militants

 de notre réseau mais aussi

 leurs familles et leurs proches

 donc c’est une répression généralisée

 et puis cette

 répression là elle va continuer

 jusqu’en 2025

 où nos

 sections

 au Canada

 et aux Etats-Unis

 vont être déclarées aussi organisation interdite

 aujourd’hui on est dans une situation

 où on a des sections

 dans différents pays d’Europe

 et en Amérique latine

 enfin en Amérique du Sud quoi

 donc voilà il y a Samidoun

 Belgique qui est très active

 il y a à Madrid, à Barcelone

 aux Pays-Bas

 en Suède

 et à Paris

 et puis au Brésil

 également

 pour revenir en fait

 sur la raison de créer

 une organisation de soutien aux prisonniers

 dans les centres impérialistes c’est parce qu’en Palestine

 en fait le mouvement des prisonniers il est

 soutenu, il est très connu

 dans chaque famille palestinienne il y a

 au moins, enfin chaque famille palestinienne

 a déjà connu l’expérience de la détention, il y a au moins

 un membre de la famille qui est actuellement

 incarcéré, les

 factions palestiniennes ont des branches

 au sein des prisons avec

 des élus etc

 avec des représentants

 il y a les écrits qui circulent

 ils sont interviewés à leur sortie etc

 donc c’est quelque chose qui est très connu

 là-bas et par capillarité

 dans toute la région

 c’est quelque chose qui est connu

 mais dans les centres impérialistes

 ça a été pendant très longtemps un angle mort

 et c’est pour

 redynamiser

 cette solidarité là, pour

 rappeler l’importance

 que jouent les prisonniers palestiniens

 pour la résistance palestinienne

 que notre réseau

 s’est créé, donc nos activités

 en dehors du

 magazine, ça va être des activités

 très classiques pour des groupes

 militants mais ça va être d’organiser

 des rassemblements avec

 des manifestations autour de cette thématique propre

 autour de dates de journée

 internationale d’action, donc on a parlé de celle pour les martyrs

 il y a celle du 17 avril mais il y en a

 d’autres, ça va être

 de répondre aux mouvements

 enfin aux luttes en cours dans les

 prisonnistes, donc quand les prisonniers

 lancent des grèves de la fin, c’est très important

 en fait pour le mouvement

 de solidarité avec la Palestine de répondre présent

 et très direct, enfin en fait très rapidement

 parce que les grèves de la fin

 c’est d’abord un appel au monde extérieur

 en fait le grève de la fin c’est

 une question qui est posée

 au mouvement de soutien, les prisonniers quand ils se mettent

 en grève de la fin, ils demandent

 à l’extérieur de répondre

 à leur appel, c’est pas autre chose

 et donc

 il y a une nécessité très rapidement

 dès les premiers jours d’une grève de la fin

 à entamer un rapport de force à l’extérieur

 pour briser

 les murs en fait

 qui ont été construits pour isoler

 et invisibiliser le résistant ou la

 résistante, et donc

 on est aussi actif

 sur le soutien

 aux prisonniers

 de la cause palestinienne dans les centres

 impérialistes et dans d’autres pays

 actuellement il y a 4

 prisonniers qui sont incarcérés

 en Tunisie par exemple

 dont un qui est en grève de la fin depuis les 16 août

 de 2026

 il y a des prisonniers palestiniens

 dans plusieurs pays

 européens

 donc il y en a un en France qui s’appelle Ali

 qui est incarcéré en détention provisoire

 depuis mai 2024

 sur accusation du régime

 sioniste, donc ça c’est quelque chose qui

 est absolument inacceptable

 et qui doit être une de nos priorités

 en fait pour le mouvement de soutien à la Palestine

 il y a aussi des prisonniers

 en Autriche, donc Mustafa Ayash en Autriche

 qui est un journaliste palestinien

 qui a fui Gaza, qui a été arrêté

 ensuite

 sur accusation pareille

 de l’entité sioniste

 il y a plusieurs

 palestiniens vivant en Italie

 qui sont actuellement incarcérés

 dont Anani Aish

 Ahmed Saleh, Mohammed Anoun

 et d’autres qui sont

 actuellement incarcérés

 et il y a aussi

 beaucoup de palestiniens

 des palestiniens en exil incarcérés

 aux Etats-Unis dont deux

 depuis 2008 condamnés à 65 ans de prison

 qui sont les Holy Land Five

 donc c’est des militants

 associatifs d’une organisation

 qui était la plus grande organisation caritative

 arabe et palestinienne des Etats-Unis

 qui a été interdit au début des années 2000

 et qui ont été en 2008 condamnés

 à 65 ans de prison

 simplement pour leur action caritative

 et leur envoi d’argent

 envers la Palestine

 donc voilà, sans parler

 des prisonniers de la cause palestinienne

 comme les prisonniers

 de Palestine Action

 en Angleterre, en Allemagne

 et en République Tchèque, etc.

