Fragments de Palestine

Un Podcast sur la Palestine

Retrouvez aussi la série documentaire « Récit Stratégique » dont la première saison est consacrée à la guerre au Liban

Les flottilles et les morts pour la solidarité avec la Palestine

seconde partie de l’entretien avec Thomas Sommer-Houdeville mené par Emmanuel Hiriart

Le Podcast reçoit encore l’un des siens, Thomas Sommer-Houdeville afin de terminer l’entretien diffusé en deux parties et de balayer la solidarité internationale venant de l’occident depuis la seconde intifada jusqu’à aujourd’hui.
Il est enseignant chercheur à l’Université de Toulouse après un Doctorat sur l’Irak. Il a milité au sein des Campagnes Civiles Internationales de Protection du Peuple Palestien (CCIPPP) dont il fut depuis Jérusalem un coordinateur. Puis il fut à l’initiative des flottilles pour Gaza avec certains de ses camarades Grecs et Turcs notamment.
Il est l’auteur de l’ouvrage La Flottille, solidarité internationale et piraterie d’État au large de Gaza aux éditions La Découverte en 2011.
Cet épisode est dédié à la mémoire des 9 militants turcs assassinés sur le Mavimarmara alors qu’ils tentaient de briser le blocus de Gaza.
Retrouvez cet épisode, et les suivants tous les lundis, sur toutes les plateformes d’écoute et soutenez nous en faisant un don à notre association ou à défaut en vous abonnant au podcast et en le faisant connaitre autour de vous.


Retranscription de l’épisode 7 saison 1 : Les flottilles pour Gaza et les premiers morts dans le mouvement de solidarité

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Fragments de Palestine.
 Je suis Emmanuel Meriart et je vous propose toutes les semaines un grand entretien sur
 une question qu’elle soit historique, politique, géographique, militaire, diplomatique, culturelle
 ou juridique, ou bien qu’elle concerne un dirigeant, un militant, une figure intellectuelle
 ou militaire de la Palestine.
 Une manière donc de mieux comprendre la Palestine et les Palestiniens au moment où ils subissent
 un génocide en plus d’une occupation et que le monde se saisit de la question en se
 solidarisant.
 L’ensemble de nos productions de podcasts est gratuit et disponible sur toutes les
 plateformes d’écoute, mais n’est pas sans coût pour notre association à but
 non lucratif.
 Vous pouvez donc nous soutenir en réalisant un don sur Hello Assault, dont le lien
 est dans la description de cet épisode, ou bien sur notre site fragmentdepalestine.fr
 Par avance, merci.
 Pour parler de solidarité internationale avec la Palestine, le peuple palestinien,
 je reçois aujourd’hui Thomas Omer-Houdville, qui vous l’avez vu, intervient parfois
 à mes côtés afin d’interlever des invités.
 Il est donc aujourd’hui à leur place.
 Et avec lui, nous nous interrogeons sur la place de la Palestine dans certains mouvements
 de gauche en France et sur les expériences auxquelles il a participé, à savoir les
 campagnes civiles internationales pour la protection du peuple palestinien aux
 alentours de la Seconde Intifada ou bien les flottis dont il a été l’un des
 initiateurs.
 Il est d’ailleurs, à ce sujet, l’auteur d’un livre en 2011, Flottis, Solidarité
 internationale et piraterie d’État au large de Gaza.
 Thomas est enseignant chercheur à l’Université de Toulouse et docteur en sociologie
 politique.
 Il a obtenu à Stockholm en 2017 sur la question irakienne.
 Il milite sur la question palestinienne, entre autres, depuis nombreuses années,
 et s’est impliqué, notamment, donc, vous l’avez compris, sur la question des
 missions civiles en Palestine et de la flottie.
 Une occasion, donc, de parler de la façon dont Gaza fut très tôt l’objet d’un
 blocus que certains, depuis plus de 15 ans, ont cherché à briser.
 Nous avons fait le choix de diviser cette entrevue en deux parties.
 Vous écoutez ici présentement la seconde, la première étant plus spécifique
 à la question des campagnes civiles internationales de protection du peuple
 palestinien, auquel Thomas va participer à partir du début de la seconde
 Nitifada. Et donc, cette seconde partie, elle est dédiée non seulement
 à cet engagement militant, mais également à sa prolongation à travers
 les flotties qui vont surgir après la guerre de 2009 à Gaza et qui
 vont se multiplier jusqu’à aujourd’hui.
 Bonne écoute.
 Cet épisode est dédié à la mémoire des neuf militants turcs tués,
 pour la plupart, à bout portant, sur le Mavi Marmara, le 1er juin 2010.
 Et je voudrais que tu fasses le parallèle.
 Tu disais tout à l’heure, on faisait en sorte que les gens reviennent.
 Et tu as évoqué ISM, donc l’organisation étasunienne précédemment.
 Je voudrais faire le point parce que c’est le début.
 Nous, on se trouvait en Palestine à cette époque là et ISM va connaître
 deux morts. Je vais commencer par celui qu’on oublie souvent, qui est
 Tom Hurndall, qui était britannique et qui a été tué à Raffa dans ce
 qui était devenu le corridor Philadelphie, c’est à dire la zone entre
 la frontière égyptienne et la bande de Gaza, qui va être rasée
 et qui va faire plusieurs centaines de mètres de largeur pour éviter
 les passages et vérifier qu’il n’y ait pas de tunnels.
 On sait aujourd’hui que tout ça n’a pas fonctionné pour l’armée
 israélienne et pour les égyptiens non plus.
 Mais Tom Hurndall va être tué par un sniper israélien en 2003.
 J’étais en train de rechercher la date.
 Il est tué le 11 avril 2003.
 Et légèrement avant, Rachel Corrie, qui est plus connue, a été, elle,
 écrasée, enterrée vivante par un bulldozer, à l’image de ce qui
 se passe aujourd’hui à Gaza ou au sud Liban, les fameux D9 qui sont
 des bulldozers militaires ou des caterpillars à l’époque parce qu’on
 n’avait pas encore militarisé vraiment les engins, mais qui détruisent
 des maisons, modifient les topographies, etc.
 Ces deux personnes, je fais un petit aparté.
 Quand les Iraniens ont lancé des missiles sur Israël, ils les
 faisaient au nom de gens de Palestiniens ou de gens qui avaient
 lutté pour la Palestine et deux missiles, c’est anecdotique, mais
 ont été tirés au nom avec les noms de Tom Hurndall et de
 Rachel Corrie sur Israël pour dire qu’en Iran, ces gens-là n’ont
 pas été oubliés. Moi, j’avais oublié le nom de Tom Urndell.
 Pourtant, finalement, je l’ai connu et pour dire que ça a été
 aussi quelque chose. Alors, ce n’était pas le même mobilisation
 en Europe par rapport à la mobilisation étatsunienne qui était
 plus celle de, je vais faire un raccourci, mais de boucliers
 humains, de gens peut-être moins formés politiquement, de
 gens moins formés. Je ne sais pas comment toi tu l’interprètes
 rapidement pour expliquer ces différences avec ISM.
