Entretien avec Rafi Madayan mené par Emmanuel Hiriart pour un épisode en collaboration avec le Podcast Récit Stratétgique
{Épisode Hors série au croisement des Podcasts Récit Stratégique et Fragments de Palestine}
Ces hors série permettront de connecter deux podcasts et à travers eux deux univers pourtant très liés dans la géographie, l’histoire et la culture, le Liban et la Palestine mais souvent étudiés séparément quand il ne sont pas ignorés.
Nous le ferons en collaboration avec Récit Stratégique qui est un documentaire qui traite de la stratégie du Hezbollah à travers notamment le narratif d’un haut dirigeant de l’organisation et l’analyse d’une quinzaine de chercheurs, militaires ou officiers du renseignement libanais ou européens.
Ce sera l’occasion de revenir sur les massacres des camps de réfugiés palestiniens de Sabra, Chatila, Tall el Zaatar et Jisr el-Basha mais aussi sur les organisations qui se sont solidarisées avec la lutte palestinienne.
Dans cet épisode nous proposons d’explorer l’histoire militante de Beyrouth en 1982 soit avant et après l’invasion du pays par l’armée israélienne et l’occupation de la capitale qui forcera le départ de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat, qui s’y était installée depuis 1970, vers la Tunisie.
Rafi Madayan est un militant et directeur d’une centre d’analyse en relations internationales et questions sécuritaires libanais, il est aussi le fils adoptif de Georges Haoui le secrétaire général du Parti communiste Libanais assassiné à Beyrouth en 2005.
Il raconte ici par le détail comment l’OLP et le PCL et à travers lui le Front de la Résistance Nationale Libanais (FRNL) comprendre la réunion des parties et organisations de gauche ou nationalistes libanais, vont entamer une résistance asymétrique
Le FRNL a été fondée le 16 septembre 1982, le jour où Tsahal est entrée dans l’Ouest de la capitale libanaise pour en chasser l’OLP
Le secrétaire général du comité central du Parti communiste libanais Georges Haoui et Mohsen Ibrahim de l’organisation d’Action Communiste libanais (OACL), mais également Hussein Hamdan, du Parti socialiste arabe Baas et le Parti nationaliste social syrien au Liban (PSNS) vont publier ce jour-là un communiqué conjoint appelant le peuple libanais à se lever et à s’unir en un « Front de résistance nationale libanaise » contre l’occupation israélienne. S’en suivra un nombre croissant d’actions militaires.
C’est donc cette période et ces organisations que nous allons aborder avec Rafi Madayan mais aussi les mobilisations qui ont précédé la création du Hezbollah et qui vont voir leurs luttes se terminer au fur et à mesure que les aides étrangères (notamment de l’URSS pour le PCL) vont décroitre et que la guerre civile va se terminer par les accords de Taef entre les partis qui s’opposaient alors mais à laquelle le Hezbollah lui n’a pas participé n’étant pas parti au conflit interne.
Ce récit unique de l’occupation israélienne de Beyrouth et de la stratégie de résistance en zone urbaine et très dense d’un militant mais aussi analyste et chercheur de premier plan en matière de relations internationales nous permet une plongée dans cette période qui a vu éclore les militants chiites qui vont fonder la Résistance islamique au Liban et qui parfois venaient de cette mouvance de gauche.
On y parle de l’invasion du Liban, de l’assassinat de Bachir Gemayel, des massacres de Sabra et Chatila et enfin de la montée en puissance d’une résistance libanaise qui pour la première fois ne combattait pas que pour la Palestine.
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Palestinian folk tune
Retranscription (provisoire) de l’épisode 20 saison 1 du podcast en français sur la Palestine
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans cet épisode hors série, au croisement de
nos deux productions, Fragments de Palestine d’une part et Récits stratégiques qui est
un podcast documentaire consacré à la guerre asymétrique du Hezbollah au 21e siècle.
Je suis Emmanuel Hiriart et en parallèle du narratif d’un dirigeant militaire du
Hezbollah que j’ai pu interroger à Beyrouth, j’ai aussi interviewé plus d’une quinzaine de
chercheurs, analystes et militaires ou officiers du renseignement libanais ou européens. Vous
trouverez d’ailleurs le lien de cette production dans la description de cet épisode. Et cet
épisode d’ailleurs propose de revenir sur une partie de la rencontre faite avec Rafi
Madayan, un homme politique libanais, directeur d’un centre de recherche en
relations internationales et ancien cadre du Parti communiste libanais. Il était
le fils adoptif du secrétaire général du Parti, Georges Haoui, assassiné en 2005 à Beyrouth.
À ce titre, il nous livre ici un récit très détaillé de l’invasion en 1982 du Liban et
de l’occupation de Beyrouth par Tsahal et donc du départ de l’OLP, de la capitale libanaise,
car le PCL et d’autres partis de gauche ou nationalistes étaient jusque là alliés avec
les factions palestiniennes et avec Yasser Arafat et à cette date ont fondé le Front
de la Résistance nationale libanais afin de libérer le pays de cette occupation.
C’est une occasion rare de revivre ces moments et de comprendre les enjeux stratégiques,
politiques et militaires de cet engagement, d’abord aux côtés des
palestiniens puis en tant que front libanais. Bonne écoute.
Rafi Madayan, bonjour.
Bonjour.
Merci de nous accueillir à Beyrouth dans le cadre de ce podcast, Récits
stratégiques, la guerre asymétrique au 21e siècle, le cas du Hezbollah libanais.
Je souhaitais avec vous rapidement retracer votre histoire personnelle militante dans
le cadre de votre engagement militant et résistant.
Merci d’être venu au Liban pour faire cette rencontre.
Je suis issu d’une famille politique libanaise et mon grand-père,
Arti Madayan, est un des fondateurs du mouvement communiste au Liban et en Syrie.
Il a même été un des dirigeants du mouvement indépendantiste au Liban.
Et même, il a soutenu la révolte arabe en Syrie, la grande révolte arabe en 1926,
dirigée par Sultan Bashar al-Attarash.
Il a assisté aux combattants drus indépendantistes syriens en 1925-26, en Syrie même.
