Fragments de Palestine

Un Podcast sur la Palestine

Retrouvez aussi la série documentaire « Récit Stratégique » dont la première saison est consacrée à la guerre au Liban et au Hezbollah

La guerre des camps entre Amal et l’OLP 1985-88

Deuxième partie de l’entretien avec Tristan Hillion mené par Emmanuel Hiriart

Dernier épisode Hors série en collaboration avec le Podcast documentaire Récit Stratégique consacré à la guerre asymétrique du Hezbollah mais aussi à ses racines et à ses alliés ou concurrents au sein de la résistance libanaise, palestinienne mais aussi dans la scène chiite libanaise. 

Ici Tristan Hillion conclu cet entretien consacré au mouvement désormais dirigé par Nabih Berri afin de raconter une époque allant de 1982 à 1990 soit le l’invasion du Liban par Israël jusqu’à la fin de la guerre civile qui va voir 3 phases pour Amal, et l’Olp ou le Hezbollah.

D’abord une phase d’hégémonie où le parti chiite hérité du mouvement de Moussa Sadr va connaitre une hégémonie. Puis celle où va devoir défendre cette position en tentant d’interdire la réimplantation de l’OLP au Liban dans Beyrouth ou au sud dans son fief. C’est ce que l’on appelle la guerre des camps où Amal va infliger un siège terrible aux camps palestiniens que de nombreuses organisations libanaises vont tenter de défaire militairement ou diplomatiquement.

Enfin l’affrontement finalement inévitable avec le Hezbollah qui gagne en puissance et déroule sa stratégie pro iranienne alors que Amal se détache de Téhéran pour se rapprocher de la Syrie de Hafez el Assad qui veut contrôler le Liban et les palestiniens selon son agenda. Une guerre fratricide qui va voir le Hezbollah s’imposer dans la banlieue sud de Beyrouth et finir par établir un accord avec son rival.


Transcription provisoire de l’épisode 26 de la saison 1 du podcast en français sur la Palestine animé par Emmanuel Hiriart

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Fragments de Palestine,

 un podcast en français sur la Palestine produit par Images d’ici et d’ailleurs.

 Vous pouvez d’ailleurs soutenir notre production en effectuant un don,

 en vous abonnant sur les plateformes ou bien en faisant connaître notre podcast

 autour de vous par avance.

 Je suis Emmanuel Hiriart et en parallèle de ce podcast,

 je réalise un autre documentaire également produit par Images d’ici et d’ailleurs

 que vous pouvez retrouver sur toutes les plateformes ou bien sur YouTube

 qui se nomme « Récits stratégiques » et qui est sous-titré

 « La guerre asymétrique du Hezbollah au XXIe siècle ».

 Il interroge à travers 14 épisodes un haut dirigeant militaire du Hezbollah

 et c’est l’occasion de retracer l’histoire du parti

 et notamment de sa guerre contre Israël depuis le 7 octobre

 dans ce front de soutien à Gaza.

 Et alors, afin d’expliquer ces liens, politique, militaire, historique,

 géographique ou culturel, entre le Liban et la Palestine,

 nous vous proposons un cycle retracant notamment la présence

 de l’OLP d’Yasser Arafat au Liban entre 1970 et 1982,

 la date de création du Hezbollah.

 Il s’agit ici du quatrième et dernier épisode provisoirement de ce cycle.

 Trois ont déjà été diffusés, l’un consacré à Rafi Madaïan

 et son analyse sur les rapports entre le mouvement national libanais

 et l’OLP jusqu’à l’invasion de 1982 par Tsahal.

 Un deuxième avec Walid Charara sur donc à cette époque, 1982,

 la création du Hezbollah et son lien avec les organisations palestiniennes,

 notamment dans la formation de nombreux cadres

 qui vont servir le parti de Dieu par la suite.

 Enfin un troisième et c’est donc ici la seconde partie de cet entretien

 avec Tristan et Lyon que je vous propose.

 Nous avons exploré la fondation d’un parti finalement concurrent

 mais pré-existant au Hezbollah, Amal,

 un parti chiite fondé par Moussa Sadr.

 Et ce premier épisode déjà disponible que vous pouvez retrouver sur les plateformes

 était donc consacré à la figure de Moussa Sadr,

 ce clair chiite ayant poussé à la création d’un mouvement,

 d’un appel des déshérités et puis à la création donc d’un mouvement politique

 et d’un mouvement qui se militarisera par la suite, Amal.

 Nous y explorions les liens entre Moussa Sadr, Amal,

 les chiites du Sud et les Palestiniens dans leur lutte

 pour la libération de la Palestine.

 Et ce dernier épisode provisoirement donc explore la déchirure

 qui va s’opérer à partir de 1982 entre le mouvement Amal

 et puis les factions palestiniennes à travers deux événements.

 Le premier, la guerre des camps de 1985 à 1988

 qui va voir s’opposer donc le mouvement Amal

 et puis les organisations palestiniennes

 tentant de se réimplanter dans des camps à Beyrouth ou dans le Sud.

 Bonne écoute.

 Tristan et Lyon, bonjour.

 Nous abordons ici la deuxième partie de notre entretien.

 Le premier est des gens en ligne et s’arrête sur l’évolution,

 la création et l’évolution du mouvement Amal.

 En fait finalement, la politisation et la militarisation de la communauté chiite

 en parallèle de la destinée des Palestiniens depuis la Nakba

 et donc jusqu’en 1982.

 Nous nous étions arrêtés avec l’épisode précédent

 dont le lien est à retrouver en description de cet épisode

 finalement entre le mois de juin et le mois d’août 1982

 qui voit l’occupation du Liban et le siège de Beyrouth,

 également l’occupation de Beyrouth Ouest

 et l’expulsion de Yasser Arafat des cadres de l’OLP et du FATA.

 À ce moment-là, la perte de l’hégémonie dans ce Beyrouth

 est en fait finalement quasiment la perte tout court

 face aux camps de droite et d’extrême droite et puis pro-israélien.

 Et donc, reprenons ici dans les pas des successeurs de Moussa Sadr

 qui ont vu, on l’a dit rapidement dans la dernière partie de notre précédent entretien,

 qui voient une concurrence se créer avec Amal Islamique

 en leur propre sein des gens qui critiquent la ligne politique

 de consensus national etc.

 et donc qui vont finir par créer en partie, pour certains d’entre eux,

 le Hezbollah ou différents groupes qui vont finir par se muter

 dans quelque chose de plus unitaire qu’est le Hezbollah.

 Mais donc, que devient Amal à ce moment,

 au moment où l’OLP s’en va et les Israéliens sont là ?

 Alors, ça va être un processus graduel mais c’est

 progressivement Amal qui va occuper en fait le vide laissé par l’OLP

 tant à Beyrouth que dans le sud.

 Mais avant cela, j’aimerais juste revenir sur août, septembre 82,

 lorsque justement la résistance palestinienne est contrainte de quitter le Liban

 qui aura été son sanctuaire pendant plus de 15 ans

 parce qu’on a en effet des accords qui sont négociés par la direction de l’OLP d’un côté

 et le gouvernement libanais, l’armée israélienne et Philippe Habib,

 l’envoyé américain d’un autre côté.

 Ces accords vont permettre le redéploiement des combattants de l’OLP

 entre Tunis et la Syrie au dépend des factions.

 Et on a un certain nombre de garanties qui sont données aux Palestiniens,

 notamment le fait que les populations civiles palestiniennes

 restées dans les camps de Beyrouth et du sud,

 qu’elles seront protégées par une force multinationale

 qui doit arriver dans les jours qui suivent la négociation et la conclusion de cet accord

 et qui vont être le principal élément qui va motiver,

 convaincre entre guillemets la direction de l’OLP de quitter le Liban

 parce que ce n’est pas quelque chose qui fait consensus.

 Même au sein du Fatah par exemple,

 donc Yasser Arafat est favorable au départ de l’OLP et du Fatah du Liban

 mais on a Khalil El-Wazir, son numéro 2, et Saad Sahel,

 donc le maréchal de Beyrouth, principal chef militaire de Fatah, qui est contre.

 Et ces gens-là vont aller à l’Azirqiyye, Lattaquié en Syrie

 pour essayer de se redéployer via la Bekaa au Liban pour y combattre l’armée israélienne.

 Cependant, on a quand même 10 000 combattants palestiniens

 et environ 2 000 soldats syriens qui vont être évacués,

 notamment grâce à des navires de guerre français,

 donc ils vont au départ passer par la Grèce, puis ensuite Tunis.

 Donc ça marque la fin de l’hégémonie politique et militaire de l’OLP au Liban.

 Surtout qu’en août 1982, l’armée israélienne avait réussi à faire élire un président qui lui était favorable,

 donc Bachir, le chef de la milice phalangiste.

 Bachir est élu en août, il prend fonction début septembre,

 à peu près au moment où les Palestiniens sont en train de partir,

 et il va être assassiné le 14 dans un attentat qui va viser le QG phalangiste à Sharafiyye.

 Donc ce président pro-israélien qui représentait d’une certaine manière

 la traduction politique des gains militaires de l’invasion disparaît,

 et en effet ça va être concernant et problématique pour les Israéliens

 qui viennent de perdre leurs plus précieux atouts.

 Et les miliciens des forces libanaises et des phalangistes

 vont se venger tragiquement et dramatiquement de cet assassinat

 en conduisant les massacres de Sabra et Shatila du 16 au 18 septembre 1982

 avec le soutien direct, voire la participation directe de l’armée israélienne.

 Oui, il y a au moins trois forces ultra israéliennes qui vont se succéder

 et qui vont encadrer à peu près aussi trois forces libanaises,

 enfin les forces libanaises, mais d’autres milices.

 Je cherchais mes mots.

 Donc c’est une collaboration autour des camps de Sabra et de Shatila

 qui vont mener à des massacres.

 On aura bien sûr l’occasion de faire plusieurs épisodes sur ce podcast,

 sur ces massacres-là, parce qu’on va faire un cycle finalement sur les camps

 dont on va s’arrêter sur Tal-El-Zatar, sur Agnès-des-Lots, etc.

 Mais donc, à chaque fois, essayer de retracer leur histoire,

 pas que négativement et pas qu’à travers des massacres, mais quand même.

 Et je voulais juste résumer l’affaire,

 parce que l’assassinat de Bachar Gemayel,

 lui est dû, non pas à une faction palestinienne,

 mais à un parti, le Parti social national syrien.

 Tout à fait.

 C’est Habib Chartouni, un militant du PSNS qui est à l’origine de cette attentat.

 Par ailleurs, on sait aujourd’hui,

 les témoignages des différents acteurs permettent de l’affirmer,

 une multitude d’organisations cherchaient à éliminer le nouveau président,

 tant le Parti communiste Kamal que certains groupuscules proches du Hezbollah,

 du fait que ce dernier avait été élu avec le soutien direct de l’armée israélienne.

 Donc il y avait en effet une coalition, si je puis dire,

 de groupes et de mouvances qui cherchaient à se débarrasser du président.

 Et c’est Habib Chartouni qui est en effet celui qui est passé à l’acte,

 qui a réussi à assassiner le président Bachar Gemayel.

 Et ça, ça va être un traumatisme majeur,

 parce que les combattants palestiniens viennent juste de partir.

 On vient de leur donner des garanties.

 La force multinationale,

 donc française, britannique, italienne et américaine qui venaient d’arriver,

 s’était retiré le jour de l’assassinat de Bachar,

 voire le 12 pour certains contingents,

 c’est-à-dire juste avant les massacres.

 Donc en effet, les garanties données par le monde occidental

 et par les puissances européennes et américaines aux palestiniens et aux libanais

 n’ont plus aucune valeur.

 Les palestiniens réalisent que les garanties qu’on leur a données

 n’ont aucune espèce de traduction concrète.

 Ils acceptent de quitter Beyrouth après un combat de plus de deux mois

 qu’ils avaient célébré en héros par ailleurs.

 Et on massacre leur famille dans les camps sans défense.

 Donc ça, ça va motiver un certain nombre de cadres et de combattants palestiniens

 qui étaient partis via Chypre, via la Grèce, en Tunisie ou au Yémen ou en Syrie

 à revenir justement parce qu’ils se rendent compte que leur frère,

 leur soeur, leur cousin,

 le lieu dans lequel ils avaient grandi

 n’était absolument pas protégé par les garanties qui leur avaient été données.

