seconde partie de l’entretien avec Thomas Sommer-Houdeville mené par Emmanuel Hiriart
Le Podcast reçoit encore l’un des siens, Thomas Sommer-Houdeville afin de terminer l’entretien diffusé en deux parties et de balayer la solidarité internationale venant de l’occident depuis la seconde intifada jusqu’à aujourd’hui.
Il est enseignant chercheur à l’Université de Toulouse après un Doctorat sur l’Irak. Il a milité au sein des Campagnes Civiles Internationales de Protection du Peuple Palestien (CCIPPP) dont il fut depuis Jérusalem un coordinateur. Puis il fut à l’initiative des flottilles pour Gaza avec certains de ses camarades Grecs et Turcs notamment.
Il est l’auteur de l’ouvrage La Flottille, solidarité internationale et piraterie d’État au large de Gaza aux éditions La Découverte en 2011.
Cet épisode est dédié à la mémoire des 9 militants turcs assassinés sur le Mavimarmara alors qu’ils tentaient de briser le blocus de Gaza.
Retrouvez cet épisode, et les suivants tous les lundis, sur toutes les plateformes d’écoute et soutenez nous en faisant un don à notre association ou à défaut en vous abonnant au podcast et en le faisant connaitre autour de vous.
Retranscription de l’épisode 7 saison 1 : Les flottilles pour Gaza et les premiers morts dans le mouvement de solidarité
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Fragments de Palestine.
Je suis Emmanuel Meriart et je vous propose toutes les semaines un grand entretien sur
une question qu’elle soit historique, politique, géographique, militaire, diplomatique, culturelle
ou juridique, ou bien qu’elle concerne un dirigeant, un militant, une figure intellectuelle
ou militaire de la Palestine.
Une manière donc de mieux comprendre la Palestine et les Palestiniens au moment où ils subissent
un génocide en plus d’une occupation et que le monde se saisit de la question en se
solidarisant.
L’ensemble de nos productions de podcasts est gratuit et disponible sur toutes les
plateformes d’écoute, mais n’est pas sans coût pour notre association à but
non lucratif.
Vous pouvez donc nous soutenir en réalisant un don sur Hello Assault, dont le lien
est dans la description de cet épisode, ou bien sur notre site fragmentdepalestine.fr
Par avance, merci.
Pour parler de solidarité internationale avec la Palestine, le peuple palestinien,
je reçois aujourd’hui Thomas Omer-Houdville, qui vous l’avez vu, intervient parfois
à mes côtés afin d’interlever des invités.
Il est donc aujourd’hui à leur place.
Et avec lui, nous nous interrogeons sur la place de la Palestine dans certains mouvements
de gauche en France et sur les expériences auxquelles il a participé, à savoir les
campagnes civiles internationales pour la protection du peuple palestinien aux
alentours de la Seconde Intifada ou bien les flottis dont il a été l’un des
initiateurs.
Il est d’ailleurs, à ce sujet, l’auteur d’un livre en 2011, Flottis, Solidarité
internationale et piraterie d’État au large de Gaza.
Thomas est enseignant chercheur à l’Université de Toulouse et docteur en sociologie
politique.
Il a obtenu à Stockholm en 2017 sur la question irakienne.
Il milite sur la question palestinienne, entre autres, depuis nombreuses années,
et s’est impliqué, notamment, donc, vous l’avez compris, sur la question des
missions civiles en Palestine et de la flottie.
Une occasion, donc, de parler de la façon dont Gaza fut très tôt l’objet d’un
blocus que certains, depuis plus de 15 ans, ont cherché à briser.
Nous avons fait le choix de diviser cette entrevue en deux parties.
Vous écoutez ici présentement la seconde, la première étant plus spécifique
à la question des campagnes civiles internationales de protection du peuple
palestinien, auquel Thomas va participer à partir du début de la seconde
Nitifada. Et donc, cette seconde partie, elle est dédiée non seulement
à cet engagement militant, mais également à sa prolongation à travers
les flotties qui vont surgir après la guerre de 2009 à Gaza et qui
vont se multiplier jusqu’à aujourd’hui.
Bonne écoute.
Cet épisode est dédié à la mémoire des neuf militants turcs tués,
pour la plupart, à bout portant, sur le Mavi Marmara, le 1er juin 2010.
Et je voudrais que tu fasses le parallèle.
Tu disais tout à l’heure, on faisait en sorte que les gens reviennent.
Et tu as évoqué ISM, donc l’organisation étasunienne précédemment.
Je voudrais faire le point parce que c’est le début.
Nous, on se trouvait en Palestine à cette époque là et ISM va connaître
deux morts. Je vais commencer par celui qu’on oublie souvent, qui est
Tom Hurndall, qui était britannique et qui a été tué à Raffa dans ce
qui était devenu le corridor Philadelphie, c’est à dire la zone entre
la frontière égyptienne et la bande de Gaza, qui va être rasée
et qui va faire plusieurs centaines de mètres de largeur pour éviter
les passages et vérifier qu’il n’y ait pas de tunnels.
On sait aujourd’hui que tout ça n’a pas fonctionné pour l’armée
israélienne et pour les égyptiens non plus.
Mais Tom Hurndall va être tué par un sniper israélien en 2003.
J’étais en train de rechercher la date.
Il est tué le 11 avril 2003.
Et légèrement avant, Rachel Corrie, qui est plus connue, a été, elle,
écrasée, enterrée vivante par un bulldozer, à l’image de ce qui
se passe aujourd’hui à Gaza ou au sud Liban, les fameux D9 qui sont
des bulldozers militaires ou des caterpillars à l’époque parce qu’on
n’avait pas encore militarisé vraiment les engins, mais qui détruisent
des maisons, modifient les topographies, etc.
Ces deux personnes, je fais un petit aparté.
Quand les Iraniens ont lancé des missiles sur Israël, ils les
faisaient au nom de gens de Palestiniens ou de gens qui avaient
lutté pour la Palestine et deux missiles, c’est anecdotique, mais
ont été tirés au nom avec les noms de Tom Hurndall et de
Rachel Corrie sur Israël pour dire qu’en Iran, ces gens-là n’ont
pas été oubliés. Moi, j’avais oublié le nom de Tom Urndell.
Pourtant, finalement, je l’ai connu et pour dire que ça a été
aussi quelque chose. Alors, ce n’était pas le même mobilisation
en Europe par rapport à la mobilisation étatsunienne qui était
plus celle de, je vais faire un raccourci, mais de boucliers
humains, de gens peut-être moins formés politiquement, de
gens moins formés. Je ne sais pas comment toi tu l’interprètes
rapidement pour expliquer ces différences avec ISM.