Et il a organisé des cellules communistes dans différentes régions de la Syrie et du Liban.
Et même, il a été condamné par les instances françaises du colonialisme français au Liban.
Il a été condamné à perpétuité en 1925.
Donc, il est issu d’une famille politique nationale, patriotique libanaise,
qui a combattu pour l’indépendance du Liban et de la Syrie.
Et il était aussi mon grand-père membre du Congrès national libanais en 1944,
dirigé par le premier ministre de l’Indépendance, Riyad Solh,
qui a négocié avec le gouvernement français les conditions de retrait des forces françaises du Liban.
Donc, cette histoire familiale, puis après, bien sûr, mon beau-père Georges Haoui,
qui a été un des dirigeants du PC depuis 1964.
Il était jeune, mais il a vite devenu un des cadres principaux du mouvement communiste libanais.
Et après 1968, il a commencé à être un des dirigeants principaux du PC,
et a transformé le PC d’un PC classique marxiste de type soviétique en un PC tiers-mondiste.
C’est important de savoir que le PC n’est pas un PC traditionnel.
C’est un peu similaire au mouvement guévariste tiers-mondiste latino-américain.
D’ailleurs, lui, personnellement, Georges Haoui, lorsqu’il était jeune,
il a connu Ernesto Che Guevara en 1962 à Sierra Maestra, à Cuba, pendant la crise cubaine,
et l’invasion de la DB Cochon en 1962, l’invasion américaine.
Lui, il était délégué de la conférence internationale de la jeunesse des partis de gauche en Brésil.
Ils avaient une conférence.
Il a été délégué par ce conférence internationale de la jeunesse communiste et de la jeunesse progressiste
pour représenter la région arabe, pour aller soutenir la révolution cubaine
contre l’imperialisme américain, l’intervention militaire américain en Cuba.
C’est là-bas qu’il a connu Guevara.
Il a été influencé par les idées de la révolution cubaine.
Il est venu au Liban pour prendre la tête du parti après la défaite des armées arabes de 1967.
En 1968, il a cette transformation du PC libanais vers un parti qui a adopté la question palestinienne,
la question pan-arabe, la question de la libération nationale, l’indépendance de la nation libanaise et arabe.
En même temps, il a combiné dans ce programme, le PC, la question du réforme politico-social économique aussi.
C’est un socialisme à la libanais, aux couleurs du Liban et de la région arabe,
de cette question fondamentale, surtout la question palestinienne.
Après 1968, en 1969, c’est George Haoui qui a créé le bureau militaire, c’est-à-dire la branche militaire du parti,
où il y a des centaines de jeunes Libanais de différentes communautés, de différentes régions libanaises
qui vont au sud Liban pour apprendre à utiliser les armes.
Ils s’entraînent dans des camps secrètes du Parti communiste à Kabricha au sud Liban
pour défendre le village contre les incursions militaires israéliennes.
Donc c’est George Haoui qui a organisé la branche militaire résistante du Parti communiste.
C’est pourquoi je dis que le parti qu’a dirigé mon beau-père George Haoui pendant plus de 25 ans,
ce n’est pas un parti traditionnel, classique, c’est un parti de libération nationale,
ça ressemble beaucoup plus au Front populaire palestinien de George Habash ou de Naïf Hawet,
mais le Front démocratique, et ressemble à tous les mouvements de libération nationale,
au Congrès national américain de Mandela, d’Afrique du Sud.
Donc c’est un parti qui n’est pas beaucoup idéologique,
c’est-à-dire que la question de la libération nationale,
la question du combat anti-israélien,
la participation à la révolution palestinienne, au mouvement de la résistance palestinienne,
d’ailleurs le PC Libanais, le combattant communiste libanais,
ont participé à des opérations militaires contre l’armée israélienne,
contre l’occupation israélienne.
Et pendant la guerre civile, c’est pourquoi je suis issu de cette famille,
j’ai connu cette expérience de mon grand-père, de mon beau-père, de ma famille,
donc j’ai été influencé par cette atmosphère,
et j’étais très jeune lorsque la guerre civile a commencé,
et je suis issu de cette génération de la guerre.
C’est vrai que personnellement,
je n’ai pas pris part au combat inter-communautaire
ou inter-libanaise à l’intérieur du Liban,
parce que d’une part j’étais jeune,
d’autre part j’ai fait mes études aussi,
soit au Liban et après en France,
après l’invasion israélienne en 1982,
mais d’ailleurs moi j’ai fait des études en sciences politiques,
à l’université américaine de Beyrouth,
j’ai fait un master,
après j’ai fait une étude de doctorat en Paris 13, en France.
Aujourd’hui je suis un manager d’un petit institut d’études politiques et sécuritaires,
donc j’ai en même temps été un militant politique,
j’ai participé aux élections législatives à plusieurs reprises à partir de 1996.
Sur le plan personnel, aujourd’hui je continue cette lutte politique
pour défendre l’indépendance nationale du Liban
contre la domination occidentale américaine,
surtout contre l’occupation israélienne,
contre les attaques israéliennes contre notre pays.
Et puis en partant de cette position politique,
je défends aussi le droit du peuple libanais à résister à l’occupation israélienne
et aussi cette même mise de la domination américaine sur notre pays.
Donc je suis aujourd’hui pour un combat contre la domination américaine,
le combat politique pour les réformes socio-économiques du système libanais,
qui est devenu archaïque et en même temps que je soutiens le droit
ou le mouvement de résistance armé contre l’occupation israélienne,
c’est-à-dire que c’est ce point de vue commun avec le Hezbollah
et d’autres fronts de résistance parce que ce n’est pas seulement une communauté
ou un parti politique qui combat l’invasion israélienne ou l’occupation israélienne,
c’est aussi d’autres forces politiques, d’autres personnels politiques.
Moi, c’est vrai que je ne dirige pas une organisation de résistance militaire,
mais aujourd’hui je fais partie d’une alliance politique assez élargie,
nationale, qui soutient la résistance du parti Hezbollah
et d’autres mouvements de groupes de résistance contre l’occupation israélienne.