 Et pendant les mois qui vont suivre,

 et même en réalité pendant le siège de Beyrouth,

 dans les semaines qui vont précéder le départ des combattants palestiniens,

 on a un certain nombre de cadres militaires,

 tant du FATA que du FPLP, que du FDLP,

 que d’autres organisations, de la SAERA par exemple,

 qui vont donner les localisations de leurs caches d’armes

 à des combattants et à des cadres militaires d’AMAL,

 mais aussi d’autres organisations.

 C’est-à-dire qu’on va avoir un transfert qui va se faire

 d’armes, mais aussi d’expertise, de matériel, etc.

 vers les nouveaux acteurs qui cherchent à combattre l’occupant israélien.

 Le 16 septembre, lorsque les Israéliens envahissent Beyrouth-Ouest

 après l’assassinat de Bashir et les massacres de Sabra et Shatila,

 commencent, c’est en effet l’annonce de la création du Front de la Résistance Nationale Libanaise,

 qui regroupe le Parti Communiste, l’OACL, le PSNS et d’autres groupes.

 L’ensemble des acteurs qui vont combattre les Israéliens,

 à mal compris, vont monter leurs opérations

 au nom du Front de la Résistance Nationale Libanaise.

 Aucun groupe ne va chercher à ce moment-là,

 surtout sur la période 1982-1985,

 à se démarquer et à faire une guerre et une concurrence médiatique

 pour savoir qui menait le plus d’opérations,

 qui était le plus efficace contre l’armée israélienne.

 Ce ne sont pas du tout des questions qui se posent.

 L’ensemble des acteurs se rangent derrière ce front.

 Ce n’est pas du tout un front qui regroupe que des parties de gauche,

 contrairement à ce qu’on a souvent écrit.

 Et dans ce cadre-là, du point de vue du mouvement Amal,

 on va avoir un personnage dont on parle trop peu,

 mais qui est pourtant très connu tant dans les milieux communistes

 que dans les cercles du Hezbollah,

 c’est Mohamed Saad,

 un ancien élève de Mostapha Choumran,

 qui était élève et professeur à l’école technique du Jabal Hamel,

 donc cette matrice d’émergence du mouvement Amal,

 qui a combattu avec Bilal El-Haussat,

 donc le cadre du Fatah en juin 1982.

 Berri va nommer Mohamed Saad chef des opérations militaires d’Amal

 contre l’armée israélienne dans le Sud,

 à l’été 1982.

 Et c’est lui qui va restructurer l’ensemble des réseaux

 militants et militaires d’Amal dans le Sud,

 en éliminant littéralement tous les cadres

 et les militants qui se sont compromis avec les Israéliens.

 Il va aussi faire pression sur les religieux

 qui refusent de condamner l’invasion,

 et aussi s’appuyer sur les religieux

 qui condamnent l’invasion et qui invitent à la résistance,

 par exemple le shéh Rarib Harb,

 qui sera assassiné le 16 février 1984.

 Donc Mohamed Saad est un personnage vraiment central,

 fondamental, en dépit du fait qu’il est très peu cité

 dans les ouvrages de référence sur l’histoire de la résistance et du Sud.

 Et il va collaborer avec l’ensemble des acteurs

 qui sont impliqués contre l’armée israélienne,

 que ce soit les Palestiniens, du FPLP, du Fatah,

 ou les autres groupes de gauche libanais,

 comme le Parti communiste, l’OACL, le Ba’as, etc.

 Et il va aussi permettre à ce nouveau groupe

 qui est le Hezbollah,

 de se positionner dans les villages où il est influent

 et où il arrive à reconstituer des cellules

 et des réseaux efficaces de combat contre l’armée israélienne,

 notamment à Ma’araka.

 Il va permettre aux premières cellules du Hezbollah

 aussi de s’y installer pour déployer leur stratégie

 et leurs opérations contre l’armée israélienne.

 Et les Palestiniens, dans tout ça,

 vont aider Mohamed Saad en lui donnant,

 comme je le disais, la localisation de cache d’armes,

 mais aussi en participant parfois à des opérations

 aux côtés de combattants d’Amal ou d’autres organisations.

 Et toutes ces opérations,

 qu’elles soient réalisées par des combattants palestiniens,

 de amal ou du Parti communiste,

 étaient toutes conduites ou revendiquées plutôt

 sous le nom du Front de la Résistance nationale libanais.

 Donc on a une véritable unité

 des mouvements de résistance en dépit des conflits passés

 et des divergences idéologiques et doctrinales de 1982 à 1985.

 Et c’est vraiment très important à comprendre

 parce qu’on a souvent l’impression que 1982, le Hezbollah est créé,

 ce qui est vrai, c’est l’année en partie de fondation du Parti,

 mais que voilà, il éclipse toutes les autres forces

 dès son arrivée sur la scène politique et militaire,

 alors qu’en réalité, c’est un processus qui est beaucoup plus graduel.

 Et quand on écoute, par exemple, les dirigeants ou des cadres du Parti,

 eux-mêmes ont un récit beaucoup plus nuancé

 que la plupart des chercheurs qui se sont penchés sur cette histoire,

 en posant vraiment 1982 comme l’éclipse Hezbollah,

 qui viendrait à invisibiliser tous les autres acteurs,

 qu’ils soient communistes, issus d’Amal ou Palestiniens.

 Il va y avoir des grandes dates dans ce chemin à partir de 1982.

 Vous me citiez en préparant cet entretien, cet épisode,

 le cas de l’intifada de Ashoura en octobre 1983

 et ce qu’on en parallèle de cette discussion,

 ce qu’on ignore aussi, peut-être souvent,

 parce qu’on ignore finalement beaucoup de choses sur Amal

 et sur la résistance au Sud,

 on l’acquérirait quand il range souvent à travers les réseaux de Hezbollah,

 les opérations martyrs conduites par Amal,

 comme il y en a eu menées par le PSNS,

 comme il y en a eu par des communistes finalement,

 on attribue très souvent l’opération martyr,

 l’opération kamikaze à des réseaux purement chiites, iraniens,

 et donc par la suite aux jihadistes l’amiq ou à Hamas Palestiniens.

 En réalité, l’arme du pauvre,

 quand elle ne peut pas faire autre chose,

 finit par convaincre des militants convaincus

 à aller se faire tuer de toute façon face à l’ennemi

 et quitte à se faire tuer, autant essayer d’en emporter quelques-uns.

 Est-ce qu’on peut, avant d’aborder finalement les événements de 1984,

 s’arrêter quelques instants sur cet intifada notamment de Ashura

 et puis les événements de 1984 plutôt au Sud Liban,

 avant que 1984 soit plutôt dans l’esprit de ceux qui connaissent l’histoire de cette résistance,

 soit celle de la reprise en main de Beirut par les forces de Nabi Berri et de Jumblat à ce moment-là ?

 Tout à fait, c’est vraiment fondamental à poser ce qui se passe dans le Sud à ce moment-là,

 de 1983 à 1984-85 jusqu’au retrait partiel de l’armée israélienne en février 1981-85.

 Comme je le disais, Mohammed Saad, ça va être l’artisan de cette remobilisation

 des villages et des réseaux militants contre l’armée israélienne.

 Au début, il va faire pression sur les acteurs qui soutiennent ou qui refusent de condamner.

 Il va changer l’emplacement des panneaux de signalisation

 pour tromper et duper l’armée israélienne quand elle se déploie.

 Graduellement, on va très vite basculer sur une résistance civile dans un premier temps

 avec des citines de la désobéissance civile contre l’armée israélienne

 quand elle pénètre dans les villages pour arrêter des militants

 ou pour réprimer collectivement des villageois

 soi-disant responsables d’une opération qui aurait été montée à proximité.

 Et aussi, du fait des moyens disproportionnés et inégaux entre occupants et occupés,

 il va aussi avoir recours aux opérations martyrs.

 Alors eux refusent catégoriquement la traduction d’opérations suicide.

 D’ailleurs, les termes ne sont pas du tout les mêmes en arabe.

 Intéhar, le suicide, ce n’est pas du tout le terme qui est employé.

 On parle d’amaliyat esti shadiye, donc opérations martyrs,

 parce qu’ils font un clivage doctrinal théologique vraiment fondamental entre les deux notions.

 Ils vont utiliser donc ce moyen, les opérations martyrs,

 souvent par le biais d’une voiture piégée contre des positions fortifiées israéliennes

 ou des positions tenues par des milices pro-israéliennes comme l’armée du Liban Sud.

 Et donc, la première opération martyr,

 elle n’est pas le fait de combattant d’amal ou de réseau de Mohammed Saad.

 Cependant, Mohammed Saad va y participer.

 L’opération qui se…

 Enfin, c’est du moins les sources et les données que j’ai me poussent à dire ça.

 En novembre 1982, donc quelques mois seulement après l’invasion du Liban

 et puis l’occupation du pays,

 on a le QG des renseignements israéliens à Tire,

 qui se trouve à l’époque dans ce qu’on appelle le bâtiment Azmi.

 Pourquoi le bâtiment Azmi ?

 Parce que c’était le nom du cadre du Fatah qui dirigeait la région

 et qui dirigeait ce bâtiment avant que les Israéliens en prennent le contrôle.

 Donc on l’appelle le bâtiment Azmi

 et les renseignements israéliens vont y établir leur QG après l’invasion,

 notamment le Shin Bet.

 Et il y a une voiture piégée qui va percuter le bâtiment en novembre 1982.

 Aïmad Mourniyeh, un des chefs militaires du Hezbollah, ses camarades,

 avec le soutien d’après-moi de Mohammed Saad, font sauter le bâtiment

 et ils décapitent littéralement l’état-major du renseignement israélien au sud Liban.

 C’est un coup absolument imprévu qui ravage le moral des occupants.

 Et dans une interview ultérieure,

 un officier du renseignement sur place déclara que c’était une fuite de gaz,

 tellement le déni est puissant et à quel point on ne peut pas reconnaître

 que c’est un coup qui a été pensé et organisé par des acteurs locaux.

 Donc première opération martyr qui provoque des dégâts considérables matériellement

 dans les rangs du renseignement et de l’armée israélienne, on a à peu près 70 morts,

 et rebeulote en novembre 1983, Madras HaTesh Shajara,

 encore une fois le QG des renseignements israéliens à tir,

 qui est pulvérisé une seconde fois à peu près à un an,

 à peu près à l’anniversaire, à quelques jours d’intervalle.

 Donc ça c’est des coups très rudes et pas prévus par les Israéliens,

 ce qui va les pousser à mener une véritable chasse à l’homme

 contre les commanditaires.

 Au départ ils considèrent que c’est les Iraniens,

 ils essayent d’assassiner Mohtasham Epour,

 qui est l’ambasSadr d’Iran à Damas,

 et leur attention se porte aussi assez rapidement sur Imad Mughniyeh,

 le chef militaire du Hezbollah,

 passé par la force 17 du Fatah, très important aussi à poser,

 et aussi sur Mohamed Saad,

 qui est un visage actif militant dans le sud,

 et qui lui aussi va recourir à ce type d’opérations,

 de modalités d’action,

 notamment en 1984,

 avec l’attaque de Bilal Faheus,

 qui est un combattant d’Amal,

 qui était par ailleurs un des gardes de Nabih Berri à Barbourg,

 donc le QG d’Amal et le QG du président d’Amal à Beyrouth,

 il était garde dans cette région,

 et il monte une opération martyr contre un convoi israélien à Zahran.

 Donc le message politique aussi est assez clair et net et fort,

 et graduellement, l’armée israélienne,

 pourquoi on voit aussi ces opérations martyrs qui se multiplient,

 et puis les différents réseaux qui sont en mesure de mener

 de plus en plus d’opérations militaires avec le soutien des habitants,

 c’est parce que les occupants exaspèrent les occupés,

 les habitants du Liban Sud,

 par des politiques de représailles collectives,

 par des menaces continues sur les proches des militants,

 par violences politiques assez considérables,

 donc la torture extrêmement diversifiée,

 on ne rentrera pas dans les détails,

 mais je veux dire,

 ils arrivent à aligner très rapidement d’une large segment de la population,

 qui au départ, pour certains, n’aurait été pas nécessairement très hostile,

 qui était un peu indifférent,

 mais je veux dire, en peu de temps,

 ils vont arriver à exaspérer les gens,

 et ça, on peut l’observer à travers un incident

 qui se déroule au mois d’octobre 1983,

 pendant les processions de Ashoura,

 donc les commémorations annuelles du martyr de Hussein,

 le petit-fils du prophète,

 qui est probablement la pulsation centrale du schisme,

 d’un point de vue cultuel dans les pratiques quotidiennes,

 et donc l’armée israélienne, à ce moment-là,

 le jour des commémorations du martyr de Hussein,

 ils vont rentrer à Nabathiyeh,

 qui est une ville où ces commémorations sont extrêmement importantes,

 et ils vont rouler sur la foule avec des véhicules militaires,

 ils vont paniquer parce que les gens vont les attaquer

 avec des couteaux et avec ce qu’ils ont sous la main,

 ils vont se réfugier dans un bâtiment,

 ils vont être encerclés et ils vont ouvrir le feu,

 donc il va y avoir un certain nombre de morts et de blessés,

 dont beaucoup d’enfants,

 et ça, ça va provoquer un soulèvement généralisé dans le sud,

 ce qu’on appelle l’intifada du sud,

 et graduellement, la fièvre insurrectionnelle va se propager

 de village en village et de jour en jour,

 au point qu’en 1984,

 les opérations militaires contre les occupants israéliens

 sont quasi quotidiennes.

