Fragments de Palestine

Un Podcast sur la Palestine

Retrouvez aussi la série documentaire « Récit Stratégique » dont la première saison est consacrée à la guerre au Liban et au Hezbollah

Histoire croisée du Mouvement Amal libanais et de l’OLP au Liban

Première partie de l’entretien avec Tristan Hillion mené par Emmanuel Hiriart

Troisième hors série en collaboration avec le podcast Récit Stratégique qui lui sous forme documentaire s’intéresse au Liban et à la guerre asymétrique du Hezbollah en expliquant sa décision de rentrer dans un front uni avec Gaza du fait des liens culturels, historiques, géographiques mais aussi politiques et militaires entre la Liban et la Palestine et les palestiniens qui n’ont fait que s’accroitre depuis 1948.

Vous pouvez retrouver le Podcast Récit Stratégique en suivant ce lien : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/r%C3%A9cit-strat%C3%A9gique-le-hezbollah-et-la-guerre-asym%C3%A9trique/id1879471446?i=1000753944523

Aujourd’hui je reçois pour une première partie le chercheur Tristan Hillion afin de traiter du concurrent et prédécesseur du parti de Dieu libanais, le mouvement Amal fondé par Moussa Sadr dans les années 1970 qui va comparer la Nakba à Kerbala soit le martyr des descendants du Prophète de l’Islam afin de lier leurs sorts dans la lutte pour la dignité des déshérités de leurs terres, les palestiniens, solidairement des déshérités sur leurs propres terres que sont les chiites du sud Liban.

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Retranscription provisoire de l’épisode 24 de la Saison 1 du podcast en français sur la Palestine animé par Emmanuel Hiriart

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Fragments de Palestine, un podcast en français

 consacré à la Palestine et aux Palestiniens.

 Je suis Emmanuel Hiriart et en parallèle de ce podcast, je réalise un documentaire

 audio que vous pouvez retrouver sur toutes les plateformes d’écoute ou sur YouTube

 qui se nomme « Récits stratégiques », sous-titré « La guerre asymétrique du

 Hezbollah au XXIe siècle » et qui interroge un haut dirigeant militaire du Hezbollah sur

 14 épisodes retraçant l’histoire du parti, du Liban, de son conflit avec Israël et donc

 de sa guerre depuis le 7 octobre dans ce front de soutien à Gaza.

 Et aujourd’hui, je vous propose donc un épisode au croisement des deux univers

 et de ces deux podcasts, Récits stratégiques et Fragments de Palestine,

 afin d’expliquer ces liens politiques, militaires, économiques, historiques et

 géographiques voire culturelles entre le Liban et la Palestine.

 Je vous propose donc un cycle qui retrace notamment la présence de l’OLP,

Yasser Arafat au Liban, entre les années 1970 et 1982.

 Et dans ce cadre-là, deux premiers épisodes ont déjà été diffusés,

 l’un avec Rafi Madaian qui nous évoque ici les liens entre l’OLP et la gauche,

 ou le mouvement national libanais, et l’invasion du Liban en 1982 par Tsahal,

 puis avec Walid Charara sur la création à cette époque du Hezbollah

 et de sa ligne de conduite pro-palestinienne tenue par des membres fondateurs

 qui ont pu se former d’ailleurs au sein d’organisations palestiniennes.

 Aujourd’hui, nous allons explorer le mouvement chiite concurrent Amal

 qui s’est formé précédemment au Hezbollah.

 Et pour cela, je reçois Tristan Hillion,

 un chercheur ayant consacré sa thèse de doctorat à ce mouvement.

 Et c’est une occasion unique de comprendre le rôle de Moussa Sadr,

 le fondateur de Amal et de l’appel des déshérités.

 Avec lui, nous allons opérer une comparaison entre la création de ces mouvements chiites,

 notamment au Sud Liban, et l’évolution de son rapport avec la Palestine et les Palestiniens,

 l’OLP et Yasser Arafat.

 Bonne écoute.

 Tristan Hillion, bonjour.

 Bonjour.

 Alors vous êtes l’invité aujourd’hui du podcast,

 devrais-je dire des deux podcasts, car vous êtes à la fois diffusé sur Fragments de Palestine,

 mais également sur Récits stratégiques,

 parce que vous allez finalement combler un manque volontaire

 parce qu’en 14 épisodes de Récits stratégiques,

 je ne pouvais pas non plus aborder tous les détails, tous les à côté,

 et notamment des relations politiques et militaires du Hezbollah

 avec d’autres organisations libanaise.

 J’avais évoqué, bien sûr dans des épisodes,

 la personnalité de Moussa Sadr,

 et d’ailleurs, j’essayais à tort ou à raison,

 vous nous le direz sûrement au cours de cet entretien,

 de l’opposer, en tout cas de montrer que c’était une voie différente de celle de Fadlallah

 dans la communauté chiite, et puis dans les choix que faisaient les chiites à ce moment-là,

 mais je montrais aussi que nombreux militants de Hezbollah venaient de Amal,

 et ça sera donc l’occasion avec vous d’aborder cela.

 Et alors, pour expliquer pourquoi vous allez être également diffusé sur Fragments de Palestine

 dans cette collaboration entre les deux podcasts,

 c’est tout simplement parce que l’axe principal de ce long entretien qui sera divisé en deux parties,

 je le dis tout de suite à nos auditeurs,

 si vous aimez Tristan et Lyon, c’est bien, il y en aura deux fois plus que d’habitude,

 notre première partie va commencer finalement en 1948 à la Nakba

 pour comprendre comment ce choc finalement, cette catastrophe subie par les palestiniens,

 va à la fois avoir des conséquences au Liban, avoir des conséquences politiques,

 va inspirer des choses, va en réaction aussi positive ou négative,

 créer une politisation, une prise de conscience peut-être du clergé chiite,

 de la population, d’organisations plus sociales ou humanitaires ou islamiques

 qui étaient déjà présentes,

 et va modeler des organisations politiques sur la question des Palestiniens et de la Palestine.

 Donc forcément, on a compris que ça avait modelé le Hezbollah qui se crée en 1982,

 mais avant lui, ça a déjà modelé une autre organisation,

 le mouvement Amal, sur lequel on va donc longuement revenir à travers ce long podcast,

 mais pour comprendre ces liens, ces inimitiés, ces oppositions notamment avec l’OLP

 ou avec le Hezbollah dans une seconde partie.

 Et donc, pour vous lancer après cette longue parenthèse,

 il nous faut donc revenir à 1948 et donc savoir ce que représente finalement cette Nakba

 pour le Liban et pour le sud-liban,

 qui va accueillir une grande partie de la population palestinienne,

 qui va simplement s’éloigner du conflit en allant un peu plus vers le nord,

 les régions de Palestine et du sud-liban étant liées, y compris administrativement, depuis des décennies,

 et puis géographiquement, c’est la continuité territoriale.

 Et alors, qu’est-ce que ça va avoir comme, avant de rentrer dans le vif du sujet,

 qu’est-ce que ça va avoir comme conséquence en termes de changements démographiques,

 économiques, bien sûr, politiques, voire militaires,

 pour à partir de 1948, pour ces Libanais qui sont indépendants depuis quelques années,

 mais qui sont un État, on va le dire tout de suite, extrêmement en essence, mais extrêmement faible,

 et donc qui accueille des centaines de milliers de Palestiniens.

 Merci pour cette excellente question qui est fondamentale, en fait,

 parce que 1948, l’établissement de l’État d’Israël et le nettoyage ethnique qui s’ensuit,

 ce n’est pas un épisode lointain pour les Libanais, et notamment pour les habitants du sud,

 donc on a un certain nombre d’opérations militaires qui sont conduites par les milices sionistes en Galilée,

 mais aussi en territoire libanais, de l’autre côté de la frontière,

 et notamment dans un certain nombre de villages frontaliers,

 ce qu’on appelle à l’époque les Sept Villages, donc il y a par exemple Terbeja, Salha, Malikye ou Hula,

 un autre village dans lequel les milices sionistes vont conduire des opérations de nettoyage ethnique également.

 C’est l’opération Hiram conduite par l’officier Moshe Karmel,

 et donc beaucoup d’habitants du Liban sud de ces villages frontaliers

 vont être expulsés de leur village et des dizaines d’autres assassinés.

 On a des massacres qui se déroulent, un petit peu similaires à ceux qui se déroulent côté palestinien,

 comme à Deir Yassin en avril 1948,

 et donc le nettoyage ethnique de la Palestine et des villages frontaliers en 1948,

 c’est quelque chose de fondamental dans la mémoire des habitants du Liban sud,

 c’est un traumatisme majeur et c’est ce qui me pousse dans mes travaux et dans ma thèse en particulier

 à parler de Nakba, Libano-Palestinienne, parce que les drames sont similaires,

 les logiques se ressemblent considérablement,

 et donc ce nettoyage ethnique va avoir des conséquences majeures sur l’économie et les sociétés du Liban sud,

 qui étaient entremêlées avec la société palestinienne.

 On avait de nombreux amélites, donc des habitants du Liban sud qui travaillaient en Palestine,

 d’autres qui vendaient leurs bétails, leurs productions agricoles, qui s’y mariaient,

 des liens sociaux, familiaux, économiques et culturels qui s’inscrivaient vraiment dans le temps long,

 et donc 1948 ça va être une rupture majeure pour les gens du Liban sud,

 et ça va provoquer une rupture de la continuité géographique entre les deux espaces, mais aussi sociale,

 et du coup ça va pousser les habitants du Liban sud à se tourner principalement vers Beyrouth

 en quête de nouvelles opportunités, en quête d’espoir,

 et malheureusement comme les Palestiniens, ces populations vont être de manière générale

 livrées à elles-mêmes et abandonnées par l’état central.

 Donc 1948, le nettoyage ethnique et le déplacement forcé d’environ 700 000 Palestiniens dont 100 000 au Liban,

 ça va avoir des incidences considérables sur la société du Liban sud, mais sur le Liban plus généralement.

 Démographiquement comme je le dis, on a 100 000 personnes qui s’installent au Liban, beaucoup dans le sud,

 donc dans la ville deTyr par exemple, on a trois camps qui se mettent sur pied,

Rachidiyeh, El Bos, et le regroupement informel de Jadal Bahar.

 On a aussi un camp qui est créé à Nabatille, aussi à Saïda, on a Ayn El Heloué, Millet Millet.

 Donc la présence palestinienne dans le Liban sud s’impose en force,

 et c’est quelque chose qui va marquer considérablement les habitants, les élites comme toutes les différentes classes sociales du Liban sud,

 qui vont voir ces Palestiniens chassés de chez eux, avec les clés de leur maison,

 qui sont dans l’attente justement de retourner sur leurs terres.

 Et réfugiés Palestiniens et habitants du Liban sud vont être soumis aux mêmes conditions de vie socio-économique extrêmement précaires,

 même s’il faut quand même souligner que l’élite économique si je puis dire palestinienne qui s’exile vers le Liban,

 ou qui est expulsée vers le Liban, va être plutôt bien intégrée à l’économie libanaise.

 À l’image par exemple du banquier Youssef Beydas et d’autres,

 certains vont obtenir la nationalité libanaise assez rapidement, qu’ils soient musulmans ou chrétiens par ailleurs,

 ce n’est pas une question qui se pose à ce moment-là avec force pour ces élites économiques.

 Et donc ces élites vont considérablement contribuer à la croissance économique de Beyrouth et du Liban dans les décennies suivantes,

 ce qu’on oublie trop souvent.

 On aime souvent mettre en lumière l’aspect déstabilisateur de la présence palestinienne sur le Liban par ces réfugiés, par ces classes populaires, etc.

 Mais ces élites contribuent aussi culturellement et économiquement à l’essor du Liban et de Beyrouth

 de la fin des années 40 jusqu’aux années 70.