 Moi, pour moi, les premières différences avec ISM, parce que
 bon, par ailleurs, on se côtoyait quand même beaucoup quand
 on était en Palestine dans cette période-là et tu faisais
 les missions civiles. Je veux dire, dès que tu participais
 à une manifestation dans les territoires occupés, tu
 voulais débloquer un checkpoint, tu voulais, bon,
 bref, il y avait des gens d’ISM, tu vois, et quand
 même, moi, tout le temps où j’y étais, même si on
 avait des désaccords, etc., même si on pouvait, et j’essaierai
 d’expliquer les désaccords ou les choses comme ça,
 n’empêche, on se retrouvait quand même côte à côte plein
 de fois sur plein de trucs et ça, c’est vrai, parce que
 je sais bien que la première dichotomie, enfin, ou en tout
 cas, le premier truc, c’est en termes d’image, c’est
 ce que tu dis, c’est en gros, ISM ont été beaucoup
 plus dans l’action pacifique, mais directe et
 c’est un peu plus en retrait, etc.
 Moi, je ne suis pas certain, mais par contre,
 effectivement, nous, il y avait deux choses, et c’est
 ça qui faisait qu’on avait du frottement avec ISM,
 c’est que nous, chaque mission civile, elle fonctionnait
 de manière, elle avait un programme politique en
 Palestine, il fallait qu’elle voie telle ou telle
 personne, tel groupe, tel machin.
 Il y avait a priori un programme qui faisait que
 tel jour, ils seraient à Djenin, ils y passeraient
 deux, trois jours, etc.
 Puis ensuite, l’idée, c’était qu’ils aillent à
 Naplouz rencontrer, je ne sais pas quoi, etc.
 Tu vois ce que je veux dire, en gros.
 Mais en fait, chaque mission était autonome parce
 que, y compris l’idée, c’était collectivement
 ce groupe d’individus de 10, 15, 20 personnes,
 ça dépendait, etc.
 Il fallait qu’ils s’autogèrent et il fallait
 que collectivement, surtout, ils se protègent et
 qu’ils décident de son niveau d’implication,
 de la prise de risque, s’il devait y en avoir une,
 etc.
 Donc là où nous, on trouvait qu’ISM, c’était
 extrêmement vertical, il y avait des sortes de
 direction internationale, puis une direction
 locale, etc.
 Un machin qui envoyait des individus.
 Et qu’il s’agissait en tant qu’individu.
 Il pouvait être deux ou trois ou quatre, mais voilà.
 Et donc, du coup, on fonctionnait pas du tout de la même
 façon. Et ce qui faisait que le frottement, il était là.
 Parce que des fois, on se retrouvait côte à côte dans
 une ville occupée.
 Moi, je me souviens quand on est arrivé dans la pelouse,
 on est passé avec des gilets de la croix rouge,
 les mains en l’air, ça tirait dans tous les sens.
 Bon, on s’est très vite retrouvé avec des gens d’ISM
 qui comprenaient pas que nous, avant de dire oui, on va
 faire telle action, on faisait une réunion,
 on discutait entre nous et puis on voyait si on allait la
 faire ou pas, comment joger, comme on pouvait,
 le niveau de sécurité.
 Là où eux, il y avait une décision qui avait été prise,
 je ne sais pas où, à Naplouse ou à Jérusalem, mais voilà.
 Et tout d’un coup, il y avait deux, trois individus
 qui allaient faire ce qu’on leur avait dit, enfin,
 ce qui leur avait été proposé de faire.
 Bon.
 Ça, moi, je pense, c’était le truc principal, en fait,
 là où, là où, sur le terrain, il y avait beaucoup de frottement.
 Après, sur, je pense, ça dépendait beaucoup des missions,
 en fait, je pense qu’il y avait des missions qui ont qui
 alla grand entre entre 2001 et 2004, parce qu’après,
 on va voir que les 2005, les choses, elles changent
 quand même, y compris sur place.
 Mais je pense qu’il y avait des missions qui participaient
 à beaucoup plus de.
 De confrontation, si on peut appeler ça,
 confrontation, de comment dire, de
 j’arrive pas à trouver d’action civile non violente.
 On va dire d’action civile non violente.
 Il y avait des missions qui, voilà, les camarades qui
 empêchent les Israéliens de rentrer dans l’hôpital de
 Ramallah, etc.
 Voilà, ils se confondent quand même.
 Voilà, moi, je me souviens d’avoir fait des manifs où
 on a réussi à faire, entre
 guillemets, à démanteler un checkpoint,
 comment dire, provisoire de l’armée israélienne.
 Il y avait des manifs, etc.
 Je veux dire, les camarades qui faisaient la récolte des olives
 et qui se battaient, qui se faisaient plutôt taper dessus
 plutôt que se battait, mais avec les colons, etc.
 En termes de
 confrontation et de risque, etc.
 C’était quand même un assez haut niveau.
 Mon propos n’était pas de dire que les missions
 civiles n’étaient pas dans cette forme d’engagement.
 Mon propos était plutôt sur celui.
 J’ai utilisé le terme de bouclier humain.
 J’ai l’impression ou j’avais l’impression
 qu’ISM était plutôt sur une philosophie où ils pensaient
 eux qu’ils pouvaient faire des choses et changer la donne.
 Et j’avais l’impression que le niveau de débat était surtout
 entre les missions civiles et ISM de dire
 mais les Palestiniens le font, les Palestiniens l’ont déjà fait.
 Ce que vous faites ne va pas révolutionner si les
 Palestiniens ne le font pas.
 En fait, moi, j’essayais de comprendre ISM comme un mouvement
 qui n’avait pas acculturé des pratiques
 palestiniennes et qui pensaient.
 Alors, je dis pas qu’ils allaient leur apprendre,
 mais qu’ils allaient, eux, changer la donne par leur action
 et que leur passeport, pour le coup,
 étasunien, australien, anglais, c’était des anglophones,
 pour le coup, pas du tout de l’Europe latine,
 comme tu l’as précisé, les protéger.
 Et c’est vraiment, en fait,
 une forme de supériorité par le passeport.
 Nous, on est à part dans ce conflit et j’ai l’impression
 qu’au sein des missions civiles, le discours était de dire
 finalement, vous courez quasiment les mêmes risques
 que les Palestiniens, sans faire de l’héroïsme ou de choses.
 C’était dire la situation n’est pas un jeu.
 La situation n’est pas un jeu.
 Les gens meurent quotidiennement
 sans qu’on puisse même comprendre pourquoi.
 Pour moi, la mort de Tom et celle de Rachel
 est symbolique, non pas de la mort d’internationaux
 parce qu’ils ne sont que deux à mourir,
 mais elle est symbolique d’un sociocide palestinien
 au quotidien, je dirais, avant, et on va y venir à 2009
 et aux opérations qui sont menées par la mairie israélienne à Gaza,
 un assassinat des meurtres à bas niveau,
 basse intensité, comme ça où on tue tous les jours
 à un checkpoint, sur la route,
 dans une opération de police, dans…
 Voilà, on tue les Palestiniens et pris là-dedans,
 sont morts également de deux occidentaux
 qui, pour le coup, menaient des actions de solidarité.