Vous parliez d’un front uni.
Votre beau-père, Georges Aouy, avait fondé le front de la résistance nationale libanaise
en 1982, au moment de l’occupation israélienne à Beyrouth.
Est-ce que vous pourriez revenir en résumé en quelques mots sur la création de ce front
et les actions qu’il a pu mener, mais également me dire si selon vous,
il y a une forme de filiation factuelle ou politique avec le Hezbollah
qui va se fonder finalement dans les pas de ce front ?
Avant 1982, pendant les années de la guerre civile, entre 75 et 82,
en Liban, il y avait l’OLP, les factions de résistance palestiniennes,
qui s’étaient alliées au mouvement national libanais
et surtout avec le Parti Communiste Libanais et d’autres organisations de gauche.
D’ailleurs, la gauche libanaise a été épaulée
et même les combattants durant la guerre civile de la gauche libanaise
ont été soutenus et entraînés par les groupes de fédérations palestiniennes.
Donc le Parti Communiste dès 1969, lorsque la création du Bureau de Branches Militaires OPC,
les jeunes bénévolents du Parti Communiste, de toutes les communautés,
toutes les régions sont partis vers la Jordanie,
à partir de 1968-1969 pour s’entraîner dans les camps palestiniennes de Jordanie
et dans les camps de Syrie aussi, à partir de 1969,
il y a des combattants libanais communistes qui sont allés en Syrie avec la SAIKA,
qui était une organisation de fédéine palestinien bassiste
qui était soutenue par le régime de Salah al-Jadid avant Assad, le régime syrien.
Ils ont entraîné aussi les combattants communistes dans la région de Yabrou,
c’est une région frontalière avec le Liban.
À l’époque, cela représente combien de combattants
et comment sont répartis et entraînés ces combattants ?
C’est-à-dire que le Parti Communiste avait déjà une organisation militaire,
je vous dis qu’à partir de 1981,
en parallèle de la constitution de la milice de Bashir Gemayel,
les forces libanaises qui ont commencé à organiser leur armée dans les régions estes
qui étaient occupées par le mouvement droite libanais,
les partis de droite libanaises, les Kataeb, les chamounistes,
le Bashir Gemayel a organisé, avec l’aide des Israéliens après 1977-1978,
il a organisé une armée d’environ de 6 000 hommes,
6 000 jeunes chrétiens ont été enrôlés dans une armée nommée les forces libanaises.
En même temps, le mouvement national libanais aussi, en contrepartie,
s’était organisé, a commencé à entraîner des jeunes,
et le Parti Communiste a entraîné des milliers de jeunes de membres,
je veux dire le nombre des combattants qui existaient en 1980-1981 au sein du Parti Communiste,
environ 3 000 combattants réguliers, et à côté il y avait 8 000 combattants de milice,
c’est-à-dire c’était une grande armée aussi,
l’armée du Parti Communiste c’était d’ailleurs une des forces principales
qui participaient au combat pendant la guerre civile
et qui étaient présents sur tous les fronts intérieurs au Liban,
et aussi au sud Liban, contre les incursions ou les attaques israéliennes,
c’est-à-dire que le Parti Communiste, avant l’invasion israélienne,
était préparé pour faire la résistance,
pour organiser une résistance secrète de type guerrilla warfare,
pour faire face à l’occupation israélienne,
c’est-à-dire que le Parti Communiste, avant l’invasion, s’était préparé
parce qu’il avait des informations de la part des Russes, des Soviétiques, des Bulgares,
qui avaient même passé des informations à Georges Habach et à Yasser Arafat
que Ronald Reagan et les Israéliens, le gouvernant de Malachimbiguen,
se préparaient pour attaquer l’OLP au Liban et envahir le Liban,
c’est pourquoi peut-être que Yasser Arafat croyait que l’armée israélienne
allait envahir vers 40 km, c’est-à-dire arriver jusqu’à Saïda au Litani, le fleuve Litani.
Y a-t-il à l’époque des divergences de points de vue stratégiques
entre l’OLP, l’Organisation de Libération de la Palestine, et le FRNL ?
Georges Habach, oui,
ça va un peu plus parce qu’il y avait des camarades chrétiens
qui s’étaient entraînés avec les forces ibanaises
qui étaient intégrées aux forces ibanaises dans les régions chrétiennes de Beyrouth Est,
et ces combattants des forces ibanaises de Berchir Gemayel
ont été envoyés avant plusieurs mois en Israël
pour se préparer à l’invasion, à l’attaque contre le Liban.
Ces chrétiens, nos camarades chrétiens sont revenus au Liban dans les régions Est,
Ils nous ont secrètement envoyé à Georges Haoui
pour dire qu’on s’était entraîné en Israël
pour contrôler et envahir des régions semblables à Beyrouth,
semblables aux rues de Beyrouth.
C’est pourquoi Georges savait que les Israéliens allaient entrer à Beyrouth.
Donc il a organisé la branche militaire,
les forces militaires du Parti communiste en quatre catégories,
les milices,
deuxièmement les forces spéciales,
troisièmement les forces de sécurité,
les appareils d’intelligence,
et quatrièmement il y avait les forces combattantes régulières.
Les forces spéciales, les commandos qui étaient très bien équipés, très bien entraînés,
ils avaient beaucoup d’expérience sur le terrain,
ces forces spéciales n’ont pas combattu l’invasion israélienne,
ils ont commencé leur combat après l’invasion,
c’est-à-dire après l’entrée des troupes israéliennes à Beyrouth,
les forces spéciales du Parti communiste se sont transformées en FRNL,
le Front de résistance,
ce sont eux les premiers cellules de combattants
qui ont commencé à Beyrouth les opérations spéciales contre les troupes israéliennes.
Les Israéliens sont entrés après l’assassinat de Bashir Gemayel.
À cette époque, qui prend la décision de cet assassinat,
et surtout qui le met en place ?
Parce que Bashir Gemayel s’était allié et collaboré avec Ariel Sharon et les forces israéliennes
pour leur faciliter l’élimination de l’ELP à Beyrouth et l’entrée à Beyrouth,
c’est pourquoi le Fatah, l’OLP, a pris la décision d’éliminer Bashir Gemayel en réponse
à sa collaboration avec Sharon.