 On voit aussi de plus en plus d’opérations martyrs,

 on a mentionné Bilal Fahes, organisé par Mohammed Saad,

 il y a aussi des opérations martyrs

 qui sont organisées par les communistes,

 par le Parti Social Nationaliste Syrien surtout,

 Sanal Mouhaïdli et d’autres, 85 surtout.

 Du coup, par leurs pratiques,

 par leurs répressions aveugles et indiscriminées,

 les occupants vont réussir à coaliser les adversaires d’hier

 qui vont se serrer les coudes

 pour combattre efficacement contre l’occupant.

 Et là, j’aimerais poser quelque chose qui,

 à mon sens, est trop peu dit,

 mais qui pourtant est fondamental,

 c’est que de 1965 à 1982,

 c’est à la période de ce qu’on appelle

 la révolution palestinienne,

 de réflexion et de lutte armée contre l’occupant,

 la révolution palestinienne va considérablement

 influencer les chiites du Liban

 et les Libanais de manière générale.

 Ça va être un moteur d’une certaine manière

 dans l’élaboration de théories politiques,

 la mise en place de pratiques, etc.

 Cependant, après 1982,

 et surtout 1983, je dirais, jusqu’à 2000,

 ça va être la résistance sud-libanaise

 qui va être un moteur d’inspiration

 pour les Palestiniens,

 c’est-à-dire que la dynamique se renverse

 et que la révolution palestinienne

 qui a influencé les chiites libanais

 à s’organiser, à s’armer,

 à combattre l’armée israélienne,

 la dynamique va s’inverser

 dans la période d’occupation et de lutte

 qui en découle,

 où ce sont les Libanais,

 par leur modalité d’action,

 par leur résilience,

 par aussi les liens qu’ils retissent

 avec les Palestiniens,

 qui vont inspirer les différentes

 organisations palestiniennes

 et même la société palestinienne

 plus généralement.

 Et je pense que ce n’est pas par hasard

 qu’en décembre 1987,

 l’intifada palestinienne éclate.

 Mais avant cette intifada palestinienne,

 on parle de l’intifada du sud Liban,

 on parle de l’intifada de Marrakech,

 on parle de l’intifada de cette village.

 C’est-à-dire que ces termes,

 ces mots d’ordre,

 ces modalités d’action

 occupent l’espace depuis le Liban.

 Et il y a des transferts

 qui s’opèrent du Liban

 vers la Palestine,

 alors qu’avant,

 c’était plutôt de la Palestine

 vers le Liban.

 Et il y a quelque chose

 qui permet de faire le nœud,

 d’une certaine manière,

 c’est la question du soumoud,

 la question de la détermination.

 Ce terme soumoud,

 c’est une mauvaise traduction

 détermination parce que ça regroupe

 bien plus de sens en arabe.

 Mais je veux dire,

 c’est quelque chose qui devient

 central pour les Palestiniens

 comme pour les Libanais,

 les Palestiniens

 qui ont subi sa bra au Shatila

 et les Libanais qui sont

 soumis à l’occupation israélienne

 et assez pratiques.

 Donc il y a des nœuds

 et des transferts vraiment,

 vraiment organiques

 et fondamentaux qui se produisent

 et qui vont influencer

 considérablement tout le reste

 de cette histoire

 tout au long des années 80

 jusqu’à la libération du Liban Sud

 en mai 2000.

 Mais donc,

 pour conclure et redresser

 très rapidement

 un petit tableau synthétique

 sur le rôle que va jouer Amal,

 dans le Sud,

 l’ensemble des efforts

 déployés contre l’armée israélienne

 vont être le fait de Mohammed Saad,

 de 1982 jusqu’à 85.

 Et ce n’est pas par hasard

 qu’au mars 85,

 lorsque l’armée israélienne

 se retire de Ma’araka,

 ils assassinent

 Mohammed Saad et son camarade

 Khalil Giradeh

 en faisant sauter la Hosseiniye,

 donc le lieu de culte chiite

 de la ville de Ma’araka

 où ces militants étaient en train

 de distribuer des rations alimentaires.

 Ils tuent environ une quinzaine

 de personnes à ce moment-là.

 Ils nient leurs responsabilités,

 l’armée israélienne.

 À l’époque c’était Benjamin Netanyahu

 qui était le représentant

 d’Israël à l’ONU.

 Et ce dernier déclarait

 qu’évidemment l’armée israélienne

 n’avait rien à voir avec ça.

 Pourtant, un ouvrage récent

 de Ronen Bergman,

 qui regroupe beaucoup de témoignages

 de soldats israéliens,

 nous permet d’attester

 que c’était le fait

 des renseignements israéliens

 purement et simplement.

 Alors on a dressé ce tableau

 de ce qui est devenu le Sud

 et comment finalement

 les groupes militaires

 et les partis anti-israéliens

 vont se réorganiser

 et vont également nourrir

 la lutte palestinienne

 quelques temps après.

 Pour autant, il faut qu’on revienne

 sur la capitale, sur Beyrouth

 parce qu’au tournant de ces années 1984,

 Amal va jouer un rôle

 assez important finalement

 dans la redistribution

 du pouvoir politico-militaire

 dans Beyrouth, dans Beyrouth Ouest.

 Tout à fait.

 Et c’est aussi ce qui permettra

 de donner par la suite

 un élan à la résistance

 dans le Sud.

 Parce que après l’invasion

 et l’occupation du Liban en 1982

 et le départ de l’OLP,

 l’armée israélienne oblige

 le gouvernement libanais

 à signer des accords de paix,

 ce qu’on appellera les accords

 du 17 mai 1983.

 C’est leur condition

 pour se retirer du pays,

 même s’ils conditionnent

 aussi leur retrait

 au retrait de l’armée syrienne

 de la BK,

 ce qui témoigne du fait

 qu’ils n’avaient absolument

 pas envie de se retirer du pays

 et que leur ambition

 était de rester de manière pérenne

 sur le territoire.

 Mais donc de la fin 1982

 jusqu’au 17 mai 1983,

 ces accords vont être négociés

 sous médiation américaine

 entre Keri Hachimona

 et l’hôtel Lebanon Beach

 à Falde,

 si je ne dis pas de bêtises.

 Oui, c’est ça.

 Et donc, ils vont de facto

 placer le Liban

 dans le giron israélo-américain.

 Certains chercheurs vous diront

 que ces accords étaient mornés,

 ce en quoi je ne crois

 absolument pas.

 Ce qui a poussé à la suppression

 de ces accords,

 c’est une opposition politique

 et militaire menée,

 comme on l’a dit,

 par Amal et le PSP.

 Donc, le 17 mai 1983,

 lorsqu’on annonce

 la signature de ces accords,

 que ces accords sont conclus

 entre Liban et Israël,

 on a une opposition

 qui se manifeste tout de suite.

 Donc, on a une manifestation

 qui est organisée,

 par exemple, le soir même

 dans la mosquée

 de l’imam al-Rida,

 l’abbir et l’abbat,

 animée et organisée

 par le religieux

 Mohammed Hossein Fattallah.

 Considéré par certains

 comme le guide spirituel

 de Hezbollah,

 alors que c’est bien plus compliqué

 et complexe,

 mais peu importe.

 Et donc,

 Mohammed Hossein Fattallah

 va coaliser autour de lui

 un certain nombre de courants,

 de militants.

 On a, par exemple,

 Maher Hamoud,

 qui est un ancien

 de la Jama’a Islamiyya,

 c’est-à-dire les frères musulmans libanais,

 qui va lui aussi manifester

 son opposition.

 Le PSP Jumblad

 va très rapidement aussi

 s’opposer à ces accords.

 Amal aussi,

 même si on a certains cadres

 et certains religieux

 qui tolèrent,

 dans un premier temps,

 ces accords,

 les cadres militaires

 et les cadres sécuritaires

 de l’organisation

 s’y opposent immédiatement.

 Et ça va générer des tensions

 assez importantes

 entre les forces de sécurité libanaises,

 l’armée,

 et ces différents groupuscules

 influents à Beyrouth-Ouest,

 donc Amal et le PSP principalement,

 même s’il n’y a pas que,

 il y avait aussi les Mourabétounes,

 il y avait aussi les Palestiniens

 et les premières cellules

 du Hezbollah dans la capitale.

 Et donc,

 Amin Gemayel,

 qui a pris la succession

 de son frère assassiné,

 va chercher à s’appuyer

 sur l’armée et les forces de sécurité

 pour faire taire la contestation.

 Il va envoyer l’armée

 dans la banlieue sud

 et à Beyrouth-Ouest

 pour arrêter les militants d’Amal,

 les militants du PSP,

 en s’appuyant aussi

 sur les milices des forces libanaises

 pour en faire disparaître

 quelques-uns.

 On est donc sur une temporalité

 et un cadre de répression politique nette

 avec usage justement de l’armée

 pour faire taire la contestation.

 Et ça,

 Amal et le PSP,

 qui sont à ce moment-là

 soutenus par la Syrie,

 l’Union Soviétique et l’Iran,

 d’un point de vue militaire,

 logistique et même diplomatique,

 ils vont s’y opposer

 et ils vont,

 en plusieurs étapes,

 avec un premier échec

 en octobre 1983,

 ils vont essayer de s’opposer

 par les armes

 à cet accord

 et puis aussi à cette tentative

 de faire rentrer la contestation

 dans le rang manumilitary.

 Donc ils vont affronter l’armée.

 Pour donner un cadre,

 ça va être de l’automne 1983

 jusqu’en février 1984

 où on a les affrontements

 les plus intenses.

 Et ils vont être en mesure

 de neutraliser

 un certain nombre d’unités

 de l’armée

 qui vont se ranger

 dans le rang de l’opposition

 et qui vont pousser

 le gouvernement de Damine Gemayel

 à abroger ces accords.

 Le Parlement va les abroger

 un mois après l’intifada,

 le soulèvement du 6 février 1984,

 en mars 1984,

 du fait de ces nouvelles configurations

 et de ces affrontements

 qui ont scindé l’armée

 en différents bataillons fidèles

 pour la 6e Brigade,

 par exemple à Amal,

 la 11e, par exemple fidèle au PSP

 et d’autres fidèles

 au président de la République

 ou aux forces libanaises

 dans d’autres régions.

 L’armée devient régionalisée,

 elle a été neutralisée et coupée

 par l’opposition

 et par les affrontements

 et c’est ce qui va pousser

 le nouveau pouvoir

 à abroger ces accords.

 Et à ce moment-là,

 comme je le disais,

 la Syrie et l’Iran

 vont soutenir le PSP et Amal

 pour affronter le pouvoir

 d’Amine Gemayel

 mais on a aussi

 un certain nombre

 d’autres réseaux militants,

 c’est ce que j’ai essayé

 de mettre en lumière

 dans la thèse,

 qui vont participer,

 c’est-à-dire que les Palestiniens

 qui vont rentrer

 entre 1982 et 1984

 à Beyrouth

 ou pour certains qui sont restés

 dans la BK ou à Tripoli,

 ils vont participer

 aux affrontements

 contre l’armée libanaise.

 Pareil pour certains

 combattants du Hezbollah,

 les Mourabitoun,

 donc la milice nasserienne,

 en fait tous les gens

 qui étaient opposés à Israël

 et au gouvernement libanais

 pro-israélien

 vont participer à ces affrontements

 en soutenant Amal et le PSP,

 même si ça va être

 un petit peu

 les figures de proue

 de la contestation.