Moi, pour moi, les premières différences avec ISM, parce que
bon, par ailleurs, on se côtoyait quand même beaucoup quand
on était en Palestine dans cette période-là et tu faisais
les missions civiles. Je veux dire, dès que tu participais
à une manifestation dans les territoires occupés, tu
voulais débloquer un checkpoint, tu voulais, bon,
bref, il y avait des gens d’ISM, tu vois, et quand
même, moi, tout le temps où j’y étais, même si on
avait des désaccords, etc., même si on pouvait, et j’essaierai
d’expliquer les désaccords ou les choses comme ça,
n’empêche, on se retrouvait quand même côte à côte plein
de fois sur plein de trucs et ça, c’est vrai, parce que
je sais bien que la première dichotomie, enfin, ou en tout
cas, le premier truc, c’est en termes d’image, c’est
ce que tu dis, c’est en gros, ISM ont été beaucoup
plus dans l’action pacifique, mais directe et
c’est un peu plus en retrait, etc.
Moi, je ne suis pas certain, mais par contre,
effectivement, nous, il y avait deux choses, et c’est
ça qui faisait qu’on avait du frottement avec ISM,
c’est que nous, chaque mission civile, elle fonctionnait
de manière, elle avait un programme politique en
Palestine, il fallait qu’elle voie telle ou telle
personne, tel groupe, tel machin.
Il y avait a priori un programme qui faisait que
tel jour, ils seraient à Djenin, ils y passeraient
deux, trois jours, etc.
Puis ensuite, l’idée, c’était qu’ils aillent à
Naplouz rencontrer, je ne sais pas quoi, etc.
Tu vois ce que je veux dire, en gros.
Mais en fait, chaque mission était autonome parce
que, y compris l’idée, c’était collectivement
ce groupe d’individus de 10, 15, 20 personnes,
ça dépendait, etc.
Il fallait qu’ils s’autogèrent et il fallait
que collectivement, surtout, ils se protègent et
qu’ils décident de son niveau d’implication,
de la prise de risque, s’il devait y en avoir une,
etc.
Donc là où nous, on trouvait qu’ISM, c’était
extrêmement vertical, il y avait des sortes de
direction internationale, puis une direction
locale, etc.
Un machin qui envoyait des individus.
Et qu’il s’agissait en tant qu’individu.
Il pouvait être deux ou trois ou quatre, mais voilà.
Et donc, du coup, on fonctionnait pas du tout de la même
façon. Et ce qui faisait que le frottement, il était là.
Parce que des fois, on se retrouvait côte à côte dans
une ville occupée.
Moi, je me souviens quand on est arrivé dans la pelouse,
on est passé avec des gilets de la croix rouge,
les mains en l’air, ça tirait dans tous les sens.
Bon, on s’est très vite retrouvé avec des gens d’ISM
qui comprenaient pas que nous, avant de dire oui, on va
faire telle action, on faisait une réunion,
on discutait entre nous et puis on voyait si on allait la
faire ou pas, comment joger, comme on pouvait,
le niveau de sécurité.
Là où eux, il y avait une décision qui avait été prise,
je ne sais pas où, à Naplouse ou à Jérusalem, mais voilà.
Et tout d’un coup, il y avait deux, trois individus
qui allaient faire ce qu’on leur avait dit, enfin,
ce qui leur avait été proposé de faire.
Bon.
Ça, moi, je pense, c’était le truc principal, en fait,
là où, là où, sur le terrain, il y avait beaucoup de frottement.
Après, sur, je pense, ça dépendait beaucoup des missions,
en fait, je pense qu’il y avait des missions qui ont qui
alla grand entre entre 2001 et 2004, parce qu’après,
on va voir que les 2005, les choses, elles changent
quand même, y compris sur place.
Mais je pense qu’il y avait des missions qui participaient
à beaucoup plus de.
De confrontation, si on peut appeler ça,
confrontation, de comment dire, de
j’arrive pas à trouver d’action civile non violente.
On va dire d’action civile non violente.
Il y avait des missions qui, voilà, les camarades qui
empêchent les Israéliens de rentrer dans l’hôpital de
Ramallah, etc.
Voilà, ils se confondent quand même.
Voilà, moi, je me souviens d’avoir fait des manifs où
on a réussi à faire, entre
guillemets, à démanteler un checkpoint,
comment dire, provisoire de l’armée israélienne.
Il y avait des manifs, etc.
Je veux dire, les camarades qui faisaient la récolte des olives
et qui se battaient, qui se faisaient plutôt taper dessus
plutôt que se battait, mais avec les colons, etc.
En termes de
confrontation et de risque, etc.
C’était quand même un assez haut niveau.
Mon propos n’était pas de dire que les missions
civiles n’étaient pas dans cette forme d’engagement.
Mon propos était plutôt sur celui.
J’ai utilisé le terme de bouclier humain.
J’ai l’impression ou j’avais l’impression
qu’ISM était plutôt sur une philosophie où ils pensaient
eux qu’ils pouvaient faire des choses et changer la donne.
Et j’avais l’impression que le niveau de débat était surtout
entre les missions civiles et ISM de dire
mais les Palestiniens le font, les Palestiniens l’ont déjà fait.
Ce que vous faites ne va pas révolutionner si les
Palestiniens ne le font pas.
En fait, moi, j’essayais de comprendre ISM comme un mouvement
qui n’avait pas acculturé des pratiques
palestiniennes et qui pensaient.
Alors, je dis pas qu’ils allaient leur apprendre,
mais qu’ils allaient, eux, changer la donne par leur action
et que leur passeport, pour le coup,
étasunien, australien, anglais, c’était des anglophones,
pour le coup, pas du tout de l’Europe latine,
comme tu l’as précisé, les protéger.
Et c’est vraiment, en fait,
une forme de supériorité par le passeport.
Nous, on est à part dans ce conflit et j’ai l’impression
qu’au sein des missions civiles, le discours était de dire
finalement, vous courez quasiment les mêmes risques
que les Palestiniens, sans faire de l’héroïsme ou de choses.
C’était dire la situation n’est pas un jeu.
La situation n’est pas un jeu.
Les gens meurent quotidiennement
sans qu’on puisse même comprendre pourquoi.