 Mais c’est surtout là que je voulais faire
 la différenciation entre les deux mouvements.
 Non, mais sans doute, tu as raison, en réalité, là-dessus,
 sur au moins la différence de…
 Je pense qu’à ISM, il y avait une volonté, effectivement,
 pas de mise en scène, mais de… Comment dire ?
 Il y avait quelque chose de l’ordre de…
 On va avoir une action transformative, au moins symboliquement, etc.
 et qui va avoir des répercussions
 aux Etats-Unis médiatiquement.
 Et donc, effectivement, on n’hésite pas à…
 Voilà, à, comment dire, à organiser…
 Ouais, à organiser une certaine confrontation,
 ou en tout cas, à participer à une certaine confrontation
 avec l’armée israélienne,
 et y compris, même, effectivement, à se mettre dans une position…
 Alors, je n’irai pas jusqu’à dire à se mettre en position de martyr,
 mais en tout cas…
 Mais ça, il y a un côté très anglo-saxon là-dessus, sur…
 Je trouve que c’est…
 Voilà, avec ses bons et ses mauvais côtés,
 c’est-à-dire que, en gros,
 ce rapport de, entre guillemets, la…
 sorte de non-violence…
 Je n’irai pas jusqu’à dire sacrificielle, mais où…
 On retourne un peu…
 Voilà, la violence du fort contre lui-même,
 parce que, justement, elle est médiatisée
 et elle devient choquante, etc.
 Bon, ça, c’était, effectivement,
 je trouve que c’est assez américain et anglo-saxon,
 comme façon de fonctionner.
 Et, du coup, oui, c’était…
 Ça faisait partie des accords
 et des débats qu’on avait avec eux,
 parce qu’effectivement, nous, on pensait que…
 Nous, si on… Comment dire ?
 C’était les Palestiniens qui devaient nous dire
 ce qu’on devait faire et ce qu’on pouvait faire.
 Et pas nous, qui allaient décider
 que, par exemple,
 eh bien, il fallait ouvrir tel checkpoint, etc.
 Après, c’est quand même assez rigolo,
 parce que ISM, ce n’est pas des petits blancs
 qui l’ont créé.
 C’est quand même des Palestiniens,
 Américains, etc.
 Mais je pense, effectivement,
 des Palestiniens emplis d’une culture militante américaine.
 Et donc, effectivement, cette histoire du passeport.
 Mais nous, on l’avait un petit peu aussi,
 quand même, cette histoire du passeport.
 Moi, je me souviens d’être sorti dans la vieille vie de Naplouse
 avec mon passeport français
 pour aider des gamins Palestiniens
 qui étaient en train de se faire tirer fin, voilà.
 Et bon, en fait, ça, ça marche en 2001,
 ça marche en 2002,
 ça marche tout, en 2003.
 Et puis après, on sait que ça ne marche plus.
 Parce qu’y compris, on s’est tous fait arrêter, tabasser,
 tirer dessus largement, mais pas blessé.
 Parce que par ailleurs, moi, je pense que les morts d’ISM,
 c’est volontaire.
 Je pense que les Israéliens savent tout à fait ce qu’ils font.
 C’est pas dans le feu de l’action, une balle perdue, etc.
 Non, non, c’est parce qu’ils envoient un signal aussi.
 Parce qu’à ce moment-là, je pense qu’entre 2001 et…
 Comme tu le dis, au début, ils comprennent pas ce à quoi ils ont affaire.
 Voilà des internationaux qui arrivent de France, des États-Unis,
 d’Angleterre, d’Italie.
 Les Italiens, ils étaient très forts.
 Les premières missions, ils y vont en fanfare.
 Faut voir quand même le truc.
 Y a un avion de 40 personnes qui atterrit.
 Ils ont la fanfare, le machin, etc.
 Ils vont se balader en Palestine.
 Enfin, bon, assez vite, Israël trouve les moyens
 parce qu’ils comprennent quand même,
 ils comprennent la valeur symbolique que ça a.
 Et donc, un an donné, il faut qu’ils trouvent les moyens
 de mettre un terme, ou en tout cas de…
 Plutôt que de mettre un terme,
 parce qu’ils savent qu’ils peuvent pas exactement mettre un terme,
 mais c’est refrainer au maximum, réduire au maximum
 ces internationaux qui viennent en Palestine, etc.
 Donc, ils s’y prennent de plusieurs façons.
 Au début, les missions civiles, mais même à ISM,
 ils partent, ils mettent tout le monde dans le même avion.
 Et puis, on atterrit à l’aéroport de Lodz, et voilà.
 Non, je dis Lodz, mais c’est Ramlet, en fait.
 L’aéroport, non, il est à Lodz, à Lidda.
 Ouais, c’est Lodz, j’avais un doute.
 Et à partir de 2002, où je crois…
 Ouais, 2002 déjà, dès qu’il y a un avion
 dans lequel il y a une vingtaine ou une trentaine d’internationaux
 déclarés, et ils font pas atterrir l’avion,
 ils le renvoient directement là d’où il vient.
 Donc, du coup, on est obligé de transformer la façon dont on part en Palestine.
 C’est-à-dire que là, on organise des missions
 où les gens arrivent par des avions séparés,
 sans dire qu’ils font partie des missions civiles,
 sans dire qu’ils vont aller en Palestine.
 On établit, maintenant, on peut le dire, il n’y a pas de souci.
 On établit des légendes, en fait, pour les gens.
 Parce que c’est comme ça que ça se passe.
 On établit une légende qui s’appuie sur des choses vraies.
 Mais qui serait vérifiable au retour.
 C’est-à-dire que les gens vont faire semblant,
 pendant leur parcours en Palestine, d’aller faire la chose qu’ils doivent faire,
 qui sont souvent des choses religieuses ou des choses professionnelles.
 De manière, au retour également,
 pouvoir passer le questionnaire du shabak, du Shin Bet,
 des renseignements intérieurs à l’aéroport,
 qu’ils ont également passé à l’allée.
 Parce qu’il y a des gens qui avaient l’optique
 de revenir.
 Je pense notamment aux gens de la FSGT,
 la fédération sportive de communistes.
 Oui, mais pas que.
 Oui, mais par exemple, parce qu’ils étaient à Ebron.
 Ils y sont toujours, j’imagine.
 Et donc, ils retournaient chaque été faire du sport avec les jeunes à Ebron.
 Ils étaient déjà très présents en l’an 2000.
 Et donc, il faut pouvoir y retourner.
 Ce n’est pas des missions uniques.
 Donc, à un moment, si tu n’as plus les cadres et les gens qui peuvent y retourner,
 ta mission s’arrête.
 Et donc, il fallait qu’ils montent.