 Pour ce qui est de la majorité de la population, on est quand même sur un quotidien de misère social et économique

 où les Palestiniens sont interdits d’exercer un certain nombre d’emplois.

 Et sur le plan politique et militaire, jusqu’à la fin des années 60,

 les Palestiniens ne vont pas être autorisés à exercer des activités politiques.

 Ils vont être fortement réprimés par les services de renseignement de l’armée libanaises, le deuxième bureau.

 Pour donner une image de cette répression, en 1965-1966, on a un militant palestinien du Fatah qui s’appelle Galal Gharawash

 qui va être jeté du toit d’un hôpital et qui va décéder.

 Ce qui atteste la violence de la répression qui s’exerce à ce moment-là contre les militants palestiniens.

 Et donc 48, et ce qui s’ensuit, va avoir une influence majeure sur le destin du Liban, son présent à ce moment-là.

 Et ça va être aussi un événement qui va inspirer, sur lequel on va construire, que ce soit politiquement, culturellement,

 voire religieusement, à travers les élites locales et un certain nombre de leaders

 comme Moussa Sadr, le fondateur d’Amal en 1975, qui s’impose à ce moment-là comme la voix et la figure tutélère des chiites libanaises.

 Alors justement, vous évoquez le cas de Moussa Sadr.

 À cette époque, donc les années 70, c’est là qu’il apparaît.

 On va s’arrêter un peu sur son parcours, sur ce qu’il représente politiquement et religieusement.

 En fait, ces réfugiés palestiniens sont simplement au contact, au sud Liban notamment, avec une population chiite libanaises,

 même si au sud on trouve aussi des sunnites et des chrétiens.

 Il n’est pas question de vouloir sectoriser les gens et d’ailleurs des familles sont mixtes.

 Enfin, notre propos n’est pas là, mais arrêtons-nous sur les liens entre ces populations chiites.

 Pourquoi ? Parce qu’elles sont également, vous le disiez, les palestiniens sont souvent, à partir du moment où ils arrivent,

 à part pour les classes les plus riches, elles sont finalement marginalisées.

 Et elles sont au contact de populations chiites libanaises qui sont également marginalisées,

 parce que périphériques, parce que rurales, parce qu’elles éloignent le centre de pouvoir,

 parce qu’elles n’ont pas de représentation politique non plus.

 Et donc surgit, un peu de nulle part, parce qu’on part vraiment d’une communauté qui n’a pas de représentant politique,

 vous me corrigerai si je me trompe, et donc surgit la figure de Moussa Sadr,

 et lui qui va non pas chercher une solution pour sa seule communauté, si je puis dire,

 mais qui va, à travers ses différents appels, s’ouvrir à l’ensemble des Libanais,

 et également aux palestiniens, notamment sur la question du combat à Israël.

 Alors, est-ce qu’on peut essayer de retracer, ça devrait faire l’objet de trois ou quatre épisodes,

 le parcours de Moussa Sadr et de son influence finalement au Sud,

 et y compris pour les gens du Sud, chiites libanaises vis-à-vis de la question palestinienne ?

 Bien sûr, et c’est vraiment fondamental à poser parce que Moussa Sadr est le précurseur de beaucoup de choses,

 il y a beaucoup de mots d’ordre qu’on entend aujourd’hui encore dans le présent et l’actualité libanaises qui lui reviennent,

 et ce qu’on oublie trop souvent, par exemple la thématique de société de résistance,

 c’est lui qui l’élabore et qui le met en pratique dans les villages du Sud avec ses fidèles et ses partenaires.

 Donc Moussa Sadr, c’est le fils d’un grand religieux iranien issu d’une famille transnationale,

 comme la plupart des familles religieuses chiites, c’est-à-dire établie entre le Liban, l’Irak et l’Iran depuis un peu plus de deux siècles,

 et donc il grandit dans la ville sainte de Rome, il va faire des études religieuses à ce qu’on appelle la hausa, le séminaire chiite,

 et parallèlement à ses études religieuses traditionnelles, il va aussi suivre une formation à l’université de Téhéran en économie,

 à la faculté de droit, dans les années 50, il va être témoin de la nationalisation du pétrole sous Moussa Sadr,

 et puis du coup d’état qui s’ensuit, soutenu par la CIA et le MISIS pour restaurer le chat dans ses pleins pouvoirs,

 donc ça va beaucoup le marquer, 48, aussi le nettoyage ethnique de la Palestine, il a une vingtaine d’années quand ça se produit,

 c’est quelque chose qui va le bouleverser, sur lequel il va écrire, il va beaucoup penser,

 et donc à la fin des années 50, il va être appelé par un certain nombre de familles, et notamment les héritiers d’un religieux local,

 Abdel Hussain Sharif Eddin, qui est décédé en 1957 et qui vont lui demander de prendre sa suite.

 Abdel Hussain Sharif Eddin était le religieux établi dans la ville de Tyr, et c’était d’une certaine manière le mosh tarid,

 donc le religieux chiite libanais le plus éminent et le plus important,

 et donc Sadr va accepter de prendre sa succession et il va s’installer entre 59 et 61 dans cette ville de Tyr,

 au Liban Sud, au contact de la Palestine occupée et au contact direct des réfugiés palestiniens expulsés de chez eux.

 Et donc très rapidement, il va s’intéresser aux conditions socio-économiques des chiites libanais et de l’ensemble de la population libanaises,

 il va essayer de comprendre le régime politique du pays dans lequel il s’installe, les configurations sécuritaires, politiques, militaires, etc.

 Et assez rapidement, il va en appeler à l’État et aux élites locales pour assumer leurs responsabilités,

 c’est-à-dire développer la région économiquement, socialement, notamment en termes d’infrastructures, écoles, hôpitaux, routes, etc.

 Parce que le Liban Sud, comme la plaine de la Bekaa et le Akkar au Nord,

 étaient des régions qui étaient quand même grandement délaissées par l’État central,

 qui concentraient la plupart de son énergie et de ses ressources sur Beyrouth et la montagne, le pays utile entre guillemets.

 Du coup, on avait quand même un certain nombre de régions périphériques qui étaient dans le dénûment le plus grand,

 avec des taux d’analphabétisme extrêmement importants, des problématiques sanitaires, d’hygiène assez graves

 et vraiment une négligence considérable des pouvoirs publics.

 Donc Sadr va essayer d’inviter l’État, et surtout les élites locales qui sont issues des grandes familles qui dominaient la région à l’époque ottomane,

 ce qu’on appelle les Zohamas, qu’on qualifie de Irktaïyn, c’est-à-dire de Féodaux.

 Donc même si l’image et le qualificatif semblent anachroniques,

 et ça témoigne quand même bien de leur modalité de gouvernance et le peu d’attention qu’ils pouvaient accorder à leurs fidèles et à leurs ouailles,

 Sadr va leur demander d’agir, d’assumer leur responsabilité,

 depuis le début des années 60 jusqu’à la fin des années 70.

 Malheureusement, il n’y a pas grand monde qui va l’écouter.

 Donc il va essayer de mettre en place lui-même ce que j’appelle un complexe charitable institutionnel,

 c’est-à-dire un réseau d’institutions, d’associations caritatives, éducatives pour pallier au manque de l’État

 et puis résoudre en fait ces problématiques d’éducation, d’accès à la santé et puis de participation au pouvoir et au devenir du pays.

 Et donc il se concentre sur ces questions socio-économiques.

 Premièrement, il va recevoir le soutien d’un certain nombre de dignitaires religieux et puis d’intellectuels plutôt progressistes,

 par exemple le père catholique Grégoire Haddad qui va l’inviter à diriger ce qu’il avait fondé,

 le mouvement social, une association transconfessionnelle avec six personnes de six communautés différentes

 qui visaient justement à réduire les inégalités et lutter contre la pauvreté.

 Donc Sadr va pleinement faire partie de ces projets de lutte contre la misère qui sont pas du tout juste chi ou islamique,

 qui sont transconfessionnels, qui s’inscrivent purement dans ce cadre libanais.

 Et il va aussi être très rapidement concerné et préoccupé par une autre question, c’est la question palestinienne.

 Parce qu’en effet, les Palestiniens sont principalement installés depuis 48 dans des régions à majorité chiites,

 pour le dire rapidement, dans le sud mais aussi à Beyrouth.

 Et donc Sadr va être extrêmement préoccupé par ce qui va y voir et ça va l’inquiéter aussi

 pour le devenir des habitants du Liban Sud, pour lui le Sud Liban et ses habitants sont les prochains sur la liste.

 Et l’histoire lui donna malheureusement raison parce que dès la fin des années 60,

 l’armée israélienne lance très régulièrement des offensives sur le sud du pays

 au prétexte de combattre les fédayins et les mouvements de résistance palestinien.

 Mais ça va principalement être destiné contre les populations civiles du Liban Sud,

 voire jusqu’à Beyrouth en 68 quand l’armée israélienne pulvérise la flotte de la Middle East Airlines

 sur le tarmac de l’aéroport international de Beyrouth.

 Donc cette question brûlante à l’époque sur la scène politique libanaise va aussi le préoccuper et il va s’en saisir pleinement.

 Comme d’ailleurs la plupart des religieux chiites, qui soient libanais, irakiens ou iraniens,

 c’est-à-dire qu’à l’époque la question de Palestine est vraiment une question brûlante

 qui occupe tous les esprits et tous les cœurs dans la région, notamment pour les religieux.

 Et ça, ça s’observe par exemple en 1968 et en 1969,

 on va avoir les autorités religieuses chiites de Najaf, donc l’une des villes saintes du chiisme,

 qui vont publier un certain nombre de fatwas où ils appellent leurs fidèles, les chiites de par le monde,

 à rejoindre la résistance palestinienne qui a commencé à se mettre sur pied au milieu des années 1960

 et qui est en plein essor à la fin des années 1960.

 Et donc ces autorités religieuses chiites vont inviter leurs fidèles à soutenir,

 que ce soit par des dons, la résistance palestinienne voire à s’engager directement dans ces rangs.

 Et Sadr va s’inscrire lui aussi dans ce cadre-là,

 il va prendre des positions tout à fait similaires depuis le Liban,

 il va par exemple organiser des campagnes de dons à Tyr ou à Beyrouth

 pour soutenir justement à l’époque le Fatah,

 tout aussi en invitant ses fidèles à combattre directement dans les rangs des organisations palestiniennes.

 Donc il y a vraiment une convergence aussi qui se fait,

 parce que comme on le disait, les palestiniens dans leur majorité sont soumis à de nombreuses discriminations sociales et économiques.

 Les chiites libanais eux aussi, c’est probablement la classe, la classe, lapsus, la communauté classe si je puis dire.

 C’est un concept que beaucoup utilisent,

 le fait de remettre les chiites et leurs communautés au sein d’une sorte de classe défavorisée au sein du Liban.

 Parce qu’on est quand même au Liban dans un système politique et confessionnel

 qui assure depuis l’indépendance la domination de deux communautés, les sunnites et les maronnites.

 Enfin les maronnites en premier qui contrôlent la plupart des rouages de l’État

 et des autres responsabilités de la présidence de la République à la direction de l’armée, à l’état-major de l’armée.

 Et donc les chiites eux n’occupent que des postes de moindre responsabilité,

 ont beaucoup moins d’opportunités sociales et économiques.

 Leurs régions sont absolument délaissées voire abandonnées par l’état central.

 Et par ailleurs, ils sont dispersés politiquement entre une multitude d’organisations qu’elles soient de gauche ou de droite.

 On a comme je le disais d’un côté les leaders traditionnels hérités de la période ottomane,

 qui eux sont insérés dans les rouages clientélistes institutionnels avec des alliances avec les élites maronnites et sunnites.

 Mais de l’autre, on a aussi tout un tas de mouvements de gauche,

 voire de partis de droite, les Kataëb, le Parti National Libéral ou autres.