 Dans un premier temps, vous me corrigez si je me trompe

 mais vous avez édité d’abord des brochures

 sur ces prisonniers

 pour

 reprendre leur

 bibliographie

 un peu les éléments que vous nous avez expliqué là

 sur lesquels on est passé

 malheureusement trop rapidement

 et qui mériterait à chaque fois qu’on s’y arrête

 sur un épisode complet

 mais donc vous êtes passé par ces brochures

 que vous distribuez gratuitement

 ou contre un petit don

 parce qu’elles étaient sacrément bien faites

 je dis brochures mais c’était quand même

 plusieurs pages

 non reliées mais d’un

 document qui explicitait

 le cas des prisonniers

 et vous êtes donc passé de ces petites brochures

 à une revue

 j’aimerais que vous nous expliquiez

 pourquoi et comment vous lancez

 les brochures et pourquoi et comment vous passez

 à cette revue et qu’est-ce

 qu’elle veut dire parce que je le précise aux auditeurs

 qui n’auraient pas compris

 et le nom étant arabe on va le traduire

 à Al Awda c’est le retour

 moi j’avais doublement

 compris ce retour, le retour des prisonniers

 et le retour

 dans les territoires

 le retour des réfugiés etc

 qu’est-ce que veut dire le titre

 pourquoi vous passez à une revue

 pourquoi à l’origine vous avez eu

 cette volonté de faire

 ces brochures que vous distribuez

 largement dans vos prises de parole

 en tenant des stands

 sur des tables de presse

 dans des manifestations etc

 D’abord pour le titre c’est très juste

 à Al Awda c’est le retour

 on a choisi l’idée de à Al Awda

 il y avait deux titres

 qui nous étaient venus à l’esprit

 le premier c’était Saura

 qui veut dire révolution

 et le deuxième

 c’était Horeya qui veut dire

 la liberté

 et du coup

 pourquoi ces deux titres là d’abord

 avant d’en venir à Al Awda

 parce que c’était

 une référence

 au magazine clandestin

 qui était écrit

 et créé

 par les toutes premières

 générations de prisonniers

 palestiniens

 des années 60-70

 et donc du coup

 qui

 ont pu

 réunir les conditions matérielles

 au prix de lutte

 acharnée contre le régime

 sioniste pour

 obtenir des crayons

 du papier etc.

 parmi les premières revendications des prisonniers

 à ce moment là

 de cette première génération là

 c’était améliorer leurs conditions de détention

 pouvoir être regroupé

 au centre de même prison

 parce qu’ils étaient mélangés

 avec les prisonniers sionistes à cette époque là

 on peut imaginer

 ce que ça crée comme situation

 et ils pouvaient pas

 cuisiner leur propre nourriture

 ils avaient

 l’imposition d’un uniforme comme c’est le cas

 actuellement mais

 des formules de politesse qui leur étaient imposées pour répondre aux gardiens

 ils avaient aucune représentation politique

 à l’intérieur des prisons etc.

 c’était vraiment un mouvement qui était inexistant

 mais les premières générations vont mener

 les premières grèves de la fin

 à la fin des années 60

 pour améliorer leurs conditions de détention

 et parmi les premières revendications

 qu’on trouve c’est ça

 papier et crayon

 dans le but de documenter leur détention

 et d’en faire donc

 des journaux clandestins

 vous m’expliquiez

 en préparant

 cette émission que des femmes

 vont également tenir dans les prisons de femmes

 des journaux clandestins

 qui vont avoir leur importance

 et donc en fait ces journaux clandestins

 comment est-ce qu’ils vont vivre ?

 ils vivent dans la prison, dans les cellules

 ils s’exportent également à l’extérieur

 dans d’autres prisons ou dans les familles

 comment se propage

 ces journaux clandestins

 écrit à la main

 sur des bouts de papier ?