Je voudrais clarifier et dire qu’après l’assassinat de Bashir Gemayel le 14 septembre 1982,
après quelques heures, les Israéliens ont commencé à rentrer à Beyrouth le 15 et le 16 septembre.
Je vais préciser aussi et dire qu’après l’évacuation des troupes de l’OLP de Beyrouth,
le 30 août et le 1er septembre, Yasser Arafat et plus de 10 000 combattants ont quitté Beyrouth.
Avant, il y a eu des troupes syriennes aussi, de l’armée syrienne,
il y avait une troupe à Beyrouth qui a quitté aussi Beyrouth avant cette date, par la voie terrestre.
Donc, les combattants palestiniens ont quitté et l’armée libanaise qui était à l’est de Beyrouth,
donc les combattants libanais du mouvement national libanais, surtout la gauche,
sont restés seuls à Beyrouth ou est, les gens étaient encerclés plus de trois mois environ,
environ 82 jours, il y avait un blocus total, sans eau, sans électricité, même la nourriture en manquait,
les hôpitaux, il y a plusieurs hôpitaux qui étaient bombardés par les israéliens, ont cessé à travailler.
Donc, la situation était très difficile.
C’est dans ces conditions-là que les barrages qui étaient mis autour de Beyrouth,
tous les blocs de béton, tous les barricades qui étaient faites autour de Beyrouth pour défendre Beyrouth Ouest ont été levés.
Donc, il y a eu plusieurs endroits vides, si j’ose dire, où les israéliens ont pu pénétrer en Beyrouth Ouest,
surtout dans la région de la musée, Abat Hafe, dans la région de l’hippodrome, il y avait beaucoup de barricades là-bas.
Il y avait des murs de barrages, ces murs-là ont été levés par l’armée libanaise.
C’est vrai que l’armée libanaise n’est pas entrée tout de suite après l’assassinat de Béchir Gemayel,
mais il y a eu des régions vides, c’est-à-dire des places où les israéliens peuvent entrer.
Donc, à partir du 15 septembre, les forces spéciales israéliens ont commencé à rentrer par la région de la musée
et par la région de l’hépodrome vers la région du barbire, l’hôpital barbire, c’est-à-dire Konrisch Mazra’a et la région de Beyrouth Ouest.
Et à partir de Konrisch Mazra’a, Kola, ils se sont allés diriger vers Sabra et le commandement militaire israélien s’est basé sur le toit de l’hôpital Akka.
Amir Drury, le responsable du Haman, le responsable du renseignement militaire de l’armée Tsahal, Amir Drury et les généraux israéliens se sont basés dans l’hôpital d’Akka qui a été vidé.
Et même Sharon, personnellement, est venue avec ses lieux tonnants à cet hôpital parce qu’elle surplombait en face de l’hôpital, le camp de Sabra.
Et c’est à ce moment-là que se déroulent les massacres de Sabra et Shatila ?
Avant que les Sharon et les Israéliens laissent pénétrer entre les groupes de forces libanaises dirigées par les lieux tonnants de Elih Bay’a et les forces de Sa’at Haddad qui étaient une milice à l’assaut de l’armée israélienne au sud de Liban,
avant eux, la nuit du 15 au 16, il y a une troupe spéciale, peut-être c’était le Seyret Matkal, les troupes spéciales d’environ 50 hommes sont rentrés pour liquider les cadres de l’OLP et des groupes palestiniens.
Ils ont fait des assassinats à l’intérieur des camps de Sabra et Shatila, c’est-à-dire ils ont liquidé les cerveaux, si j’ose dire, les intellectuels et les élites et les cadres des formations palestiniennes.
Après eux, tout de suite, la nuit du 16 jusqu’au 18 septembre, il y a eu ces massacres des tueries, les milices de force libanaise, les milices de Sa’at Haddad, d’autres milices aussi libanaises à l’assaut d’Israël qui travaillaient pour les Israéliens sont rentrés.
Je crois qu’il y a trois types de milices chrétiennes, entre guillemets, sont rentrés, ils ont envahi les camps, ils ont fait une tuerie, plus de 3000 personnes et environ, je crois, 70 Libanais qui vivaient à l’intérieur des camps.
D’ailleurs, il y a jusqu’à maintenant des familles libanaises, ici du Sud Liban, qui vivent aux alentours des camps de Sabra et Shatila.
Mais au-delà de la vengeance exercée par les milices chrétiennes sur des Palestiniens qui ne sont pas liés organisationnellement, nous l’avons dit, à l’assassinat de leur chef Bachar Jemayel, quels sont les enjeux internationaux ou régionaux de ce massacre ?
Donc il y a eu ce massacre, à ce qu’il paraît aussi que Ronald Reagan, l’administration américaine, a voulu exploiter ces massacres-là parce qu’avant Sabra et Shatila,
les forces multinationales américaines qui étaient présentes à Beyrouth, qui étaient venues par la mer et s’installer dans la région de l’Aeroport et la région d’Usaï,
et ils ont quitté, leur commandant a dit aux télés américains qu’on va quitter maintenant, mais on va revenir après quelques jours, après les massacres de Sabra et Shatila,
le Congrès américain, le Congrès a voté pour le retour de ce troupe américain multinational à Beyrouth.
Donc à ce qu’il paraît qu’ils ont exploité cet événement de massacre à Sabra et Shatila pour qu’ils reviennent à Beyrouth.
Pourrions-nous revenir au front de la résistance nationale libanaise ? Qui va constituer à ce moment-là le FRNL et dans quelles circonstances ?
Avant la date de 16 septembre, la date où il y a eu le communautaire George Haoui Mohsen Brahim qui a demandé aux Libanais de résister par les armes de l’occupation israélienne,
il y a eu des réunions entre les différents groupes communistes et de gauche libanaise, le Parti communiste Mohsen Brahim de l’OACL, l’Organisation Action Communiste Libanaise,
il y a le Parti socialiste arabe au Liban qui est la branche libanaise du Front populaire pour la libération de la Palestine de George Habash,
et il y a aussi eu plusieurs réunions des cadres militaires de ces groupes de gauche qui ont commencé à organiser les opérations militaires contre l’armée israélienne.