 Et les chiites sont divisés au sein de toutes ces organisations.

 Ils n’ont pas vraiment une structure politique communautaire, confessionnelle, unie.

 Et ils n’ont pas aussi par ailleurs de corps intermédiaires qui les représentent auprès de l’État.

 Contrairement à la plupart des autres communautés,

 c’est-à-dire que les Druzes, ils ont le conseil communautaire des Druzes unitariens,

 on a les patriarcas maronnites et puis grec orthodoxes et grecs catholiques,

 on a Dar el Ifta pour les sunnites.

 Et bien les chiites, à l’époque, ils dépendent des institutions sunnites et ils n’ont pas leur propre corps intermédiaire.

 Et Sadr, justement, va initier une rupture à ce niveau-là,

 c’est-à-dire qu’il va pousser à la création du conseil islamique chiite supérieur,

 dont la création va être votée par le Parlement en 67 et dont il va prendre la direction en 69.

 Donc il fait émerger, déjà d’un point de vue institutionnel, les chiites comme une communauté indépendante.

 Ce qui ne veut pas dire que tout le monde se range derrière son leadership à l’époque.

 Il a quand même un certain nombre de rivaux, notamment chez les leaders traditionnels, etc.

 Mais il va faire émerger la communauté, déjà institutionnellement, de manière indépendante et ensuite politiquement.

 Ce qui en est un petit peu le prolongement.

 En parallèle, vous parliez du conseil islamique chiite qui se fait.

 Il va finir également par obtenir, alors je fais peut-être un peu des sauts dans le temps, en avant et en arrière,

 mais ça reste une période où les Palestiniens vont obtenir la reconnaissance, finalement,

 de leur présence politique et militaire au Liban avec les accords du Caire en 1969.

 Et les chiites vont également obtenir le conseil du Sud.

 Vous le disiez, le conseil islamique, les deux formations, les deux communautés vont finalement,

 alors vous nous le direz, main dans la main ou de manière chacun tirant profit dès qu’elle peut,

 vont quand même, pour ce qui est du Sud Liban en tout cas, obtenir des reconnaissances qui ne sont pas simplement symboliques.

 Ça va changer la donne pour les Palestiniens.

 Vous citiez le cas de militants qui a été même assassiné par le deuxième bureau du renseignement libanais.

 Donc ils vont sortir progressivement de cette omerta et arriver à avoir s’émanciper,

 à avoir une représentation qui peut y compris discuter à un niveau international parce que les accords sont passés au Caire.

 Donc l’OLP peut discuter finalement avec l’État libanais ou avec d’autres États.

 Et pour ce qui est du conseil du Sud ou du conseil islamique chiite, que je ne veux pas assimiler,

 mais vous en ferez le détail, en tout cas les chiites aussi s’émancipent,

 notamment de la communauté sunnite à laquelle ils sont obligés d’être attachés.

 Et donc dessous, tous ces partis qui les accueillent bon gré mal gré,

 plutôt pour faire de la masse, j’ai l’impression, que pour soutenir leurs revendications.

 Et à travers ces institutions, leurs revendications ne vont cesser de croître.

 Donc, est-ce qu’elles croissent en parallèle des revendications palestiniennes, vous allez nous le dire ?

 Tout à fait. Et c’est fondamental à comprendre, c’est que ces deux phénomènes qui sont synchrones et concomitants.

 Donc comme vous le disiez, les Palestiniens, ils vont gagner en visibilité considérablement à la fin des années 60,

 à la suite d’un certain nombre d’événements.

 Donc le Fatah va lancer la phase de lutte armée en Palestine occupée et aussi depuis les pays frontaliers,

 donc depuis la Jordanie et le Liban principalement.

 Et on a notamment une bataille qui se déroule au mois de mars 68, si je ne dis pas de bêtises sur le mois,

 oui c’est mars 68, la bataille d’El Karameh, qui va opposer l’armée israélienne aux combattants palestiniens

 qui sont à ce moment-là épaulés par l’armée jordanienne.

 Et ça va être une victoire tactique pour la coalition, on va dire, palestino-jordanienne.

 Et ça, ça va considérablement contribuer à l’essor du mouvement national palestinien dans la région.

 Cet événement va être célébré du Liban, au Caire, à Riyad, jusqu’en Iran,

 comme la preuve que les Palestiniens sont en mesure de libérer eux-mêmes la Palestine,

 surtout après la défaite des armées arabes coalisées contre Israël en 67.

 Et à partir de ce moment-là, on a plein de Libanais qui vont aussi rejoindre le Fatah,

 que ce soit en Jordanie ou au Liban, notamment beaucoup de chiites du Sud

 et certains surrecommandations directes de Moussa Sadr.

 Et en 69, l’OLP, qui regroupe les différents mouvements de résistance palestiniens,

 va trouver une certaine autonomie par rapport au patronage égyptien,

 avec l’élection de Yasser Arafat, qui va devenir le président de l’OLP en février 69.

 Alors qu’avant, l’Egypte avait quand même une influence très claire sur les directives et les engagements de l’OLP,

 février 69 marque vraiment l’autonomisation de la révolution palestinienne,

 ce qu’on appelle à l’époque la révolution palestinienne,

 sous l’égide de Yasser Arafat, qui devient par ailleurs un leader extrêmement connu et adulé dans l’ensemble du monde arabe.

 Et à la fin de cette même année 69, à la suite de tensions et d’affrontements

 entre l’armée libanaise et les Fédayins palestiniens,

 on a des accords qui vont être négociés entre les révolutionnaires palestiniens et l’armée libanaise,

 à ce moment-là dirigés par Émile Boustani,

 donc les accords vont être négociés par Nasser au Caire, d’où leur nom, les accords du Caire,

 et ils vont permettre à l’OLP et au FATAH de mener leurs opérations militaires depuis le Liban Sud,

 ça va être légalisé, et ils vont aussi acquérir une autonomie politique et militaire sur les camps palestiniens,

 qui étaient auparavant réprimés et contrôlés par le deuxième bureau.

 Donc à partir de la fin de l’année 69, les palestiniens sont autonomes sur le plan politique,

 mais également sur le plan militaire, c’est-à-dire qu’ils ont un cadre légal

 qui leur permet de combattre Israël depuis le Liban,

 et une reconnaissance internationale et régionale qui leur donne un élan considérable.

 Parallèlement à cette montée en puissance de la révolution palestinienne,

 Moussa Sadr a réussi à s’imposer au cours des années 1960, et notamment en 1969,

 comme la figure tutélaire de sa communauté,

 il initie la création du Conseil islamique chiite supérieur, comme on l’a dit tout à l’heure,

 il en est élu président,

 au départ pour cinq ans, ensuite ce sera à vie,

 ce qui atteste quand même de son influence et de la large reconnaissance qu’il reçoit,

 et en 1970, suite à des invasions et puis des offensives israéliennes particulièrement violentes

 sur le Liban Sud, qui vont conduire à l’exil de dizaines de milliers d’habitants,

 Moussa Sadr va pousser à la création d’une institution pour défendre le Sud,

 pour apporter le soutien et l’aide nécessaire aux habitants pour rester sur leur terre,

 pour indemniser les déplacés, les gens qui ont perdu leur maison, leur village, leur culture, etc.

 Et donc il va premièrement créer ce qu’on appelle le comité pour la victoire du Sud,

 qui va regrouper l’ensemble des dignitaires religieux chrétiens, sunnites, druzes et chiites du Liban Sud,

 pour porter la cause du Sud auprès de l’Etat, pour que l’Etat s’engage,

 qui défendent ses citoyens, qui défendent ses frontières, qui protègent ses villages,

 et sous la pression de la rue et puis de ce rassemblement transcommunitaire assez important,

 l’Etat va voter la création du Conseil du Sud,

 auquel on accorde au départ un budget d’environ 30 millions de livres pour essayer d’indemniser justement les habitants.

 Mais ce conseil va être paralysé et va passer sous le contrôle d’une figure traditionnelle du Sud

 qui s’appelle Kamel al-Assad, qui est un leader traditionnel,

 qui était à l’époque aussi président par intermittence du Parlement,

 et qui va réussir à mettre sa main sur cette institution et qui va en verrouiller une partie des redistributions.

 Du coup, ça va être une tentative réussie mais finalement avortée, si je puis dire.

 Et de quoi ces événements et ces dynamiques témoignent,

 c’est que depuis 1968, et notamment depuis l’essor de la révolution palestinienne au Liban Sud,

 depuis 68 jusqu’en 75, c’est-à-dire jusqu’à l’éclatement de la guerre civile au Liban,

 la guerre ça va véritablement être une réalité quotidienne pour les habitants du Sud,

 qui soient réfugiés palestiniens ou libanais du Jabel Hamel.

 Les deux sont confrontés à la même violence, à des bombardements réguliers,

 à des offensives de l’armée israélienne qui pénètrent dans les villages,

 qui dynamite les maisons, qui enlèvent des habitants pour les interroger

 et qui assassinent de manière absolument arbitraire de nombreux habitants

 et pas toujours des militants par ailleurs.

 Donc ça c’est vraiment quelque chose qui est important de poser.

 68-75, pour l’ensemble des habitants du Liban Sud, la guerre est une réalité quotidienne.

 On a, je crois, pour reprendre des chiffres de Samir Kassir,

 3 000 violations de la souveraineté, de l’espace aérien ou maritime libanais,

 sur cette période, c’est-à-dire une attaque par jour.

 Donc il n’y a pas un jour littéralement qui passe sans que l’armée israélienne

 ne s’impose dans le quotidien des habitants en les enlevant,

 en dynamitant leurs maisons ou en les assassinant.

 Et ça c’est quelque chose qu’on oublie trop souvent

 quand on cherche à analyser la guerre civile qui éclate en 75.

 Et pour illustrer un petit peu cette impunité et puis cette présence militaire israélienne

 prépondérante du Liban Sud jusqu’à Beyrouth,

 comme je le disais tout à l’heure, 68, décembre 68,

 l’armée israélienne pulvérise l’aviation de la Middle Easter Line

 parce que les Fédayins ont mené une opération, je ne sais où par ailleurs,

 enfin je veux dire c’est un prétexte.

 La logique c’est celle des représailles collectives,

 c’est-à-dire qu’il n’y a pas du tout un principe de réciprocité

 où alors on va aller frapper l’endroit duquel seraient partis les combattants palestiniens,

 non pas du tout.

 Et pour le comprendre, il y a une phrase de Moshe Dayan

 qui me semble résumer toute cette logique,

 tout ce logiciel militaire israélien mis en place à Gaza après 67

 et au Liban Sud de 68 jusqu’à nos jours,

 malheureusement ça n’a absolument pas changé,

 c’est celle des représailles collectives.

 Donc Dayan nous dit les représailles et la punition collective

 sont la seule méthode efficace.

 Si nous cherchons des responsables, cela n’aboutira jamais.

 Mais si nous nous en prenons au village voisin,

 la population sera obligée de prendre position.

 Donc voilà, c’est ça la logique avec laquelle l’armée israélienne se projette au Liban,

 en faisant payer à des habitants qui n’ont bien souvent rien à voir

 avec les développements militaires

 le prix de ces opérations pour les forcer à prendre position contre les Palestiniens.

 En 72, à Beyrouth, au cœur de la capitale libanaise

 qui se veut pourtant préserver ou qui était relativement préservée des affrontements,

 Le Mossad fait assassiner Ghassan Kanafani

 avec une bombe sous sa voiture qui va l’assassiner lui et sa nièce.

 On a également Bassam Abu Sharif

 qu’ils essayent d’assassiner avec un livre piégé la même année.

 Avril 73, on a plusieurs commandos israéliens qui débarquent dans Beyrouth

 qui attaquent six endroits simultanés

 et qui assassinent un certain nombre de dirigeants palestiniens.

