Un nouveau format pour revenir sur des dates, des évènements ou des personnages évoqués dans les entretiens.
Retranscription de l’épisode
Fragments court « Munich 1972 »
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans le format court de Fragments de Palestine, je suis Emmanuel Hiriart et je vous propose toutes les semaines en complément du grand entretien de revenir avec ou sans invité sur une date, une figure ou un évènement qui a marqué l’histoire politique de la Palestine et qui est abordé par nos invités lors des interview mais qui mériterait un complément d’information.
Car c’est finalement le but essentiel de ce podcast que de mieux comprendre la Palestine et les palestiniens au moment où ils subissent occupation, et génocide et que le monde semble s saisir de la question en se solidarisant.
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Aujourd’hui nous revenons sur Munich 1972 soit l’attaque de la délégation israélienne par un commando palestinien lors des jeux olympique organisés en Allemagne de l’ouest 27 ans après la fin de la seconde guerre mondiale.
L’opération que l’on appelle septembre noir est en fait nommée par ses commanditaires Kafr Birim et Iqrit en mémoire de deux villages du nord de la palestine.
Mais le nom de septembre noir fait référence au massacre de plus 10.000 palestiniens par les troupes du Roi Hussein de Jordanie en septembre 1970 qui va provoqué le déplacement de la direction de l’OLP (organisation de libération de la palestine) vers Beyrouth
Pourquoi aborder cet évènement qui pourrait paraitre ancien d’une part et peut être anecdotique, car il est représentatif de l’option militaire prise par les organisations palestiniennes d’une part, de leurs liens avec des mouvements pour certains à l’extrême gauche à travers le monde qui vont endosser cette violence ou au contraire la rejeter et enfin car cette opération va transformer aussi Israel en lançant le Mossad son service civil de renseignement et son service action dans une série d’assassinat ciblés sur lesquels nous reviendrons dans des entretiens régulièrement.
L’idée de cette opération serait née à Beyrouth où nous l’avons dit la centrale palestiniennes est désormais établie, en janvier 1972 lors d’une réunion où on s’accorde à dire qu’étaient présents Mohamad Nadjar, Abou Daoud, Ali Hassan Salameh le responsable militaire et Abu Iyad qui serait l’instigateur.
L’opération bénéficierait d’un soutien financier de 2 millions de $ en provenance de la Lybie de Mouamar Kadafi et aurait été financée par Mahmoud Abbas si l’on croit les révélations faite pas Abou Daoud dans son livre Palestine de Jérusalem à Munich en 1999.
Qui sont ces personnages importants de l’OLP
Mohamad Nadjar dit Abou Youssef (soit le père de Youssef) est né en Palestine probablement en 1930 et sa famille a trouvé refuge à Gaza dans le camp de Rafah où il est enseignant. Il rejoindra les frères musulmans au début des années 1950. Après quelques années de prisons en Egypte notamment pour avoir manifesté en faveur d’une armée palestiniennes ou contre le déplacement forcé des réfugiés palestiniens dans le Sinaï égyptien, il part en Syrie puis Amman en Jordanie et enfin au Qatar qui manque d’enseignants.
En 1958 il quitte les frères musulmans et va établir des cellules pro palestiniennes dans la Golfe dont l’Arabie Saoudite.
Il est alors proche de Yasser Arafat et de Salah Khalaf qui sera connu sous le nom de Abou Iyad. Il adhère au Fatah l’année suivante.
Il est rapidement nommé commandant militaire des fédayins (qui signifie « celui qui se sacrifie pour quelque chose ou quelqu’un » et qui fut un terme qui désignait dans les années d’après seconde guerre les combattants irréguliers des frères musulmans ) et qui en l’occurence consiste en des petits groupes de militants palestiniens préparés comme des commandos ou des francs tireurs qui ne représentent que quelques centaines de membres à ses débuts.
Il sera écarté du pouvoir au sein du Fatah par son concurrent Yasser Arafat mais il est revenu un personnage important depuis le retour de l’OLP au Liban car il est chefs des services de renseignements et de contre espionnage du parti. En plus d’être donc le chef de Septembre noir il aurait participé en novembre 1971 à l’assassinat du premier ministre également ministre de la défense jordanien Wasfi Tall responsable du massacre des palestiniens lors des incidents de Septembre noir.
Autre personnage dans cette réunion Mohamad Odeh dit Abou Daoud est née en 1937 à Silwan il partage avec Nadjar d’avoir été enseignant en Palestine lui en Cisjordanie puis en Arabie saoudite. C’est à Ryad qu’il intègre le Fatah et finira par rejoindre la Jordanie
Il faut s’arrêter sur le troisième conspirateur Salah Khalaf dit Abu Iyad né en 1933 à Jaffa il fut d’abord membre du groupe paramilitaire de jeunesse Najjada très présente à Jaffa et sur la côte, fondé sous le mandat britannique par Mohamad Al Harawi qui fut son directeur d’école.