D’ailleurs, les troupes israéliennes se sont basées dans 3-4 endroits, elles ont créé leur permanence en 3-4 endroits comme l’immeuble de l’OLP à Konish Mazra’a,
ils ont eu une base aussi dans la région littorale de Hammam al-Aaskari, c’était le bain militaire à côté de l’Eyubi, dans la région de Aynem Raisi,
et ils ont eu une base aussi à côté de l’aéroport de Beirut.
Et face à l’occupation israélienne, quelle va être la réalité de ces opérations de résistance ?
Les combattants communistes avec quelques groupes palestiniens, parce que c’est vrai que le FPLP de George Habash et même le FDLP, le Front démocratique de relation pour la Palestine,
ont participé dans les premières opérations sans déclarer ouvertement, publiquement, leur participation.
Pendant l’occupation de Beirut, les Israéliens sont rentrés le 15 septembre à Beirut, ils sont sortis le 27 septembre en demandant aux Beirutains, aux Libanais de ne pas tirer contre eux,
ils avaient peur parce que pendant ces 10 jours, 11 jours d’occupation, il y a eu plus de 12 opérations militaires contre eux,
il y a eu deux opérations contre leur base à Konish Mazra’a, où ils ont envahi les beubles de l’ALP,
il y a eu le 18 septembre, les deux opérations à Pharmacy Bustros et la station de gasoline, la station Ayoup dans la région de Patrakiye,
donc le 18 septembre, il y a eu deux opérations, après le 24 opérations de Khaled Alouan du Parti social national syrien,
Khaled Alouan était un membre du Parti Qaoumi, du Parti national syrien, qui était dirigé par une branche militaire,
le dirigeant c’était Antoine Alam, Antoine Alam et Nabil Alam, ce sont eux qui ont organisé avec le Fatah l’assassinat de Bashir Jemayel,
Khaled Alouan en faisait partie à ce groupe-là qui était dirigé par Antoine Alam parce que la direction officielle de ce parti,
le Parti national social syrien, Anam Raad, Abdallah Saadi, ils étaient hors Liban, en septembre, ils avaient quitté le Liban,
donc ce dirigeant militaire, Antoine Alam, c’est lui qui a pris part aux réunions avec les communistes qui ont organisé la résistance armée,
et puis après Beyrouth, il y a eu le groupe de Mustafa Saad, les Nasseriens de Saïda, et il y a eu d’autres groupes aussi qui ont participé,
mais la résistance, bien sûr, il y a eu des Nasseriens de Beyrouth aussi, de la région de Konish Mazra’a, les ex-Morabuton,
les ex-Nasseriens qui étaient à Beyrouth, dans la région de Tarejide, ont pris part au combat,
mais les opérations principales de Beyrouth étaient faites par les communistes et par les nationalistes syriens qui étaient proches du Fatah,
pour dire la vérité, parce que les palestiniens aussi ont pris part à ces combats, même si on n’a pas déclaré,
mais l’importance de ce combat du FRNAL, c’était que pour la première fois, les forces patriotiques libanaises ont combattu l’occupation israélienne
pour la libération de Liban, pas pour la libération de la Palestine, parce que les combats avant 1982 se faisaient sous l’égide des forces communes libano-palestiniennes
de l’OLP et du moment national libanais, c’est-à-dire que les communistes libanais, les progressistes libanais ont combattu du moment national libanais
sous cette direction commune libano-palestinienne, alors qu’après que l’OLP a quitté Beyrouth, après 16 septembre 1982,
ce combat anti-israélien s’est fait pour la libération nationale libanaise avec une direction nationale libanaise.
Et à la fin de cette résidence du front de résistance nationale libanaise, finalement, vont apparaître les premiers groupes qui vont fonder le Hezbollah.
Est-ce que vous voyez une filiation, quel type de filiation dans ce cadre-là, ou est-ce que pour vous c’est totalement quelque chose d’autre qui se crée à ce moment-là,
ou bien est-ce que c’est une continuité dans la différence, comment est-ce que vous jugeriez la création de ces groupes qui sont multiples au départ,
le Jihad islamique, plein d’autres groupes qui vont fonder ce que sera le Hezbollah de 1982 à 1986-1988 ?
Moi, je veux préciser que les mouvements de résistance ont besoin de cadres, de préparation, de soutien militaire, de logistique, d’armement, d’amunition.
C’est pourquoi qu’on ne peut pas avoir un mouvement de résistance militaire et développer cet mouvement sans un soutien géopolitique.
C’est-à-dire, la géopolitique des mouvements de résistance libanaise et palestinienne est importante.
C’est-à-dire que la base arrière de la résistance a été la Syrie, bien sûr, parce que même les armes en provenance du pays de l’Est,
c’était à partir de Tartus, de l’attaquer de Tartus, de Syrie.
C’était la Syrie qui faisait passer les armes et l’amunition.
Et dans la période après 1982, après la sortie de l’OALP, des forces militaires palestiniennes du Liban,
il y a eu peu de groupes qui étaient prêts à organiser militairement, qui étaient prêts à faire la résistance
et qui avaient une assise populaire dans les différentes régions du Sud-Liban et même dans les régions du Halais, du Chouf et dans les différentes régions libanaises.
C’est pourquoi le PC était plus que d’autres partis préparés beaucoup plus pour faire la résistance, pour organiser la résistance militaire.
Dans le temps, même le mouvement amal de Nabiye Berri, présé par Nabiye Berri, n’était pas organisé en branche militaire,
il n’y avait pas une branche militaire organisée qui faisait la résistance armée,
qui était spécialisée dans la résistance armée contre l’occupation israélienne.
En 1982, Jean Chahoui a demandé à Nabiye Berri qu’il devrait encadrer, organiser une direction militaire de la résistance du mouvement amal.
En 1983, Nabiye Berri, après une entrevue avec mon père, il a désigné Mohammed Saad et Khalil Jaradi comme les dirigeants de la branche militaire du mouvement amal.