 Abu Youssef el-Najjar, Kamel Adouane et Kamel Nasr,

 un poète par ailleurs chrétien dont le corps sera criblé de balles et disposé en forme de croix.

 Cette impunité israélienne, c’est vraiment une constante

 et c’est quelque chose qui va considérablement influencer

 la mobilisation et la politisation des chiites libanais

 parce que les chiites libanais en sont, comme les Palestiniens, les principales victimes

 et malheureusement l’État ne fait rien

 ni pour les indemniser, ni pour les protéger, ni pour défendre ses frontières.

 On a un exemple en 72, en septembre 72,

 je vais m’arrêter quelques minutes sur ce point-là parce qu’il est important,

 après ce qu’on appelle les massacres de Munich,

 donc une opération menée par le septembre noir qui conduit à la mort d’athlètes israéliens à Munich.

 Si je ne dis pas de bêtises, c’est le 5 septembre 72.

 En réaction à cet attentat,

 le gouvernement israélien va mettre en place une politique,

 une opération qu’ils appellent « colère de Dieu »

 qui va se se déployer, si je ne dis pas de bêtises, du 8 au 18 septembre

 et ça va consister à envahir les villages frontaliers du Liban Sud

 en menant des bombardements massifs et totalement indiscriminés

 pour faire payer à la population le prix de ce qui s’est produit à Munich quelques jours plus tôt.

 C’est un cataclysme pour de nombreux habitants du Sud qui sont obligés de fuir jusqu’à Beyrouth,

 qui perdent pour certains leurs maisons, des proches, leurs moyens de subsistance.

 Et ça illustre à mon sens très bien la manière dont l’armée et le gouvernement israélien

 se comportaient et agissaient avec les Libanais et avec l’État libanais notamment.

 Et donc lorsque l’armée israélienne lance son offensive,

 « colère de Dieu » sur le Liban Sud,

 autour de Qana, il va y avoir des affrontements avec l’armée libanaises

 qui va riposter et qui va le faire par ailleurs assez bien,

 qui va handicaper la projection militaire israélienne pendant quelques temps,

 ce qui illustre le fait que l’engagement de l’armée libanaises contre l’armée israélienne

 n’est pas une question d’incapacité du fait de moyens inégaux,

 mais le fruit d’une décision et d’un choix politique, purement.

 Et en parallèle de cette armée qui, là,

 parce qu’elle a été finalement peut-être motivée et commandée par des gens

 qui n’ont pas accepté cette atteinte à la souveraineté du Sud Liban,

 et parce qu’on approche de cette époque-là à 1972, on approche de 1975,

 pour mieux comprendre ce qui va se jouer dans la guerre civile,

 comment ont évolué, y compris militairement,

 ces organisations politiques, caritatives, religieuses,

 qu’elles soient libanaises ou chiites, au Liban.

 C’est-à-dire qu’on se retrouve avec, finalement, vous le disiez,

 bon, les accords du Caire d’un côté, le Conseil du Sud, le Conseil chiite,

 mais face à ces incursions que vous décrivez quotidiennes,

 ces différents massacres, ces opérations dont on voit que le logiciel

 est toujours le même aujourd’hui, réellement.

 Absolument.

 On a fait un épisode court sur la doctrineDahiyé

 qui montre cette volonté de punir, sans objectif militaire,

 une région, et pas du tout la zone où est lancée la roquette,

 mais en histoire de mettre une pression économico-politique

 et puis sanitaire sur des gens qui ne sont responsables de rien,

 si ce n’est de subir cette guerre d’agression depuis 48.

 Alors, finalement, comment, face à cette violence-là,

 comment vont s’organiser ces organisations palestino-libanaises

 que finalement on va, nous, en tant qu’occidentaux,

 surtout connaître parce qu’elles vont être des acteurs de la guerre civile,

 finalement, elles vont rentrer dans un conflit plus tard.

 Mais elles préexistent parce qu’elles sont opposées à Israël

 dans cette période charnière des années 70 de septembre noire

 qui était, avant qu’on l’appelle un peu à tort, l’opération de Munich,

 mais qui était l’opération menée par le roi de Jordanie

 pour se débarrasser, manu militaris, de la présence de l’OLP en Jordanie.

 Et donc ces cadres, ces milliers de palestiniens,

 de militants et de familles palestiniennes ont fui à travers la Syrie

 et sont venus, pour la plupart, se réfugier au Liban.

 Et donc, ils vont constituer aussi le gros des troupes,

 parce que vous citez de nombreux cadres intellectuels

 ou militaires ou politiques de l’OLP et du FATA.

 Mais ils vont se retrouver là et ces organisations se sont construites

 dans ce contexte-là à ce moment-là, dans cette période un peu charnière.

 Tout à fait. Et septembre noir,

 donc ce qui se joue en Jordanie entre septembre 70 et 71,

 c’est vraiment fondamental parce que l’OLP qui conservait le gros de ses troupes

 en Jordanie pour mener ses opérations contre Israël,

 va déplacer la quasi-totalité de ses forces vers le Liban,

 qui va devenir d’une certaine manière le dernier front accessible et ouvert,

 parce que la Syrie a toujours fermé le Golan

 et a empêché que les révolutionnaires palestiniens

 y mènent des opérations militaires.

 Donc le Liban va devenir le sanctuaire des fédayins

 et on va voir une multitude d’organisations déjà palestiniennes

 qui vont s’y déployer.

 Donc le FATAH de Yasser Arafat dont on a parlé,

 le Front populaire de libération de la Palestine de Georges Habach,

 puis le Front démocratique de libération de la Palestine de Hawatmeh.

 On a aussi des organisations palestiniennes plutôt d’obédience syrienne

 comme le FPLP commandement général de Ahmad Jibril,

 la SAEQA, issue du Parti Ba’as,

 on a aussi le Front de libération arabe issue du Ba’as irakien,

 donc on a tout un tas d’organisations militaires palestiniennes

 d’obédience idéologique variée qui vont s’installer au Liban

 pour y mener leur lutte.

 Et en parallèle, on a aussi une multitude d’organisations libanaises,

 surtout de gauche, nationalistes, marxisantes, maoïstes,

 qui vont créer des ailes militaires pour apporter leur soutien aux Palestiniens

 et puis aussi pour défendre le territoire libanais

 parce que les attaques de l’armée israélienne

 ne se concentrent pas simplement sur la Palestine occupée sur Gaza,

 sur la Cisjordanie, c’est le Liban qui est frappé aussi,

 donc ça devient une équation libanaise,

 libano-palestinienne très clairement.

 Pour ce qui est des mouvements politiques chiites,

 Sadr va ici jouer un rôle structurant.

 Déjà dès la fin de l’année 70,

 il va appeler l’État à former les habitants du Sud

 au maniement des armes, à fortifier les villages

 et à créer des milices populaires

 dont la fonction serait d’assister l’armée

 pour empêcher, bloquer les incursions israéliennes.

 Donc il présente ce qu’on appelle aujourd’hui,

 c’est encore une fois un thème et un sujet

 dont on entend beaucoup parler,

 mais une stratégie de défense auprès de l’État libanais

 en leur disant pour être en mesure de protéger le Sud et ses habitants,

 il faut que l’État nous entraîne,

 il faut qu’il nous aide à faire des milices populaires

 qui bien sûr seront sous les ordres de l’armée

 mais qui combatteront plus efficacement

 en utilisant la guerre de Guérilla et des moyens

 autres que la guerre conventionnelle pour lutter contre Israël.

 Cependant, le pouvoir à ce moment-là,

 surtout le président Sleiman Frangier,

 qui vont absolument ignorer l’ensemble de ces demandes

 et ne pas du tout interagir avec lui sur ce plan,

 donc il va chercher lui-même à mettre en place

 ce qu’il appelle une société de résistance,

 qu’il pense comme le seul moyen possible

 de préserver le Sud d’Israël

 et en même temps pour apporter un soutien

 à la résistance palestinienne qu’il considère sacrée.

 Pour ça, il va faire appel à un opposant iranien

 qui est aussi un de ses amis,

 un militant opposé au Shah qui s’appelle Mustafa Choumran.

 Il va lui confier la direction d’une école

 qu’il fonde dans le Sud, une école technique professionnelle,

 l’école technique du Jabal Amel,

 Madrasat Jabal Amel el Mihani.

 Sadr et Choumran vont créer cette école au départ

 pour offrir des opportunités économiques

 aux habitants qui n’ont pas d’horizon

 ou qui n’ont pas d’opportunités professionnelles ou éducatives.

 Il y a aussi d’ailleurs pas mal de Palestiniens

 qui vont étudier dans cette école

 dirigée par Sadr et Choumran.

 Et déjà juste géographiquement,

 donc l’école technique du Jabal Amel,

 elle est littéralement en face du camp de Burj Shemeli.

 Elle est au contact du camp de Palestiniens

 dans le Burj Shemeli,

 donc il y a déjà une connexion géographique très forte.

 Et donc, dans cette institution,

 Moussa Sadr et Moustafa Choumran

 vont former une élite de cadre.

 Au départ, ils vont leur apporter

 une formation doctrinale, idéologique,

 religieuse, culturelle, politique, etc.

 Mais très vite aussi, on va les former

 pour l’élite sélectionnée

 au maniement des armes,

 à la guerre de Ghéria,

 avec le concours et le soutien

 du Fatah et des Palestiniens du camp voisin.

 Du fait que l’État ne répond pas à ces demandes,

 Moussa Sadr et son bras droit,

 Moustafa Choumran,

 vont essayer eux-mêmes de mettre en place

 cette société de résistance,

 donc ils entraînent des militants,

 ils créent des sélus,

 avec le soutien du Fatah

 et de l’armée de libération de la Palestine.

 Et ce sont ces cadres,

 cette élite triée sur le volet

 par Sadr et Choumran,

 qui vont ensuite participer

 à la création du mouvement Amal,

 premier mouvement chilite organisé

 qui émerge en juillet 75,

 donc quelques mois après

 l’éclatement de la guerre civile,

 dont le programme est à l’époque

 de mettre fin à la guerre civile libanaise

 pour concentrer l’ensemble des énergies

 et des fusils vers le sud.

 Et c’est vraiment ça qui sera

 le projet central de Moussa Sadr,

 c’est de rassembler

 la société libanaise

 et l’ensemble de ses composantes

 pour les unir contre Israël,

 en se disant que c’est le seul moyen

 de défendre le pays,

 des ambitions israéliennes,

 et que toute conflagration,

 toute déchirure inter-libanaise

 ou libano-palestinienne

 desservirait cet intérêt

 et ne ferait que donner débit,

 si je puis dire, à Israël

 en lui permettant de se projeter

 plus en profondeur au Liban,

 en instrumentalisant

 des divisions politiques ou communautaires.

 Donc son projet, ça va vraiment être

 de coaliser la société libanaise

 autour de l’idée d’une résistance libanaise,

 en soutien de la résistance palestinienne,

 mais pour défendre le sud.

 Donc ça, c’est vraiment fondamental à poser.

 Bien sûr, par la suite,

 lorsque la guerre éclate,

 et surtout lorsque Moussa Sadr

 va disparaître en Libye en 1978,

 Amal va devenir un des acteurs

 les plus importants de la guerre civile,

 un des belligérants, etc.

 Mais le projet central

 qui anime et qui dirige la fondation

 de ce groupe paramilitaire, c’est ça.

 On met fin au conflit intérieur

 et on met de côté nos différences

 qu’on peut résoudre de manière pacifique

 par le dialogue, par des billets démocratiques.

 Mais en ce qui concerne le port des armes,

 c’est seulement contre Israël

 et dans le sud.

 Et ça, ça va vraiment être, si je puis dire,

 l’ADN, le logiciel central de Moussa Sadr

 et de Moustapha Choumran

 qui sera ensuite également repris

 ou du moins qui va inspirer

 dans une certaine mesure le Hezbollah.