 Honteusement sur le pourquoi, le comment, où, etc, etc.
 Donc, c’était…
 Oui, mais de façon, il fallait mentir honteusement,
 parce que de toute façon, à l’arrivée
 dans l’aéroport israélien,
 si tu ne mentais pas honteusement,
 tu ne rentrais pas, tu ne mettais pas les pieds sur le sol.
 Tu remettais dans un avion et tu repartais.
 Et effectivement, au retour,
 tu te tapais quatre heures d’interrogatoire ou plus.
 Et si, effectivement, ils avaient décidé que non,
 toi, tu as été un militant ou une militante
 d’émissions civiles ou d’ISM, etc,
 c’était fini, tu ne remettrais plus les pieds en Israël.
 Et ça, effectivement, ils mettent ça en place.
 Entre 2001 et 2003,
 c’est-à-dire que, en gros, tout un système où…
 Bon, ils ont les moyens, c’est un État.
 Et donc, ils ont la puissance de l’État.
 Et donc, ils mettent les moyens pour s’assurer
 qu’en gros, ils maîtrisent le flux des militants internationaux
 qui vont aller en Palestine les faire chier
 parce que, typiquement, c’est vu comme ça
 et médiatiser la violence de l’occupation, voilà.
 Donc, un, on essaye de les empêcher à l’arrivée
 ou de les choper au retour,
 mais comme ça, pour se dire,
 celui-là ou celle-là, elle ne mettra plus les pieds chez nous.
 Ça, c’est la première chose.
 Deux, entre 2001 et 2003,
 on s’aperçoit qu’il y a de plus en plus de camarades
 des missions civiles qui se font arrêter,
 voire violentés, voire les deux,
 et qui sont expulsés d’Israël, etc.
 Et puis, il y a aussi, effectivement…
 Parce qu’il y a deux morts, mais il y a plusieurs épisodes
 où, en réalité, il y a des gens qui sont blessés
 plus ou moins gravement, etc.
 Et donc, ça, c’est aussi un message pour dire…
 Non, mais ne venez plus dans… Voilà.
 Jusqu’au point où, à un moment donné,
 à partir de, je crois que c’est 2008, 2009,
 ou quand tu rentres en…
 Quand tu arrives à l’aéroport israélien,
 tu signes un papier où tu dis
 « Je n’irai pas dans les territoires occupés. »
 Voilà. Moi, je viens en Israël,
 mais je vous promets que je n’irai pas
 dans les territoires occupés.
 Pourquoi ils te font signer ce papier-là ?
 Parce qu’effectivement, s’ils te choppent
 dans les territoires occupés, c’est l’expulsion directe
 et l’interdiction de séjour pendant 10 ans.
 Je rappelle, je fais un petit aparté sur ce cas-là.
 Je n’en ferai pas des caisses ici
 parce que je consacrerai un épisode à cette jeune fille,
 une jeune Israélienne venant d’une famille de droite
 qui va se rendre à Jénine
 et qui va se solidariser avec des Palestiniens
 qui font notamment un groupe de théâtre.
 On reviendra, qui a été connu
 parce qu’il y a un magnifique film qui s’appelle
 « Les enfants d’Arna »
 qui parle de la vie, de l’expérience de ces gens-là.
 Et elle va sympathiser avec des jeunes de ce théâtre
 qui deviennent des résistants dans la ville de Génine,
 dont Zakarias Zoubeidi, qui est l’un des responsables,
 qui devient, qui est très jeune,
 mais qui devient par élimination des cadres supérieurs,
 l’un des responsables militaires des comités populaires,
 des brigades des martyrs d’Al Aqsa,
 la branche militaire du FATAH.
 Et elle, en fait, prend sa voiture et débarque à Jénine.
 Et en fait, elle n’est ni prise en otage,
 ni mangée crue, ni torturée, ni quoi.
 Elle est accueillie, les gens lui servent un café,
 elle mange, elle reste.
 Et les Israéliens vont finir par mener une opération
 pour l’arrêter à Jénine.
 Elle va devoir se rendre
 parce qu’elle comprend que les gens qui l’accueillent sont en danger.
 On parle de plusieurs semaines ou plusieurs mois.
 Peut-être qu’elle a passé.
 Là, je n’ai plus la temporalité en tête.
 Mais pour dire que ce mouvement de solidarité,
 y compris quand il concerne des Israéliens,
 il devient une menace pour les Israéliens
 à tel point qu’elle va faire de la prison
 pour collusion avec l’ennemi.
 Je n’ai plus les termes exacts.
 Et que fait incroyable un moment de négociation,
 de libération des prisonniers palestiniens au camp de Jénine.
 Les gens vont mettre son nom sur la liste des prisonniers à libérer.
 Donc les palestiniens vont négocier la libération d’une Israélienne
 en disant juste non, non, mais elle, elle est bien.
 Elle avait été solidaire avec nous.
 Elle est en prison, il faut la libérer.
 Je ferai un épisode complet sur cette fille-là
 parce qu’elle a, en fait, Jénine nécessite de donner un focus
 sur ce qui s’est passé à ce moment-là,
 sur la solidarité, etc.
 Mais tu parlais de 2009
 et de la difficulté à se rendre en Palestine
 et sur aussi l’intensification de la guerre, notamment à Gaza.
 Parce que pour le coup,
 on a parlé de l’opération Rempart au début de l’intifada sur la Cisjordanie.
 Ensuite, la guerre va se reporter
 comme elle est actuellement de plus en plus sur Gaza.
 Et c’est l’époque, je fais un petit passage dans le temps,
 mais également on change de modalité.
 C’est l’époque où vont naître les premières flottilles.
 Oui, mais alors je suis obligé de faire un tout petit aparté avant
 parce qu’on ne peut pas imaginer l’épisode des flottilles
 sans aussi faire le lien sur l’international.
 L’émission civile, ISM, etc.
 En réalité, on se retrouve en Palestine,
 mais on va se retrouver aussi dans ce qu’on va appeler
 le mouvement altermondialiste, etc.
 qui émerge lui aussi à la fin des années 90
 et qui va prendre son essor tout au long des années 2000
 puis ensuite Périclita, Périclitra, pardon.
 Et donc le truc, c’est que nous, l’émission civile, etc.
 on se retrouve très vite en lien avec des organisations internationales,
 des associations, des mouvements, etc.
 Le mouvement altermondialiste secret,
 pour aller très vite au mouvement altermondialiste,
 c’est effectivement une sorte de rassemblement international,
 à la fois politique, social, d’organisations, d’associations, de syndicats, etc.
 dont le leitmotiv est « Un autre monde est possible »,
 mais qui essaye de lutter de manière internationale
 contre le système international ultra libéral, capitaliste.
 Et il y a quand même des points importants.