Pour moi, la mort de Tom et celle de Rachel
est symbolique, non pas de la mort d’internationaux
parce qu’ils ne sont que deux à mourir,
mais elle est symbolique d’un sociocide palestinien
au quotidien, je dirais, avant, et on va y venir à 2009
et aux opérations qui sont menées par la mairie israélienne à Gaza,
un assassinat des meurtres à bas niveau,
basse intensité, comme ça où on tue tous les jours
à un checkpoint, sur la route,
dans une opération de police, dans…
Voilà, on tue les Palestiniens et pris là-dedans,
sont morts également de deux occidentaux
qui, pour le coup, menaient des actions de solidarité.
Mais c’est surtout là que je voulais faire
la différenciation entre les deux mouvements.
Non, mais sans doute, tu as raison, en réalité, là-dessus,
sur au moins la différence de…
Je pense qu’à ISM, il y avait une volonté, effectivement,
pas de mise en scène, mais de… Comment dire ?
Il y avait quelque chose de l’ordre de…
On va avoir une action transformative, au moins symboliquement, etc.
et qui va avoir des répercussions
aux Etats-Unis médiatiquement.
Et donc, effectivement, on n’hésite pas à…
Voilà, à, comment dire, à organiser…
Ouais, à organiser une certaine confrontation,
ou en tout cas, à participer à une certaine confrontation
avec l’armée israélienne,
et y compris, même, effectivement, à se mettre dans une position…
Alors, je n’irai pas jusqu’à dire à se mettre en position de martyr,
mais en tout cas…
Mais ça, il y a un côté très anglo-saxon là-dessus, sur…
Je trouve que c’est…
Voilà, avec ses bons et ses mauvais côtés,
c’est-à-dire que, en gros,
ce rapport de, entre guillemets, la…
sorte de non-violence…
Je n’irai pas jusqu’à dire sacrificielle, mais où…
On retourne un peu…
Voilà, la violence du fort contre lui-même,
parce que, justement, elle est médiatisée
et elle devient choquante, etc.
Bon, ça, c’était, effectivement,
je trouve que c’est assez américain et anglo-saxon,
comme façon de fonctionner.
Et, du coup, oui, c’était…
Ça faisait partie des accords
et des débats qu’on avait avec eux,
parce qu’effectivement, nous, on pensait que…
Nous, si on… Comment dire ?
C’était les Palestiniens qui devaient nous dire
ce qu’on devait faire et ce qu’on pouvait faire.
Et pas nous, qui allaient décider
que, par exemple,
eh bien, il fallait ouvrir tel checkpoint, etc.
Après, c’est quand même assez rigolo,
parce que ISM, ce n’est pas des petits blancs
qui l’ont créé.
C’est quand même des Palestiniens,
Américains, etc.
Mais je pense, effectivement,
des Palestiniens emplis d’une culture militante américaine.
Et donc, effectivement, cette histoire du passeport.
Mais nous, on l’avait un petit peu aussi,
quand même, cette histoire du passeport.
Moi, je me souviens d’être sorti dans la vieille vie de Naplouse
avec mon passeport français
pour aider des gamins Palestiniens
qui étaient en train de se faire tirer fin, voilà.
Et bon, en fait, ça, ça marche en 2001,
ça marche en 2002,
ça marche tout, en 2003.
Et puis après, on sait que ça ne marche plus.
Parce qu’y compris, on s’est tous fait arrêter, tabasser,
tirer dessus largement, mais pas blessé.
Parce que par ailleurs, moi, je pense que les morts d’ISM,
c’est volontaire.
Je pense que les Israéliens savent tout à fait ce qu’ils font.
C’est pas dans le feu de l’action, une balle perdue, etc.
Non, non, c’est parce qu’ils envoient un signal aussi.
Parce qu’à ce moment-là, je pense qu’entre 2001 et…
Comme tu le dis, au début, ils comprennent pas ce à quoi ils ont affaire.
Voilà des internationaux qui arrivent de France, des États-Unis,
d’Angleterre, d’Italie.
Les Italiens, ils étaient très forts.
Les premières missions, ils y vont en fanfare.
Faut voir quand même le truc.
Y a un avion de 40 personnes qui atterrit.
Ils ont la fanfare, le machin, etc.
Ils vont se balader en Palestine.
Enfin, bon, assez vite, Israël trouve les moyens
parce qu’ils comprennent quand même,
ils comprennent la valeur symbolique que ça a.
Et donc, un an donné, il faut qu’ils trouvent les moyens
de mettre un terme, ou en tout cas de…
Plutôt que de mettre un terme,
parce qu’ils savent qu’ils peuvent pas exactement mettre un terme,
mais c’est refrainer au maximum, réduire au maximum
ces internationaux qui viennent en Palestine, etc.
Donc, ils s’y prennent de plusieurs façons.
Au début, les missions civiles, mais même à ISM,
ils partent, ils mettent tout le monde dans le même avion.
Et puis, on atterrit à l’aéroport de Lodz, et voilà.
Non, je dis Lodz, mais c’est Ramlet, en fait.
L’aéroport, non, il est à Lodz, à Lidda.
Ouais, c’est Lodz, j’avais un doute.
Et à partir de 2002, où je crois…
Ouais, 2002 déjà, dès qu’il y a un avion
dans lequel il y a une vingtaine ou une trentaine d’internationaux
déclarés, et ils font pas atterrir l’avion,
ils le renvoient directement là d’où il vient.
Donc, du coup, on est obligé de transformer la façon dont on part en Palestine.
C’est-à-dire que là, on organise des missions
où les gens arrivent par des avions séparés,
sans dire qu’ils font partie des missions civiles,
sans dire qu’ils vont aller en Palestine.
On établit, maintenant, on peut le dire, il n’y a pas de souci.
On établit des légendes, en fait, pour les gens.
Parce que c’est comme ça que ça se passe.
On établit une légende qui s’appuie sur des choses vraies.
Mais qui serait vérifiable au retour.
C’est-à-dire que les gens vont faire semblant,
pendant leur parcours en Palestine, d’aller faire la chose qu’ils doivent faire,
qui sont souvent des choses religieuses ou des choses professionnelles.
De manière, au retour également,
pouvoir passer le questionnaire du shabak, du Shin Bet,
des renseignements intérieurs à l’aéroport,
qu’ils ont également passé à l’allée.
Parce qu’il y a des gens qui avaient l’optique
de revenir.
Je pense notamment aux gens de la FSGT,
la fédération sportive de communistes.
Oui, mais pas que.
Oui, mais par exemple, parce qu’ils étaient à Ebron.
Ils y sont toujours, j’imagine.
Et donc, ils retournaient chaque été faire du sport avec les jeunes à Ebron.
Ils étaient déjà très présents en l’an 2000.
Et donc, il faut pouvoir y retourner.
Ce n’est pas des missions uniques.