 Oui, parce que nombreux militants du Hezbollah,

 dont par exemple Hassan Nasrallah,

 vont passer par Amal,

 vont s’y former,

 vont y avoir une carrière d’organisateurs,

 de responsables locaux, etc.

 Mais qu’est-ce qui va,

 au cours de cette guerre civile,

 amplifier finalement ces contradictions

 que vous avez fait état

 des financements et des influences,

 vous avez cité le Basse irakien,

 le Basse syrien.

 Alors on ne va pas s’attarder dessus,

 mais caricaturons en disant

 que deux formations politiques

 qu’on assimilerait, nous,

 mais qui se détestent

 et qui se concurrencent partout,

 les moyens nécessaires,

 y compris au Liban.

 On va voir que les uns et les autres

 vont jouer des cartes d’influence,

 des partis, des milices,

 des leaders ou des responsables.

 Et alors finalement,

 j’ai l’impression pour caricaturer

 que vous décriviez quelque chose

 qui était une lutte commune,

 main dans la main,

 palestinien, libanais,

 avec des tendances extrêmement larges

 des gens de gauche

 qui pouvaient finalement

 être révolutionnaires

 et puis sympathiser

 pour une cause commune

 avec des éléments plus réformistes,

 plus, voire plus réactionnaires

 ou conservateurs.

 Et là, entre 75 et donc

 la disparition de Moussa Sadeur,

 ou bien peut-être du fait

 de sa disparition,

 toujours assez inexpliquée d’ailleurs,

 je sais pas si on aura le temps

 de s’arrêter dessus

 tellement ça a l’air d’être énigmatique.

 Là, les contradictions

 vont s’amplifier

 au fur et à mesure de la guerre

 et vont créer finalement

 un carburant

 qui va auto-alimenter

 cette guerre civile

 en opposant des factions

 qui peut-être hier

 étaient alliées, etc.

 Alors qu’est-ce qu’on peut enTyrr

 et qu’est-ce que ça joue

 sur ces parcours

 chiites de Amal

 et toujours pareil,

 on essaie de suivre

 notre fil rouge

 de l’ONP ou du FATA

 pour être clair

 à travers cette époque

 maudite de 75 jusqu’à 90.

 Alors on va prendre notre temps

 de dérouler ces 15 années,

 15-16 années de guerre civile,

 mais grosso modo,

 quelles sont les grandes étapes

 qui vont marquer ces contradictions,

 y compris d’un point de vue

 politique et militaire ?

 Alors déjà en 73,

 on va avoir des affrontements

 armés extrêmement violents

 qui vont opposer

 donc l’OLP et ses alliés

 à l’armée libanaise

 qui va assiéger les camps

 de Beyrouth

 et une partie des camps du Sud

 en utilisant tous les moyens

 à sa disposition,

 hélicoptères, chars, etc.

 Ça va être trois semaines

 de confrontations

 extrêmement violentes.

 Le prétexte au départ,

 c’est qu’on a un militant

 du FDLP qui est arrêté

 parce qu’il a des explosifs

 sur lui pour mener

 des opérations,

 pour les amener dans le Sud,

 peu importe.

 Et cette arrestation

 va provoquer des affrontements

 armés majeurs

 qui vont très rapidement s’étendre

 à l’ensemble des camps de Beyrouth

 depuis le Sud.

 Donc déjà en 73,

 pendant ces trois semaines,

 ça cristallise les tensions

 et les divisions qu’on a

 sur le champ politique

 entre d’un côté les alliés

 de la résistance palestinienne

 qu’on pourrait ranger

 de manière générale

 sous le mouvement national libanais,

 la coalition des partis de gauche

 auxquels on peut ajouter

 Monsa Sardar,

 même s’il en est

 quelque peu distant

 de cette coalition de gauche,

 mais en tout cas,

 c’est un fervent défenseur

 de la cause palestinienne.

 Et de l’autre,

 on a une coalition

 de partis de droite

 avec donc les phalangistes,

 les catets et

 le Parti national libéral

 de Camille Chamean,

 les maradas de Fonjie

 et tout un tas d’autres leaders,

 d’ailleurs pas que chrétiens,

 qui s’opposent en fait

 à l’autonomie politique

 et militaire de l’OLP

 et qui demandent que l’État

 réaffirme sa légitimité

 par la force, par les armes.

 Ça va être un échec,

 c’est-à-dire que

 les Palestiniens vont bloquer

 l’offensive de l’armée,

 même si ça va être très violent.

 L’armée, à partir de ce moment-là,

 va être d’une certaine manière

 paralysée et

 ce conflit va s’étendre

 et va continuer jusqu’en 75

 en opposant donc les partisans

 de l’autonomie de l’OLP

 et les partisans de l’armée

 très rapidement.

 On a une autre question

 qui se superpose au soutien

 ou à l’opposition

 à la résistance palestinienne,

 c’est la question de la réforme

 du système confessionnel libanais.

 Les partis de gauche,

 le mouvement national,

 demandent une réforme,

 voire une refonte,

 voire une suppression totale

 du système confessionnel

 en déclarant que ce n’est pas

 un système qui permet

 d’établir une justice sociale,

 qui marginalise les régions, etc.

 Moussa Sador lui aussi

 parallèlement demande une réforme

 de ce système pour que les chiites

 soient ayant compte

 à leur juste valeur,

 notamment du fait

 de leur poids démographiques,

 que le Sud soit développé,

 que la BK soit développée aussi.

 Enfin, on a ces tensions

 pour une réforme

 ou une refonte

 du système confessionnel

 et les partis de droite,

 principalement chrétiens,

 mais pas que, s’y opposent

 en défendant le statu quo

 et du coup leur prééminence

 sur les institutions.

 Et c’est ça qui va,

 si je puis dire,

 être le cadre

 de la guerre civile qui éclate,

 qui se déclenche

 à partir du 13 avril 75,

 lorsque des miliciens phalangistes

 vont ouvrir le feu sur un bus

 qui est plein

 de militants palestiniens

 et puis ils vont assassiner

 une vingtaine de personnes.

 Marwan Sharine a écrit

 un très bon bouquin, par ailleurs,

 sur cet événement,

 qu’il décompose,

 qu’il retrace, etc.,

 qu’il démystifie aussi.

 Mais donc, à partir de ce moment-là,

 on va avoir vraiment

 une militarisation

 de ces conflits politiques

 qui vont ensuite aussi

 conduire à la division

 de Beyrouth en deux parties,

 Beyrouth Est, Beyrouth Ouest,

 le Beyrouth de la gauche

 et le Beyrouth de droite,

 si je puis dire, très rapidement.

 Et Moussa Sadr,

 donc le chef

 du schisme politique

 organisé au Liban à ce moment-là,

 va se positionner

 entre ces deux coalitions beligérantes

 en disant que ce qui se joue

 avec la guerre civile,

 que ce soit en mai 73

 ou avril 75,

 où ça commence plus clairement,

 ou d’après lui,

 c’est le Liban qui est menacé

 dans son ensemble,

 dans son intégralité.

 Et sa priorité à ce moment-là

 va être de justement

 mettre un terme à cette guerre civile,

 à ce conflit interne

 pour rediriger les énergies

 vers le sud.

 Il va réaliser un certain nombre

 de médiations

 entre la résistance palestinienne

 et la gauche, puis la droite,

 avec lesquels il est en excellent terme,

 avec lesquels il a des très bonnes relations,

 des deux bords.

 Mais ça va pas être,

 malheureusement,

 ça va pas être concluant,

 il va pas réussir à arrêter

 cette déflagration.

 Parce qu’au-delà des dynamiques locales,

 internes,

 dont on a parlé juste là,

 il y a tout un tas de tensions

 et de rivalités régionales

 qui vont aussi se superposer

 sur cette guerre civile

 et qui vont instrumentaliser

 ces divisions inter-libanaises

 et libano-palestiniennes

 pour affirmer leur influence

 dans la région

 à travers la scène libanaise.

 Donc comme on l’a dit,

 on a par exemple la Syrie et l’Irak

 qui vont s’affronter au Liban

 avec les milices

 qu’ils auraient été affiliés,

 qu’ils armaient et qu’ils soutenaient.

 On va avoir aussi bien sûr Israël

 qui va soutenir la coalition de droite

 et puis des milices dans le sud.

 On va avoir les Égyptiens,

 tant qu’ils vont aussi soutenir

 un certain nombre de milices.

 Même le Shadiran envoie de l’argent

 et finance un certain nombre d’acteurs.

 C’est-à-dire que la plupart

 des puissances régionales,

 voire même les puissances internationales

 comme les États-Unis ou l’URSS,

 vont jouer leur pion dans la guerre civile

 pour faire avancer leurs intérêts

 en instrumentalisant ces rivalités

 et ces luttes locales et internes.

 Ce qui a pu pousser parfois

 certains acteurs à dire trop rapidement

 que les guerres civiles

 étaient une guerre pour les autres.

 Ce qui ne se résume pas à ça,

 mais on a en effet ces deux dimensions,

 à savoir le conflit interne,

 les dynamiques locales de réforme du système,

 du soutien à la résistance palestinienne

 et ces luttes régionales qui se superposent.

 Parce que la guerre civile

 devient très rapidement une caisse de résonance

 pour ces différentes puissances

 qui cherchent à nuire à leurs adversaires,

 accroître leur influence en soutenant tel ou tel acteur,

 en se faisant un nom

 parce qu’ils soutiennent la résistance palestinienne

 ou telle ou telle faction

 qui s’impose à ce moment-là.

 Enfin voilà,

 ça devient vraiment une caisse de résonance

 pour les puissances régionales.

 Et Sador, comme je le disais,

 va essayer de mettre un terme à cette conflagration

 sans y parvenir.

 Et vous citiez un certain nombre de pays qui intervenaient.

 Vous citiez le Shah d’Iran,

 qui est intervenu donc financièrement

 pour soutenir certaines milices ou parties au Liban.

 Mais en 79 se joue une chose importante

 dans le monde chiite finalement

 et dans le monde du Moyen-Orient

 et finalement dans le monde tout court

 parce qu’on en voit les conséquences aujourd’hui.

 La révolution islamique en Iran

 qui voit le Shah se faire déposer

 par un pouvoir populaire massif

 qui réunit des clercs,

 des gens très religieux,

 des gens de gauche,

 des minorités dans telle et telle région,

 un mouvement qui quasiment sans prendre les armes

 ou en tout cas d’une manière très sporadique

 fait fuir ce régime qui était adossé

 à pourtant une police politique,

 là ça va qu’extrêmement répressive,

 extrêmement bien formée,

 une armée qui disposait de matériel de premier cri,

 elle disposait d’avions ou d’armement étasunien

 avant même que l’armée étasunienne en soit dotée

 parce que le carnet tchèque était celui du Shah.

 Et donc cette révolution islamique en Iran

 va avoir plusieurs conséquences sur le Liban,

 sur la cause palestinienne,

 sur la communauté chiite au Liban.

 On a finalement, là,

 on est en train de parler des années un peu charnières

 de 79 à 82-85

 où on va voir, on les avait cités,

 des partis de gauche qui étaient très, très forts,

 très présents, très organisés,

 des factions palestiniennes.

 Et tout ça, en l’espace de quelques années,

 ça va redessiner complètement

 la portée politique et militaire des uns et des autres

 parce qu’en Iran va se jouer quelque chose

 qui va aussi amener sa pierre à l’édifice

 dans la lutte contre Israël, notamment.