Les combattants islamistes qui étaient au sein du mouvement amal, les amals islamiques ou les sympathisants de la révolution iranienne de Khomeini au sein du mouvement amal,
qui étaient présents pendant les combats de Khaldeh au Za’i, aux alentours de Beirut pendant l’invasion israélienne,
n’étaient pas encore organisés en tant que mouvement de résistance islamique en 1983, même en 1984.
C’est-à-dire que c’est vrai qu’à la fin de 1982, Imad Berniyeh, le hajm Berniyeh, Imad, a commencé à organiser des petites cellules de résistance,
mais il était soutenu par les cadres libanais du Fatah, c’est-à-dire que les lieutenants libanais qui étaient au sein du Fatah et des appareils de rationnement du Fatah,
surtout les libanais, les lieutenants libanais qui ont combattu avec Khalil Wazir, Abu Jihad, qui était responsable des opérations dans les territoires occupés,
qui se disait Al-Qita’ al-Gharbi, c’est-à-dire le secteur ouest, c’est-à-dire le secteur palestinien,
les cadres libanais de ce secteur palestinien, secteur anti-israélien de Khalil Wazir,
ces libanais se sont rejoints ou envoyés vers Imad Berniyeh pour qu’il organise ensemble les premières cellules de combattants de la résistance islamique au sud-liban.
C’est pourquoi en 1983, lorsque George Haoui est allé en Tunisie pour combattre Arafat, pour qu’il revienne à Damas,
pour qu’on combatte ensemble Syriens, Libanais et Palestiniens contre l’occupation américaine israélienne,
il a dit à George, oui, mais nos combattants au Liban sont soutenus par le Fatah.
Moi, Yasser Arafat, le Fatah, Abu Jihad, on est en train d’aider les combattants de Imad Berniyeh et d’autres combattants de la résistance islamique,
entre guillemets, parce que dans le temps, c’est vrai qu’ils avaient un penchant islamique, Imad Berniyeh, Ali Dibb et autres lieutonants
qui ont formé après la résistance islamique, mais ils soutenaient la résistance iranienne, la révolution iranienne,
ils étaient pro-iranien, mais en réalité, c’était des cadres du Fatah, c’était des gens issus du Fatah.
C’est après 1983, après 1984, qu’il y a eu des combattants chiites-libanais qui ont été organisés, formés par les pas d’arran iranien
qui sont venus à travers la Syrie, à Baalbek, et ces gens-là ont été entraînés, encadrés par les pas d’arran iranien à Baalbek,
c’est-à-dire qu’en 1984-1985, il y a eu environ 4000 combattants libanais, chiites de la résistance islamique, c’est-à-dire de Hezbollah.
Avant, le Hezbollah n’était pas encore un parti unifié, organisé, c’est pourquoi je dis que jusqu’à 1985,
après la déclaration ou la publication du premier communiqué du Hezbollah,
avant 1985, c’était principalement les groupes communistes, la résistance aux FRNL,
et les groupes palestiniens qui ont épaulé et aidé les FRNL dans les éparations anti-israéliennes.
D’ailleurs, entre 1982, après la libération de Beyrouth en 27 septembre 1982,
il y a eu des éparations aussi du FRNL à Aleille, au Chouf, dans la région littérale de Chouf,
jusqu’à Saïda, et à Saïda aussi, il y a eu beaucoup d’opérations importantes,
d’ailleurs, ce n’est pas seulement l’opération 83 de Ahmad Kassir contre le QG,
le quartier général israélien à Tire, mais il y a eu d’autres opérations importantes faites par le FRNL aussi
dans la région frontalière avant 1985, même en 1984, le responsable du Haman israélien,
qui était le responsable militaire de toute la région frontalière,
qui était un certain Abou Nour, qui s’appelait en libanais, je ne connais pas son nom israélien,
mais c’était un colonel qui a été éliminé, liquidé par le FRNL dans la BK West,
dans le village de Majdel Balhis, il a été éliminé dans cette région par les combattants
qui lui ont fait un piège, organisé un piège, il est venu à un dîner,
il a été éliminé au cours de ce dîner dans le village.
Et en parallèle de la résistance, il va également y avoir une forme de collaboration de la part de libanais,
toutes confessions confondues.
C’était un peu comme en Cijordanie, il y a eu des associations des gens libanais,
des villages locaux qui se sont organisés en réseau pour collaborer avec les Israéliens.
Le FRNL a assassiné, a liquidé tous les collabos libanais qui se sont organisés
pour coopérer avec l’occupation israélienne.
Donc il y a un grand travail qui a été fait par les communistes jusqu’en 1985-1986,
c’est-à-dire la majorité du Liban, de Beyrouth, de la région de la Montagne et de la région de Saïda
a été libérée par le FRNL principalement.
Bien sûr, on a été soutenu par la Syrie, de Hafez Assad, par l’armée syrienne,
qui a acheminé les armes, les logistiques, la munition, etc.
Et les combattants ont été entraînés dans la région de la Beka aussi.
Mais la majorité du Liban a été libérée par ce front de résistance nationale ibanais
qui était principalement animé par les communistes.
Si l’on comprend bien l’émergence du Hezbollah soutenu par l’Iran,
qui veut peser, voire exporter sa révolution islamique dans le monde ou dans les pays arabo-musulmans,
ça se comprend.
Mais en parallèle de cette émergence, qu’est-ce qui explique la disparition du FRNL ?
Donc les Israéliens après 1985 se sont repliés dans la bande frontalière
qui a été libérée en 2000, en mai 2000.
C’est-à-dire que le combat du Hezbollah, c’est une continuation du combat du FRNL,
et il est lié au combat du FRNL.
Et il faut évoquer qu’après la chute de l’Union soviétique,
après le collapse de l’Union soviétique,
après que Gorbachev a pris le pouvoir en Moscou en 1985,
les Russes ont cessé de livrer des armes à la résistance libanaise,
parce que la dernière livraison a été faite en 1985.
Il y a eu un navire qui est venu en Syrie à Tartus
et qui a amené des armements lourds.