 Et donc ce soulèvement,

 au-delà de neutraliser

 l’armée et de la syndée,

 de la régionaliser,

 si je puis dire,

 ça va aussi faire rentrer

 les opposants d’hier

 dans le gouvernement,

 c’est-à-dire que

 le président Amin Gemayel

 va être obligé de composer

 avec la réalité.

 Les Américains d’ailleurs

 qu’ils poussaient

 à l’assuranchère

 et à s’engager militairement

 contre ces opposants

 vont absolument pas le soutenir,

 donc il va se retrouver seul

 et il va être obligé

 d’intégrer

 les nouveaux vainqueurs

 dans le gouvernement.

 Donc Nabyar Berri

 va devenir ministre

 pour la première fois,

 Waleed Jumblatt

 va aussi rentrer au gouvernement

 et ça va donner

 quand même

 une certaine influence

 à ces deux organisations

 et à l’opposition

 qui fait maintenant

 partie du pouvoir.

 Et d’un point de vue

 stratégique,

 pour reconnecter tout ça

 avec ce qui se joue

 dans le Sud,

 à partir du moment

 où Amal et le PSP

 l’emportent à Beyrouth,

 qu’ils réussissent

 à défaire les unités

 fidèles à Amin Gemayel

 et que le PSP

 l’emporte aussi dans la montagne

 contre les forces libanaises

 et l’armée libanaises,

 l’ABK va être reconnectée

 ou plutôt réouverte

 jusqu’à Beyrouth

 et Beyrouth jusqu’au Sud,

 ce qui va permettre à Amal

 et même au Hezbollah

 et aux Palestiniens

 d’y redéployer des combattants

 beaucoup plus efficacement.

 Avant on avait des barrages

 de l’armée,

 des forces libanaises,

 c’est à dire que

 d’un point de vue logistique

 et stratégique et militaire,

 c’était très compliqué

 d’acheminer et de déplacer

 des troupes, de l’armement, etc.

 Alors que là, les routes s’ouvrent

 et passent sous le contrôle

 principalement de l’opposition.

 Et c’est Amal

 qui va s’imposer

 après février 1984

 comme la milice la plus influente

 probablement de Beyrouth Ouest

 et de la banlieue sud aussi

 qu’est le contrôle,

 mais aussi du Sud

 qui va progressivement se libérer

 à partir de février 1985

 du fait de l’intensification

 des opérations militaires.

 Et Amal va assez rapidement

 s’imposer comme l’acteur

 hégémonique à Beyrouth

 et dans la banlieue sud,

 mais aussi dans le sud du pays,

 ce qui ne va pas aller

 sans générer des tensions

 avec ses alliés d’hier,

 que ce soit le PSV,

 les Palestiniens,

 voire le Hezbollah.

 Cette hégémonie est due…

 Alors en tout cas,

 le Hezbollah n’est pas encore

 la puissance qu’on lui connaîtra

 au fur et à mesure des années 80 et 90

 qui va mener à la libération du Sud,

 mais cette hégémonie est due aussi

 à la fin du FRNL finalement

 qui va continuer un peu

 de mener des actions,

 qui va continuer d’exister

 aussi politiquement,

 mais on note souvent septembre 1985

 comme étant la dernière

 livraison d’armes de l’URSS

 aux partis communistes libanais

 et à travers lui

 à l’ensemble des groupes

 qui bénéficiaient de cette aide.

 Et là, au contraire,

 on voit donc là en 1985

 l’hégémonie de Amal,

 du PSP dans la montagne

 dans le Chouf,

 mais pour ce qui est du Sud,

 de Beyrouth,

 de sa banlieue et de la BK,

 c’est donc Amal qui est

 prédominante.

 Et pour autant,

 c’est cette période-là aussi

 que va se déclencher

 la guerre des camps,

 alors c’est un épisode important

 de ce chapitre,

 de cet épisode,

 mais il faut l’expliquer

 par le fait qu’effectivement

 Amal souhaite,

 si j’ai bien compris,

 éviter une réimplantation

 de l’OLP à un moment

 où là elle a scié un peu

 son hégémonie politique

 et militaire sur

 une grande partie du Liban,

 mais notamment le Sud Liban.

 C’est exactement ça.

 Il y a un slogan

 qui résume très bien

 cette position,

 qui est défendue à l’époque

 par Amal, c’est

 « Pas de retour à l’avant 1982 ».

 Qu’est-ce qu’on veut dire

 par l’avant 1982 ?

 C’est l’époque de l’hégémonie

 politique et militaire de l’OLP.

 Par ailleurs,

 c’est aussi un slogan

 qui va être imposé

 et si je puis dire défendu

 par la Syrie,

 qui se pose

 comme principal concurrent

 de l’OLP

 dans la région et au Liban,

 qui veut assurer sa mainmise

 sur le pays du cèdre

 et qui ne veut surtout pas

 qu’Yasser Arafat s’y réimplante

 et qu’il retrouve son influence,

 mais c’est quelque chose

 dont on parle trop peu.

 C’est aussi un slogan

 qui va être défendu

 par les partis de gauche,

 par Waleid John Blat,

 par exemple,

 qui va dire lui aussi

 « Pas de retour à l’avant 1982 ».

 Et George Hawi du Parti communiste

 va défendre

 exactement le même slogan.

 Cependant, distinction

 qu’il est fondamental de poser,

 ni le PSP,

 ni le Parti communiste libanais

 n’accepteront de rentrer

 dans la guerre des camps

 ou ne s’y engageront.

 Il y a des conflits

 et des divergences majeures

 avec l’OLP,

 mais pas au point

 de les résoudre par les armes.

 Et c’est ce qui va

 les différencier d’Amal.

 Le Hezbollah,

 ce sera exactement

 la même posture.

 Pour lui,

 c’est absolument hors de question

 et impossible de rentrer

 dans une confrontation armée

 contre les Palestiniens,

 même s’ils sont

 des accords politiques.

 Et Amal, cependant,

 à partir de mai 1985,

 va rentrer de plein pied

 dans cette guerre,

 pas simplement parce que

 la Syrie lui incombe de le faire,

 mais parce qu’elle y trouve

 aussi un intérêt,

 comme on l’a dit,

 c’est-à-dire que c’est Amal

 qui assure son contrôle,

 qui a scié son contrôle

 sur Beyrouth

 et sur le Sud après 1984.

 Et pour eux,

 il est hors de question

 qu’un concurrent

 aussi dangereux

 et aussi influent

 que l’OLP

 et le Fatah de Yasser Arafat

 serait implante.

 Cependant, le Fatah

 et les différentes

 organisations palestiniennes

 vont essayer,

 dans le sillage du 6 février 1984,

 de retourner dans les camps du Sud,

 de retourner dans les camps de Beyrouth,

 notamment pour y mener

 des opérations

 contre l’armée israélienne,

 parce que le Liban

 reste encore

 le seul pays frontalier

 duquel on peut mener

 des opérations.

 L’armée israélienne

 occupe par ailleurs le pays,

 ce qui rend un point de vue logistique

 relativement aisé

 la réalisation d’opérations.

 Donc c’est une priorité stratégique

 pour de nombreuses

 organisations palestiniennes

 et ça va rentrer

 en conflit directement

 avec l’agenda d’Amal,

 au-delà même de la Syrie

 qui, elle aussi,

 cherche à juguler

 l’influence de l’OLP,

 pas simplement au Liban

 mais dans la région.

 Et ça, ça s’observe aussi

 en février 1985,

 lorsque Yasser Arafat

 signait les accords d’Arman,

 donc il va se rapprocher

 de la Jordanie,

 en proposant d’incluer

 la Jordanie,

 mais pas la Syrie,

 dans des éventuelles

 négociations avec les Israéliens.

 Ça, ça va pousser la Syrie

 à encourager,

 déjà d’une,

 des décisions

 au sein du Fatah et de l’OLP,

 mais surtout à créer

 un rassemblement de factions,

 un nouveau front

 qui veut se poser

 en concurrent de l’OLP

 pour contrer justement

 le projet et l’influence

 de Yasser Arafat.

 Donc les Syriens vont soutenir

 la création du front

 de salut national palestinien.

 Je parle d’El-Inqaz

 et de l’Orientan et de la Palestine,

 qui va regrouper

 des factions prosyriennes,

 mais pas seulement.

 On compte aussi

 le Front Populaire

 de Libération de la Palestine

 de Habash,

 qui est loin d’être

 un proxy de Damas,

 mais qui, cependant,

 tient à marquer

 son opposition à Arafat.

 On va avoir le FDLP

 qui va être un petit peu

 entre les deux,

 entre l’OLP et le FSNP.

 Et du coup,

 cette rivalité siro-palestinienne

 peut déjà s’observer

 avec cette superposition

 de front de deux coalitions.

 Et le conflit de la guerre des camps

 va aussi s’inscrire

 dans ce cadre-là.

 C’est-à-dire que Amal

 va trouver un intérêt

 à rentrer dans ce conflit

 en bloquant le retour

 des combattants palestiniens.

 Et ils vont trouver

 un soutien politique

 et militaire syrien

 pour ce faire.

 Et donc en mai 1985,

 après une succession

 d’incidents

 et de péripéties individuelles

 entre des militants palestiniens

 de Bourg-le-Barajné,

 de Sabra et de Shatila

 et des quartiers chiites,

 des militants d’Amal,

 on va avoir une offensive

 qui va être menée

 par Amal sur les camps de Beyrouth.

 Assez violente

 et assez inattendue

 de la part des Palestiniens

 qui sont bien conscients

 qu’il y a des clivages politiques,

 des tensions, etc.

 Mais personne ne s’attend

 à faire face à un siège

 de cette ampleur

 et de cette violence.

 On va avoir, par exemple,

 le regroupement informel de Daou

 qui va être facé.

 On va avoir

 des modalités d’action

 qui vont être…

 l’usage d’armes lourdes

 qui va être absolument inattendue

 et puis qui va contribuer

 aussi à une perte

 considérable d’influence

 pour Amal,

 pas simplement au Liban,

 mais dans la région.

 Parce que voilà,

 de mouvements,

 entre guillemets,

 résistants

 ou qui jouent un rôle

 dans la résistance

 contre l’occupant.

 On passe à un mouvement

 qui en vient à combattre

 directement les Palestiniens.

 Ils vont le payer très, très, très cher

 médiatiquement en termes de soutien

 régionaux, etc.

 Et cette première phase

 de la guerre des camps,

 elle va durer…

 elle va durer un mois à peu près.

 On l’appelle la guerre de Ramadan

 parce qu’elle se déroule

 en plus tragiquement

 pendant le mois de Ramadan.

 On va avoir

 un autre épisode guerrier

 de ce type

 avec sièges et affrontements

 et tentatives

 de prise de contrôle du camp

 en 86,

 mai, juin 86,

 à peu près à un an d’intervalle.

 Et après ces deux premières confrontations,

 la guerre des camps

 qui était localisée

 à Beyrouth,

 Sabra, Shatila et Bourg-el-Barajde

 principalement,

 elle va se déplacer dans le sud.

 Notamment,

 à l’initiative des Palestiniens,

 ce n’est pas exactement

 comme ça qu’il faudrait le présenter,

 mais je veux dire,

 pour sortir,

 entre guillemets,

 de l’impasse humanitaire,

 notamment pour les camps de Beyrouth

 et politiques,

 on a un certain nombre

 de combattants

 et d’officiers Palestiniens,

 dont un certain Mamdouh Naufel

 qui va jouer un rôle fondamental

 dans ces différents affrontements,

 qui vont organiser

 la prise de plusieurs villages

 qui étaient tenus par Amal

 dans le sud autour de Saïda,

 dans les villages à l’est de Saïda

 en septembre 86.

 Et en novembre 86,

 on va avoir

 un village stratégique

 qui s’appelle Mardouché

 sur les hauteurs de Saïda

 qui permet de contrôler

 les camps de Ain el-Heloué

 et Mye Mye,

 mais aussi les villages chiites

 vers Nabataillé,

 qui va être pris

 par une coalition

 de factions palestiniennes

 dirigée par Mamdouh Naufel,

 chef du FDLP,

 mais en réalité chef

 de l’ensemble des forces

 de Arafat,

 parce qu’Arafat lui avait confié

 la direction des unités

 du Fatah à ce moment-là.

 Et donc,

 ça va être une surprise

 et un revers stratégique

 considérable pour Amal,

 qui va se retrouver

 avec le sud en partie coupée,

 alors qu’ils venaient justement

 de réétablir

 la communication

 entre Beyrouth et le sud

 et puis d’affirmer

 d’asseoir leur contrôle

 sur ces deux régions.