Il poursuivra ses études au Caire et y fera la connaissance de Yasser Arafat dans l’université Al Azhar alors qu’il est alors proche des frères musulmans.
Il va fonder au début des années 1950 un groupe de fedayin JAbat al kifih al musallah al thawriyya (front révolutionnaire de lutte armée) à Gaza et comme les précédents il part enseigner au Koweit et participe à la fondation du Fatahil a précédé Abou Daoud au sein des services de renseignement et de contre espionnage de l’OLP jusque’en 1970.
Il est aussi proche des organisations de gauche comme le FDLP et le FPLP et 4 ans avant cette réunion il élaborait en 1968 le programme de l’organisation qui proposait au israéliens qui rompraient avec le sionisme d’édifier avec eux un état démocratique mulitconfessionnel sur toute la Palestine..
Enfin n’oublions pas Ali Hassan Salameh dit Abou Hassan le plus jeune du quatuor né en 1940 à Lydda devenu Lod. Son père fut tué en 1948 alors qu’il combattait au sein des troupes du Hadj Amin el Husseini désigné parfois comme grand mufti de Jérusalem auquel nous consacrerons des épisodes.
Salamh a fait ses études en Allemagne puis va devenir fonctionnaire au sein de l’OLP au Koweit où il milite pour le Fatah et en 1968 Abou Iyad va l’envoyer en Egypte suivre une formation militaire qu’il continuera surement en union soviétique. Alors qu’il est responsable du renseignement en Jordanie il doit quitter le pays en 1970 avec le reste des fédayins et va créer la force 17 la garde rapprochée d’Arafat.
Revenons à Munich et donc au déroulé de l’opération.depuis le 26 aout 1972 les jeux d’été se déroule en Allemangne de l’ouest 27 ans après la seconde guerre mondiale, à Munich à quelques kilomètres de l’emplacement du camp de concentration Dachau ouvert en 1933.
28 athlètes représentent Israel et sont logés dans le village olympique au 31 collons Strasse et c’est là qu’à 4h30 du matin du 5 septembre un commando de 8 palestiniens en survêtement et portant de grand sacs de sports abritant leurs armes y pénètrent et prennent en otage 9 athlètes et en tuent 2 (l’entraineur de la lutte et un haltérophile) qui tentent de se défendre ou de fuir.
Les preneurs d’otages réclament la libération de 234 palestiniens détenus en Israel et celle également des deux membres de la fraction armée rouge allemande Baader et Meinhoff++++
Ils réclament aussi un avion pour le Caire et menacent d’abattre des otages si l’Allemagne ne s’execute pas , si l’ultimantum est repoussé jusque’à 17H00 cela laisse au service allemand le soin de s’organiser et de prévoir un hélicoptère qui mènera le commande t ses otage à l’aéroport de Munich où ils pourront embarquer dans un boing 727 sur la base aérienne dont l’équipage est constitué de policier allemand.
Pourtant ces derniers quand ils comprennent la détermination des militants et leur armement décident d’abandonner ce plan laissant l’avion vide à l’arrivée du groupe.
Les palestiniens décident donc de se replier dans l’hélicoptère qui vient de les déposer et c’est le moment que les services de police allemand mal formé et manquant de matériel radio décident d’ouvrir le feu et de lancer une grenade, Au total 17 morts dont un policier dans la tour de control par une balle perdue dans cette grande confusion. tous les otagessont abattus ainsi que 5 palestiniens permettant la capture des 3 derniers.
Qui seront libéré par l’Allemagne et renvoyés en Libye 2 mois plus tard lors du détournement d’un avion allemand par un autre commando palestinien.
L’opération colère de Dieu et Mike Harari et les victimes
A cette époque en Israel l’évènement est pris comme un affront et incite Golda Meir en tant que premier ministre à demander à son chef du renseignement militaire Aarron Yariv de dresser une listes des commanditaires et de préparer une vengeance.
Cet ancien des golani les forces spéciales qui oeuvrent encore au sud Liban et l’un des auteurs de la formule Yariva-Shem-nova qui énumère les conditions de négociation avec les palestiniens. Rappelons qu’en Allemagne Israel a simplement refusé de négocier la libération des 234 prisonniers palestiniens contre celles des 9 athlètes encore vivant avant la résolution catastrophique de la police allemande qui ne disposait ni de la formation ni des capacités à réaliser une telle opération.
Yariv parait alors parfaitement qualifié selon les critères israéliens pour cette mission qui se nommera La colère de Dieu.
Le natif de Moscou avant de diriger le aman à servi avant dans la Haganah mais aussi dans l’armée britannique durant la seconde guerre mondiale et dirige donc désormais le renseignement militaire mais ce n’est pas son service qui va agir de manière opérationnelle.
Il va faire appel à Zvi Zamir ce général d’origine polonaise est directeur du Mossad le service civil de renseignement israélien.