 Exactement, la révolution iranienne

 qui s’affirme assez rapidement comme islamique,

 ça va être un véritable séisme géopolitique

 pour l’ensemble de la région

 et notamment pour les chiites de la région

 et ceux du Liban

 parce que cette puissance régionale majeure

 qui était alliée des États-Unis et d’Israël,

 qui reconnaissait Israël,

 qui avait une délégation

 des représentants officiels israéliens

 dans sa capitale,

 bascule du jour au lendemain

 dans le camp anti-impérialiste

 et anti-israélien en particulier,

 ce qui s’observe notamment

 avec l’arrivée de la première délégation étrangère

 qui arrive à Téhéran

 après la victoire de la révolution,

 c’est Yasser Arafat

 qui se pose pied à l’aéroport de Mehrabad

 et qui est accueilli en héros,

 qui fait une visite d’État

 entre guillemets avec Khomeini

 et son fils dans la capitale.

 Donc pour les Palestiniens

 comme pour les chiites libanais,

 la victoire et le retour de Khomeini,

 c’est une bénédiction,

 c’est quelque chose

 qui n’était absolument pas attendu

 et qui rabat les cartes,

 qui leur donne espoir considérablement.

 Et pour comprendre

 ce que ça signifie

 notamment pour les chiites du Liban

 et notamment pour les militants d’Amal,

 ce mouvement créé par Sardol en 75

 et par Chomra,

 il faut revenir un petit peu

 avant la victoire de la révolution,

 donc la fin des années 70

 de 73 jusqu’à 79,

 jusqu’au retour de Khomeini,

 le mouvement Amal

 et Sardol et Chomra en particulier,

 vont apporter leur soutien

 à la plupart des réseaux

 militants qui se battent

 contre le chat d’Iran

 depuis le Liban.

 Ils vont les accueillir au Liban,

 ils vont les aider à se former

 notamment au maniement des armes,

 à la guerre de guérilla,

 au sabotage, etc.

 Ils vont aussi les mettre en contact

 avec les révolutionnaires palestiniens,

 notamment du Fatah,

 qui vont eux aussi apporter

 leur soutien logistique,

 militaire, politique, etc.

 Donc on a des liens

 vraiment fondamentaux et organiques

 qui sont noués

 entre les révolutionnaires iraniens

 et les chiites libanais

 et les palestiniens d’un autre côté.

 Et ces liens vont ensuite,

 après la victoire de Khomeini,

 se traduire politiquement

 avec le soutien

 de la République islamique

 vers les palestiniens

 et vers les chiites du Liban.

 Parce qu’en effet,

 Amal, Sardar, Chombran

 ont apporté un soutien majeur

 à Khomeini,

 à ses fidèles

 et aussi à l’ensemble des groupes,

 parfois extérieurs

 à l’orbite de l’ayatollah Khomeini,

 qui combattait le chat d’Iran.

 Pour illustrer ça de manière concrète

 à travers un exemple,

 Khomeini, avant son retour à Téhéran,

 il est à Neuf-le-le-Château,

 en banlieue parisienne,

 et on a des gens

 dans son entourage

 rapprochés

 qui vont demander à Chombran,

 le bras droit de Monsa Sardar au Liban,

 d’envoyer des combattants d’Amal

 pour assurer la protection de Khomeini

 à Neuf-le-le-Château,

 ce qu’ils vont faire, bien sûr.

 Il y a deux cadres,

 deux chefs militaires d’Amal,

 des Libanais,

 qui vont faire le voyage

 du Liban jusqu’à Paris

 pour assurer la sécurité

 de ces rapprochés de l’ayatollah Khomeini,

 ce qui met concrètement en lumière

 ces réseaux, ces allégeances

 et ce soutien.

 Et les Palestiniens,

 comme je le disais tout à l’heure,

 eux aussi vont apporter

 un soutien important à Khomeini,

 notamment la brigade étudiante du Fatah,

 qui est une aile maoïste

 au sein du Fatah,

 qui va former un certain nombre

 de militants,

 certains très proches de Khomeini,

 et qui vont aussi, par ailleurs,

 développer une alliance,

 des liens organiques avec Amal.

 Et ça, c’est assez peu connu.

 J’aimerais juste revenir sur ce point

 parce que ça permet d’élucider

 pas mal de choses

 sur la guerre civile.

 Quand la guerre civile éclate,

 comme je le disais,

 Monsa Sardol s’oppose à ce conflit.

 Il va même faire une grève

 de la fin, etc.,

 pour demander à ce que la guerre

 s’arrête et qu’on dirige

 les énergies vers le sud.

 Et d’un côté, on a la gauche

 qui cherche à renverser le système

 et à battre la coalition droite

 avec le soutien d’un certain nombre

 d’organisations palestiniennes.

 Cependant, au sein du Fatah,

 on a une aile,

 la brigade étudiante,

 dont une grande partie des cadres

 vont soutenir Sardol en disant

 non, non, non, la guerre civile,

 on ne peut pas nous s’y engager

 en tant que palestiniens,

 c’est contre nos intérêts.

 Ce qui compte,

 c’est de se battre dans le sud,

 c’est d’écouter aussi

 les revendications des libanais,

 de les respecter,

 de ne pas s’immiscer dans leurs querelles.

 Nous, ce qui compte,

 c’est la libération de la Palestine

 et pour œuvrer efficacement

 à ce projet,

 il faut qu’on soit déployé dans le sud.

 Donc, on soutient, en effet,

 les revendications de Monsa Sardol

 pour un arrêt de la guerre civile

 et une concentration

 des énergies vers le sud.

 Juste pour illustrer

 ces liens organiques

 et ces passerelles

 idéologiques et politiques

 qui vont aussi se traduire

 et se prolonger dans les années suivantes.

 Et donc, ces courants,

 l’ensemble de ces courants

 ont apporté un soutien très important

 aux révolutionnaires iraniens

 et à Khomeini

 en lui permettant notamment

 de l’emporter en 79.

 Et donc 79,

 c’est véritable séisme,

 comme on le disait au départ,

 qui rabat les cartes.

 Et la deuxième délégation

 qui se pose à l’aéroport de Mechrabad

 et qui arrive à Téhéran,

 après Arafat,

 c’est une délégation du mouvement Amal

 avec un certain nombre de religieux

 proches de Sadr,

 comme Shams al-Din

 ou encore le chef Rareb Har,

 qui est là à ce moment-là.

 On a aussi Mostapha Choumran,

 donc le bras droit de Sadr.

 Sadr a disparu un an plus tôt,

 mais Choumran est toujours là,

 responsable organisationnel du mouvement.

 Et pendant ce voyage

 de la délégation d’Amal à Téhéran,

 Khomeini va demander

 aux dirigeants d’Amal

 que Choumran reste sur place

 pour assister le nouveau régime.

 Et il va le nommer ensuite

 par la suite ministre de la Défense.

 Donc ça illustre encore une fois

 assez clairement ces liens

 qu’il y a entre Amal

 et la République islamique naissante.

 Parce que Choumran,

 donc le de facto chef militaire

 du mouvement Amal de 75 à 79,

 va devenir le ministre de la Défense

 de la République islamique.

 Et il va aussi laisser une empreinte majeure

 sur la création du corps

 des gardiens de la Révolution.

 Il va passer que quelques semaines

 à diriger ce corps.

 Mais cependant, c’est lui qui fonde

 quelque chose qui est aujourd’hui

 absolument central et fondamental

 dans la doctrine militaire des gardiens.

 C’est le quartier général

 de la guerre irrégulière.

 Et ça c’est Choumran

 qui le met en place.

 Fort de son expérience

 au Liban Sud

 contre les milices pro-israéliennes

 et l’armée israélienne

 de 77 à 78.

 Et qui va importer

 cette stratégie,

 ces manières de faire,

 ces manières de combattre

 qui vont être utilisées

 notamment par les Iraniens

 pour faire face

 au déséquilibre

 de moyens face à l’Irak.

 Notamment lorsque la guerre iran-irak

 éclate entre 80 et 88.

 J’aimerais avant

 qu’on en vienne

 à l’année charnière

 qui est 82 qui va marquer

 la fin de cette première partie.

 Qu’on comprenne bien

 ce que représente Amal

 entre le début de cette guerre civile

 et les années 79 et 82.

 Combien de militants,

 leur zone d’influence,

 finalement leur doctrine,

 leur idéologie.

 Parce que c’est un mouvement

 qu’on méconnait et qu’on caricature souvent.

 C’est pour ça aussi

 que j’avais pas voulu l’aborder

 à la légère et entre parenthèses

 dans les premiers épisodes

 de Récits Stratégiques

 en me disant je vais me focaliser

 sur le Hezbollah.

 Mais finalement le Hezbollah

 est caricaturé d’une manière

 mais il y a des parutions en français,

 en anglais.

 C’est un mouvement qui est peut-être

 plus facile à comprendre.

 À titre personnel, le mouvement Amal

 est difficile à percevoir.

 Il est très caricaturé, y compris au Liban.

 J’ai envie de dire presque des fois

 par ses militants de base

 qu’il le transforme en quelque chose

 lié à des mouvements

 de jeunes,

 de délinquance

 alors qu’en réalité, vous le décrivez

 très bien là, il y a

 des influences politiques, religieuses,

 militaires qui sont très profondes

 et qui vont en Palestine, en Iran,

 en Irak.

 Donc j’aimerais qu’on s’arrête un peu à faire

 une sorte de

 photographie du mouvement

 au virage des années 80.

 Votre description est

 absolument juste et précise.

 C’est-à-dire qu’on a des dizaines d’ouvrages

 sur le Hezbollah qui nous permettent

 de nous faire une image

 qui donne une compréhension relativement

 précise et nuancée de l’organisation,

 de son histoire, de ses membres, etc.

 Tandis que

 sur le mouvement Amal, on compte très peu

 de choses. L’ouvrage pionnier d’Augustus

 Norton qui avait été publié en 87,

 une récente thèse publiée par une politiste

 allemande Sabrina Bon sang en 2020.

 Mais son histoire

 pendant la guerre civile

 et même jusqu’à ce jour est quand même

 largement méconnue

 et l’otage, sans mauvais jeu de mots,

 de clichés qui sont trop souvent

 réducteurs, notamment sa capacité à

 mobiliser

 des milieux de

 jeunes délinquants ou autres.

 Son influence

 sur les institutions,

 le clientélisme, le népotisme, alors que

 certes c’est une réalité, mais ça se résume

 aucunement à ça. C’est une profondeur tout autre.

 Et si on comprend pas Amal, à mon sens,

 si on comprend pas le Hezbollah, parce que

 c’est de 7 ans

 l’aîné du Hezbollah

 et la moitié des combattants

 comme des dirigeants du Hezbollah

 proviennent de cette organisation.

 Et donc, à la fin des années 70,

 déjà,

 pour essayer de dresser un tableau clair,

 de 75 à 78, c’est

 une organisation qui est dirigée par

 Monsa Sadr, qui est

 de manière générale assez peu

 engagée dans la guerre civile.

 Même si on a des combattants

 d’Amal qui vont participer à quelques batailles

 en 75, en 76,

 notamment Nabat al-Za’atar,

 lorsque

 les partis de droite vont nettoyer Beyrouth Est

 démographiquement, ethniquement

 et manu militari,

 on a des combattants d’Amal

 qui vont défendre les zones dans lesquelles ils sont positionnés.

 Donc, des engagements, somme toute,

 assez limités de 75 à 78.

 Mais après la disparition

 de Sadr, en août,

 le 31 août

 78 en Libye,

 l’organisation va rentrer

 de plein pied dans la guerre civile et s’opposer

 à ses adversaires

 avec l’ensemble de ses moyens.

 Ce qui n’était pas le cas

 lorsque c’était Monsa Sadr qui était à la

 tête de cette organisation, qui imposait une certaine retenue

 et qui surtout ne voulait pas

 contribuer, si je puis dire, à

 donner du carburant à cette

 guerre civile. Donc, très

 rapidement Sadr, il va disparaître le 31 août

 après avoir été invité officiellement

 par Kadhafi,

 qui l’invitait pour les

 commémorations de la

 révolution d’Al-Fateh,

 donc sa prise de pouvoir

 et qui va le faire disparaître.