 Le premier, c’est le mouvement international contre la guerre en Irak en 2003,
 où on est un ensemble d’organisations qui sont déjà
 soit présentes au Moyen-Orient, soit de toute façon
 sur une ligne de solidarité internationale, etc. très forte,
 et qui feront qu’on crée un mouvement mondial contre la guerre,
 on aura la fameuse manifestation, je crois que c’est le 20 février 2003,
 juste avant le déclenchement de la guerre,
 où il va y avoir des dizaines de millions de personnes
 qui vont manifester sur l’ensemble de la planète,
 contre la guerre, etc.
 Mais donc, des liens secrets,
 à la fois parce qu’on rencontre des autres organisations et associations en Palestine,
 mais aussi parce qu’on se rencontre dans le cadre des réunions internationales
 de ce mouvement altermondialiste, etc.
 Des liens secrets entre différentes organisations,
 notamment qui travaillent sur la Palestine.
 Comme tu le disais, à partir des années 2005-2006,
 puis de plus en plus difficile, 2008-2009,
 d’envoyer des gens en Palestine,
 on peut toujours en envoyer quelques-uns,
 mais ça devient de plus en plus difficile d’envoyer des groupes,
 ou de créer même des groupes sur place, etc.
 Et puis il y a effectivement, Gaza,
 le fait que la répression, ou la guerre plutôt,
 parce que là, ce n’est même plus de la niveau de la répression,
 il y a une guerre, c’est-à-dire,
 effectivement, on a parlé d’opération remport,
 parce qu’après tout, pour aller très vite,
 mais l’occupation en Palestine,
 elle varie entre ce que tu expliquais tout à l’heure,
 le sociocide a bas bruit, un mort par-ci, un mort par-là,
 des gens qui seront emprisonnés de manière massive,
 puis relâchés, etc.
 Bref, pour une grande part torturés et tout.
 Et puis des épisodes de guerres ouvertes,
 ultra violentes et destructrices,
 l’opération rempart, etc.
 Et donc à Gaza, depuis 2005,
 le Hamas a gagné les élections, etc.
 Il y a un blocus total de la bande de Gaza
 organisée par Israël.
 Il y a eu le retrait des colonies juives à Gaza, etc.
 Donc Gaza est devenue une grande prison à ciel ouvert
 et régulièrement,
 les Israéliens font ce qu’ils appellent
 « tondre la pelouse ».
 C’est quand même l’expression consacrée,
 c’est-à-dire qu’il y a une période de guerre chaude
 dans laquelle ils vont bombarder,
 tuer massivement.
 Alors, je veux dire, le nombre des opérations,
 je ne sais pas combien,
 mais tous les ans ou tous les deux ans,
 il y a pendant un mois ou deux mois
 une opération extrêmement violente
 de l’armée israélienne,
 généralement qui démarre
 parce qu’il y a eu un ou deux tirs
 de roquettes palestiniens
 depuis la bande de Gaza,
 mais qui, pendant toute cette période,
 ne n’occupe pas de grands dommages à Israël,
 mais cela donne l’occasion à Israël
 de détruire en masse une partie de Gaza.
 Et donc, d’un point de vue international,
 on prend conscience que
 il y a la réalité des territoires occupés
 en Cisjordanie,
 mais il y a celle de Gaza.
 Et que là, Gaza,
 c’est une grande prison à ciel ouvert
 dans laquelle il y a 2 millions de personnes
 et qu’on ne peut plus…
 Là où, avant, jusqu’encore
 au début des années 2000,
 il était possible d’aller à Gaza,
 possible de rentrer,
 nous on a envoyé tout un tas de missions civiles
 qui sont allées à Gaza,
 à partir de 2005, c’est terminé.
 Plus personne ou presque
 ne rentre, ne sort de Gaza
 à part que les ONG
 type Croix-Rouge,
 Médecins Sans Frontières,
 Habilité,
 mais là où, avant,
 on pouvait envoyer des missions civiles
 donc des quidams, des gens, etc.
 Bon là, c’est terminé.
 Et donc, il y a cette volonté
 à la fois
 de dire que ce n’est pas possible,
 on ne peut pas avoir 2 millions de personnes
 qui sont complètement à l’isolement
 du reste de la planète.
 Et d’abord, ce blocus,
 il est illégal,
 la situation, elle est inhumaine,
 et donc ce n’est pas possible de laisser ça comme ça.
 Et deuxièmement,
 nos gouvernements, une fois de plus,
 ont une responsabilité monumentale.
 Et la communauté internationale,
 mais en particulier nos gouvernements occidentaux,
 français, anglais,
 américains, etc.,
 c’est eux qui organisent, de fait,
 ce blocus. En tout cas,
 c’est eux qui permettent à Israël
 d’organiser ce blocus.
 Donc, il faut
 organiser quelque chose
 qui va permettre à la fois
 de mettre le focus sur Gaza,
 de dire, regardez ce qui se passe à Gaza,
 il y a un blocus, c’est dégueulasse,
 des gens sont
 emprisonnés
 sur leur terre,
 et nos gouvernements ne foutent rien.
 Et là, en fait,
 en 2008,
 il y a une toute petite coalition
 qui commence à se créer,
 avec des camarades grecs qu’on connaît
 parce que certains ont participé aux missions civiles,
 mais aussi parce qu’on se connaît
 du mouvement anti-guerre contre l’Irak
 et des forums qu’on a organisés, etc.,
 dont certains,
 dont un, Pisias
 Evangelis,
 est une figure militante
 de l’internationalisme et du soutien
 avec la Palestine, mais depuis les années
 80, et encore avant,
 qui a vécu
 au Liban, etc.
 Bref, voilà.
 Et
 quelques militants,
 des anglais,
 effectivement, des gens qui sont à ISM,
 Wajda, Valaf, et d’autres.
 Bref, ces gens-là,
 Kayomi,
 Butterfly,
 bref, d’autres.
 Et ces gens-là
 chopent un bateau
 et partent à Gaza.
 Et ils réussissent à y arriver.
 Alors, il y a tout un film qui s’appelle
 Gaza We Are Coming, qui explique
 comment ils se sont débrouillés pour le faire.
 Mais ce qui est incroyable,
 c’est qu’ils arrivent dans le port de Gaza,
 qui à l’époque est encore un port.
 Et en fait, là aussi, ils prennent
 les Israéliens par surprise,
 qui ne savent pas comment réagir à ce truc-là.
 Alors, ils leur font peur,
 ils font semblant de les attaquer,
 ils jamment leurs communications,
 etc., mais
 en gros,
 ils les laissent arriver à Gaza.
 Donc à Gaza, c’est la folie furieuse,
 tout le monde est super heureux, etc.
 Et ils repartent.
 Et ils repartent en bateau,
 il reste quelques semaines, et puis
 quelques jours, je sais plus, deux semaines, je crois.
 Et ils repartent en bateau,
 voilà.
 Et donc forcément, quand ils arrivent,
 ils reviennent en Grèce, et là, ils disent
 non, mais en fait, on l’a fait avec un bateau,
 en fait, ça ne suffit pas,
 il faut le faire avec 15, 20, etc.
 Et donc là, se monte la première coalition
 internationale pour briser
 le siège de Gaza par la mer.