Donc, à un moment, si tu n’as plus les cadres et les gens qui peuvent y retourner,
ta mission s’arrête.
Et donc, il fallait qu’ils montent.
Honteusement sur le pourquoi, le comment, où, etc, etc.
Donc, c’était…
Oui, mais de façon, il fallait mentir honteusement,
parce que de toute façon, à l’arrivée
dans l’aéroport israélien,
si tu ne mentais pas honteusement,
tu ne rentrais pas, tu ne mettais pas les pieds sur le sol.
Tu remettais dans un avion et tu repartais.
Et effectivement, au retour,
tu te tapais quatre heures d’interrogatoire ou plus.
Et si, effectivement, ils avaient décidé que non,
toi, tu as été un militant ou une militante
d’émissions civiles ou d’ISM, etc,
c’était fini, tu ne remettrais plus les pieds en Israël.
Et ça, effectivement, ils mettent ça en place.
Entre 2001 et 2003,
c’est-à-dire que, en gros, tout un système où…
Bon, ils ont les moyens, c’est un État.
Et donc, ils ont la puissance de l’État.
Et donc, ils mettent les moyens pour s’assurer
qu’en gros, ils maîtrisent le flux des militants internationaux
qui vont aller en Palestine les faire chier
parce que, typiquement, c’est vu comme ça
et médiatiser la violence de l’occupation, voilà.
Donc, un, on essaye de les empêcher à l’arrivée
ou de les choper au retour,
mais comme ça, pour se dire,
celui-là ou celle-là, elle ne mettra plus les pieds chez nous.
Ça, c’est la première chose.
Deux, entre 2001 et 2003,
on s’aperçoit qu’il y a de plus en plus de camarades
des missions civiles qui se font arrêter,
voire violentés, voire les deux,
et qui sont expulsés d’Israël, etc.
Et puis, il y a aussi, effectivement…
Parce qu’il y a deux morts, mais il y a plusieurs épisodes
où, en réalité, il y a des gens qui sont blessés
plus ou moins gravement, etc.
Et donc, ça, c’est aussi un message pour dire…
Non, mais ne venez plus dans… Voilà.
Jusqu’au point où, à un moment donné,
à partir de, je crois que c’est 2008, 2009,
ou quand tu rentres en…
Quand tu arrives à l’aéroport israélien,
tu signes un papier où tu dis
« Je n’irai pas dans les territoires occupés. »
Voilà. Moi, je viens en Israël,
mais je vous promets que je n’irai pas
dans les territoires occupés.
Pourquoi ils te font signer ce papier-là ?
Parce qu’effectivement, s’ils te choppent
dans les territoires occupés, c’est l’expulsion directe
et l’interdiction de séjour pendant 10 ans.
Je rappelle, je fais un petit aparté sur ce cas-là.
Je n’en ferai pas des caisses ici
parce que je consacrerai un épisode à cette jeune fille,
une jeune Israélienne venant d’une famille de droite
qui va se rendre à Jénine
et qui va se solidariser avec des Palestiniens
qui font notamment un groupe de théâtre.
On reviendra, qui a été connu
parce qu’il y a un magnifique film qui s’appelle
« Les enfants d’Arna »
qui parle de la vie, de l’expérience de ces gens-là.
Et elle va sympathiser avec des jeunes de ce théâtre
qui deviennent des résistants dans la ville de Génine,
dont Zakarias Zoubeidi, qui est l’un des responsables,
qui devient, qui est très jeune,
mais qui devient par élimination des cadres supérieurs,
l’un des responsables militaires des comités populaires,
des brigades des martyrs d’Al Aqsa,
la branche militaire du FATAH.
Et elle, en fait, prend sa voiture et débarque à Jénine.
Et en fait, elle n’est ni prise en otage,
ni mangée crue, ni torturée, ni quoi.
Elle est accueillie, les gens lui servent un café,
elle mange, elle reste.
Et les Israéliens vont finir par mener une opération
pour l’arrêter à Jénine.
Elle va devoir se rendre
parce qu’elle comprend que les gens qui l’accueillent sont en danger.
On parle de plusieurs semaines ou plusieurs mois.
Peut-être qu’elle a passé.
Là, je n’ai plus la temporalité en tête.
Mais pour dire que ce mouvement de solidarité,
y compris quand il concerne des Israéliens,
il devient une menace pour les Israéliens
à tel point qu’elle va faire de la prison
pour collusion avec l’ennemi.
Je n’ai plus les termes exacts.
Et que fait incroyable un moment de négociation,
de libération des prisonniers palestiniens au camp de Jénine.
Les gens vont mettre son nom sur la liste des prisonniers à libérer.
Donc les palestiniens vont négocier la libération d’une Israélienne
en disant juste non, non, mais elle, elle est bien.
Elle avait été solidaire avec nous.
Elle est en prison, il faut la libérer.
Je ferai un épisode complet sur cette fille-là
parce qu’elle a, en fait, Jénine nécessite de donner un focus
sur ce qui s’est passé à ce moment-là,
sur la solidarité, etc.
Mais tu parlais de 2009
et de la difficulté à se rendre en Palestine
et sur aussi l’intensification de la guerre, notamment à Gaza.
Parce que pour le coup,
on a parlé de l’opération Rempart au début de l’intifada sur la Cisjordanie.
Ensuite, la guerre va se reporter
comme elle est actuellement de plus en plus sur Gaza.
Et c’est l’époque, je fais un petit passage dans le temps,
mais également on change de modalité.
C’est l’époque où vont naître les premières flottilles.
Oui, mais alors je suis obligé de faire un tout petit aparté avant
parce qu’on ne peut pas imaginer l’épisode des flottilles
sans aussi faire le lien sur l’international.
L’émission civile, ISM, etc.
En réalité, on se retrouve en Palestine,
mais on va se retrouver aussi dans ce qu’on va appeler
le mouvement altermondialiste, etc.
qui émerge lui aussi à la fin des années 90
et qui va prendre son essor tout au long des années 2000
puis ensuite Périclita, Périclitra, pardon.
Et donc le truc, c’est que nous, l’émission civile, etc.
on se retrouve très vite en lien avec des organisations internationales,
des associations, des mouvements, etc.
Le mouvement altermondialiste secret,
pour aller très vite au mouvement altermondialiste,
c’est effectivement une sorte de rassemblement international,
à la fois politique, social, d’organisations, d’associations, de syndicats, etc.
dont le leitmotiv est « Un autre monde est possible »,
mais qui essaye de lutter de manière internationale
contre le système international ultra libéral, capitaliste.
Et il y a quand même des points importants.