 Jusqu’à ce jour,

 on ne sait pas clairement ce qu’il est

 advenu de lui, s’il a été assassiné,

 s’il est retenu encore en prison,

 s’il a été envoyé ailleurs, etc. C’est un mystère

 qui est par ailleurs sciemment

 aussi entretenu, ce qui alimente

 aussi la légende du personnage qui

 résonne avec l’histoire

 chiite, et notamment le 12e imam

 disparu.

 Mais donc,

 78-82, Amal va

 participer

 à un certain nombre d’affrontements

 contre ses opposants,

 contre ses rivaux. Déjà 77-78,

 quand Sadr est encore là,

 ils vont combattre les milices

 pro-israéliennes, donc les hommes

 de Sami Shiriak et

 Saad Haddad dans le sud.

 En collaboration avec la brigade

 étudiante du Fatah,

 Mustafa Choumran va être très proche de la plupart

 de ses chefs militaires, Marwan al-Kiyeli,

 Jihad,

 Adham, pour citer leur nom de guerre,

 qui sont à ce moment-là

 positionnés entreTyr et Bint Jbeil.

 Ils vont combattre ensemble contre les milices

 pro-israéliennes, avec un certain succès,

 notamment à Maroun al-Ras

 en 77, ce qui va d’ailleurs

 pousser les Israéliens à envahir le pays

 en 78, l’opération

 Litani, parce qu’ils ne sont

 pas en mesure de remplir

 leurs objectifs par le biais de leurs proxys

 qui ont été

 défaits militairement par

 l’inventivité de la brigade étudiante du Fatah

 et par sa capacité aussi à collaborer avec

 des acteurs locaux comme Amal.

 Après la disparition

 de Saad Haddad, l’organisation

 Amal va être dirigée

 pendant un an par un notable

 Hussein al-Husseini,

 monsieur de la BK, qui va très peu

 faire consensus dans les rangs

 de l’organisation et chez les militants,

 notamment chez les combattants.

 Et donc, on va avoir

 un nouveau chef

 qui va être élu,

 qui va s’imposer à la tête de l’organisation,

 Nabih Berri, qui va être élu en avril 80,

 qui est toujours le chef d’Amal jusqu’à ce jour,

 et aussi le président du Parlement.

 Certaines longévités politiques pour le personnage indéniable.

 Là, Amal va

 être engagé

 dans une multitude d’affrontements,

 tant à Beyrouth que dans le sud,

 contre ses rivaux. Donc, qui sont ses rivaux

 à l’époque ? Il y a d’un côté les partis de droite,

 chrétiens entre guillemets,

 mais aussi

 des organisations de gauche libanaise comme

 palestiniennes. Donc,

 en particulier le Parti communiste et le

 Ba’asiraki. Ça va être les principaux

 les organisations pro-libiennes aussi,

 responsables de la disparition de

 Monsa Sardar.

 On va avoir des confrontations qui vont être

 extrêmement violentes à Beyrouth,

 dans la banlieue sud et dans un certain nombre de

 villages du sud, à Ansar,

 à Sour, donc Tir,

 Hanaway, Salafand, beaucoup, beaucoup de villages.

 Et donc, ces affrontements,

 ils ne s’expliquent pas simplement

 par des raisons idéologiques,

 si je puis dire, c’est-à-dire une organisation

 croyante, pour reprendre les mots de Monsa Sardar,

 chiite, contre des organisations de gauche

 nationaliste, léniniste,

 athée, ou je ne sais quoi. Non,

 c’est beaucoup plus pragmatique et

 concret que ça, dans le sens où

 ces organisations recrutent dans

 les mêmes milieux.

 Elles ont les mêmes profils sociologiques

 de combattants, c’est-à-dire principalement des jeunes

 chiites. Or, Amal

 est une organisation qui prend en puissance

 depuis sa création et notamment

 depuis la disparition de Monsa Sardar

 en 1978. Beaucoup de gens

 des déçus, notamment

 des partis de gauche, Libanais comme

 Palestiniens, vont rejoindre Amal.

 Ça va faire un vase communiquant

 et évidemment, la coalition

 des forces communes,

 ce qu’on appelle à l’époque les forces communes,

 donc les partis de gauche Libanais

 comme Palestiniens,

 vont voir ça d’un très mauvais œil

 et vont essayer de limiter

 par les armes la montée

 en puissance d’Amal dans le Sud,

 comme à Beyrouth, tandis qu’Amal

 cherche à s’affirmer

 et ne recule pas non plus devant la possibilité

 de s’affirmer par les armes. Donc,

 on va avoir des conflagrations

 très dures, notamment

 en 1981,

 il y a un épisode

 qui s’appelle Jaridat Beyrouth,

 un bâtiment

 qui était le siège

 d’une revue, mais qui était aussi

 le siège du

 Ba’as irakien. Suite à

 des assassinats de militants d’Amal, on va avoir

 le bâtiment et le quartier

 qui vont être assiégés par Amal.

 Le bâtiment va être réduit

 en ruines et le

 Ba’as va être obligé de plier

 bagages de cette zone

 et de cette région, ce qui atteste

 de ces rivalités

 très concrètes et de la

 montée en puissance aussi en parallèle

 de Amal.

 Et comme je le disais tout à l’heure

 en parlant des rivalités

 régionales qui

 instrumentalisaient les conflits internes

 de la guerre civile, à ce moment-là,

 on n’a pas simplement la Syrie

 et l’Irak, ou la Syrie et l’Egypte

 qui s’affrontent à travers

 l’organisation libanaise ou palestinienne pour

 affirmer leur influence, on a aussi

 la guerre Iran-Irak,

 80-88. Donc on est en plein

 dans cette temporalité.

 Et évidemment Amal,

 qui a apporté un soutien

 majeur à Khomeini

 et à la Révolution,

 prend le parti de l’Iran.

 Le Ba’as irakien, qui est soutenu et

 financé et armé par l’Irak,

 défend son parrain

 également. Donc

 on a aussi ces

 résonances irano-irakiennes

 qui s’expriment dans l’arène libanaise

 entre Amal et des organisations

 palestiniennes et

 ou libanaises.

 Et ça va être assez

 sanglant et assez

 intense. C’est ce qui va aussi

 permettre à l’armée

 israélienne d’envahir le pays

 aussi rapidement et aussi facilement,

 entre guillemets, en 82.

 Autre élément

 dont on ne parle jamais, qui est

 pourtant fondamental à mon sens

 pour expliquer

 l’invasion israélienne de

 82, de

 79 à

 82, les renseignements israéliens

 vont créer un

 groupuscule qui s’appelle le Front

 de Libération du Liban des Étrangers.

 C’est un groupuscule terroriste

 qui regroupe, qui rassemble

 des militants

 libanais qui détestent

 les palestiniens

 et leurs alliés de gauche

 ou chiites, qui vont

 envoyer des voitures piégées, des colis

 piégés, des ânes piégées dans

 des zones d’habitation civile,

 dans des permanences politiques, etc.

 Souvent,

 à des moments où il y a des

 conflits entre organisations, dans des temporalités

 tendues pour exacerber

 les conflictualités

 internes. Et ça va fonctionner, que ce soit

 à Saïda, que ce soit à Beyrouth, que ce soit dans

 les villages frontaliers.

 Parfois aussi en instrumentalisant

 des conflits familiaux,

 assassinat ici,

 attentat là-bas,

 en alimentant, si je puis dire,

 un climat d’incompréhension,

 de rivalité

 et de tension, ce qui va

 en effet leur préparer le terrain pour 82, pour

 envahir sur une scène qui

 politiquement et militairement est

 totalement divisée.

 En avril 82, c’est-à-dire

 moins de deux mois avant l’invasion

 du 6 juin, on a

 les forces communes, donc les partis de gauche

 libanais et palestiniens, qui assiègent

 16 villages chiites, tenus par amal.

 On s’affronte

 à l’artillerie lourde. On mobilise

 des roquettes grattes, on mobilise

 des armes

 destructrices,

 entre, théoriquement,

 alliés du même camp.

 Les partis de gauche

 libanais comme palestiniens

 et amal n’ont absolument pas le temps

 ou ne sont pas

 dans les dispositions pour se préparer à l’invasion.

 Et en effet,

 en trois jours, après le 6 juin,

 l’armée israélienne est à Beyrouth.

 Et quand elle monte à Beyrouth,

 cette armée

 israélienne,

 dirigée par

 Ariel Sharon notamment,

 elle va

 – vous avez disparu, vous êtes

 à nouveau là –

 elle va finalement

 dynamiter et repositionner

 ces acteurs-là,

 parce que là, il va falloir faire

 face à l’occupation.

 C’est-à-dire, effectivement,

 on s’est affronté, on a essayé deTyrr

 les avantages, de représenter

 nos parents, nos intérêts,

 nos rivalités, etc., etc.

 Et là,

 vous décriviez la perte

 de Moussa Sadeur d’un côté.

 Là, c’est l’OLP qui va perdre son

 hégémonie à Serra-Rafat et ses militants

 vont devoir

 partir. Alors, on y reviendra

 dans la seconde partie.

 C’est un départ dans lequel l’OLP

 va tenter de revenir également.

 Il ne va pas complètement non plus disparaître

 du Liban, mais momentanément,

 en tout cas, les cadres de l’OLP

 et donc cette hégémonie

 qui dirigeait, finalement,

 ce camp

 anti-israélien

 va être perdu par l’OLP. Et donc,

 il va falloir redistribuer des cartes, on l’a dit,

 entre des frères ennemis

 qui se sont affrontés jusque-là.

 Alors, qu’est-ce que c’est

 que ce tournant de 1982

 avec d’un côté

 la création du Front de la Résistance

 nationale libanais, que devient Amal,

 que deviennent les anciens

 palestiniens qui étaient là,

 dont Rafi Madaian disait dans les

 épisodes précédents, ils ont continué

 à mener des opérations, mais on ne pouvait plus

 revendiquer que c’était le Front

 populaire ou le FATA parce qu’il fallait

 entre guillemets faire croire que

 ces organisations avaient totalement

 disparu. Et 1982, c’est

 également, même si

 on n’abordera pas un long

 chapitre à cela, mais c’est quand même

 la création du Hezbollah également.

 C’est-à-dire de gens qui vont commencer

 à scissionner de Amal.

 Peut-être qu’on peut évoquer la création de Amal

 islamique, de choses qui vont

 faire que,

 à partir de 1982,

 la polarisation ne sera plus la même.

 Il n’y a pas un camp pro-palestiniens

 et puis des petits conflits à l’intérieur,

 mais il va y avoir une multitude d’acteurs

 qui sont finalement toujours présents

 ou qui ont donné des parties

 qui sont aujourd’hui

 très notables. C’est également

 la disparition, au fur et à mesure de la fin de la guerre

 civile, d’un certain nombre de parties.

 Mais donc, 1982,

 on en restera là pour cette première

 partie. Mais

 pour ceux qui voudront comprendre la

 finalité, il faudra écouter la

 suite la semaine suivante. Mais alors

 1982, qu’est-ce que ça représente dans cette

 polarisation,

 cet éclatement des forces

 libano-palestiniennes pour ce qui en reste ?

 Alors 82,

 pour moi, c’est le

 journant la césure la plus importante de l’histoire

 du Liban contemporain.

 Le pays qui était sous la

 domination, si je puis dire,

 le contrôle de la résistance

 palestinienne et dans une moindre mesure de la Syrie

 de la fin des années 60

 jusqu’en 82, passe

 sous le giron israélo-américain,

 au moins de 82 à 84.

 Ils vont même réussir à faire

 élire un président qui leur est fidèle

 à la pointe des canons,

 donc Bashir Jemayel, le chef

 de la milice phalangiste.