 Et donc, elle va se créer,
 et là, du coup,
 très rapidement, là où
 c’était un bateau
 avec une petite coalition
 de plus de militants que d’organisations,
 on va passer à un stade
 où effectivement,
 des coalitions nationales
 vont se créer,
 en Suède, en Angleterre,
 aux États-Unis,
 en Grèce,
 en Turquie. Alors ça aussi, c’est extraordinaire
 parce que, voilà,
 une coalition qui réunit
 l’organisation grecque
 et l’organisation turque, alors que
 entre la Grèce et la Turquie, vous êtes toujours
 dans une sorte de guerre froide,
 y compris avec
 l’affaire de Chypre
 qui n’est pas résolue, et donc,
 je veux dire, une vraie guerre froide
 qui existe entre les deux, mais donc,
 du coup, ça,
 d’autres organisations, plus des militants
 comme moi et d’autres, etc.,
 qui viennent filer un coup de main
 sur l’organisation
 de cette flottille. Mais sachant qu’en France,
 très francement, la première,
 celle de 2009, qui aura un
 retentissement mondial,
 en France, aucune
 organisation, réellement,
 ne rentre là-dedans. Tout le monde
 pense que c’est un peu,
 comment dire, un truc
 farfelu, en réalité,
 du point de vue
 du mouvement militant français.
 Qu’est-ce que c’est que cette
 histoire d’envoyer des bateaux ?
 C’est trop compliqué ?
 Qui sont ces gens ?
 Enfin, bref, je sais que moi, je fais
 le tour de
 tout un tas d’organisations
 qui sont inscrites dans le mouvement de solidarité
 avec la Palestine.
 Et, comment dire, à ce moment-là,
 personne ne me rigolonnait, mais enfin,
 tout le monde me dit merci,
 on se rappelle,
 et personne ne me rappelle.
 Mais en tout cas, ça prend dans plein d’endroits.
 Et toujours est-il que
 au début du
 printemps,
 on est en capacité
 de mettre sur l’eau une dizaine
 de bateaux,
 dont trois cargos,
 parce que, voilà,
 trois cargos qu’on charge
 de matériel humanitaire,
 de maison
 en préfabriqué,
 de matériel
 métical, etc.
 Et puis, il y a aussi
 le fameux Mavi Marmara,
 qui est un bateau turc,
 qui est en fait une sorte
 de bateau de… comment on appelle ça ?
 Un porte-contenaire ?
 Pardon, un bateau de croisière.
 Oui, c’est un bateau de croisière
 sur lequel il y a
 presque 600
 passagers, 500 passagers.
 Voilà.
 Et donc, on a ça,
 plus plein de petits bateaux
 et ces trois cargos, etc.
 Et en fait,
 l’idée, c’est de dire, bon,
 écoutez, là,
 ces gens,
 je me souviens, en 2009,
 je ne me souviens pas le nombre de l’opération,
 mais il y a eu une opération militaire
 israélienne assez dure
 contre Gaza, etc.
 Voilà, maintenant, il faut reconstruire.
 Ces gens-là, ils ont besoin
 de matériel médical,
 de fournitures scolaires.
 Enfin bref, nous, on apporte tout ça.
 On apporte tout ça, et puis,
 voilà, quoi.
 Et on part.
 Et donc, à ce moment-là, on a l’appui,
 enfin, l’appui.
 Le gouvernement grec laisse faire.
 Parce que c’est encore
 la gauche, c’est le PASOK
 qui dirige le gouvernement à l’époque.
 Et historiquement,
 il y a quand même des liens
 assez forts.
 Le PASOK, à l’époque, c’est
 la gauche de l’international socialiste
 et il y a quand même une sympathie
 vis-à-vis de la cause palestinienne, etc.
 Par contre, ce que le gouvernement
 grec voit d’un mauvais œil, c’est plutôt
 le lien avec les Turcs, voilà.
 Mais bon, résultat des courses,
 on nous laisse partir.
 Tous les bateaux, sauf un cargo
 et le Mavi Marmara
 partent de Grèce.
 Eux, ils partent de Turquie. On se rejoint
 en dessous de Chypre.
 Et puis, on fonce
 vers Gaza.
 Et là, on est attaqué
 par la marine
 de guerre israélienne,
 c’est-à-dire sous-marins,
 frégates,
 commandos
 de marine
 israélien en hélicoptère,
 en zodiac.
 Et ça se passe très très mal parce que
 c’est une opération militaire qu’ils font.
 Mais ils font une opération militaire contre des civils.
 Et puis, je pense qu’en plus,
 ils le font…
 Voilà, ils n’ont aucune idée de
 comment gérer ça.
 Et je pense qu’ils s’en fichent par ailleurs
 de savoir comment gérer ça, etc.
 Je pense que l’idée, c’est d’envoyer un signal
 très clair.
 Et donc, ils attaquent
 tous les bateaux.
 Et puis,
 et notamment sur le Mavi Marmara,
 qui est donc ce bateau turc,
 il y a neuf morts.
 C’est-à-dire que
 les commandos de marine tirent dans le tas,
 sauf qu’ils tirent pas dans le tas,
 parce que sur les neuf morts, il y en a trois
 qui sont tués à bout portant.
 Deux
 ou trois autres qui sont snipés
 depuis les hélicoptères.
 Donc c’est terrible.
 Tout le monde se fait taper dessus, etc.
 Il y a des blessés graves.
 Mais sauf que…
 Et ils nous kidnappent tous.
 Et ils nous envoient
 dans une prison, dans la plus grosse prison
 du Negev, où on a une aile
 directement, rien que pour nous.
 Et on se retrouve
 emprisonnés.
 Sauf que là aussi, ça fait
 grand bruit, quand même.
 C’est-à-dire que
 ça scandalise l’opinion
 internationale, parce que c’est
 de la piraterie en Haute-Mer, parce que c’est
 un État qui envoie son armée contre
 des civils. Alors, évidemment,
 la propagande israélienne dit
 que, mais pas du tout, c’était pas des civils,
 c’était des barbares pro-hamas.
 Ils étaient armés.
 Moi, je me souviens, j’étais sur un cargo grec.
 Donc ils prennent le cargo d’assaut,
 ils nous tapent dessus, ils nous tirent dessus.
 C’est là où je dis que, de toute façon,
 ils savaient très bien ce qu’ils faisaient, parce que nous,
 bien sûr, on s’est fait menacer
 et ça a tiré en l’air
 des vrais balles, etc.
 Mais quand ils sont montés
 sur le bateau, ils y sont allés à coup de tasseur
 de paintball et
 de beanbag.
 C’est-à-dire que
 personne d’entre nous s’est fait
 tirer dessus
 directement, à l’arme à feu, etc.
 sur le bateau.
 Par contre, dès qu’on a
 dressé une oreille,
 commencé à montrer un moment
 d’opposition, on se faisait taser,
 taper dessus à coup de cross,
 tirer dessus au paintball ou machin.
 Mais voilà, c’est là
 où le bateau turc, ils y sont allés
 directement à la munition
 de guerre.