Le premier, c’est le mouvement international contre la guerre en Irak en 2003,
où on est un ensemble d’organisations qui sont déjà
soit présentes au Moyen-Orient, soit de toute façon
sur une ligne de solidarité internationale, etc. très forte,
et qui feront qu’on crée un mouvement mondial contre la guerre,
on aura la fameuse manifestation, je crois que c’est le 20 février 2003,
juste avant le déclenchement de la guerre,
où il va y avoir des dizaines de millions de personnes
qui vont manifester sur l’ensemble de la planète,
contre la guerre, etc.
Mais donc, des liens secrets,
à la fois parce qu’on rencontre des autres organisations et associations en Palestine,
mais aussi parce qu’on se rencontre dans le cadre des réunions internationales
de ce mouvement altermondialiste, etc.
Des liens secrets entre différentes organisations,
notamment qui travaillent sur la Palestine.
Comme tu le disais, à partir des années 2005-2006,
puis de plus en plus difficile, 2008-2009,
d’envoyer des gens en Palestine,
on peut toujours en envoyer quelques-uns,
mais ça devient de plus en plus difficile d’envoyer des groupes,
ou de créer même des groupes sur place, etc.
Et puis il y a effectivement, Gaza,
le fait que la répression, ou la guerre plutôt,
parce que là, ce n’est même plus de la niveau de la répression,
il y a une guerre, c’est-à-dire,
effectivement, on a parlé d’opération remport,
parce qu’après tout, pour aller très vite,
mais l’occupation en Palestine,
elle varie entre ce que tu expliquais tout à l’heure,
le sociocide a bas bruit, un mort par-ci, un mort par-là,
des gens qui seront emprisonnés de manière massive,
puis relâchés, etc.
Bref, pour une grande part torturés et tout.
Et puis des épisodes de guerres ouvertes,
ultra violentes et destructrices,
l’opération rempart, etc.
Et donc à Gaza, depuis 2005,
le Hamas a gagné les élections, etc.
Il y a un blocus total de la bande de Gaza
organisée par Israël.
Il y a eu le retrait des colonies juives à Gaza, etc.
Donc Gaza est devenue une grande prison à ciel ouvert
et régulièrement,
les Israéliens font ce qu’ils appellent
« tondre la pelouse ».
C’est quand même l’expression consacrée,
c’est-à-dire qu’il y a une période de guerre chaude
dans laquelle ils vont bombarder,
tuer massivement.
Alors, je veux dire, le nombre des opérations,
je ne sais pas combien,
mais tous les ans ou tous les deux ans,
il y a pendant un mois ou deux mois
une opération extrêmement violente
de l’armée israélienne,
généralement qui démarre
parce qu’il y a eu un ou deux tirs
de roquettes palestiniens
depuis la bande de Gaza,
mais qui, pendant toute cette période,
ne n’occupe pas de grands dommages à Israël,
mais cela donne l’occasion à Israël
de détruire en masse une partie de Gaza.
Et donc, d’un point de vue international,
on prend conscience que
il y a la réalité des territoires occupés
en Cisjordanie,
mais il y a celle de Gaza.
Et que là, Gaza,
c’est une grande prison à ciel ouvert
dans laquelle il y a 2 millions de personnes
et qu’on ne peut plus…
Là où, avant, jusqu’encore
au début des années 2000,
il était possible d’aller à Gaza,
possible de rentrer,
nous on a envoyé tout un tas de missions civiles
qui sont allées à Gaza,
à partir de 2005, c’est terminé.
Plus personne ou presque
ne rentre, ne sort de Gaza
à part que les ONG
type Croix-Rouge,
Médecins Sans Frontières,
Habilité,
mais là où, avant,
on pouvait envoyer des missions civiles
donc des quidams, des gens, etc.
Bon là, c’est terminé.
Et donc, il y a cette volonté
à la fois
de dire que ce n’est pas possible,
on ne peut pas avoir 2 millions de personnes
qui sont complètement à l’isolement
du reste de la planète.
Et d’abord, ce blocus,
il est illégal,
la situation, elle est inhumaine,
et donc ce n’est pas possible de laisser ça comme ça.
Et deuxièmement,
nos gouvernements, une fois de plus,
ont une responsabilité monumentale.
Et la communauté internationale,
mais en particulier nos gouvernements occidentaux,
français, anglais,
américains, etc.,
c’est eux qui organisent, de fait,
ce blocus. En tout cas,
c’est eux qui permettent à Israël
d’organiser ce blocus.
Donc, il faut
organiser quelque chose
qui va permettre à la fois
de mettre le focus sur Gaza,
de dire, regardez ce qui se passe à Gaza,
il y a un blocus, c’est dégueulasse,
des gens sont
emprisonnés
sur leur terre,
et nos gouvernements ne foutent rien.
Et là, en fait,
en 2008,
il y a une toute petite coalition
qui commence à se créer,
avec des camarades grecs qu’on connaît
parce que certains ont participé aux missions civiles,
mais aussi parce qu’on se connaît
du mouvement anti-guerre contre l’Irak
et des forums qu’on a organisés, etc.,
dont certains,
dont un, Pisias
Evangelis,
est une figure militante
de l’internationalisme et du soutien
avec la Palestine, mais depuis les années
80, et encore avant,
qui a vécu
au Liban, etc.
Bref, voilà.
Et
quelques militants,
des anglais,
effectivement, des gens qui sont à ISM,
Wajda, Valaf, et d’autres.
Bref, ces gens-là,
Kayomi,
Butterfly,
bref, d’autres.
Et ces gens-là
chopent un bateau
et partent à Gaza.
Et ils réussissent à y arriver.
Alors, il y a tout un film qui s’appelle
Gaza We Are Coming, qui explique
comment ils se sont débrouillés pour le faire.
Mais ce qui est incroyable,
c’est qu’ils arrivent dans le port de Gaza,
qui à l’époque est encore un port.
Et en fait, là aussi, ils prennent
les Israéliens par surprise,
qui ne savent pas comment réagir à ce truc-là.
Alors, ils leur font peur,
ils font semblant de les attaquer,
ils jamment leurs communications,
etc., mais
en gros,
ils les laissent arriver à Gaza.
Donc à Gaza, c’est la folie furieuse,
tout le monde est super heureux, etc.
Et ils repartent.
Et ils repartent en bateau,
il reste quelques semaines, et puis
quelques jours, je sais plus, deux semaines, je crois.
Et ils repartent en bateau,
voilà.