 en fait

 donc oui les prisonniers

 vont écrire ces journaux clandestins

 mais aussi ça va leur permettre

 d’écrire les premiers

 textes de littérature carcérale

 donc les premiers romans

 les premières poésies

 les premiers essais

 de théories politiques

 et aussi des manuels de résistance

 à l’intérieur des prisons

 c’est à dire que très tôt les prisonniers palestiniens

 vont en fait compiler leur expérience

 d’interrogation

 leur expérience d’arrestation

 et toutes les méthodes

 qui sont employées par

 les services sionistes

 pour sous-tirer des aveux

 les méthodes de torture, les méthodes de pression

 pendant leur phase d’interrogatoire

 qui correspond au premier mois, aux premières années

 de la vie d’un prisonnier

 mais aussi

 tout au long

 de l’incarcération

 donc il y a des manuels qui vont

 sortir, qui vont être écrits clandestinement

 par les prisonniers

 pour en fait

 former

 les prisonniers

 et les prisonnières

 qui rentrent en prison

 et ça va être ultra important

 de pouvoir écrire

 tout ça

 mais ça c’est quelque chose

 si je juste prendrais le temps

 de le détailler après parce que c’est très important

 comment les prisonniers ils ont

 transformé en fait leur

 espace d’incarcération

 en une école de la révolution

 c’est le thème central du premier numéro

 du premier numéro oui, transformer la prison

 en école de la révolution

 en effet en fait

 ces écrits là, ils vont être écrits

 donc

 avec les moyens qu’ils ont à leur disposition

 ils vont en prison

 et c’est comme des

 moines copistes en fait

 ils vont se diviser

 le travail pour pouvoir

 en fait éditer plusieurs numéros parce que

 évidemment au sein des prisons

 il n’y a pas d’imprimante, il n’y a pas de

 choses qui permettent en fait de moyens

 à leur disposition qui permettent de multiplier

 les exemplaires

 d’un livre, d’une revue etc

 et donc en fait il y a des prisonniers

 qui vont être chargés

 d’écrire page par page

 soit des livres entrés clandestinement

 en prison, soit des productions

 qui sont nées dans les entrailles en fait

 des prisoncionnistes

 et donc du coup la première

 tâche c’est ça, c’est une fois que

 la production littéraire existe

 ça va être de la rendre accessible au plus grand nombre

 et donc ça va circuler

 de cellule en cellule

 et évidemment toujours en clandestinité

 ce qu’il faut se rendre compte c’est que

 dans ces écrits là c’est des écrits de résistance

 et donc en fait les prisonniers ils courent un risque

 et les prisonniers courent des risques en fait

 en écrivant des choses

 comme ça parce qu’en cas de fouilles

 ils vont être réprimés

 et donc c’est des mesures d’isolement

 c’est des transferts etc

 donc c’est quelque chose qui peut leur être coûteux

 et aussi si les

 servicecionnistes tombent sur des écrits

 qui relatent

 des épisodes de résistance

 sur des écrits qui sont destinés à former

 les prisonniers et les prisonnières

 dans l’optique

 qu’ils continuent à lutter à l’extérieur

 en fait il faut absolument

 pas que

 l’ennemi tombe sur ces écrits là

 parce que c’est des écrits qui ont

 une valeur

 importante

 et c’est des objets qui sont très précieux

 et voilà

 pour des questions

 de sécurité dont il faut absolument

 pas que l’ennemi se saisisse

 et donc ces prisonniers là

 vont réussir à les faire circuler

 de prison en prison au cours de transfert

 et puis

 vont aussi

 permettre à ces écrits

 de circuler à l’extérieur

 donc soit ils vont les prendre avec eux

 quand ils vont être libérés, soit ils vont les faire sortir

 par le biais de capsules

 donc c’est des petits capsules qu’ils

 avalent avant d’être

 transférés, avant d’être libérés

 ou alors en soudoyant des gardiens

 ou autre en les donnant

 à l’avocat etc.