 Là, les Palestiniens menacent

 concrètement cette hégémonie

 et l’argumentaire

 et les revendications

 des milices palestiniennes

 qui prennent à ce moment-là

 les villages à l’est de Saïda

 et Mardouché,

 c’est de dire

 levez le siège des camps de Beyrouth,

 mettez fin à la guerre des camps

 et nous on rend Mardouché,

 on se repose, etc.

 Ce n’est pas du tout

 ce qui va se produire

 malheureusement.

 Les Syriens vont aussi rentrer

 dans la danse,

 vont voir aussi ça

 comme une menace stratégique

 parce que le sud,

 ils ne peuvent pas,

 ils ne peuvent pas y agir

 comme à Beyrouth.

 Et du coup,

 c’est pour eux un retour

 de Yasser Arafat

 et de l’OLP.

 Et donc,

 on va voir la guerre des camps

 qui va s’étendre

 à l’ensemble

 quasiment des camps du sud

 et notamment à Tire.

 C’est le bourge de Chiméli

 qui vont être assiégés

 rudement par Amal.

 Et ça, cette phase-là,

 c’est la dernière phase

 de confrontation militaire

 de bataille et de la guerre des camps.

 C’est ce qu’on appelle

 la guerre des six mois

 qui se déroule à peu près

 du coup de septembre 86

 jusqu’à avril 87.

 Et c’est la phase la plus violente.

 Et c’est aussi la phase

 où les dirigeants d’Amal

 se rendent compte

 qu’ils sont dans une impasse,

 qu’ils ne sont absolument

 pas en mesure déjà d’une

 de prendre le contrôle des camps.

 Ils arrêtent d’essayer

 de prendre le contrôle.

 Ils mettent juste en place un siège.

 Juste.

 Ils mettent en place un siège

 parce qu’ils ne sont pas

 en mesure de prendre

 le contrôle militairement des camps.

 Et humanitairement,

 c’est une catastrophe.

 Militairement,

 ils ont aussi beaucoup,

 beaucoup de pertes.

 La guerre des camps,

 on parle de 1500 à 2000

 victimes palestiniennes,

 selon les sources.

 Sur les trois ans,

 on parle aussi de 1000 victimes

 avec 700 combattants d’Amal.

 C’est à dire que les pertes

 sont très, très lourdes

 dans leur rang aussi.

 Donc, quand l’armée israélienne

 occupe encore le sud,

 que l’ALS fait des descendes

 dans les villages,

 qu’ils arrêtent des militants,

 qu’ils détruisent des maisons,

 les gens, les combattants,

 les quatre se demandent

 ce qu’ils font à se combattre

 entre frères serts-trivaux,

 mais frères quand même,

 et puis les gens

 qui ont milité ensemble

 depuis dix ans.

 Fatah, qui avait apporté

 un soutien,

 notamment logistique,

 important à Amal

 au moment de sa création,

 les gens comprennent pas.

 Et du coup,

 on a beaucoup de dissensions

 qui vont émerger

 au sein d’Amal.

 Beaucoup de gens

 qui vont quitter l’organisation,

 qui vont s’opposer

 à ce conflit

 qui jugent fratricides

 et contraire à leurs intérêts.

 Et ça va principalement

 bénéficier au Hezbollah

 qui, lui, se pose justement

 en critique,

 et pas simplement,

 il se pose en critique

 de la guerre des camps,

 c’est-à-dire qu’il va apporter

 un soutien concret

 aux Palestiniens,

 humanitaires notamment.

 Aymad Mourniyeh, par exemple,

 il va acheminer

 du lait en poudre

 dans les camps de Beyrouth,

 voir des armes,

 des munitions

 pour qu’ils puissent tenir,

 des vivres, enfin.

 Et, parce que Aymad Mourniyeh,

 donc le chef militaire

 du Hezbollah,

 était aussi ami

 avec les chefs militaires

 de Harakat Amal,

 et les Palestiniens,

 il va dialoguer

 et envoyer des lettres

 entre les deux

 en essayant,

 en vain,

 de mettre un terme

 à cette guerre.

 Il va aller voir,

 par exemple,

 Haq al-Hamiyeh,

 qui est le chef militaire d’Amal

 qui dirige la guerre

 contre les camps

 à Samoura,

 qui est aussi

 un de ses amis proches

 depuis dix ans,

 en essayant de le convaincre,

 en vain.

 Mais, voilà,

 le Hezbollah

 joue un rôle majeur

 pour assister les Palestiniens,

 essayer de convaincre Amal,

 ou, du moins,

 certains dirigeants

 et combattants d’Amal,

 d’arrêter.

 Il y en a certains

 qui vont,

 en effet,

 refuser la guerre des camps

 et quitter l’organisation

 du fait de ces médiations

 et de ces interventions.

 Et,

 en parallèle,

 dans le cas de la bataille

 de Mardouché

 dont on a parlé,

 c’est la première fois

 où justement

 le Hezbollah

 va intervenir publiquement.

 Pas simplement

 en revendiquant

 une opération

 ici ou là

 contre l’armée israélienne,

 mais en déployant

 publiquement

 des combattants

 à Mardouché

 pour faire force d’interposition

 entre les Palestiniens

 et Amal,

 en disant voilà,

 on est frères,

 on n’a aucun intérêt

 à continuer

 à s’entretuer,

 il faut mettre un terme

 à tout ça

 et rediriger l’énergie

 vers le sud.

 Il y a un programme

 qui revient un peu

 aux bases

 et à Monsas Sadr

 d’une certaine manière.

 donc le Hezbollah

 va rentrer à Mardouché

 en tant que force d’interposition

 grâce à un religieux de Saïda,

 le chère Maher Hamoud,

 dont on a déjà discuté,

 qui va

 organiser ses médiations

 et ses rencontres

 et ses réunions

 et qui va du coup

 faciliter le déploiement

 du parti

 dans le village

 de Mardouché

 et c’est la première fois

 qu’on voit le Hezbollah

 qui déploie

 des dizaines de combattants

 avec ses drapeaux,

 avec ses officiers,

 etc.

 dans le sud.

 Alors certes,

 il avait annoncé

 son existence

 le 16 février 1985

 dans le cadre

 du retrait israélien partiel

 et pour l’anniversaire

 de la mort de la Harp,

 assassinée un an plus tôt,

 mais il n’avait pas

 de présence publique

 à Beyrouth,

 ils avaient des permanences,

 dans la BK,

 ils avaient des cordes d’entraînement,

 une présence visible,

 mais dans le sud,

 c’est la première fois

 qu’on peut

 observer de manière palpable

 et concrète

 le déploiement du parti

 au-delà de ses opérations

 militaires clandestines.

 Et ça, c’est fondamental

 et c’est en effet,

 à partir de ce moment-là,

 à partir de 1986,

 que le Hezbollah

 va devenir

 une force majeure,

 puis graduellement,

 une des plus importantes,

 si ce n’est la plus importante

 dans le Liban Sud,

 et notamment

 dans le champ de la résistance,

 qui au départ est pluriel,

 qui ressemble plus

 à une arborescence multicolore

 qu’à un tableau monolithique

 qui est d’une seule couleur.

 Donc ça,

 c’est vraiment important

 à poser.

 Et du coup,

 cette montée en puissance

 du Hezbollah

 qui se fait au dépend d’Amal,

 elle va aussi

 alimenter des tensions

 entre les deux organisations chiites,

 Amal et Hezbollah.

 Amal qui avait

 considérablement

 pris en puissance

 et assuré son contrôle

 sur Beyrouth et le Sud,

 voit qu’il y a certaines régions

 qui lui échappent

 et puis que son influence

 est en train de diminuer.

 on a des tensions

 qui se manifestent,

 des incidents

 entre militants,

 parfois un assassinat

 et ci-vou là,

 avant même que la guerre

 Amal-Hezbollah

 n’éclate en février 1988,

 c’est-à-dire

 dans le prolongement direct

 de la guerre des camps.

 Et avant de vous repasser

 la parole pour une prochaine question,

 il y a quelque chose

 moi qui m’a semblé

 vraiment indispensable

 de faire dans la thèse,

 c’est de déconstruire

 un petit peu les noms,

 les catégories

 qu’on pose sur ces conflits,

 c’est-à-dire la guerre des camps

 et ce qu’on appelle

 la guerre des frères

 Amal-Hezbollah.

 Pour moi,

 85, 90,

 c’est la période

 des guerres des frères,

 au pluriel.

 Les guerres des frères

 commencent en 85

 et c’est pas simplement

 Amal-Hezbollah,

 98, 90.

 Parce qu’en 85,

 donc on a Amal

 et les Palestiniens

 qui s’affrontent

 jusqu’en 88.

 Avril 87,

 mais la levée du siège

 se fait en 88,

 donc on va dire 85-88.

 Des alliés d’hier

 qui en viennent à s’entretuer,

 mais on a aussi

 la guerre du drapeau

 entre Amal et le PSP,

 les alliés qui ont

 vaincu l’armée libanaise

 à Beyrouth-Ouest,

 ils en viennent à s’affronter

 en novembre 85.

 Puis en février 87,

 en pleine guerre des camps,

 on a aussi Amal

 qui affronte le Parti communiste

 coalisé avec le Parti socialiste

 progressiste à Beyrouth-Ouest

 avant d’arriver

 sur le conflit Amal-Hezbollah.

 C’est sans même parler

 des conflits internes

 au Parti social national syrien,

 où on a deux branches,

 une pro-palestinienne

 et une pro-syrienne

 qui vont s’affronter

 militairement

 à partir de 85.

 Donc on a une succession

 d’affrontements

 entre organisations alliées,

 voire même dans les rangs

 d’une même organisation

 à partir de 85.

 C’est pour ça

 qu’il me semble important

 et pertinent de qualifier

 l’ensemble de cette période

 de guerre des frères au puriel

 et ensuite de délimiter,

 de décliner et de préciser

 de quoi on parle.

 Oui, quand j’interviewais

 des responsables aujourd’hui

 ou des gens proches

 d’Amal ou d’Hezbollah,

 je faisais un peu…

 Pour ne pas qu’ils ne soient pas

 scientifiques,

 cet amalgame,

 c’est-à-dire que j’essayais

 de dater 85

 du début de cette dérive

 et eux me disaient

 non, non, non,

 les affrontements

 c’est plus tard

 et puis ils ont été mis fin en 88.

 Mais de ma propre lecture,

 j’avais vraiment

 cette impression-là

 que vous avez l’air de confirmer

 d’un point de vue scientifique

 et historique,

 c’est qu’effectivement,

 ces tensions multiples

 amènent à de multiples conflits

 entre les frères d’hier

 et les frères d’aujourd’hui

 et qu’en réalité,

 c’est aussi une période

 sur laquelle les uns et des autres

 ne reviennent que très

 partiellement ou essaient

 de la limiter à un minimum

 d’interaction et de conflictualité.

 D’un point de vue,

 je suis assez content

 de vous entendre

 l’expliquer comme ça

 parce que moi,

 j’avais du mal,

 malgré leur explication,

 à me projeter

 dans cette histoire.

 Voilà, on comprend mieux.

 Je découvre

 ce que vous racontez

 sur Marc Doucher

 et sur cette espèce

 de force d’interposition,

 mais on voit là

 effectivement cette période

 charnière à partir de 85

 où finalement les différentes

 forces présentes au Liban

 vont quand même,

 cette occupation

 notamment va quand même

 détruire ces liens très forts

 qui étaient présents

 malgré des orientations

 différentes.

 En tout cas,

 il y avait une volonté commune

 qui s’est quand même cassée

 dès 1985.

 Je ne voudrais pas

 qu’on invisibilise

 les Palestiniens

 dans cette période,

 dans la guerre des camps.

 On comprend bien

 qui s’affrontait,

 mais qui étaient

 les Palestiniens

 encore présents dans ces camps,

 parce que pour que nos auditeurs

 soient bien conscients

 qu’on racontait le départ

 de la majorité des troupes

 de Fidel Aya Serra Rafat,

 même si certains,

 vous l’aviez dit,

 étaient hostiles à ce retrait

 en 1982.

 Ensuite, on raconte

 l’histoire des massacres

 de Shatila

 par justement l’absence

 de moyens de se défendre.

 Qui est là en 1985

 et qui combat ?

 Parce que quand vous donnez

 le chiffre des morts

 et des blessés,

 on imagine quand même

 des organisations

 où il y a une masse

 de combattants

 assez nombreuses.