Et donc forcément, quand ils arrivent,
ils reviennent en Grèce, et là, ils disent
non, mais en fait, on l’a fait avec un bateau,
en fait, ça ne suffit pas,
il faut le faire avec 15, 20, etc.
Et donc là, se monte la première coalition
internationale pour briser
le siège de Gaza par la mer.
Et donc, elle va se créer,
et là, du coup,
très rapidement, là où
c’était un bateau
avec une petite coalition
de plus de militants que d’organisations,
on va passer à un stade
où effectivement,
des coalitions nationales
vont se créer,
en Suède, en Angleterre,
aux États-Unis,
en Grèce,
en Turquie. Alors ça aussi, c’est extraordinaire
parce que, voilà,
une coalition qui réunit
l’organisation grecque
et l’organisation turque, alors que
entre la Grèce et la Turquie, vous êtes toujours
dans une sorte de guerre froide,
y compris avec
l’affaire de Chypre
qui n’est pas résolue, et donc,
je veux dire, une vraie guerre froide
qui existe entre les deux, mais donc,
du coup, ça,
d’autres organisations, plus des militants
comme moi et d’autres, etc.,
qui viennent filer un coup de main
sur l’organisation
de cette flottille. Mais sachant qu’en France,
très francement, la première,
celle de 2009, qui aura un
retentissement mondial,
en France, aucune
organisation, réellement,
ne rentre là-dedans. Tout le monde
pense que c’est un peu,
comment dire, un truc
farfelu, en réalité,
du point de vue
du mouvement militant français.
Qu’est-ce que c’est que cette
histoire d’envoyer des bateaux ?
C’est trop compliqué ?
Qui sont ces gens ?
Enfin, bref, je sais que moi, je fais
le tour de
tout un tas d’organisations
qui sont inscrites dans le mouvement de solidarité
avec la Palestine.
Et, comment dire, à ce moment-là,
personne ne me rigolonnait, mais enfin,
tout le monde me dit merci,
on se rappelle,
et personne ne me rappelle.
Mais en tout cas, ça prend dans plein d’endroits.
Et toujours est-il que
au début du
printemps,
on est en capacité
de mettre sur l’eau une dizaine
de bateaux,
dont trois cargos,
parce que, voilà,
trois cargos qu’on charge
de matériel humanitaire,
de maison
en préfabriqué,
de matériel
métical, etc.
Et puis, il y a aussi
le fameux Mavi Marmara,
qui est un bateau turc,
qui est en fait une sorte
de bateau de… comment on appelle ça ?
Un porte-contenaire ?
Pardon, un bateau de croisière.
Oui, c’est un bateau de croisière
sur lequel il y a
presque 600
passagers, 500 passagers.
Voilà.
Et donc, on a ça,
plus plein de petits bateaux
et ces trois cargos, etc.
Et en fait,
l’idée, c’est de dire, bon,
écoutez, là,
ces gens,
je me souviens, en 2009,
je ne me souviens pas le nombre de l’opération,
mais il y a eu une opération militaire
israélienne assez dure
contre Gaza, etc.
Voilà, maintenant, il faut reconstruire.
Ces gens-là, ils ont besoin
de matériel médical,
de fournitures scolaires.
Enfin bref, nous, on apporte tout ça.
On apporte tout ça, et puis,
voilà, quoi.
Et on part.
Et donc, à ce moment-là, on a l’appui,
enfin, l’appui.
Le gouvernement grec laisse faire.
Parce que c’est encore
la gauche, c’est le PASOK
qui dirige le gouvernement à l’époque.
Et historiquement,
il y a quand même des liens
assez forts.
Le PASOK, à l’époque, c’est
la gauche de l’international socialiste
et il y a quand même une sympathie
vis-à-vis de la cause palestinienne, etc.
Par contre, ce que le gouvernement
grec voit d’un mauvais œil, c’est plutôt
le lien avec les Turcs, voilà.
Mais bon, résultat des courses,
on nous laisse partir.
Tous les bateaux, sauf un cargo
et le Mavi Marmara
partent de Grèce.
Eux, ils partent de Turquie. On se rejoint
en dessous de Chypre.
Et puis, on fonce
vers Gaza.
Et là, on est attaqué
par la marine
de guerre israélienne,
c’est-à-dire sous-marins,
frégates,
commandos
de marine
israélien en hélicoptère,
en zodiac.
Et ça se passe très très mal parce que
c’est une opération militaire qu’ils font.
Mais ils font une opération militaire contre des civils.
Et puis, je pense qu’en plus,
ils le font…
Voilà, ils n’ont aucune idée de
comment gérer ça.
Et je pense qu’ils s’en fichent par ailleurs
de savoir comment gérer ça, etc.
Je pense que l’idée, c’est d’envoyer un signal
très clair.
Et donc, ils attaquent
tous les bateaux.
Et puis,
et notamment sur le Mavi Marmara,
qui est donc ce bateau turc,
il y a neuf morts.
C’est-à-dire que
les commandos de marine tirent dans le tas,
sauf qu’ils tirent pas dans le tas,
parce que sur les neuf morts, il y en a trois
qui sont tués à bout portant.
Deux
ou trois autres qui sont snipés
depuis les hélicoptères.
Donc c’est terrible.
Tout le monde se fait taper dessus, etc.
Il y a des blessés graves.
Mais sauf que…
Et ils nous kidnappent tous.
Et ils nous envoient
dans une prison, dans la plus grosse prison
du Negev, où on a une aile
directement, rien que pour nous.
Et on se retrouve
emprisonnés.
Sauf que là aussi, ça fait
grand bruit, quand même.
C’est-à-dire que
ça scandalise l’opinion
internationale, parce que c’est
de la piraterie en Haute-Mer, parce que c’est
un État qui envoie son armée contre
des civils. Alors, évidemment,
la propagande israélienne dit
que, mais pas du tout, c’était pas des civils,
c’était des barbares pro-hamas.
Ils étaient armés.
Moi, je me souviens, j’étais sur un cargo grec.
Donc ils prennent le cargo d’assaut,
ils nous tapent dessus, ils nous tirent dessus.
C’est là où je dis que, de toute façon,
ils savaient très bien ce qu’ils faisaient, parce que nous,
bien sûr, on s’est fait menacer
et ça a tiré en l’air
des vrais balles, etc.
Mais quand ils sont montés
sur le bateau, ils y sont allés à coup de tasseur
de paintball et
de beanbag.
C’est-à-dire que
personne d’entre nous s’est fait
tirer dessus
directement, à l’arme à feu, etc.
sur le bateau.
Par contre, dès qu’on a
dressé une oreille,
commencé à montrer un moment
d’opposition, on se faisait taser,
taper dessus à coup de cross,
tirer dessus au paintball ou machin.