 Mais donc, bref, ils prennent le balle,
 le cargo, etc.
 Et à un moment donné,
 il y a un des soldats, un des commandos
 qui arrivent, tout fiers de lui,
 et qui posent sur le pont du cargo
 une couverture
 et ils posent ça et ils disent
 « Vous voyez là, ça c’est tout de vos armes ! »
 Et ben oui, il avait trouvé
 la hache de marine
 sur n’importe quel cargo,
 il avait trouvé
 les couteaux de cuisine,
 et là,
 c’était toutes nos armes.
 Bon, c’était ridicule évidemment, mais
 voilà,
 ça faisait partie de leur propagande.
 Mais du coup, ça scandalise quand même
 l’ensemble de la communauté internationale,
 ça oblige le gouvernement français
 à dire non, c’est pas possible,
 à Obama de convoquer
 à l’époque, c’est déjà
 il me semble Netanyahou,
 je vais pas dire de bêtises,
 ouais, c’est Netanyahou, il me semble,
 qui s’excuse
 platement, etc.
 On est assez vite,
 on passe quand même quelques jours en taule,
 là où au départ
 ils avaient prévu des procès,
 on est assez vite
 expulsé chez nous,
 mais du coup,
 c’est un gros rentrantissement mondial.
 Moi, je me souviens,
 à l’époque, je travaillais entre les Philippines
 et la France, aux Philippines,
 il y a des gens qui se baladent avec ma photo,
 voilà, parce que
 bon, bref,
 mais non,
 c’est un gros retentissement, et surtout,
 on est pas,
 on vient à peine d’arriver,
 on sort à peine
 de la prison israélienne que
 partout, dans tous les pays,
 les gens
 disent, ok, on repart quand ?
 Et donc, du coup, on relance une flottie
 pour le coup, bien, avec beaucoup plus de pays,
 beaucoup plus forte,
 et nous, on fait une campagne
 en France où
 on récolte 800 000 euros,
 enfin, 700 000 euros,
 même pas un an,
 parce qu’on démarre, moi, je me souviens,
 2009, c’est l’été 2009,
 ça doit être en juin ou un truc comme ça,
 on commence
 à monter la prochaine flottie
 en août,
 et
 en juin de l’année d’après,
 on est en capacité
 d’acheter deux bateaux français,
 de mettre une centaine de personnes sur ces bateaux,
 etc. Pareil partout,
 mais on fait une erreur
 tactique majeure,
 c’est qu’on
 voit pas que, pourtant,
 on y est en Grèce, mais que
 en Grèce, c’est la crise
 avec la Troïka, etc., une crise
 d’économie violente, le gouvernement
 change,
 et surtout,
 il plie face à Israël,
 et du coup,
 là, on va comprendre
 la tactique israélienne, qui est d’empêcher
 que les bateaux partent,
 et en réalité, ils réussissent à 99%,
 puisqu’on a quand même réussi
 à envoyer un bateau,
 qui s’est fait lui choper
 au large des côtes de Gazaoui
 par les Israéliens,
 mais il n’empêche
 que pendant un an, on fait une campagne
 internationale dans chaque pays,
 en France, c’est hallucinant quand on regarde
 le 2010, il y a
 pendant un an,
 une manifestation,
 un
 ciné-débat,
 un tournoi
 de foot,
 un concert,
 des trucs dans les églises,
 dans les mosquées, ailleurs,
 sur Gaza,
 la flottie, le blocus, etc.
 C’est en fait une énorme
 campagne de mobilisation.
 La flottie,
 elle est empêchée
 administrativement,
 en fait, on vous met
 des défauts de pavillon, des défauts d’assurance,
 vous ne trouvez plus d’assureur, vous ne trouvez plus d’armateur,
 vous ne trouvez plus… Voilà.
 Vous êtes prêts, vous avez les bateaux,
 mais c’est tous les détails techniques qui vous empêchent
 de quitter le port, de prendre la mer dans les eaux territoriales.
 Exactement,
 c’est à dire que
 c’est là où
 on a fait une erreur,
 c’est de mettre tous nos bateaux,
 la plupart de nos bateaux en Grèce,
 et en fait,
 on se retrouve,
 c’est là où j’avais une connaissance
 assez réduite
 des lois maritimes,
 mais notamment,
 tout ce qui était
 la sécurité,
 le poids administratif
 de envoyer un bateau,
 mais ce qui est normal aussi,
 envoyer un bateau avec des gens dessus,
 et où, bah oui,
 pendant deux mois,
 toutes les semaines,
 on avait
 l’inspection du port
 qui descendait sur notre bateau
 et qui nous disait,
 la première semaine, ils nous ont dit
 tous vos extincteurs,
 du bateau,
 ils n’ont pas la bonne couleur.
 Comment ça, ils n’ont pas la bonne couleur ?
 Ils disaient, non, ce n’est pas le pomme orange.
 Regardez,
 ce n’est pas ça.
 Vous repeignez tous les extincteurs,
 et nous, on revient dans une semaine
 pour voir s’ils sont à la bonne couleur.
 Alors, bon, tu faisais ça.
 Et après, ils arrivaient,
 ils disaient, oui, d’accord,
 mais dites-moi,
 il y a un problème
 quand même avec,
 je ne le souviens plus, mais c’était
 des détails à la com.
 C’est ça, c’est des détails administratifs,
 de règlement, de marines.
 On se revoit dans 15 jours,
 puis on verra si vous avez réglé ça.
 Et puis, enfin, etc., etc.,
 jusqu’au moment où tu comprends
 que tu ne vas jamais partir.
 Parce qu’en fait,
 l’État, il a tout en main,
 s’il veut plus le fait qu’à un moment donné,
 effectivement, l’histoire des assurances.
 Et ça, c’était…
 Là aussi, tu vois,
 la force de frappe de l’État israélien,
 mais aussi les complicités
 des États internationaux.
 C’est eux qui ont appelé, tu vois,
 Véritas, etc.,
 un machin qu’ils auront dit.
 Vous avez ça,
 ou les pavillons,
 où tu te retrouves dépavillonné.
 Donc, tu ne peux pas prendre la mer.
 Ah, non. Et donc, par exemple,
 les Américains, du coup, on dit
 fuck off, on est Américains, on se barre.
 Et eux, ils ont pris des commandos grecs
 sur la guéphale.
 Oui, parce qu’ils étaient sur un acte
 de type piraterie dans les eaux terrestriales.
 Sans port, sans autorisation,
 sans machin, etc.
 Et du coup, ils ont pris carrément
 les commandos grecs.
 Et il faudrait faire
 rapidement, parce qu’on arrive au bout
 de notre entretien,
 un lien entre
 cette flottille-là
 et puis les flottilles
 actuelles, faire un pont entre
 les difficultés et les
 résonances politiques de ces
 différents mouvements.