 Mais déjà,

 concrètement, logistiquement,

 militairement, ce qui se passe dans le sud en 82,

 un petit détail pour illustrer

 à quel point

 c’est un retournement majeur.

 On parlait des conflictualités entre frères

 alliés, donc mettons entre Fatah et

 Amal, entre Amal et le Parti communiste,

 etc. C’est

 ces militants et ces organisations qui se combattaient

 il y a encore quelques mois ou quelques semaines

 avant l’invasion, le jour de l’invasion,

 le 6 juin, lorsque l’armée israélienne

 pénètre àTyr,

 on a par exemple le chef local

 d’Amal, dans l’école technique

 du Jabal Amel et puis dans la ville deTyr,

 qui s’appelle Mohamed Saad, qui va

 collaborer avec le chef

 du camp palestinien voisin,

 Bilal al-Awsat, un cadre

 du Fatah qui s’affrontait

 il y a encore quelques semaines,

 qui vont coordonner leurs efforts pour

 lutter efficacement contre l’occupant

 et éviter des

 arrestations, puisque les arrestations menées par l’armée

 israélienne sont absolument massives. En quelques mois, on a

 10 000 personnes qui sont

 arrêtées arbitrairement, souvent

 dans une logique d’intimidation, plus

 que dans une logique

 d’identifier et d’arrêter

 de vrais militants. Mais bref, ces gens-là

 qui se combattaient, en viennent à serrer les

 rangs et à combattre ensemble. Et on a

 une logique un peu similaire

 à Beyrouth,

 dans le sens où Achalde, par exemple,

 du 9 au 13 juin, on va avoir des combattants

 d’Amal, des combattants du Fatah, des gens de l’armée

 syrienne, du parti communiste, qui vont combattre

 et mourir ensemble contre

 l’armée occupante qui

 encercle la capitale et qui cherche à rentrer

 par Achalde, par le triangle

 stratégique d’Achalde. On parle

 trop peu de cette bataille, ou alors elle est trop

 souvent assez mal décrite,

 souvent à partir de sources

 secondaires, alors que quand on interroge les gens, on se rend compte

 qu’il y a vraiment une diversité

 d’engagement,

 de couleurs militantes

 présentes sur le terrain, et que

 tout le monde va combattre ensemble,

 en dépit des discordes d’hier.

 Cependant,

 au-delà de ces

 unions sacrées, si je puis dire,

 contre l’occupant, tant dans le sud

 qu’à Beyrouth, on a aussi des gens

 issus d’une multitude de réseaux,

 tant palestiniens que libanais,

 qui vont collaborer avec l’armée

 israélienne et qui vont l’aider dans ces arrestations,

 etc.

 Donc on a ces deux dynamiques synchrones. On a

 des militants et des cadres

 qui vont assister

 l’armée israélienne, et on en a d’autres qui vont

 les combattre extrêmement durement

 dès le premier jour, que ce soit dans le sud

 ou à Beyrouth.

 Et donc 82,

 en effet, ça va conduire,

 après un siège de deux mois d’une

 violence terrible, considérable,

 qu’on oublie trop souvent, il y a beaucoup de parallèles

 avec la situation à Gaza, par ailleurs, en termes

 de nombre de victimes et d’intensité

 de conflits.

 De couper l’eau, de couper les vivres,

 il y a beaucoup de choses.

 Exactement. Un sorte de laboratoire

 comme

 Al-Zatar, d’ailleurs,

 par des milices d’extrême droite.

 Mais il y a

 cette volonté d’encercler

 et de pénétrer qu’une fois que les gens

 sont quasiment morts à l’intérieur, en réalité.

 Tout à fait. Et c’est

 exactement ça.

 C’est quelque chose de fondamental,

 les guerres du Liban, le siège

 de Beyrouth et l’occupation de 82

 à 2000 ont été un laboratoire

 de pratique pour l’armée israélienne.

 Par exemple, quand ils assiègent Beyrouth,

 dans les communications, les

 officiers, entre eux, ils

 parlent de Beyrouth comme du trou à rats.

 C’est pas un endroit avec des terroristes

 ou des militants qu’il faut arrêter, c’est un trou à rats.

 Ce sont des animaux, pas n’importe quel animaux, des rats.

 Autre élément qui illustre

 aussi cette déshumanisation

 des Libanais et des Palestiniens par l’armée

 israélienne, encore dans les transmissions,

 ils parlent des gens comme des charognes.

 Voilà, c’est le terme qu’ils emploient.

 Et l’eau et l’électricité sont coupées

 de Beyrouth-Ouest.

 Les quartiers de Beyrouth-Ouest, les camps

 Palestiniens et les villages du Sud sont bombardés

 avec une intensité

 inimaginable. On a des

 bâtiments de 15 étages qui sont

 mis à même le sol

 en une seconde avec

 des nouvelles munitions dont on revoit

 encore aujourd’hui l’utilisation. Elles sont pas si nouvelles

 que ça, c’est des pratiques qui sont assez anciennes.

 Quand l’armée israélienne arrive à tir,

 par exemple, le premier jour de l’invasion, les consignes

 d’Ariel Sharon, c’est de raser la ville.

 Le logiciel est déjà

 présent

 et le Liban sert de laboratoire

 sur ce point.

 Au début de l’invasion,

 la direction d’Amal

 va envoyer une partie de ses cadres,

 notamment militaires, dans la

 Bekaa. Parce qu’on se doute que

 la Bekaa, quand on comprend que Beyrouth est dans le plan d’invasion,

 on sait que la Bekaa, sous influence syrienne,

 va être relativement préservée. Et que ça peut

 constituer, si je puis dire, une sorte d’arrière stratégique

 pour acheminer des combattants,

 des vivres, des armes, via la Syrie.

 Donc Berri

 envoie Hussein el-Moussaoui,

 qui est le numéro 2 d’Amal à l’époque,

 et une partie des cadres militaires

 dans la Bekaa, et notamment

 dans le camp de Janta. Alors quand on dit

 Janta, depuis 82 et dans la plupart des ouvrages

 sur le Hezbollah, on a l’impression que c’est un camp qui a été

 créé en 92.

 C’est un camp qui existe depuis 76,

 qui appartenait à un monsieur qui s’appelle

 Mouafak Beydoun, qui était un partisan de Sardor,

 et qui avait donné le camp à Amal pour y établir

 ses camps d’entraînement.

 De 76 à 82,

 c’était un des principaux camps d’entraînement

 du mouvement Amal dans la Bekaa.

 Et donc Hussein el-Moussaoui,

 au début de l’invasion,

 part dans la Bekaa sur recommandation de Berri

 pour rassembler des hommes,

 rentrer en contact avec les pas d’Aran,

 qui viennent d’arriver aussi à Damas

 et dans la Bekaa. Et il a avec

 lui un certain nombre de cadres militaires d’Amal,

 Zakaria Hamza,

 le chef militaire central, et

 Mostafat Deirani, qui est le chef de la sécurité.

 Ces gens-là sont dans la Bekaa

 et ils sont censés

 constituer l’arrière stratégique d’Amal.

 Le 10 juin,

 c’est-à-dire quatre jours après

 le début de l’invasion, les Israéliens

 et puis le président Sarkis

 vont appeler à la réunion

 d’un comité de salut national

 pour trouver une solution négociée

 avec les Israéliens.

 Ils vont convier aussi Wali Jomblatt,

 le Parti national libéral

 et d’autres personnalités.

 Berri et Jomblatt vont

 y participer une journée,

 alors que ça, il y a un certain nombre de réunions,

 mais ils vont participer à la première réunion

 et puis ils vont vite s’en retirer

 du fait de la non-représentativité

 de ce comité

 et aussi du fait d’exactions qui se sont déroulées

 à ce moment-là dans la montagne,

 du fait des forces libanaises

 emmenées par les Israéliens

 pour créer des conflits entre

 forces libanaises et partis socialistes progressistes.

 Donc, ces deux

 pôles majeurs de l’opposition

 qui étaient dans le comité de salut national

 vont se retirer.

 Néanmoins, on a un certain nombre de cadres d’AMAL,

 notamment beaucoup de cadres militaires

 qui vont considérer que cette participation,

 même si elle a été momentanée

 et limitée,

 constitue une violation

 des enseignements de Monsa Sardar,

 qui était très célèbre pour plusieurs slogans,

 notamment la collaboration avec Israël

 est illicite,

 Israël est un mal absolu,

 ou alors

 ils ne sont pas plus forts que les Américains

 et nous ne sommes pas moins forts que les Vietnamiens.

 Dans les enseignements

 de Monsa Sardar, dans ses propos,

 c’est vrai qu’il est difficile de trouver quelque chose

 qui invite à la collaboration

 ou à la négociation, même indirecte,

 avec les Israéliens.

 Du coup, on a un certain nombre de cadres

 et de combattants et de militants

 qui vont faire scission.

 Au cours de l’été, c’est un processus assez graduel

 dont la scission va être annoncée en août,

 c’est-à-dire quasiment à la fin

 du siège de Beyrouth,

 et ces gens-là vont déclarer

 qu’ils se détachent

 de la direction d’AMAL représentée par Berri

 et qu’eux,

 fidèles aux enseignements de Monsa Sardar,

 vont se distancier

 par le nom de Amal Islamique.

 Le chef de ce groupe, c’est Hussein El Moussaoui,

 qui avait été envoyé par Berri dans la BK,

 et il va coaliser autour de lui

 un certain nombre de réseaux et de militants.

 Donc, les déçus

 d’AMAL,

 qui vont former Amal Islamique,

 mais on a aussi les réseaux iraco-libanais

 du Parti Eddaroua,

 le chef soubhead toufaili,

 des comités de soutien à la révolution

 iranienne plus ou moins indépendante,

 l’Union des étudiants

 libanais-musulmans,

 enfin tout un tas de réseaux et de groupuscules

 qui vont se rassembler

 et qui vont rentrer en contact

 avec les Pazdarans,

 qui sont établis à Zabadaine

 et en Syrie, à la frontière syrienne

 depuis l’été 1982,

 et qui vont participer graduellement

 à la création du Hezbollah.

 Cependant,

 petite nuance qu’il est

 fondamental de poser, parce qu’elle est

 souvent absente des ouvrages

 de référence,

 en dépit des déclarations

 des uns et des autres, et notamment d’Amal

 islamique, qui est très critique

 vis-à-vis de Berri,

 de la direction d’Amal à ce moment-là,

 qui cherche à poser une distance

 et à couper d’une certaine manière les ponts,

 les liens entre ces deux groupes

 ne vont jamais être coupés

 et on va toujours avoir des allers-retours

 continus de militants qui circulent

 entre ces deux environnements, voire pour certains

 qui sont dans les deux environnements.

 C’est-à-dire que ce n’est pas des vases clos,

 c’est vraiment des vases communicantes Amal et Hezbollah

 depuis la Sissio.

 Et ça c’est fondamental

 à comprendre pour

 saisir le reste de ce qui se joue

 de 1982 jusqu’à la fin de la guerre

 en 90-90.

 Ce sera l’objet de ma prochaine question

 mais qu’il faudra aller écouter dans

 la seconde partie de notre entretien.

 Tristan et Lyon,

 merci beaucoup.

 Merci d’avoir écouté cet entretien.

 La seconde partie

 de l’interview de Tristan et Lyon sera consacrée

 la semaine prochaine aux années qui vont

 opposer Amal aux factions

 palestiniennes à travers l’épisode

 que l’on appelle la guerre des camps

 qui va se dérouler de 1985

 à 1988, lors d’une

 tentation de réimplantation

 de l’OLP au Liban, alors

 contre l’hégémonie et la volonté de Amal

 d’une part et de la Syrie de

 Hafez al-Assad d’autre part.

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 au sein du Hezbollah, de sa

 guerre débutée le 7 octobre,

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 militaire de l’organisation et

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 talibanais ou européens. On y parle

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