Mais voilà, c’est là
où le bateau turc, ils y sont allés
directement à la munition
de guerre.
Mais donc, bref, ils prennent le balle,
le cargo, etc.
Et à un moment donné,
il y a un des soldats, un des commandos
qui arrivent, tout fiers de lui,
et qui posent sur le pont du cargo
une couverture
et ils posent ça et ils disent
« Vous voyez là, ça c’est tout de vos armes ! »
Et ben oui, il avait trouvé
la hache de marine
sur n’importe quel cargo,
il avait trouvé
les couteaux de cuisine,
et là,
c’était toutes nos armes.
Bon, c’était ridicule évidemment, mais
voilà,
ça faisait partie de leur propagande.
Mais du coup, ça scandalise quand même
l’ensemble de la communauté internationale,
ça oblige le gouvernement français
à dire non, c’est pas possible,
à Obama de convoquer
à l’époque, c’est déjà
il me semble Netanyahou,
je vais pas dire de bêtises,
ouais, c’est Netanyahou, il me semble,
qui s’excuse
platement, etc.
On est assez vite,
on passe quand même quelques jours en taule,
là où au départ
ils avaient prévu des procès,
on est assez vite
expulsé chez nous,
mais du coup,
c’est un gros rentrantissement mondial.
Moi, je me souviens,
à l’époque, je travaillais entre les Philippines
et la France, aux Philippines,
il y a des gens qui se baladent avec ma photo,
voilà, parce que
bon, bref,
mais non,
c’est un gros retentissement, et surtout,
on est pas,
on vient à peine d’arriver,
on sort à peine
de la prison israélienne que
partout, dans tous les pays,
les gens
disent, ok, on repart quand ?
Et donc, du coup, on relance une flottie
pour le coup, bien, avec beaucoup plus de pays,
beaucoup plus forte,
et nous, on fait une campagne
en France où
on récolte 800 000 euros,
enfin, 700 000 euros,
même pas un an,
parce qu’on démarre, moi, je me souviens,
2009, c’est l’été 2009,
ça doit être en juin ou un truc comme ça,
on commence
à monter la prochaine flottie
en août,
et
en juin de l’année d’après,
on est en capacité
d’acheter deux bateaux français,
de mettre une centaine de personnes sur ces bateaux,
etc. Pareil partout,
mais on fait une erreur
tactique majeure,
c’est qu’on
voit pas que, pourtant,
on y est en Grèce, mais que
en Grèce, c’est la crise
avec la Troïka, etc., une crise
d’économie violente, le gouvernement
change,
et surtout,
il plie face à Israël,
et du coup,
là, on va comprendre
la tactique israélienne, qui est d’empêcher
que les bateaux partent,
et en réalité, ils réussissent à 99%,
puisqu’on a quand même réussi
à envoyer un bateau,
qui s’est fait lui choper
au large des côtes de Gazaoui
par les Israéliens,
mais il n’empêche
que pendant un an, on fait une campagne
internationale dans chaque pays,
en France, c’est hallucinant quand on regarde
le 2010, il y a
pendant un an,
une manifestation,
un
ciné-débat,
un tournoi
de foot,
un concert,
des trucs dans les églises,
dans les mosquées, ailleurs,
sur Gaza,
la flottie, le blocus, etc.
C’est en fait une énorme
campagne de mobilisation.
La flottie,
elle est empêchée
administrativement,
en fait, on vous met
des défauts de pavillon, des défauts d’assurance,
vous ne trouvez plus d’assureur, vous ne trouvez plus d’armateur,
vous ne trouvez plus… Voilà.
Vous êtes prêts, vous avez les bateaux,
mais c’est tous les détails techniques qui vous empêchent
de quitter le port, de prendre la mer dans les eaux territoriales.
Exactement,
c’est à dire que
c’est là où
on a fait une erreur,
c’est de mettre tous nos bateaux,
la plupart de nos bateaux en Grèce,
et en fait,
on se retrouve,
c’est là où j’avais une connaissance
assez réduite
des lois maritimes,
mais notamment,
tout ce qui était
la sécurité,
le poids administratif
de envoyer un bateau,
mais ce qui est normal aussi,
envoyer un bateau avec des gens dessus,
et où, bah oui,
pendant deux mois,
toutes les semaines,
on avait
l’inspection du port
qui descendait sur notre bateau
et qui nous disait,
la première semaine, ils nous ont dit
tous vos extincteurs,
du bateau,
ils n’ont pas la bonne couleur.
Comment ça, ils n’ont pas la bonne couleur ?
Ils disaient, non, ce n’est pas le pomme orange.
Regardez,
ce n’est pas ça.
Vous repeignez tous les extincteurs,
et nous, on revient dans une semaine
pour voir s’ils sont à la bonne couleur.
Alors, bon, tu faisais ça.
Et après, ils arrivaient,
ils disaient, oui, d’accord,
mais dites-moi,
il y a un problème
quand même avec,
je ne le souviens plus, mais c’était
des détails à la com.
C’est ça, c’est des détails administratifs,
de règlement, de marines.
On se revoit dans 15 jours,
puis on verra si vous avez réglé ça.
Et puis, enfin, etc., etc.,
jusqu’au moment où tu comprends
que tu ne vas jamais partir.
Parce qu’en fait,
l’État, il a tout en main,
s’il veut plus le fait qu’à un moment donné,
effectivement, l’histoire des assurances.
Et ça, c’était…
Là aussi, tu vois,
la force de frappe de l’État israélien,
mais aussi les complicités
des États internationaux.
C’est eux qui ont appelé, tu vois,
Véritas, etc.,
un machin qu’ils auront dit.
Vous avez ça,
ou les pavillons,
où tu te retrouves dépavillonné.
Donc, tu ne peux pas prendre la mer.
Ah, non. Et donc, par exemple,
les Américains, du coup, on dit
fuck off, on est Américains, on se barre.
Et eux, ils ont pris des commandos grecs
sur la guéphale.
Oui, parce qu’ils étaient sur un acte
de type piraterie dans les eaux terrestriales.
Sans port, sans autorisation,
sans machin, etc.
Et du coup, ils ont pris carrément
les commandos grecs.
Et il faudrait faire
rapidement, parce qu’on arrive au bout
de notre entretien,
un lien entre
cette flottille-là
et puis les flottilles
actuelles, faire un pont entre
les difficultés et les
résonances politiques de ces
différents mouvements.