 on peut imaginer

 multiples techniques

 et technicité pour arriver à dissimuler

 et arriver à faire sortir

 circuler donc c’est

 revue clandestine

 par exemple Walid Dhaka

 qui est un prisonnier emblématique

 de la résistance palestinienne

 qui a passé 38 ans dans les prisons

 coloniales qu’il a été arrêté en 1985

 tombé martyr

 en avril 2024

 Walid Dhaka lui

 c’est un prisonnier

 qui rentre sans formation

 théorique

 il est issu d’un milieu populaire, d’une famille nombreuse

 il n’est pas allé à l’école, il est pompiste

 dans une station service

 donc c’est avec cette

 réalité qui rentre

 en prison en fait

 tout au cours de ces 38 ans d’incarcération

 il va se transformer

 et il va

 devenir l’un des écrivains palestiniens

 les plus renommés à l’international

 alors qu’il est en prison

 au moment où il écrit ses livres

 ses études, ses articles etc

 il y a notamment un livre de

 fiction pour enfants

 qui va gagner un prix

 de littérature arabe

 qui a été réédité

 en français avec une préface de Salahamouri

 d’ailleurs, qui s’appelle

 Le conte du secret de l’huile

 je précise qu’on fera

 à défaut de faire un cycle

 on fera

 un ou plusieurs épisodes

 qui seront consacrés à

 Walid Daka, dans lequel

 interviendront vous-même

 des gens de Samidoun, Salahamouri

 et peut-être d’autres intervenants

 francophones ou non

 pour creuser

 encore plus en détail

 l’ensemble de sa

 vie, mais également de ses écrits

 pour qu’on puisse comprendre

 l’influence qu’il a pu avoir

 sur les prisonniers

 et sur la culture

 palestinienne et donc internationale

 parce que ces ouvrages

 sont aujourd’hui traduits

 dans de nombreuses langues

 Walid Daka, lui

 comme on l’a dit, tombe martyr

 l’avril 2024

 suite à la politique

 de négligence médicale

 qui est imposée aux prisonniers

 il va tomber martyr

 à cause d’un cancer qu’il avait développé

 au cours de sa détention, et donc il y a des textes

 qui sont sortis à titre

 posthume, dont un

 qui est le troisième volet

 d’une trilogie

 qu’il a écrite, dont le premier

 est justement ce texte

 qui a gagné le titre

 de littérature arabe et le prix

 et donc qui parle

 justement de la politique de rétention des corps

 donc ça s’appelle les martyrs reviennent

 à Ramallah

 et ce texte-là

 il est sorti des prisons

 grâce à

 des téléphones, grâce à des téléphones

 d’un 38e clandestinement

 donc il faut imaginer, il y a un très bel article

 qui est paru dans l’institut

 pour les recherches

 palestiniennes

 un article en arabe qui est très beau

 dans lequel il est raconté

 comment Walid Daka

 a réussi à faire sortir

 ce texte-là, et donc en fait

 il passait son temps à lire, à dicter

 au téléphone, il faut imaginer

 dicter au téléphone avec un réseau qui est ce qu’il est

 avec des téléphones

 qui étaient soit bricolés

 soit qui passaient de cellule

 en cellule, et donc du coup

 l’interlocuteur

 à l’autre bout du

 téléphone était chargé de noter

 après

 dans certains cas, ils avaient accès à

 des photos, des manuscrits

 mais donc en fait ça amène à des cas

 où

 où en fait il y a des

 c’est très laborieux comme travail

 un travail qui est

 c’est pour ça que c’est la

 littérature carcérale palestinienne

 c’est un vrai mode de résistance en fait

 c’est pas simplement

 des romans de fiction

 de la poésie

 qui vaut ce qu’elle vaut

 quand elle est écrite à l’extérieur

 mais là c’est un vrai acte

 de résistance parce qu’il est fait

 au nez et à la barbe en fait

 des gardiens et ça fait

 exister le prisonnier et la

 prisonnière en dehors

 des murs en fait, ça lui permet

 de continuer à exister, de continuer

 à faire fonctionner son

 intellect, ça lui permet

 de continuer

 à exister et à pas juste

 dépérir

 pour le temps qu’il lui est imposé

 pour parler

 du magazine des prisonnières

 c’est un magazine qui s’appelle Zahraat

 donc les fleurs

 et c’est le surnom qui est donné

 aux prisonnières

 donc les enfants et les adolescentes

 qui sont incarcérés

 dans les prisons zionistes

 les jeunes hommes, enfin

 les enfants et les adolescentes sont appelés

 les Lyonceaux et les

 les adolescentes et les enfants

 sont appelés les fleurs

 et donc du coup

 c’est un magazine

 qui est né dans la deuxième

 moitié des années 2010

 c’était juste après un épisode

 qui s’appelle ici

 Nentifada des couteaux mais parce qu’il y a

 le biais occidental etc

 en Palestine c’est le petit soulèvement

 qui correspond à une

 fourchette qui va

 il me semble tu me corrige si je dis des bêtises

 mais de 2014 à 2015

 2016 et donc en fait

 qui correspond à une période

 d’essoufflement de la résistance armée

 en Cisjordanie

 et donc avec aussi

 un essoufflement des factions

 traditionnelles etc

 qui vont être en proie à plein de contradictions

 qui sont imposées par l’autorité palestinienne

 la signature des accords d’Auslaw

 et puis aussi

 une nécessité de renouvellement

 des structures et des cadres

 de la résistance palestinienne

 qui manque de jeunes

 et donc la jeunesse palestinienne

 ne se retrouvait plus

 dans les modes de résistance classique

 dans les cadres

 dans les structures classiques offerts par la résistance

 et donc en fait il y a un soulèvement

 spontané qui va

 avoir lieu dans lequel en fait

 des jeunes adolescents

 pour la plupart mineurs vont

 en fait

 soit