 Il y a plusieurs choses. D’abord, il faut se
 rendre compte que, oui, là, on a reparlé
 des flottilles depuis un an et demi,
 enfin presque, oui, un an et demi,
 parce qu’il y a des flottilles qui sont
 parties, qui ont eu, pareil, un grand
 retentissement. Mais en fait,
 entre 2011
 et
 2025,
 c’est-à-dire
 ces nouvelles flottilles, 14 ans,
 mais il y a des bateaux chaque année
 qui sont partis depuis l’Europe,
 en direction de Gaza,
 ont été interceptés, les gens envoyant
 tolls, etc. Et puis,
 ça n’a jamais arrêté.
 Mais effectivement, il n’y avait pas
 le souffle pour
 pouvoir faire une vraie
 flottille dans laquelle tu mets 10, 15,
 20 bateaux et t’avances,
 etc. D’abord parce que ça coupe
 de l’argent, beaucoup d’argent,
 et puis parce que
 c’est très compliqué à mettre en œuvre,
 etc. Ce qui est assez
 intéressant, c’est que 2025,
 d’abord,
 les premières flottilles,
 c’était effectivement des coalitions
 internationales, avec, à chaque
 fois, des coalitions nationales,
 tout ça s’empilait pour faire une
 coalition internationale, etc.
 Ces coalitions nationales, c’était plein
 d’organisations, d’associations, de syndicats,
 etc. qui se mettaient ensemble.
 2025, il y a un truc
 très, très horizontal via les réseaux
 sociaux,
 qui part, et t’as de l’argent
 qui arrive par
 des collectes,
 etc. sur les réseaux
 sociaux. Ça part très vite,
 en fait, et ça s’organise
 effectivement autour de coalitions,
 mais dans lesquelles
 les associations et les organisations sont moins
 partie prenante.
 Ce qui est à la fois un avantage
 et un problème. Un avantage parce que
 ça rend les choses beaucoup plus flexibles,
 ça va beaucoup plus vite.
 Mais
 un des avantages, ça veut dire
 qu’il y a beaucoup moins d’inscriptions locales.
 Ça veut dire qu’il y a moins de mobilisation
 territoriale dans les villes, dans les villages,
 dans les machins, etc. Parce qu’il n’y a pas ce relais
 des organisations qui ont
 cet ancrage-là.
 Donc ça va très vite.
 Et aussi, il y a à mon avis une idée
 qui est intéressante,
 qui a maintenant à montrer ses limites,
 mais qui est l’idée de dire
 on en finit avec les gros
 bateaux, les cargos,
 les machins, etc. On va mettre du petit voilier,
 on va en mettre plein,
 et comme ça on va saturer
 l’espace de plein de bateaux.
 Donc là, la dernière, il y avait quand même 60
 bateaux, etc. Et encore parce qu’ils
 en avaient détruit une vingtaine,
 sinon il y aurait eu plus de 80 bateaux.
 Et de se dire,
 et y compris, ça va rendre les Israéliens
 fous parce qu’ils ne vont pas être en capacité
 d’arrêter tous ces petits bateaux,
 et puis parce que ça permet
 justement à plus de monde
 de participer
 à la flottie,
 ça coûte un peu moins cher,
 voilà. Donc c’est quand même,
 ça je trouve que c’est très malin.
 Après, je pense que ça aussi c’est limite
 parce que
 en réalité,
 ça fait partir des gens dans des conditions
 beaucoup plus précaires.
 Et puis,
 justement, le fait de faire
 des bateaux plus importants et de mettre cinquante
 personnes, eh ben, ça veut dire
 que t’as une délégation qui existe,
 un truc collectif plus fort
 que cinq personnes sur tel bateau,
 six personnes sur tel autre, etc.
 Mais enfin, en tout cas,
 n’empêche que ça a quand même pas mal marché,
 ces deux dernières flottilles, pourquoi je dis
 que ça a marché ? Bien sûr qu’ils sont pas arrivés à Gaza,
 c’est bien, mais par contre,
 à chaque fois,
 d’un point de vue symbolique,
 politique, médiatique,
 Israël s’en prend plein
 la gueule,
 et Gaza est remise
 au centre du jeu, et c’est ça
 l’important des flottilles.
 Et de montrer qu’il y a une solidarité concrète,
 il y a des gens qui sont prêts à s’engager,
 à monter sur des bateaux
 plus ou moins
 fiables, etc., à traverser la
 Méditerranée, tout en sachant qu’ils vont prendre les Israéliens
 dans la gueule pour dire aux
 Palestiniens, vous êtes pas tout seul et on vient
 vous apporter un coup de main.
 Moi, je pense que c’est extraordinaire,
 et que c’est le principe même de la solidarité.
 Donc, c’est très important
 d’arriver à perdurer ça.
 Il ne s’agit pas peut-être de faire des flottilles tous les ans,
 il faut voir quel rythme, comment,
 il faut avoir les forces, etc.
 Mais je pense que c’est hyper
 important de faire perdurer
 cette capacité de solidarité
 concrète, et y compris
 à la place des États. Parce que c’est ça
 aussi qui est bien,
 c’est que ça dit en réalité ce que vous,
 bande de nuls dans nos gouvernements,
 vous êtes incapables de faire,
 c’est-à-dire, incapables d’apporter
 l’aide humanitaire, la solidarité,
 de briser le blocus,
 et bien nous, on va le faire.
 Et ça moi, je pense que c’est
 extrêmement important. Je te propose de très inviter,
 très prochainement, pour aborder
 deux choses que je voudrais aborder
 avec toi. La récupération
 par l’extrême droite à un certain moment
 de la cause palestinienne,
 et la répression
 du mouvement de solidarité,
 notamment en France, à travers deux volets,
 la répression des militants,
 et la
 législation, c’est-à-dire
 la loyer à dents qui prévoit
 effectivement de criminaliser
 le fait
 de s’opposer au sionisme,
 de criminaliser, enfin en tout cas,
 de pénaliser l’antisionisme.
 Donc si tu veux bien,
 tu seras
 l’acteur d’un second volet,
 et j’inviterai également,
 par exemple, Rima Hassan,
 et peut-être dans un cadre
 avec toi pour
 reparler à la fois de la répression et
 des flotties refaire le lien et
 parler de la loyer à dents, elle en tant que
 députée européenne, ça peut être un
 échange intéressant. Thomas Sommer-Houdeville,
 merci. Merci à toi,
 c’était un plaisir, à très vite. Merci
 d’avoir écouté cet épisode, vous pouvez
 retrouver aussi,
 afin de clôturer provisoirement
 ce cycle sur la solidarité internationale
 envers la Palestine, l’interview
 de Nicolas Dot-Pouillard,
 prochainement diffusé, sur le cimetière
 des martyrs du camp de réfugiés de Chatila
 au Liban, ou bien celle précédemment diffusée
 de Youssef Boussoumah sur la solidarité
 des pays arabes. N’hésitez pas
 à soutenir notre association,
 à faire un don sur HelloAsso,
 ou bien à faire connaître nos podcasts
 autour de vous, ou bien à laisser
 un commentaire sur les plateformes d’écoute.
 Merci.

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