Il y avait des chars type 62.
Il y avait des BM-21, les katushas, c’est-à-dire les lanceurs de katushas, de grades,
qui étaient mis sur des chars BM-21, ils s’appellent.
Et il y a eu des missiles anti-chars de type Malotka,
qui étaient utilisés par exemple par les armées arabes pendant les guerres de 1973.
Donc il y a eu beaucoup d’armements lourds qui étaient livrés à la résistance communiste en 1985.
Mais après 1985, Gorbachev et l’Union soviétique ont changé de cas,
ont changé de politique.
Donc il n’y a pas eu de soutien militaire, logistique pour la résistance communiste libanaise.
C’est pourquoi objectivement la participation ou le poids des communistes dans la résistance
a diminué surtout après la fin de la guerre civile.
En 1990 d’ailleurs, comme toutes les forces militaires libanaises qui ont pris part à la guerre civile,
ils ont rendu leurs armes à l’armée libanaise.
C’était le cas du Parti communiste qui a dissolu sa branche militaire,
il a livré ses armes à l’armée libanaise, elle était libanais.
Donc la raison c’était que la guerre civile était terminée.
Il n’y avait plus sur le plan intérieur libanais les conditions pour préserver des armes lourdes
et pour préserver aussi une branche militaire.
Et puis il n’y avait plus d’aide de la part du Bloc Est, de l’Union Soviétique notamment.
Et après le collapse de l’Union Soviétique, c’est-à-dire après 1999-1990,
même la Syrie n’a plus soutenu le Parti communiste libanais ou la résistance de gauche,
parce que le régime Assad croyait que le PC était marginalisé
et que la résistance armée communiste n’avait plus un rôle dans le Sud Liban.
Et ils se sont entretenus, les Syriens se sont mis en accord avec les Américains,
pour diriger le Liban.
Donc il y a eu un mandat international américain, occidental et arabe pour la Syrie,
pour manager l’État libanais, pour diriger le dossier politique libanais.
Et puis parce qu’ils se sont mis d’accord avec les Américains et l’Arabie Saoudite et l’Egypte,
donc le régime de Damas ne pouvait plus livrer des armes aux combattants communistes libanais,
qui étaient anti-américains, anti-saoudiens, anti-réactionnaires.
La Saoudite était taxée de régime réactionnaire arabe par les gauchistes libanais,
comme les autres gauchistes arabes aussi.
C’est pourquoi la Syrie, qui s’était mis en accord avec les Américains et les Saoudiens,
ne pouvait plus livrer des armes aux communistes libanais.
Donc après cette analyse historico-strategique de la résistance de gauche à Beyrouth et dans le Liban,
comment est-ce que vous analysez, vous, l’évolution stratégique et politique du Hezbollah
à partir des prémisses 82-83 jusqu’en 2000-2006 ?
Comment est-ce que vous pourriez résumer la façon dont vous analysez, vous,
cette émancipation d’abord du FATA, avec le soutien de l’Iran,
et puis cette évolution jusqu’à ces deux victoires que sont la libération du Sud le 25 mai 2000
et puis la guerre de 33 jours, que le Hezbollah appelle la victoire divine ?
Objectivement, le FRNL était dissolu après le TAEF en 90,
c’est-à-dire que la participation des communistes était presque inexistante,
était presque impossible par les conditions politiques nouvelles après la fin de la guerre civile
et après la chute de l’Union Soviétique,
donc c’est le Hezbollah qui fait la continuation dans ce combat anti-israélien.
Mais en même temps aussi, il faut noter que la Syrie a soutenu la résistance islamique de Hezbollah
pour qu’elle continue la guerre anti-israélienne au sud de Liban,
et même la direction de l’armée syrienne avait fait dans le sud du Liban comme un montage,
c’est-à-dire que la direction syrienne a demandé au renseignement militaire de l’armée libanaise au sud de Liban
pour aider les opérations de Hezbollah, pour aider la résistance islamique,
et même il y a eu les combattants du Parti National Syrien, le Parti Kaoumi,
qui était proche de la Syrie, dirigé par Asad Hardan, l’ancien ministre Asad Hardan,
donc les combattants du Parti National Social Syrien,
il y avait des petits groupes de gauche aussi, qui étaient en bon contact avec la Syrie,
qui n’étaient pas très loin de moi personnellement,
moi je connaissais ces gens-là, qui dans la région de Hasbaya au sud de Liban,
Shuba’a, ont continué localement de faire la résistance.
Donc ce montage-là, ce réseau qui a été placé sur place par les renseignements de l’armée syrienne,
qui ont exploité, c’est-à-dire, ou bien utilisé les capacités, les potentiels de l’armée libanaise,
de la résistance islamique, de la résistance nationale des anciens du FRNL,
c’était les camarades du Parti National Syrien,
et ces groupes-là, même des anciens bassistes aussi,
qui ont participé dans tout ce réseau-là, qui a culminé par la libération de l’an 2000,
de tout le sud Liban, et obligé les troupes israéliennes et leurs collabos libanais
de l’armée de l’ALS, armée du Liban du Sud, dirigée par le général Antoine Lahad,
que d’ailleurs Souha Abshara a essayé, notre camarade, la femme Souha Abshara,
héroïne de la résistance du FRNL, qui a essayé de le liquider en 89.
Donc c’est toute cette mouvance qui a participé,
pas seulement le Hezbollah, le Hezbollah était le fer de lance de la résistance avant 2000,
entre 90 et 2000, mais tous ces réseaux-là ont participé,
et compris bien sûr l’armée syrienne aussi, ont participé à côté de l’armée libanaise
dans cette libération, le combat de libération de la bande frontalière.
Bien sûr que disproportionnellement, le rôle de Hezbollah était beaucoup plus important,
c’était le parti principal de la résistance après 90.
Malgré qu’il y a eu une tentative de la part de George Haoui, 96-97,
de recréer des coupes du FRNL, il y a eu trois opérations,
en 96, des résistants communistes qui ont fait des opérations contre les troupes israéliennes
dans la région frontalière, il y a eu deux communistes combattants martyres,
et il y a eu un combattant qui a été fait prisonnier.