 mener des opérations de résistance contre des soldats

 avec les moyens qu’ils avaient

 à leur disposition donc c’est avec

 des armes en blanche

 donc il faut rappeler que la Cijordanie

 c’est un territoire sous occupation

 il y a des raids quotidiens

 c’est une réalité qui est

 beaucoup plus antérieure que celle du 7 octobre 2023

 où il y a une présence militaire

 qui est imposée quotidiennement à la société palestinienne

 et donc

 face à cette violence

 coloniale là

 il y a des jeunes qui décident

 de se soulever

 de manière très spontanée

 très malheureusement en fait

 la plupart de ces jeunes vont tomber martyrs

 ils vont être abattus

 au cours de ces opérations là

 mais il y a certains jeunes qui vont être

 blessés grièvement par balles mais

 ensuite transférés dans les

 prisons zionistes, arrêtés

 parmi cette génération là il y a

 des prisonniers palestiniennes

 qui à moment de leur incarcération

 vont être mineurs

 et qui proviennent de classes sociales

 qui ne leur ont pas permis de faire

 des études

 qui n’ont même pas pu passer leur baccalauréat

 parce qu’en fait

 elles ont été arrêtées avant

 et donc c’est des prisonniers qui vont être

 condamnés à des peines

 de 8, 9, 10, 11

 jusqu’à 16 ans de prison

 et donc

 la plupart de ces jeunes là d’ailleurs

 vont être libérés en novembre 2023

 dans la première phase de l’accord d’échange

 arraché par la résistance palestinienne

 mais il y a toujours

 une

 prisonnière de cette génération là

 qui est incarcérée

 qui s’appelle Shatela Abu Hayyad

 qui a été condamnée en 2016 à 16 ans de prison

 et qui elle en fait comme Walid Daka

 avait une particularité

 c’était celle d’être une palestinienne de 48

 donc d’avoir la nationalité zioniste

 ce qui l’exclut

 des accords

 d’échanges

 arrachés par la résistance

 parce que l’occupation joue comme on l’a dit tout à l’heure

 sur la division de la société colonisée

 et donc

 quand la résistance palestinienne exige la libération

 de palestinien de 48

 les zionistes

 dans la plupart des cas refusent

 en justifiant cette décision

 sur le fait qu’ils ont la nationalité

 zioniste et que ce n’est pas des palestiniennes

 ou des palestiniennes

 mais ces prisonniers là sont en prison

 bien parce qu’ils ont mené des opérations

 de résistance où ils ont lutté

 dans le cadre d’une lutte de libération

 international qui les unit

 de fait aux autres

 composantes de leur peuple

 et c’est le cas de Chatella

 et Chatella

 il n’a jamais été libéré au cours

 des différents accords d’échanges

 donc il faut imaginer le truc c’est que c’est une jeune

 qui a 31 ans

 qui voit

 des vagues successives

 des prisons être vidées

 et elle se retrouve à 4-5 à l’intérieur

 elle sait très bien

 qu’elle ne pourra pas sortir avant

 à part si il y a un rapport de force suffisant

 qui est constitué mais bref

 tout ça pour dire que

 cette nouvelle génération là

 c’est les anciennes prisonnières

 qui vont les prendre sous leur aile

 et les anciennes prisonnières elles savent très bien

 parce qu’elles sont formées politiquement

 parce qu’elles ont fait des études

 elles savent la valeur de l’éducation

 elles savent que ces prisonnières là mineures

 il faut pas qu’elles sortent

 sans avoir évolué

 sans avoir évolué en fait

 il faut qu’elles sortent plus formées

 politiquement

 il faut qu’elles sortent avec des diplômes

 en ayant évolué à l’intérieur

 de la prison

 et donc

 il y a quelques anciennes prisonnières

 qui vont les prendre

 sous leurs ailes et qui vont leur dire écoutez

 est-ce que vous feriez pas

 un magazine

 un journal clandestin

 dans lequel vous allez vous répartir le travail

 donc il y a que des mineurs

 qui vont

 écrire dans ce magazine là

 et il me semble au début

 après ça va se généraliser parce qu’en fait

 il va y avoir une effervescence, une humiliation

 mais donc voilà

 il y en a celles qui sont douées en dessin

 elles vont faire des dessins

 celles qui vont aimer le cinéma

 elles vont écrire des choses comme ça

 bref en mélant des souvenirs

 d’avant leur incarcération

 avec des histoires de la vie quotidienne en prison

 avec des trucs

 qui parlent de

 des textes et des articles qui parlent de l’histoire

 de la Palestine etc. bref

 et donc elles vont éditer plusieurs numéros

 de cette revue là

 comme on l’a dit, comme des moines copistes

 qui vont recopier numéros

 par numéros pour les diffuser

 dans différentes cellules

 et il y a une prisonnière qui s’est chargée

 de les compiler

 à l’extérieur

 et qui est actuellement incarcérée pour la 8ème fois

 qui s’appelle Bushra Al Tawil

 une journaliste palestinienne

 qui s’est chargée de les compiler

 pour les publier à sa sortie

 pour rebasculer un peu sur la France

 sur votre revue

 moi je

 je voulais vous dire

 que j’ai été très impressionné

 par la qualité sur le fond

 et sur la forme de

 de la revue

 je précise que vous n’aviez pas

 au sein de Samidoun

 de compétences particulières

 vous n’aviez pas d’expérience

 d’impression

 de maquettage etc.

 si ce n’est peut-être pour des tracts

 ou pour ses brochures

 mais que c’est tout un monde

 d’éditer un livre

 et d’éditer une revue

 c’est une revue de 170-180 pages

 de mémoire

 et dans un format

 qui est particulièrement

 aisé à lire et qui est bien maquetté

 avec tout en couleur etc.