 Bien sûr.

 On a une multitude

 d’organisations.

 On a à la fois

 des combattants

 et des organisations

 qui sont issues de l’OALP

 et d’autres qui sont issues

 de cette coalition

 pro-syrienne,

 le Front de salut national palestinien.

 Les organisations et les combattants

 du Front de salut national palestinien

 vont avoir beaucoup plus

 de facilité à se réimplanter

 à Beyrouth et dans le sud

 parce que la Syrie

 contrôle la BK

 et que sur les barrages,

 ils ont des décès passés

 et que la Syrie

 voit un avantage

 parce qu’elle considère

 que ces organisations

 lui sont inféodées

 et qu’elles défendront

 son influence.

 Pour ce qui est des hommes

 du Fatah et des factions

 qui sont restées dans l’OLP

 et qui sont restées

 d’une certaine manière

 sous la direction de Yasser Arafat,

 c’est beaucoup plus compliqué.

 Même si le 6 février 1984

 a ouvert la route

 de la BK vers Beyrouth

 et de Beyrouth vers le sud,

 ça reste très compliqué

 pour eux de se déployer.

 Et là, on a plusieurs collusions

 qui sont assez étranges.

 Déjà, Ahmed Mourniye

 va faciliter l’arrivée

 de plusieurs combattants à Beyrouth

 via l’aéroport,

 via des amis dans l’aéroport

 et puis via ses compétences

 en termes de clandestinité

 et puis d’opérations militaires,

 sécuritaires, etc.

 de déplacement.

 En effet, les massacres

 de Sabra et de Shatila

 vont être,

 au-delà des configurations

 stratégiques et géopolitiques,

 une motivation de premier plan.

 C’est-à-dire que

 ça reste dans l’esprit

 de tout le monde

 et des militants

 qui sont partis.

 C’est-à-dire qu’ils veulent

 prévenir, d’une certaine manière,

 un autre Sabra et Shatila.

 Donc, c’est un élément explicatif

 qui est mis en avant

 par beaucoup de combattants.

 Et on a aussi

 les forces libanaises,

 étonnamment,

 qui vont faciliter

 l’arrivée de combattants

 palestiniens,

 donc leurs ennemis jurés d’hier.

 Parce que Amal est devenu

 un rival aussi embêtant à Beyrouth,

 arrivé au gouvernement

 qui contrôle

 une partie de la capitale.

 Donc, pour embêter

 d’une certaine manière,

 pour le dire un peu trivialement,

 Amal et pour réduire son influence,

 eh bien, on va soutenir

 les organisations

 et les mouvements

 qui lui sont opposés.

 Et donc, par exemple,

 on a un cadre des forces libanaises

 à Jouni,

 donc aux villes au nord de Beyrouth

 contrôlées par les partis de droite

 et par les forces libanaises.

 On a un cadre local

 qui va faciliter

 l’arrivée de combattants

 palestiniens

 depuis Chypre,

 puis les acheminer

 jusqu’à Beyrouth.

 Et on a aussi,

 même Amin Gemayel,

 le président de la République,

 qui en a un petit peu marre

 de son ministre Berri

 et de son ministre Jean Blatt,

 qui va faciliter

 l’arrivée de combattants

 depuis l’aéroport de Beyrouth

 en vendant des faux passeports,

 voire des vrais passeports libanais

 à des palestiniens

 qui vont arriver de Chypre

 et qui vont pouvoir

 se redéployer dans les camps

 de Beyrouth

 et dans les camps du sud.

 Donc, c’est un phénomène graduel

 et je dirais

 que le premier siège,

 donc mai-juin 85,

 la première bataille

 de la guerre des camps,

 on a assez peu, en réalité,

 d’officiers du Fatah

 qui sont présents.

 Mais c’est cette première bataille

 qui va en pousser

 beaucoup à revenir.

 Et pour reprendre l’analyse

 d’un cadre du FPLP

 que j’ai interrogé,

 qui s’appelle Salah Salah,

 en réalité,

 les Syriens et Amal,

 en voulant éradiquer

 les Arafatistes,

 pour reprendre

 les termes de l’époque,

 les Arafatiyen,

 comme ils le disaient,

 ils les ont fait revenir à Beyrouth

 parce qu’en effet,

 c’est eux qui étaient ciblés

 dans les camps.

 Donc, à l’issue

 du premier siège,

 de la première bataille

 de mai-juin 85,

 on va avoir un certain nombre

 de quatre militaires

 de premier plan

 qui vont revenir.

 Et je pense en particulier

 à Ali Abouteau,

 qui est un leader historique

 de la brigade étudiante du Fatah,

 blessé plusieurs fois

 pendant l’invasion de 78,

 en contact et proche

 de Shamran par ailleurs,

 ami avec Aymad Mourniye.

 Et lui,

 il va prendre en charge

 la défense de Shatila.

 En 86 et jusqu’à sa mort,

 si je ne dis pas de bêtises,

 février 87.

 Il va d’ailleurs être assassiné

 par des éléments palestiniens

 pro-syriens,

 en pleine guerre des camps,

 en plein siège des six mois.

 Donc, on a en réalité

 des organisations

 et des militants palestiniens

 qui sont issus

 de différentes coalitions.

 Donc, comme on l’a dit,

 des gens rangés

 sous l’OLP

 et d’autres

 sous le Front de salut

 national palestinien.

 Et on a ces deux groupes

 ou ces deux coalitions

 plutôt qui vont cohabiter

 ensemble dans les camps

 et qui, au départ,

 vont combattre ensemble

 l’offensive d’Amal

 et de l’armée syrienne.

 Mais graduellement,

 cette guerre des camps

 qui oppose Amal

 aux Palestiniens

 va se transformer aussi

 en une guerre des camps

 interpalestinienne.

 Ça, c’est très peu connu.

 C’est-à-dire qu’en 88,

 on va avoir des affrontements

 extrêmement violents

 entre les dissidents du Fatah,

 donc Abou Moussa,

 Abou Saleh,

 Abou Khaled

 et les hommes de Yasser Arafat

 dans les camps de Beyrouth.

 Et c’est ces mêmes individus

 qui vont assassiner Ali Abou Taw,

 ce leader historique

 de la brigade étudiante

 et du Fatah

 et de Shatila,

 dont les portraits

 ordent encore le camp

 jusqu’à aujourd’hui

 du sud jusqu’à Beyrouth.

 Cette guerre va,

 tristement,

 aussi se transformer

 en guerre interpalestinienne

 et en 88,

 parce que l’armée syrienne

 est rentrée

 et retournée plus exactement

 à Beyrouth en février 87,

 à l’issue des conflits

 entre Amal,

 le PSP

 et le parti communiste.

 Donc les Syriens

 recontrôlent Beyrouth

 à partir de 87.

 Eh bien,

 ils vont assiéger

 avec les factions

 palestiniennes,

 pro-syriennes,

 les hommes de Yasser Arafat

 dans les camps de Beyrouth

 et ils vont les forcer

 à quitter la capitale

 et ils vont ensuite

 se déplacer

 dans le sud principalement.

 Notamment,

 Haine el-Heloué,

 qui était

 et qui reste

 le plus gros bastion

 politique et militaire

 de palestiniens au Liban.

 Et Haine el-Heloué,

 par exemple,

 en 85 et en 86,

 c’est des centaines,

 pour ne pas dire

 des milliers de combattants.

 On parle de gros,

 gros, gros effectifs.

 Beaucoup plus qu’à Beyrouth.

 Beyrouth restait

 une présence limitée.

 Ils ont d’ailleurs

 résisté

 avec des moyens

 totalement disproportionnés

 et inégaux

 en comparaison

 de Sadamah.

 Mais Haine el-Heloué,

 c’est une force

 politique et militaire

 qui est considérable

 à l’époque.

 on a

 une présence palestinienne

 un peu disparate,

 mais réelle,

 malgré le départ

 de la direction de l’OLP

 et d’un certain nombre

 de combattants en 82.

 Autre élément

 qui me semble important

 de poser

 pour comprendre justement

 cette présence palestinienne

 dans sa complexité

 et dans sa diversité.

 Après le départ d’Arafat

 et puis

 des 10 000 combattants palestiniens

 vers Tunis et vers Damas,

 on a aussi

 des milliers de combattants

 qui sont restés

 dans la Bekaa,

 donc à la frontière syrienne

 ou à Tripoli,

 dans le nord du pays,

 hors du contrôle

 de l’armée israélienne.

 Donc on a encore

 des effectifs palestiniens

 qui se comptent

 en milliers d’hommes,

 des combattants entraînés,

 aguerris,

 qui se redéploient

 du nord ou de la Bekaa

 vers Beyrouth

 et vers le sud

 entre 84 et 85,

 tout un tas de raisons différentes.

 Donc, hélas,

 et c’est un argument

 qui a aussi été

 parfois instrumentalisé

 et vraiment monté en épingle

 par certains cadres d’Amal,

 voire par des dirigeants syriens

 pour justifier l’opération,

 en disant bah regardez,

 il y a tant de combattants,

 enfin je veux dire,

 on est revenu

 à l’hégémonie politique

 et militaire

 de Fatah et de l’OLP,

 c’est hors de question

 pour nous de revivre ça,

 on va le combattre, etc.

 Mais

 pour avoir un regard

 un peu nuancé,

 on a en effet

 cette présence militaire palestinienne

 qui reste, Tripoli,

 d’ailleurs les affrontements

 entre pros syriens et Arafat en 83

 en témoignent,

 Arafat conservait

 une présence très forte à Tripoli

 et dans la Bekaa,

 et ce sont ces dynamiques-là

 face à la volonté d’Amal

 de conserver son hégémonie

 sur Beyrouth et sur le sud,

 qui vont en partie expliquer

 la guerre des camps,

 ça ne la justifie pas,

 surtout pas la violence extrême

 qu’on peut observer

 dans un certain nombre d’épisodes

 ou d’incidents ici et là,

 mais voilà,

 c’est ce conflit majeur

 pour le contrôle du sud

 et dans une moindre mesure

 de Beyrouth

 qui va expliquer la guerre des camps.

 Et autre élément aussi

 pour expliquer son prolongement

 et son élargissement

 dans le sud du pays,

 après le retrait de l’armée israélienne,

 grosso modo entre février et juin 85

 vers la bande frontalière

 du Liban Sud,

 Amal a une politique

 qui est de dire

 les opérations contre

 l’armée israélienne

 et l’armée du Liban Sud

 en territoire libanais occupé

 bien sûr, on soutient,

 on vous laisse faire,

 il n’y a pas de souci,

 mais hors de question d’aller

 monter des opérations

 en territoire israélien,

 entre guillemets,

 parce que ça,

 après, ça implique des représailles

 sur les villages, sur nous,

 sur les militants,

 les femmes, les enfants, etc.

 Donc ça,

 ça va rentrer aussi

 en conflit avec la stratégie

 tant de certaines

 organisations palestiniennes

 que celles du Hezbollah

 qui mènent de bord

 des opérations en territoire israélien

 ou en territoire palestinien

 occupé selon le lexique qu’on prend.

 Mais et ça,

 ça va expliquer en partie aussi

 les tensions et les rivalités

 de la guerre des camps,

 puis le conflit à Malhezbollah

 pour le contrôle du Sud principalement.

 Alors justement,

 on passe d’un conflit,

 celui des camps s’arrête

 dans une sorte de bourbier

 sur lequel les uns et les autres,

 en tout cas plutôt le camp syrien,

 cherche une faim un peu glorieuse

 et il la trouve finalement là.

 Et ce conflit de

 finalement,

 c’est un peu ma vision,

 peut-être un peu caricaturale,

 se reporte pour l’hégémonie

 finalement vis-à-vis du Hezbollah

 qui lui a pris,

 vous le disiez,

 un rôle assez fort

 dans la résistance

 et dans l’action contre l’Israélien,

 n’ayant pas participé à la guerre civile,

 n’ayant pas participé.

 Son image à lui n’est pas écornée.

 C’est l’impression que j’en ai,

 alors que celle de Amal,

 c’est défraîchi avec son action

 dans les canges.

 Je rappellerai que des gens mourraient de faim,

 qu’il y a des fatois autorisant

 de manger de la chair humaine

 pour arriver à s’en sortir.

 Enfin, on est dans un désastre

 humanitaire le plus complet.

 Et donc, on rentre également là

 dans deux, trois années

 de conflits très durs,

 fratricides,

 entre Amal et son concurrent récent,

 mais son concurrent qui prend

 sa place finalement

 dans certaines régions,

 la banlieue sud,

 certains villages du sud

 qui est de Hezbollah.