Ensemble il vont établir la liste qui portera la nom de Golda et la basse oeuvre va être réalisée par une équipe de tueurs dirigée par Mike Harari qui s’est engagé à 16 ans à peine au sein de la Palmach l’organisation sioniste en 1943.
Et rentre rapidement au sein du Mossad au sein duquel il va gravir les échelons au point de devenir directeur des opérations le département Césarée plus tard rebaptisé Kidon (soit baïonnette)
L’homme a été rendu célèbre par le film Munich de Spielberg qui donne le point de vue du Mossad et s’inspire du roman « Vengeance » du journaliste canadien George Jonas tout en faisant à l’époque un parallèle entre les choix de gouda Meir à l’époque et ceux de Georges Bush aux Usa après le 11 septembre 2001.
Pour autant le film passe sous silence l’un des plus gros échec du groupe de Mike Harari à Lillehammer en Norvège, quand pensant éliminer enfin Ali Hassan Salameh le Mossad va tuer de 11 balles le jeune serveur d’origine marocaine Ahmed Bouchaki. 6 agents de l’agence sont arrêtés et jugés mais Harari se cache dans le bureau de l’attaché militaire de l’ambassade d’Israël à Oslo.
Il arrivera finalement à tuer Salameh en 1979 et c’est presque le dernier si l’on omet Ateif Bseiso le 7 juin 1992 à Paris, car depuis Le 16 octobre 1972 les assassinats ont débutés et ont visés Adil Zoutirà Rome de 12 balles de beretta de calibre 2.
2 mois plus tard rue d’Alésia à Paris déjà Mahmoud Hamchari le représentant de l’olp est berné par un faux journaliste qui piège son téléphone avec de l’explosif qu’il déclenche quelques semaines plus tard en appelant sa victime.
A la même époque mais à Chypre c’est Hussein Al Kahir qui meurt dans l’explosion d’une bombe sous son lit.
Puis le 6 avril 1973le prof de droit Al Koubassi est aussi assassiné de 9 balles de calibre 22.
Enfin le 11 avril 1973 à Beyrouth l’opération amphibie printemps jeunesse voient une quarantaine de soldats détruire les infrastructures de « Septembre noir » et abattre Mohamad Nadjar.
Le Lendemain à Athènes c’est Moussa Abu Ziad qui meurt.
Et donc en 1979 le 22 janvier à Beyrouth à nouveau une volkswagen piégée explose au passage du véhicule de Ali Hassan salâmes qui se rend au QG de l’OLP dans la capitale libanaise/
Il ne manque que Abu Iyad pourtant présent dans la liste Golda et lui sera éliminé par un groupe sur lequel il faudra aussi revenir dans un format court, le mouvement Fatah Conseil révolutionnaire fondé par Sabri Khalil Al Hanna dit Abu Nidal en 1974 en scissionnant du Fatah de Arafat et qui va travailler en groupe mercenaire y compris pour le Mossad selon Patrick Seal qui a consacré une biographie.
Abu Nidal avait au départ été pris sous l’aile de Abu Iyad avant de le tuer à Tunis en 1991 suivant les ordre de Saddam Hussein selon L’historien palestinien Rashid Khalidi car il aurait était le le seul haut responsable de l’olp capable de convaincre Arafat de ne pas soutenir l’invasion du Koweit par l’Irak. En effet l’assassinat intervient 3 jours avant l’opération tempête du désert et les premières frappes états unies contre l’irak.
Nous l’avons vu le groupe septembre noir réclamé la libération de prisonniers palestiniens mais aussi des Fractions armées rouge allemande et avait si l’on en croit les révélations du journal der Speigel en 2012 des relations avec des militants d’extreme droite aussi pour de la logistique en Europe.
En France si le mouvement palestinien était alors soutenu par l’extreme gauche notamment maoïste de la gauche prolétarienne ce groupe va imploser sur la question du recours à la violence terroriste contre l’état israélien et donc contre l’état français et sur ce sujet je vous renvoie au format long sur les volontaires arabes auprès de la résistance Palestinienne dans lequel Youssef Boussoumah revient sur ces évènements comme un élément important en France.
Alors que retenir de cette narration et pourquoi l’avoir proposée dans ce format? Car elle est riche d’enseignement d’abord sur la question de la violence par les groupes palestiniens qui pourtant quelques années Pluto soutenait encore la solution à un seul état dans un cadre multiconfessionnel si les juifs rompaient avec le sionisme, ensuite parce que l’on voit Que la question des prisonniers est centrale depuis de très longues années et enfin car l’on comprend aussi que de nombreux cadres de l’OLP ont été formés par les frères musulmans à l’époque avant de devenir professeur dans des pays du golfe et de fonder le Fatah.
Autant de sujets sur lesquels nous reviendrons aussi dans des entretiens ou des formats courts.
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