 enfin c’est pas quelque chose d’austère

 c’est pas quelque chose

 moi j’étais doublement surpris

 de la qualité

 mais également en fait de ce que

 j’ignorais

 ou que je méconnaissais un peu

 par biais

 par une approche un peu politique

 de la question

 c’est ce foisonnement

 d’écrit de fiction

 c’est à dire que

 en fait je me suis fait un peu tromper

 par le sous-titre

 ou le titre

 de votre numéro 1

 qui est transformé la prison

 en école de la révolution

 et je me disais bon ça va être des textes

 en fait en prison

 qu’est-ce qu’ils écrivent, des textes très théoriques

 sur comment mener la lutte, comment résister

 alors effectivement vous l’expliquez

 ils l’ont fait aussi, ils le font aussi

 mais il y a toute une partie de poésie

 de fiction

 quasiment

 d’un jeu de théâtre

 écrit etc etc

 et c’est

 la première chose

 qui m’a marqué

 qui se révèle à moi

 la deuxième chose sur laquelle

 j’étais un peu plus conscient

 c’est le lien que ça fait

 entre

 les prisonniers et prisonniers à l’intérieur

 le lien que ça fait avec l’extérieur

 mais également le lien que ça fait entre eux

 dans un mouvement

 très trans-factionnel

 que vous essayez de reproduire

 dans votre revue en ne vous limitant pas

 à des factions ou à des auteurs

 mais en vous ouvrant

 à de nombreux prisonniers

 et prisonnières en explicitant bien

 quelles sont leurs luttes

 qu’est-ce qui les a amené là etc

 je voudrais résumer

 toute cette parenthèse

 par une question

 nous en France, en Europe, en Occident

 qu’est-ce qu’on a à apprendre

 de ces luttes palestiniennes parce que

 j’ai l’impression

 que si la prison est une question centrale

 en Palestine

 la question de la Palestine est donc

 de la lutte en prison est centrale aussi

 pour nos luttes en Europe

 qu’est-ce que vous pensez de ça

 vous qui êtes

 en train d’amorcer

 une pompe à nourrir des militants

 et des gens intéressés

 par la question palestinienne

 sur un terrain

 qui était très largement mal

 documenté, je précise

 avant de vous laisser la parole

 que très bientôt nous recevrons Stéphanie

 la table d’Allah qui est l’autrice

 de l’excellentissime La Toile carcérale

 qui est un ouvrage

 moi qui m’a marqué

 profondément

 sur la prison

 pour les palestiniens

 et avec laquelle on reviendra

 sur le cas de ces militants de Gaza

 donc la prison à travers

 les gens

 capturés à Gaza

 depuis cet octobre

 mais donc, qu’est-ce que selon vous

 on a à apprendre à travers cette question

 qu’est-ce qu’on va apprendre

 de cette revue

 de son futur numéro 2

 qui sortira dans quelques mois

 je précise que la revue sortira plus ou moins

 à rythme tous les 6 mois

 donc qu’est-ce qu’on a nous en Occident

 à apprendre en tant que militant

 de ces luttes palestiniennes ?

 je peux pas répondre à cette question

 parce qu’on se forme nous aussi, on apprend

 mais par contre je peux répondre en disant

 ce qu’on a voulu faire à travers cette

 pourquoi c’est important en fait

 de faire circuler ces écrits là, qu’est-ce qu’ils représentent pour nous

 mais juste avant

 merci beaucoup pour les retours

 sur l’aspect

 sur la forme du magazine

 parce que

 en fait ça c’est grâce aux camarades

 de différentes organisations

 qui ont pu nous conseiller

 et tout

 qui ont eux lancé des revues

 par le passé et tout

 et donc qui nous ont aidés

 qui nous ont donné des conseils etc

 il y a les camarades

 du collectif qui a été

 dissous en

 après le 7 octobre 2023

 c’est le collectif Palestine Vaincra

 qui n’existe plus maintenant

 mais ces camarades là

 nous ont énormément aidé

 dans la création

 de ce magazine là

 les camarades de Young Struggle

 et d’autres organisations

 et aussi des camarades comme

 les camarades de 1er matin de novembre

 la maison d’édition

 qui a publié

 le texte de Walid Dhaka

 vous parliez des brochures tout à l’heure

 et de pourquoi en fait

 c’est vrai qu’il y avait une première étape

 qui était celle d’abord

 de mettre à disposition ces textes là

 les textes de prisonniers

 et de prisonnières palestiniens sous forme de brochures

 très accessibles

 à prix libre etc

 les gens peuvent le prendre gratuitement

 sur les tables qu’on tient lors d’événements militants

 parce que nous il y a

 quelque chose qui nous paraissait hyper important

 c’est de rendre

 accessibles

 les écrits théoriques

 des prisonniers palestiniens et des prisonnaires palestiniennes

 je ne veux pas parler

 pour

 au nom d’eux

 parce qu’on est amené à prendre la parole

 comme je le fais là

 mais qu’une de nos principales actions

 ça doit être aussi de casser les murs

 des prisons

 de manière symbolique évidemment

 et on le fait

 en faisant circuler la voix des prisonniers

 ça c’est

 quelque chose qui est central

 dans toutes les luttes anti carcérales

 dans toutes les luttes de solidarité avec les prisonniers révolutionnaires

 les prisonniers des luttes de libération etc

 à travers le monde

 c’est de faire connaître leur nom, de faire connaître leur visage

 de faire connaître leurs histoires

 et de faire en sorte

 que la prison

 à notre échelle, nous

 parce que ça c’est le prisonnier révolutionnaire le fait

 pour un prisonnier révolutionnaire la prison c’est une étape

 de son parcours de lutte

 et c’est pas un stop

 c’est pas une fin

 cette lutte là va prendre des formes différentes

 et donc il y a plein de prisonniers palestiniens

 qui vont dire

 qu’ils portaient les armes

 avant leur

 incarcération

 et qu’à l’intérieur des prisons ils peuvent plus porter les armes

 ils peuvent plus mener

 la lutte armée

 donc ils sont obligés de trouver une autre manière de mener ces luttes là

 et d’être productifs et de continuer

 à alimenter et à

 participer à la résistance

 de leur peuple

 et donc c’est pas autre chose

 que ça en fait les textes

 et les textes

 écrits par les prisonniers c’est une volonté

 de leur part de continuer à

 apporter quelque chose

 à la lutte de libération nationale

 et aussi à leur peuple

 qui est à l’extérieur

 et ces voix là elles sont peu

 connues en

 France parce que c’est là où on milite donc

 enfin je vais juste parler pour la France

 donc évidemment il y a des grands

 noms qui sont connus comme Marwan Barghouti

 qui est connu, même instrumentalisé

 à des fins politiques par

 des partis

 comme le Parti communiste français qui a

 une ligne sur la Palestine

 qui est une ligne sioniste de gauche en fait

 qui soutient la politique des deux Etats

 qui ne visent pas en fait

 au démantèlement des structures

 coloniales et à la libération de la Palestine

 de la Mer au Jourdain parce que c’est ça

 essentiellement être anti-sioniste

 mais donc ces prisonniers là peuvent être

 instrumentalisés à des fins politiques ici

 qui sont à rebours en fait

 de leur résistance

 sur leur terrain

 sur leur terre et donc nous

 c’était très important pour nous que le

 mouvement pro-palestinien ici est une

 connaissance plus fine et on s’inclut

 dedans

 des lignes politiques

 de telle ou telle faction

 de tel ou tel militant incarcéré

 de tel ou tel prisonnier parce que c’est ça soutenir

 la résistance palestinienne pour nous

 c’est un soutien qui doit être politique

 donc on peut être amené à entrer

 dans le mouvement de solidarité avec la Palestine

 sur des bases émotionnelles

 parce qu’en fait on est révolté par ce qui se passe

 en Palestine et à juste raison etc.