 Est-ce que je traduis bien

 cette période en posant cette question ?

 Vous la traduisez parfaitement

 et ça ne me semble absolument pas

 caricatural de considérer

 que le conflit Amal-Hezbollah

 qui éclate en février 88

 et le prolongement de la guerre des Corses

 en est le prolongement direct.

 Il y a un lien de cause à effet

 qui est encore une fois direct.

 Et les combattants en particulier

 côté Amal comme Hezbollah

 le reconnaissent eux-mêmes.

 Et c’est en effet une succession

 de tensions contenues,

 de rivalités,

 de divergences stratégiques et tactiques

 qui se sont manifestées

 depuis la guerre des camps,

 qui là vont s’exprimer

 militairement de manière massive

 et extrêmement violent.

 Aussi violent que la guerre des camps,

 même si la guerre des camps

 comme vous l’avez précisé

 a été le théâtre de drame humanitaire

 notamment d’un point de vue alimentaire

 dans les camps de Beyrouth

 et pour le camp de Rachidier

 qui était assez innommable

 et incalifiable

 et qui ont considérablement

 écorné l’image d’Amal

 et bénéficiait à Hezbollah

 qui croit dans son sillage.

 En effet, février 88,

 la guerre éclate

 entre Amal et Hezbollah

 dans un premier temps dans le sud.

 Précarés entre guillemets d’Amal.

 Amal considère comme sont précarés

 après 85.

 Comment le conflit éclate ?

 On a en février 88

 un officier de lunettes saut,

 les observateurs de l’ONU

 qui est reçu par un cadre local d’Amal

 qui s’appelle Abdelmajid Saleh

 qui le reçoit dans sa maison à tir.

 Cet officier américain en l’occurrence,

 même s’il est de lunettes saut,

 est kidnappé juste après

 cette entrevue

 avec ce cadre local d’Amal.

 Amal accuse le Hezbollah

 d’avoir kidnappé cet observateur de l’ONU

 et en conséquence,

 ils vont désarmer le parti

 dans l’ensemble des zones

 qu’ils contrôlent dans le sud

 en essayant aussi de retrouver

 cet officier de l’ONU.

 Enfin, il sera retrouvé mort

 je crois des années plus tard.

 Mais donc Amal va,

 au nom de cet enlèvement,

 rentrer dans une guerre

 extrêmement intense et violente

 contre le Hezbollah dans le sud.

 Alors ça va être autour de tir

 et de n’avoir tiré dans un premier temps

 et ça va conduire à un désarmement

 du Hezbollah.

 Parce qu’à l’époque,

 le rapport de force est vraiment

 en faveur d’Amal,

 surtout dans le sud.

 Donc le Hezbollah va être obligé

 d’une certaine manière

 de plier bagages ou du moins

 de se contenter d’activités clandestines

 parce que voilà,

 Amal ne lui autorise plus

 de présence visible.

 Et avant de rentrer

 dans les détails

 de cette guerre Amal-Hezbollah

 et de ces différents épisodes,

 il faut quand même poser

 deux trois éléments

 qui permettent de mettre en lumière

 les clivages stratégiques et tactiques

 qu’il y a entre les deux formations.

 Donc là, déjà,

 comme on a pu l’apercevoir

 à travers cet incident,

 cet enlèvement,

 Amal, depuis 1978,

 depuis la première invasion israélienne

 du Liban et depuis

 l’arrivée de la Finule,

 les forces de maintien de la paix

 et de l’interposition de l’ONU

 au Liban Sud.

 Elle apporte un soutien,

 l’organisation apporte un soutien

 majeur à la Finule.

 Ils ont un officier de liaison

 depuis 1980 avec la Finule,

 qui à l’époque,

 c’était Daoud Daoud,

 donc un cadre d’Amal de tir.

 Et ils soutiennent cette présence

 militaire de l’ONU

 suite à des positions

 de Monsa Sador,

 qui avait dit justement

 ne vous interposez pas,

 n’affrontez pas l’ONU,

 ce n’est pas nos adversaires,

 c’est Israël,

 je simplifie pour aller vite.

 Mais de manière générale,

 Sador avait pris position

 en faveur de la Finule

 et du coup Amal,

 depuis sa disparition,

 a toujours maintenu des relations

 plus que cordiales avec la Finule

 et parfois ils sont rentrés

 dans des confrontations militaires

 avec des acteurs

 qui soient Palestiniens

 ou le Hezbollah

 parce qu’ils avaient attaqué la Finule.

 Donc à l’époque, en 88,

 et puis en réalité

 depuis l’annonce de la création

 de Hezbollah en 85,

 le parti n’avait pas

 une position favorable

 concernant la Finule.

 Ils ne se posent pas du tout

 en soutien de la Finule.

 Pour eux, c’est une armée

 d’occupation étrangère,

 une présence impérialiste

 sur la terre du sud

 qui empêche la résistance

 d’agir et de prospérer

 et qui favorise

 l’occupation israélienne.

 Donc ça, on a déjà

 un premier clivage majeur

 entre les deux formations

 vis-à-vis de la Finule.

 Le deuxième, ça va être

 aussi fondamental,

 c’est vis-à-vis

 des modalités d’action

 contre l’armée israélienne.

 Amal refuse toute opération

 en territoire israélien

 ou palestinien,

 seulement en territoire

 libanais occupé,

 tandis que Hezbollah

 est en faveur,

 au contraire, d’opérations,

 mettons, contre Keryat Shimonah

 ou des colonies israéliennes

 frontalières.

 Et ça, ça va générer

 des tensions et ça va être

 aussi un petit peu,

 si je puis dire, le fond

 de cette guerre

 ou plutôt les justifications

 stratégiques et tactiques

 qui vont en être données.

 Autre point qu’il faut amener

 pour dresser et comprendre

 ce tableau,

 d’un point de vue,

 si je puis dire,

 juriste prudentiel et théologique,

 même si Khomeini reste

 un référent de premier plan

 pour des dizaines,

 enfin des centaines

 et des milliers de combattants

 et de cadres d’Amal,

 il y a certains clivages

 à la fin des années 80

 qui émergent

 et on a notamment un religieux

 très proche d’Amal

 qui s’appelle Mohamed Mahdi Shamseddin

 qui va se prononcer, par exemple,

 contre la Wilayat al-Faqih

 et qui va, des années plus tard,

 pas à cette période

 mais bien plus tard,

 théoriser une autre notion

 qui sera la Wilayat al-Ummah al-Nafsihah.

 Pour nos auditeurs,

 le Wilayat al-Faqih

 c’est finalement la reconnaissance

 que le guide suprême iranien

 est la référence à suivre

 en matière de droit et de religion

 pour les chiites

 et il est vrai qu’au Liban,

 de nombreux chiites

 proches ou non du Hezbollah

 avaient aussi des marjahs

 qui n’étaient pas iraniennes

 et donc ça facilitait aussi

 cette, entre guillemets,

 contestation de suivre

 ce dogme-là,

 un dogme qui a été

 intégré par le Hezbollah

 qui l’affirme comme étant

 sa base constitutive

 et donc Amal, elle,

 c’est aussi construite

 en opposition à ça

 en disant non, non,

 il y a des guides à chercher

 dans, voilà,

 c’est un peu compliqué

 parce que c’est des juristes

 religieux,

 donc c’est quelqu’un

 qui dit le droit

 et qui dit la religion

 et donc ils sont plutôt à trouver

 dans la communauté libanaise

 ou en tout cas,

 pas forcément en Iran

 et donc c’est vrai

 qu’à la succession

 entre Roménie et Raménie,

 il s’est joué aussi

 cette porte en disant

 on suivait peut-être le guide

 qui était Roménie

 jusque là,

 mais finalement,

 Raménie n’étant pas

 un margeat,

 on va aller chercher

 ailleurs nos références

 et c’était une manière

 aussi de se détacher

 de l’Iran,

 finalement de cette tutelle

 religieuse ou juridique

 à cette occasion-là

 pour des opposants

 à Hezbollah notamment.

 Exactement, on a ce clivage

 théologico-politique

 avec les cadres

 et militants de Hezbollah

 qui se réfèrent à la Wiliat al-Faqih,

 qui doivent en référer

 au guide suprême iranien

 sur tout un tas de questions

 théologiques et politiques

 et le religieux

 qui est un peu le guide spirituel

 d’Amal à ce moment-là,

 donc le successeur de Sardar,

 Mohamed Mahdi Shams al-Din,

 lui défend une autre théorie,

 une autre position,

 la Wiliat al-Koummal al-Nafsirah,

 donc l’autogouvernance

 d’une certaine manière

 de la communauté

 par elle-même,

 c’est-à-dire pas besoin

 de se référer à un margeat,

 à un référent

 qui est à l’extérieur du pays,

 on est tout à fait en mesure

 par nous-mêmes

 d’élaborer nos propres cadres

 théologiques, politiques,

 culturels et sociétés.

 Donc, on a aussi en plus,

 si je puis dire,

 ce clivage théologique

 qui est parfois instrumentalisé

 par des militants

 et qui s’inscrit

 dans ce tableau de tension

 entre Amal et Hezbollah.

 Mais l’élément le plus important

 qui va expliquer le conflit,

 au-delà de ces divergences

 entre les deux organisations chiites,

 c’est la lutte d’influence

 et la rivalité

 pour l’influence

 entre la Syrie

 et la République islamique d’Iran.

 C’est quelque chose

 qu’on a beaucoup de mal à penser,

 notamment depuis la guerre

 civile syrienne,

 parce qu’on pense

 le régime raciste syrien

 et la République islamique d’Iran

 comme des alliés

 perpétuels et éternels

 qui n’auraient jamais eu

 de tempêtes

 et de périodes de tension,

 alors qu’en réalité,

 la guerre des camps,

 c’est une première

 période de tension majeure

 entre la Syrie et l’Iran,

 parce que l’Iran prendra

 le parti des Palestiniens

 en condamnant la guerre des camps,

 en disant qu’il n’est pas

 licité acceptable

 religieusement ou politiquement

 ou moralement

 de combattre les Palestiniens,

 tandis que la Syrie soutenait

 et était en partie

 derrière l’offensive.

 Et le conflit

 qui s’inscrit dans ce silla,

 donc Amal, Hezbollah

 98-90,

 c’est justement aussi

 cette lutte d’influence

 pour le contrôle du Sud

 qui s’exerce entre

 la Syrie et l’Iran.

 Et donc,

 évidemment, la Syrie soutient Amal,

 la République islamique

 soutient le Hezbollah

 et des deux bords,

 on va être assez intransigeant

 et on va essayer de l’emporter

 militairement et de

 de vaincre l’adversaire.

 Sauf qu’aucun de ces deux acteurs

 du duo chiite n’est effaçable

 d’un point de vue géographique

 ou militant.

 C’est des organisations

 qui sont déjà,

 à ce moment là,

 extrêmement puissantes

 avec des nombreux membres.

 Et en dépit de la guerre des camps,

 Amal conserve une influence certaine.

 Donc le Hezbollah

 ne sera pas vraiment

 en mesure de l’emporter.

 Il sera obligé de composer.

 Mais donc,

 pour essayer de dresser

 rapidement un petit tableau

 un peu chronologique

 de ce qui va se passer

 pendant la guerre Amal-Hezbollah.

 Donc on a la première phase

 d’affrontement dans le Sud,

 comme je le disais,

 de février à avril 88,

 où le Hezbollah va être désarmé

 à n’abatiller et à tir.

 Et le mois qui suit,

 en mai 88,

 on a ce qu’on appelle

 la bataille de la banlieue sud.

 La banlieue sud qui était contrôlée

 jusqu’à ce moment par Amal

 va être

 le lieu d’affrontement majeur

 entre Amal et le Hezbollah.

 Cependant, là, c’est pareil.

 C’est ce que j’ai essayé

 de déconstruire un peu dans ma thèse

 avec des témoignages d’acteurs

 qui m’ont directement participé.

 On nous présente souvent les choses

 comme voilà, il y a une bataille

 d’une semaine, dix jours environ,

 où le Hezbollah en vient

 à écraser Amal

 et à éradiquer le mouvement

 de la banlieue sud

 du fait de sa supériorité militaire,

 de meilleurs financements,

 d’une meilleure,

 d’une doctrine, soit-disant,

 plus en cline au sacrifice

 et puis à imposer,

 à infliger des coups rudes

 à l’adversaire.