D’ailleurs, les deux martyres étaient des chrétiens,
et le prisonnier communiste était un druze,
donc la résistance communiste était nationale,
qui regroupait des gens de toutes les communautés libanaises, toutes les régions.
À cette période où les opérations des militants du Parti communiste,
ces alliés continuent, malgré, on l’a compris,
la fin des subsides de l’aide syrienne et soviétique,
qu’en est-il de vos relations avec la résistance islamique en création ?
Dans cette période-là, George Haoui était voir Hassan Nasrallah, le Sayyid Nasrallah,
il a proposé de créer un front commun,
et de partager les régions du sud de Liban.
D’ailleurs, j’ai écrit dans le journal Al Nahar le projet de George Haoui,
c’était le projet de rassembler différents groupes de résistance dans un seul réseau,
c’est-à-dire de se partager le front.
La région de Hasbaya, la région sud-est, Hasbaya, Shib’a,
là où les communistes étaient bien implantés,
on a proposé à Sayyid Nasrallah que le FNL, les communistes,
prennent la relève dans cette région-là,
alors que Hasbullah, et peut-être aussi le mouvement Amal,
prendraient les fronts du sud, du milieu du sud,
et l’ouest du sud, c’est-à-dire proche de Nakoura.
Donc, il y a eu cette proposition pour le comeback du FNL au milieu de 1990,
mais techniquement et organisationnellement, le parti communiste n’était pas prêt.
Et même sur le plan militaire, sur le plan des combattants,
il avait dissolu ses forces combattantes, donc il n’était pas prêt.
Et Nasrallah nous a dit que le Sayyid,
que la résistance islamique avait une direction militaire un peu complexe,
et il y avait une opération, room operation,
qui ne pouvait pas recevoir l’apport et la participation d’autres forces,
c’est-à-dire qu’il n’était pas facile de créer cette opération commune
avec d’autres forces de l’extérieur de Hasbullah.
C’était un peu compliqué pour le Sayyid Nasrallah.
Il a dit que techniquement et organisationnellement,
il est mieux que chacun travaille seul, mais en coordine au sommet,
c’est-à-dire entre les dirigeants,
et il n’était pas contre ce projet de division des fronts,
entre les différents groupes de résistance.
Mais à mon avis, comme je sais bien,
le Parti communiste n’était pas en mesure de revenir à la résistance armée.
Il existe, d’ailleurs selon le Hasbullah, encore aujourd’hui,
des saraïas, des brigades, qui intégreraient des gens extérieurs,
des gens non-chihits ou des gens extérieurs au Hasbullah.
Est-ce que vous avez un point de vue sur l’existence organisationnelle
de ces saraïds constitués selon vous ?
De qui ? Quel serait leur rôle opérationnel ?
Il y a eu des brigades de résistance
qui ont été organisées en parallèle à côté de Hasbullah dans les années 90.
Et même il existe jusqu’à maintenant.
Là où il y a des druzes, des combattants chrétiens ou druzes ou sunnites,
la plupart des brigades de résistance, les saraïas,
c’étaient des groupes de sunnites qui ont combattu aux côtés de Hasbullah.
Mais la situation interne libanaise, surtout après les libérations de 2000,
cette division, ce clivage intercommunitaire,
n’a pas facilité le travail ou le combat de ces saraïas,
de ces brigades des autres communautés.
Là où il y avait des citoyens non-chihits
qui participaient au combat de la résistance.
C’est pourquoi que peut-être aussi la situation de Hasbullah après 2005,
surtout après les événements, les assassinats de Rafi Hariri,
c’est-à-dire aussi de l’évacuation des troupes syriennes du Liban
à cause des pressions américaines et françaises,
cette guerre américaine pour déloger les forces syriennes du Liban.
Cette guerre contre le Hasbullah au Liban
a fait qu’élargir les rangs de la résistance était un peu compliqué,
était difficile pour le Hasbullah et pour toutes les forces de résistance.
C’est pourquoi que le Hasbullah a continué seul.
Cette résistance « islamique ou chiite » a continué seule.
Mais il y a eu toujours des militants politiques,
chrétiens, sunnis, druzes, des personnalités,
qui ont toujours assisté à ce combat, aidé ce combat,
parce que ce n’est pas un combat militaire seulement,
parce qu’il y a toujours eu cette couverture politique,
un front politique, un réseau politique national libanais
qui a adopté le combat du Hasbullah de la résistance islamique.
Moi et d’autres Libanais de différentes communautés,
nous avons participé à cette résistance politique aussi,
qui ont défendu par les médias, par des activités politiques,
par des meetings, le combat de la résistance islamique anti-israélienne,
parce que pour nous c’est un combat national, de libération nationale,
contre l’occupation israélienne, contre la domination américaine.
Donc pour nous, le Hasbullah est un allié,
et c’est vrai qu’il est islamique,
mais c’est un parti qui combat l’occupation israélienne.
D’ailleurs, c’est un parti islamique national,
qui a une assise populaire nationale,
qui transverse toutes les communautés,
parce qu’il y a un soutien pour la résistance anti-israélienne
de la part d’autres communautés non chiites,
il y a beaucoup de chrétiens, de sunnites, des druzes,
d’ailleurs on a vu pendant le funéraire de Nasrallah l’année dernière,
où il y a eu des dizaines de milliers de gens chrétiens, sunnites, druzes,
qui ont participé à ce funéraire, non pas seulement les chiites,
et d’ailleurs depuis 1988, George Haoui avait dit que
les communistes qui ne combattent pas Israël ne sont pas plus proches pour moi
que les islamistes qui combattent Israël,
c’est-à-dire que les gens de Hasbullah qui combattaient Israël
étaient plus proches à la résistance communiste
que des gens de gauche, des gauchistes,
qui ne combattent pas Israël,
c’est-à-dire que la question nationale anti-israélienne pour combattre Israël
était beaucoup plus importante que la dimension idéologique de la résistance.
Merci d’avoir écouté ce hors-série au croisement des deux podcasts,
Fragments de Palestine et Récits stratégiques.
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