 par le génocide, par la colonisation

 par les massacres en cours etc. mais ça ça dure pas

 dans le temps et ça permet pas

 de construire une mobilisation

 efficace sur du long terme

 et donc il est essentiel de politiser ça et en fait

 on politise nous à notre petite échelle

 en permettant d’avoir une connaissance

 plus fine de voilà de la

 résistance palestinienne

 en traduisant les textes des prisonniers

 et aussi

 pour notre mouvement à nous

 donc le mouvement

 ce qu’on appelle

 mouvement révolutionnaire même si en fait

 un mouvement révolutionnaire c’est pas un nom

 c’est des actes et donc du coup on pourrait se poser

 la question de est-ce qu’il y a un mouvement révolutionnaire réellement

 dans les centres impérialistes

 ou est-ce que c’est un mouvement qui s’autodéfinit comme révolutionnaire

 et donc

 du coup pour notre mouvement

 pour notre camp

 c’est très important en fait d’avoir

 accès à ces témoignages là

 d’avoir accès aux témoignages des prisonniers palestiniens

 aux expériences

 des prisonniers basques, irlandais

 aux expériences des prisonniers

 des luttes de libération noire

 aux Etats-Unis, aux prisonniers

 turcs, kurdes etc. Pourquoi ?

 Parce que en fait

 ça correspond en fait à des

 niveaux de conflictualité

 qu’on a pas ici

 et donc

 ils sont dans une réalité qui dépasse

 ce qu’on peut connaître ici

 et donc c’est très important en fait pour notre

 camp de comprendre

 ce que c’est un interrogatoire par des forces militaires

 de comprendre ce que c’est un isolement

 de comprendre ce que c’est que

 et aussi de

 comprendre la réalité de la

 résistance, ce que c’est là-bas, c’est pas juste un mot

 c’est des gens qui mettent leur

 vie en jeu et donc du coup en fait

 de re

 de comprendre plus

 finement qu’est-ce que c’est que cette réalité

 cette réalité là

 parce que ça dépasse tout ce qu’on peut faire

 ici

 dans nos modes de mobilisation

 classique qui correspond

 à des manifestations etc etc

 et qui sont très

 importantes mais voilà et donc

 c’est pour ces

 différentes raisons là et aussi parce que

 bah voilà comme on l’a dit depuis le départ

 mais en fait très souvent il y a des gens qui viennent sur

 nos stands et qui nous disent mais qu’est-ce que

 je peux faire pour les prisonniers

 parce que là je vois les affiches et tout mais qu’est-ce

 que je peux faire d’autre mais en fait rien que ça

 c’est quelque chose qui est important de

 pas laisser un prisonnier tomber dans l’oubli

 en fait il y a beaucoup de gens qui veulent

 envoyer de l’argent aux prisonniers c’est quelque chose

 qui est pas possible, il y a

 avant le 7 octobre 2023

 on pouvait envoyer des lettres mais c’est plus possible

 les prisons elles sont complètement hermétiques

 c’est pas quelque chose de réaliste

 les familles peuvent plus aller visiter les prisonniers

 donc la question c’est dans la situation

 actuelle qu’est-ce qu’on fait pour les prisonniers

 la première étape parce qu’on

 commence à monter les escaliers avec la première marche

 c’est de connaître les prisonniers

 c’est en fait de

 faire en sorte que

 parce que c’est le cas quand il y a des familles

 de prisonniers qui tombent sur des photos

 ou des vidéos de mobilisation

 populaire en Europe

 en France elles voient

 ah mais je la connais

 ce prisonnier ou cette prisonnière c’est quelqu’un de mon camp

 ah je connais ce nom là

 et ça c’est pas rien, ça veut dire que

 que leurs

 vies sont importantes

 que les sacrifices qu’ils font

 portent leurs fruits y compris dans nos pays

 qui sont encore une fois les premiers responsables

 de la colonisation de la Palestine

 et du génocide en cours

 et nous en tant qu’organisation on est convaincu

 que c’est notre

 mobilisation ici qui constitue une

 des clés de la libération de la Palestine

 c’est-à-dire que la résistance palestinienne

 combat et résiste de manière acharnée

 sur sa terre depuis

 les années 20, depuis les années

 30 et a consenti à d’énormes

 sacrifices et

 mène sa lutte avec les moyens

 qu’elle a à sa disposition. Cette entité

 là n’existe et ne

 survit que par le soutien

 économique, militaire et diplomatique

 qui lui est apporté

 par les pays dans lesquels on vit

 c’est-à-dire que nos pays sont les premiers

 qui garantent l’existence

 de cette entité là

 et que sans le soutien

 du gouvernement français, du gouvernement

 étasunien, allemand

 britannique etc

 en fait c’est une entité qui s’effondrerait

 et c’est quelque chose qui

 nous a été dit

 très tôt dans l’histoire

 de la résistance palestinienne

 et que par exemple

 Georges Rabage dans les années 70-90

 disait que la résistance palestinienne

 ne combattait pas uniquement

 l’armée

 coloniale mais qu’elle combattait

 également les puissances impérialistes

 et les régimes réactionnaires arabes qui lui

 apportaient ce soutien là. Notre mobilisation

 ici, elle n’est pas secondaire

 elle n’est pas parallèle à la mobilisation

 du peuple palestinien, c’est une

 mobilisation

 qui est vitale

 et qui est une

 des clés principales

 de la libération de la Palestine.