 En réalité, c’est beaucoup

 plus simple que ça.

 C’est-à-dire qu’on a le chef militaire

 de Harakat Amal à l’époque,

 Aqal Hamilleh, qui est

 issu de la BK, par ailleurs,

 originaire de la BK,

 qui va refuser de combattre.

 il va,

 ces hommes vont en partie

 donner un certain nombre

 de permanences

 et de quartiers et de régions

 à Hezbollah en refusant le combat.

 D’autres vont

 participer au combat

 et refuser de de laisser

 leur position et leur permanence.

 Donc on a en effet des affrontements,

 mais le plus gros des affrontements

 est évité,

 en dépit de la violence

 de ce qui se passe

 pendant dix jours,

 par Aqal Hamilleh,

 qui refuse de s’engager

 parce qu’il est conscient

 que si lui s’engage,

 originaire de la BK,

 d’un clan influent

 avec des ramifications

 un peu partout,

 que si lui s’engage,

 ça va prendre une tournure

 encore plus violente

 et que ça va se propager

 dans la BK.

 Or, quand on connaît un peu

 le tableau 98-90,

 la BK, c’est la seule région

 où il n’y a pas de guerre

 à Amal Hezbollah.

 Ce n’est pas pour rien.

 C’est parce que justement,

 la région est préservée,

 si je puis dire,

 d’une certaine manière,

 au même titre qu’un certain nombre

 de régions et de quartiers

 de la banlieue sud,

 parce que le responsable

 militaire d’Amal

 refuse de s’engager dans la guerre

 en dépit des incitations,

 notamment syriennes

 et de Razi Kanaan,

 qui fait pression sur lui,

 qui arrête son frère,

 qui torture une partie

 de ses cadres,

 une partie de ses hommes

 et une partie de sa famille.

 Hamilleh va refuser

 et il aura une phrase célèbre.

 Parce que c’est lui

 qui dirigeait Amal

 militairement

 pendant la guerre des camps.

 Il disait vous avez fait de moi

 le bourreau des Palestiniens,

 vous ne ferez pas de moi

 le bourreau des chiites.

 Donc, à partir de ce moment là,

 Atal Hamilleh

 est expulsé d’Amal.

 Et puis une partie de la direction

 n’accepte pas,

 ne lui pardonne pas plutôt

 son refus de participer

 et de s’engager.

 Et cet homme qui était

 un des plus fidèles élèves

 de Chamran

 et un des plus éminents

 responsables militaires d’Amal

 pendant toute l’histoire de la guerre

 va ensuite être mis de côté

 et se retirer dans son village

 à Taraïa dans la Beka

 et ne plus avoir de rôle politique

 jusqu’à l’émergence de Daesh.

 Mais c’est encore une autre histoire.

 C’est une autre histoire

 qu’on évoquera peut-être, oui.

 Et donc la banlieue sud

 est rapidement prise

 en grande partie

 à l’exception du quartier de Shaïa

 qui reste contrôlé par Amal

 et majoritairement sous le contrôle

 de Hezbollah après mai 88.

 Et on va avoir ensuite

 deux autres phases

 de confrontation majeure

 entre Amal et Hezbollah.

 Les deux vont se dérouler

 au même endroit

 dans l’Eklemet Tuffah,

 dans une région stratégique

 du Liban Sud

 et notamment dans le Javal Serafi.

 Et donc la première,

 ça va être de septembre 88

 à février 89.

 Amal va essayer d’expulser

 le Hezbollah qui est

 particulièrement bien implanté.

 Et la dernière, ça va être,

 si je ne dis pas de bêtises,

 c’est juillet 80,

 octobre 90.

 Ou encore une fois,

 on va avoir aussi

 de violents affrontements

 dans l’Eklemet Tuffah,

 le Javal Serafi.

 Et on va avoir notamment

 Hassan Nasrallah qui sera sur place,

 qui sera assiégé.

 Et de manière générale,

 ni Amal ni le Hezbollah

 ne parvient à l’emporter.

 Chacun réussit à se faire

 une zone d’influence ou autre.

 Mais on en vient

 à des guerres de position.

 On prend un village,

 on le reprend.

 Enfin, je veux dire,

 il n’y a pas d’avancée

 stratégique majeure.

 Dans les deux cas,

 on est face à une impasse

 et surtout on en vient

 à se combattre

 et s’entretuer entre frères,

 entre cousins au sein

 d’une même famille.

 Et ça, ça va être

 un traumatisme majeur

 qui reste présent

 dans les mémoires

 jusqu’à aujourd’hui,

 dans toutes les familles chiites,

 notamment dans les familles

 où on a des gens

 qui se sont engagés

 à Amal ou Hezbollah.

 Et c’est ce qui explique

 qu’aujourd’hui,

 cette alliance

 entre les deux parties,

 elle est indéfectible

 et que, à mon sens,

 il est improbable,

 voire impossible,

 que ces deux organisations

 en viennent aux mains un jour

 parce qu’elles savent

 ce que ça veut dire

 et qu’elles ont aucun intérêt

 ni aucune envie.

 Les deux bords

 de renouveler l’expérience

 en dépit des clivages

 qui se manifestent ici et là,

 tactiques et stratégiques,

 encore une fois.

 Mais ce qui va vraiment

 mettre un terme

 à la guerre Amal-Hezbollah,

 c’est l’invasion

 du Kuwait

 par Saddam

 en août 90,

 parce que, justement,

 la Syrie, comme l’Iran,

 qui se combattent

 à ce moment-là

 via leurs alliés

 interposés au Liban,

 en viennent à réaliser

 que l’Irak

 représente une menace

 considérable

 et qu’il est temps

 de serrer les coudes

 et que, donc,

 il n’est plus du tout opportun

 de s’affronter au Liban.

 Donc Saddam envahit Kuwait

 et, trois mois plus tard,

 deux mois et demi plus tard,

 on a une délégation d’Amal

 et une délégation du Hezbollah

 qui se rend à Damas

 avec, évidemment,

 des représentants iraniens

 et syriens qui y participent.

 Et les accords de Damas,

 les accords qu’on appelle

 le Sharia-Wilayati,

 du nom de deux ministres

 des Affaires étrangères,

 al-Sharah pour les Syriens

 et Wilayati pour les Iraniens,

 vont négocier un accord

 qui permet une sortie

 de la guerre Hezbollah

 et qui met véritablement un terme.

 Vous le disiez,

 pour mettre fin à notre entretien,

 malheureusement,

 ce conflit n’est pas prêt,

 selon vous, de revenir.

 On le verra sûrement

 dans un troisième épisode,

 sûrement en faisant patienter

 un peu nos auditeurs

 pour aborder l’époque moderne,

 entre guillemets,

 c’est-à-dire ce qui va suivre

 la fin de la guerre civile

 et donc reprendre,

 après les accords de Taïf,

 par exemple,

 pour évoquer aussi

 le rôle dans la résistance

 contre Israël de Amal

 qui n’a pas,

 même s’il est souvent passé,

 un peu à part,

 enfin sous silence,

 Amal va perdre,

 y compris dans le conflit actuel

 des militants au sud,

 dans la région de Mabatié,

 dans les zones dans lesquelles

 il a une influence finalement,

 il a toujours des combattants,

 des dirigeants militaires

 et en réalité,

 on ne peut pas perdre des combattants

 si on a cessé d’entretenir

 une branche militaire

 parce que c’est un peu

 comme en recherche et développement,

 on ne peut pas refaire

 quelque chose

 qu’on a complètement stoppé

 ou alors, oui,

 on sort des armes

 et un gilet tactique

 et on se fait éradiquer

 par l’ennemi en deux jours,

 mais on perd pas des cadres

 au fur et à mesure du conflit

 dans des opérations de ciblage,

 dans des opérations

 où on accroche l’ennemi

 dans cette guerre asymétrique.

 Et donc, ce sera peut-être

 l’occasion d’un troisième épisode

 avec vous.

 Je voulais vous remercier

 pour la clarté et l’érudition

 sur un parti qui est

 extrêmement méconnu

 et qui éclaire cette partie

 du conflit contre Israël,

 ses alliances et ses déconvenues

 et ses oppositions

 avec l’OLP ou avec l’ESBOLA.

 Ça va éclairer

 très largement

 les deux auditoires

 que sont celui

 de Fragments de Palestine

 d’une part parce que

 la question libanaise

 et la question palestinienne

 sont éminemment liés

 et que c’est le but

 de ces podcasts,

 d’essayer de remettre les choses

 dans leur contexte.

 Et puis les auditeurs

 de récits stratégiques

 qui avaient sûrement été

 un peu laissés sur leur fin

 sur cette composante.

 Et je ne voulais pas

 faire ce que je reprochais

 un peu aux différents ouvrages

 qui caricaturent Amal.

 Je vous remercie.

 Je mettrai en description,

 bien sûr, des deux épisodes

 que nous allons publier ici,

 l’ensemble de vos publications

 pour que les auditeurs

 puissent aller également

 rechercher par eux-mêmes

 Il y aurait forcément

 beaucoup plus à dire.

 Vous êtes un plus de connaissance

 sur cette question.

 Je vous remercie de ne pas,

 en plus, avoir utilisé

 trop d’acronymes

 ou d’avoir introduit

 les gens dont vous parliez

 parce que ça peut être

 un écueil aussi de partir

 dans son domaine de compétence

 et puis de laisser

 l’auditeur moyen que je suis

 sur le côté avec sa valise

 en se disant

 j’ai pas les connaissances.

 C’était très clair

 au cours de ces près

 de trois heures d’entretien.

 Donc, on avait décidé

 de couper en deux parties.

 Tristan, Ilion, merci beaucoup.

 Et j’espère donc à bientôt

 pour un troisième épisode

 sur l’époque que j’appellerai

 moderne de Hezbollah

 et du mouvement Amal

 dans notamment la guerre

 de la libération du Sud,

 finalement la guerre de 2006,

 la prise de Beyrouth

 le 7 mai 2008,

 la lutte contre Daesh.

 Vous l’avez évoqué

 avec certains dirigeants militaires

 dans la BK.

 Et puis peu ou prou également

 les révoltes au Liban

 contre les banques

 et contre certains dirigeants

 dans lesquels,

 une fois de plus,

 Amal va être souvent décrié

 parce qu’il va intervenir

 pour également sécuriser

 sa position politique.

 Et puis cette alliance

 toujours avec l’Hezbollah,

 mais donc indirectement

 avec ou directement d’ailleurs

 avec l’Iran

 et avec le Hamas palestinien

 depuis le 7 octobre.

 Comme quoi, ce que vous disiez

 est vrai, c’est à dire

 qu’on en revient à

 il faut être pragmatique

 et il faut arrêter

 de s’entredéchir et trouver,

 malgré nos différences,

 une voie.

 C’est finalement la question

 palestinienne et la lutte

 contre Israël qui va réunir

 ces gens-là au début

 et les réunir à la fin

 malgré des tensions

 et des affrontements terribles.

 Tristan et Lyon,

 merci beaucoup.

 Merci de m’avoir reçu.

 Alors merci d’avoir écouté

 ce dernier entretien

 avec Tristan et Lyon.

 Cela clôt ce cycle

 entre la Palestine,

 les Palestiniens et le Liban

 et ces organisations politiques.

 J’espère qu’ils vous ont permis

 de mieux comprendre

 certains angles morts

 que l’on explique mal ou peu,

 notamment ici le cas

 du mouvement Amal

 qui est très peu explicité,

 notamment en français.

 Tristan et Lyon

 est l’un des très rares chercheurs

 d’avoir pu faire

 ce travail colossal.

 N’hésitez pas à soutenir

 ce podcast qui,

 comme vous le voyez,

 cherche à déterrer des sujets

 et à les faire comprendre,

 les rendre intelligibles

 afin de mieux comprendre

 cette guerre régionale

 actuellement.

 N’hésitez pas à aller écouter

 les 14 épisodes

 et la vingtaine de hors série

 que propose le podcast

 documentaire Récits stratégiques.

 C’est une plongée unique

 au sein du Hezbollah,

 de sa guerre débutée le 7 octobre,

 racontée par un haut dirigeant

 militaire de l’organisation

 et finalement analysée

 par plus d’une quinzaine

 de chercheurs libanais

 ou européens.

 On y parle de stratégies,

 d’histoires, d’espionnages,

 de trahisons, d’intelligence

 artificielle militaire,

 d’assassinat ciblé,

 un documentaire passionnant.

 N’hésitez pas à faire un don

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 le mérite.

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