Il y a plusieurs choses. D’abord, il faut se
rendre compte que, oui, là, on a reparlé
des flottilles depuis un an et demi,
enfin presque, oui, un an et demi,
parce qu’il y a des flottilles qui sont
parties, qui ont eu, pareil, un grand
retentissement. Mais en fait,
entre 2011
et
2025,
c’est-à-dire
ces nouvelles flottilles, 14 ans,
mais il y a des bateaux chaque année
qui sont partis depuis l’Europe,
en direction de Gaza,
ont été interceptés, les gens envoyant
tolls, etc. Et puis,
ça n’a jamais arrêté.
Mais effectivement, il n’y avait pas
le souffle pour
pouvoir faire une vraie
flottille dans laquelle tu mets 10, 15,
20 bateaux et t’avances,
etc. D’abord parce que ça coupe
de l’argent, beaucoup d’argent,
et puis parce que
c’est très compliqué à mettre en œuvre,
etc. Ce qui est assez
intéressant, c’est que 2025,
d’abord,
les premières flottilles,
c’était effectivement des coalitions
internationales, avec, à chaque
fois, des coalitions nationales,
tout ça s’empilait pour faire une
coalition internationale, etc.
Ces coalitions nationales, c’était plein
d’organisations, d’associations, de syndicats,
etc. qui se mettaient ensemble.
2025, il y a un truc
très, très horizontal via les réseaux
sociaux,
qui part, et t’as de l’argent
qui arrive par
des collectes,
etc. sur les réseaux
sociaux. Ça part très vite,
en fait, et ça s’organise
effectivement autour de coalitions,
mais dans lesquelles
les associations et les organisations sont moins
partie prenante.
Ce qui est à la fois un avantage
et un problème. Un avantage parce que
ça rend les choses beaucoup plus flexibles,
ça va beaucoup plus vite.
Mais
un des avantages, ça veut dire
qu’il y a beaucoup moins d’inscriptions locales.
Ça veut dire qu’il y a moins de mobilisation
territoriale dans les villes, dans les villages,
dans les machins, etc. Parce qu’il n’y a pas ce relais
des organisations qui ont
cet ancrage-là.
Donc ça va très vite.
Et aussi, il y a à mon avis une idée
qui est intéressante,
qui a maintenant à montrer ses limites,
mais qui est l’idée de dire
on en finit avec les gros
bateaux, les cargos,
les machins, etc. On va mettre du petit voilier,
on va en mettre plein,
et comme ça on va saturer
l’espace de plein de bateaux.
Donc là, la dernière, il y avait quand même 60
bateaux, etc. Et encore parce qu’ils
en avaient détruit une vingtaine,
sinon il y aurait eu plus de 80 bateaux.
Et de se dire,
et y compris, ça va rendre les Israéliens
fous parce qu’ils ne vont pas être en capacité
d’arrêter tous ces petits bateaux,
et puis parce que ça permet
justement à plus de monde
de participer
à la flottie,
ça coûte un peu moins cher,
voilà. Donc c’est quand même,
ça je trouve que c’est très malin.
Après, je pense que ça aussi c’est limite
parce que
en réalité,
ça fait partir des gens dans des conditions
beaucoup plus précaires.
Et puis,
justement, le fait de faire
des bateaux plus importants et de mettre cinquante
personnes, eh ben, ça veut dire
que t’as une délégation qui existe,
un truc collectif plus fort
que cinq personnes sur tel bateau,
six personnes sur tel autre, etc.
Mais enfin, en tout cas,
n’empêche que ça a quand même pas mal marché,
ces deux dernières flottilles, pourquoi je dis
que ça a marché ? Bien sûr qu’ils sont pas arrivés à Gaza,
c’est bien, mais par contre,
à chaque fois,
d’un point de vue symbolique,
politique, médiatique,
Israël s’en prend plein
la gueule,
et Gaza est remise
au centre du jeu, et c’est ça
l’important des flottilles.
Et de montrer qu’il y a une solidarité concrète,
il y a des gens qui sont prêts à s’engager,
à monter sur des bateaux
plus ou moins
fiables, etc., à traverser la
Méditerranée, tout en sachant qu’ils vont prendre les Israéliens
dans la gueule pour dire aux
Palestiniens, vous êtes pas tout seul et on vient
vous apporter un coup de main.
Moi, je pense que c’est extraordinaire,
et que c’est le principe même de la solidarité.
Donc, c’est très important
d’arriver à perdurer ça.
Il ne s’agit pas peut-être de faire des flottilles tous les ans,
il faut voir quel rythme, comment,
il faut avoir les forces, etc.
Mais je pense que c’est hyper
important de faire perdurer
cette capacité de solidarité
concrète, et y compris
à la place des États. Parce que c’est ça
aussi qui est bien,
c’est que ça dit en réalité ce que vous,
bande de nuls dans nos gouvernements,
vous êtes incapables de faire,
c’est-à-dire, incapables d’apporter
l’aide humanitaire, la solidarité,
de briser le blocus,
et bien nous, on va le faire.
Et ça moi, je pense que c’est
extrêmement important. Je te propose de très inviter,
très prochainement, pour aborder
deux choses que je voudrais aborder
avec toi. La récupération
par l’extrême droite à un certain moment
de la cause palestinienne,
et la répression
du mouvement de solidarité,
notamment en France, à travers deux volets,
la répression des militants,
et la
législation, c’est-à-dire
la loyer à dents qui prévoit
effectivement de criminaliser
le fait
de s’opposer au sionisme,
de criminaliser, enfin en tout cas,
de pénaliser l’antisionisme.
Donc si tu veux bien,
tu seras
l’acteur d’un second volet,
et j’inviterai également,
par exemple, Rima Hassan,
et peut-être dans un cadre
avec toi pour
reparler à la fois de la répression et
des flotties refaire le lien et
parler de la loyer à dents, elle en tant que
députée européenne, ça peut être un
échange intéressant. Thomas Sommer-Houdeville,
merci. Merci à toi,
c’était un plaisir, à très vite. Merci
d’avoir écouté cet épisode, vous pouvez
retrouver aussi,
afin de clôturer provisoirement
ce cycle sur la solidarité internationale
envers la Palestine, l’interview
de Nicolas Dot-Pouillard,
prochainement diffusé, sur le cimetière
des martyrs du camp de réfugiés de Chatila
au Liban, ou bien celle précédemment diffusée
de Youssef Boussoumah sur la solidarité
des pays arabes. N’hésitez pas
à soutenir notre association,
à faire un don sur HelloAsso,
ou bien à faire connaître nos podcasts
autour de vous, ou bien à laisser
un commentaire sur les plateformes d’écoute.
Merci.
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