 Comment est-ce qu’on se procure

 cette revue et

 est-ce que

 comment on soutient votre initiative ?

 Vous pouvez retrouver notre revue

 donc il y a différents

 points de vente

 vous pouvez la retrouver à la

 coopérative de Minimontan

 donc c’est essentiellement en Ile-de-France

 pour les points de vente physique

 à la librairie La Brèche

 et aussi à

 la librairie Nouvelle-Équipage

 dans le 20e arrondissement de Paris

 à côté de Place des Fêtes

 et sinon en vente en ligne

 sur

 le site des éditions premier matin de

 novembre et

 évidemment nous on la met

 en vente

 sur nos stands

 et vous pouvez vous la procurer là

 juste pour dire un truc

 c’est que le volume 2, normalement

 si on arrive à continuer la production

 de cette revue là, ce qu’on espère

 portera sur

 aura pour thème en fait

 transformer la prison en un espace

 de confrontation

 parce que c’était très important

 pour nous de commencer

 la revue

 par ces deux numéros là

 parce qu’ils constituent les bases d’existence

 et d’activité

 de mobilisation du mouvement des prisonniers palestiniens

 les premières générations

 des prisonniers palestiniens

 ont lutté

 dans les prisons

 ont créé un espace de conflictualité

 de confrontation, de lutte et de résistance

 à l’intérieur des prisons pour transformer

 leurs conditions de détention

 ce qui leur a permis ensuite

 de

 réunir les conditions matérielles

 favorables à la création

 d’un espace qui permettrait

 aux générations successives

 de prisonniers de se former politiquement

 et de

 continuer à lutter de manière plus efficace

 et d’avoir un poids déterminant

 dans la résistance une fois

 qu’ils seront libérés

 Adèle, merci beaucoup pour cet entretien

 et pour cette revue

 les liens pour commander sur le site

 de premier matin de novembre

 seront en description

 de cet épisode

 le lien sera également sur notre

 site

 fragmentdepalestine.fr

 Adèle, merci beaucoup

 et à bientôt, donc peut-être pour un numéro

 un épisode sur Walid Dhaka

 en compagnie sûrement

 de Salah Amouri également

 et puis peut-être d’autres

 d’autres acteurs

 palestiniens de la vie militante

 pour qui il a

 représenté

 beaucoup

 bon courage pour le

 la vente

 finalement, la distribution

 de ce numéro

 1, je vous souhaite plein

 de numéros parce que vraiment

 c’est une revue qui va nourrir

 nos luttes, qui va nourrir nos connaissances

 beaucoup plus profondes

 de la Palestine pour ne pas s’arrêter

 à l’épiderme

 sur lequel

 on s’arrête, sur les

 sentiments, sur quelques images, sur une

 ou deux lectures ou trois

 documentaires

 vous allez faire partie de ceux qui

 nous permettent de

 comprendre l’essence même de la

 Palestine. Donc voilà

 merci

 beaucoup pour cet entretien

 très riche

 qu’on avait préparé

 préalablement et qui a été

 largement dépassé par

 l’ensemble des, je dirais pas des

 anecdotes mais des connaissances profondes

 que vous avez de chaque

 cas de prisonnier, de cette histoire

 de l’histoire des revues

 c’était passionnant

 et j’espère que les auditeurs

 ont appris autant que moi

 sur les prisonniers

 Palestiniens qui pourront donc se mobiliser

 à vos côtés, en vous soutenant

 en achetant la revue et

 en s’interrogeant aussi sur

 leur place dans ce mouvement

 de résistance face à

 ce nombre

 croissant de prisonniers et de morts

 en prison en Palestine. Merci Adèle

 Merci beaucoup pour l’invitation

 et longue vie au podcast Fagou en Palestine

 Merci. Merci d’avoir écouté

 cet épisode, nous espérons qu’il vous a plu

 et qu’il a pu vous éclairer sur la Palestine

 sur la question carcérale

 n’hésitez pas à vous procurer

 la revue à la OUDA sur le site

 notamment de l’éditeur

 1er matin de novembre, vous trouverez

 le lien en commentaire de cet épisode

 n’hésitez pas non plus à laisser

 une note ou à défaut un commentaire

 sur les plateformes d’écoute ou à

 nous soutenir en faisant un don à notre association

 qui produit des podcasts

 et des documentaires depuis 2002

 A défaut, faites connaître ce podcast

 si il vous a plu autour de vous

 ou plongez-vous dans notre production

 Sur, précise stratégique

 le Hezbollah et la guerre asymétrique

 au XXIe siècle

 qui plonge en 14 épisodes et de

 nombreux hors série

 au milieu de cette guerre déclenchée

 le 7 octobre 2023

 et qui oppose pour cette partie là

 le Hezbollah à Israël. Merci

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